Poutine, chef du Kremlin

HUMANAE VITAE REMISE EN QUESTION

Encore une fois, l’encyclique de Paul VI est remise en question. Un article de Christopher Lamb, publié dans The Tablet le 10 novembre dernier, attire l’attention du lecteur sur un dernier livre publié par L’institut pontificale, Académie pour la Vie : « Etica, Theologia della vita »1. Christopher Lamb, rédacteur en chef des informations religieuses pour The Tablet, nous présente cette nouvelle édition comme le couronnement de l’œuvre de Mgr Vincenzo Paglia, le président de cet Institut pontifical autonome, en plus d’être le Grand Chancelier de l’Institut Jean Paul II. Nous sommes donc en présence de personnes hautement gradées, lesquelles de cœur et d’esprit, font partie d’un groupe informel qui n’a jamais pleinement accepté Humanae Vitae. L’encyclique parue en mai 1968, sous Paul VI, a soulevé des objections, voire des refus, qui ont ébranlé les différents corps épiscopaux et ont divisés beaucoup de chrétiens

Pourquoi tant d’oppositions ?

L’opposition à Humanae Vitae est née bien avant que l’encyclique soit donnée à l’Église. Cette histoire est assez curieuse. La « pilule » contraceptive est née de la demande pressante que Margaret Sanger, fondatrice en Amérique du Planed Parenthood, fit à Gregory Pincus, un soir d’hiver à New-York en l’an 1950. Elle a rendez-vous avec un homme, dans un appartement de Park Avenu. Elle a une chose en tête qu’elle caresse depuis des années, depuis des années qu’elle travaille pour conduire les Américains et surtout les Américaines à accepter le Birth Control. Elle croit, elle est même sûre, qu’elle a trouvé l’homme qui comprendra son projet et qui le réalisera. Cet homme est Gregory Pincus

Pincus avait 47 ans et avait fondé au Massachussetts, la Worchester Fundation for Experiment Biology. Il faisait des recherches sur le rôle de la progestérone dans la fécondité.  Margaret lui demandait une chose : elle voulait un contraceptif facile à prendre qui rendrait la femme maitresse de son corps, la délivrer de son esclavage sexuel et lui donnerait le bonheur. En un mot elle voulait la liberté sexuelle tout en maintenant le contrôle de la population.


En un mot elle voulait la liberté sexuelle tout en maintenant le contrôle de la population.


Et Pincus créa cette pilule. En 1956 il produit la Noretindrona médicament destiné à soigner les troubles de la fécondité en agissant sur la progestérone laquelle prise au début du cycle crée un obstacle à la fécondation de l’ovogonie. Rendant la femme inféconde pour un temps, son arrêt, produit un rebound de l’organisme et favorise une fécondation. Si la découverte de Pincus rend la femme inféconde pour un temps, pourquoi ne pas produire une « pilule » qui rend la femme vraiment inféconde pour un long temps qui lui convient.

Cette pilule deviendra l’Enovid et la FDA2 l’autorisera comme contraceptif en 1960. Les recherches scientifiques qui suivront, amélioreront cette découverte au point où, aujourd’hui, ce moyen de contraception artificiel beaucoup mieux adapté à l’organisme féminin est l’instrument le plus employé pour contrôler chimiquement la fécondité de la femme. Près de 80% des femmes le connaissent et l’utilisent.

La moralité de la pilule

Qu’en pense l’Église ? L’Église avait toujours considéré et enseigné qu’une mutilation de l’acte sexuel, principalement du côté de la femme, était une faute grave, d’une part parce qu’elle empêchait ce que le l’on appelait à l’époque la fin première du mariage : la procréation et d’autre part, parce qu’elle était contre la structure naturelle de l’acte conjugal. Toucher à la fécondité de l’acte était toucher à son principe unitif, ce que faisait réellement les diverses manières d’empêcher sa fécondité. En plus, c’était mettre en cause le bien des époux : la vérité de l’amour sponsal, en attaquant sa chasteté, c’est-à-dire la fin seconde du mariage. Les termes théologiques pour exprimer cette théorie morale sont devenus des termes techniques. On parlera de finis operis, soit la finalité propre qui s’attache à l’acte : la procréation. Cet acte nommé acte extérieur est l’acte de tous les vivants qui produisent les nouveaux individus de l’espèce. Il ne serait pas spécifiquement humain ? D’où l’ajout d’une autre fin la « finis operantis », : la finalité des humains qui s’accouplent non seulement pour des fins génératrices, mais pour exprimer leur amour et jouir d’un certain plaisir. Cette finalité est celle d’un acte intérieur. Cet acte intérieur est le bien principal que recherchent les « amoureux ».

Avec le recul des années, c’est-à-dire depuis 1956 et l’avènement de la « pilule pincus », on s’aperçoit que cette distinction qui, comme telle, ne vient pas de saint Thomas d’Aquin, est profondément maladroite. Ce qui était séduisant dans ce nouvel instrument de contraception, c’était, l’innocuité apparente de sa méthode et la sureté de ses effets. Avaler une pilule avec un verre d’eau gardait intact l’acte sexuel. L’homme n’avait plus l’obligation de se retirer pour éjaculer hors du vagin, prouesse pas toujours réussie. Il n’était plus nécessaire d’habiller les organes génitaux : plus de préservatif pour l’homme, plus de diagramme pour la femme. A bas, la nécessité d’une douche vaginal après l’acte. L’acte sexuel restait intact… du moins quant à son apparence.

Naïvement, puisque l’acte sexuel, du moins dans ses apparences, restait ce qu’il était à l’état « naturel », on ne pouvait plus dire que le moyen « contraceptif » était une « mutilation », il devenait une « régulation ». L’être humain selon la mission divine régnait non seulement sur la nature végétale et animale, il régnait aussi sur sa propre fécondité. En créant une certaine opposition entre « deux fins » celle de l’acte naturel !! et celle des finalités humaines, l’amour, on érigea, innocemment et par ignorance, tous les arguments  qui construiront les objections adressées à Humanae Vitae. Dieu donne à l’homme l’ordre de transmettre la vie.  « Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce… » (Gn, 1,24 ). Mais Dieu n’ordonne pas de s’aimer ! Cette morale qui faisait du mariage un acte premièrement ordonné à la continuation de la génération et à la continuité des liens familiaux ou politiques était devenu « insupportable ». On ne se marie pas pour continuer une dynastie ! On se marie parce que l’on s’aime même si on désire quelques enfants.

La société d’après guerre

En travaillant son texte avec précision et une ferme volonté d’en promulguer les décisions, Paul VI, savait qu’il serait mal accueilli. Peut-être ne pensait-il pas qu’il le serait autant. Les objections ne sont pas venues uniquement des théologiens, ils sont venus de tous les côtés ; des intellectuels de toutes les tendances, des prêtres et des évêques, des chrétiens avertis et du peuple qui comprenait mal ce qu’on lui demandait. Pour dire les choses brutalement et sans nuances, les sociétés modernes auxquelles s’adressait Paul VI, n’étaient plus des sociétés chrétiennes. Quant aux sociétés africaines et asiatiques, elles sortaient à peine des contraintes de la colonisation et s’occupaient de se bâtir un avenir politique. Humanae Vitae les a peu bouleversés.

Ces sociétés « chrétiennes » se relevaient des difficultés de la grande guerre et la « victoire » avait opéré des changement de vie brusques et séduisants. Il fallait bâtir des villes avec des immeubles à haute efficacité ; il fallait travailler à grand rendement pour s’offrir une vie à laquelle aucun paysan, ni un bourgeois, n’auraient pensé. Il fallait faire attention à sa santé, pour éloigner la mort de son regard. Il fallait avoir peu d’enfants parce que ceux que l’on a doivent avoir une vie encore meilleure que la sienne. Il fallait voyager pour s’évader de son « home ».

Le milieu dans lequel tombait Humanae Vitae est encore le milieu des Trente Glorieuses3 ! C’est aussi le milieu de l’enfant gâté, trop souvent l’unique, à qui l’on donne tout, que l’on ne contredit pas et qui tente de vivre, dans un réel, la vie qu’il a choisi d’avoir. À la limite, il accepte qu’on lui parle du ciel, mais surtout pas d’une voie ascétique pour y parvenir.


Les sociétés modernes auxquelles s’adressait Paul VI, n’étaient plus des sociétés chrétiennes.


Ce milieu chrétien – catholique – est aussi pour l’Église un milieu qui sort du concile Vatican II duquel on espérait beaucoup selon ses rêves et qui a engendré beaucoup de « déçus ». Tom Burns, le rédacteur des pages religieuses dans The Tablet écrivait : « Nous qui avions suivi toutes les délibérations de Vatican II, qui avions pensé qu’il était inévitable que l’Église change sa conception sur le contrôle des naissances, nous avons le droit de poser quelques questions, de dire notre souffrance et notre douleur » Il n’était pas le seul à le penser et pas le seul à l’écrire.

En fait ces chrétiens pensaient que le Concile allait changer l’Église, et le monde dans lequel ses enfants vivaient. Ce monde, ils l’avaient eux-mêmes construit, il leur appartenait. Il était « juste » qu’ils y bâtissent une nouvelle Église, une Église dans laquelle ils seraient « écoutés », une Église qui ne compterait pas sans eux, une Église qui leur donnerait une « foi » nouvelle. Une église qui non seulement ne condamnerait plus, mais ne dirait plus, la vérité ! Bref une Église du New Age4 ! Ils se sont trompés de « dieux » ! Le Dieu qui est le Père éternel a répondu à leur demande d’une autre façon, il a donné à toute l’Eglise, deux hommes d’un forte personnalité et d’une grande sainteté : Paul VI et Jean-Paul II. Ils ont fait beaucoup de choses, mais une qui est très importante, ils ont remis la théologie en place !

La réaction de certains théologiens

Les premiers théologiens à être intéressés pas le problème que posait la pilule Pincus, fut le corps des théologiens américains. Enovid était-il un contraceptif ? Autrement dit, causait-il une mutilation vis-à-vis des éléments constitutifs de l’acte sexuel ? À première vue, il semblait que non ! Selon son acte extérieur, aucune mutilation n’était observable, aucune éjaculation nécessaire, aucun retrait obligatoire de l’époux, aucune solution pour détruire une éventuelle conception. Enovid ne faisait qu’augmenter, chez la femme, la longueur des périodes agénésiques. Après tout c’était ce que faisait la nature ! La pilule ne causait aucune mutilation de l’acte extérieur de sorte que la moralité de l’acte, s’il y avait défaut, dépendait uniquement de l’acte intérieur des conjoints. Et cet acte est sous la seule gouvernance de la personne humaine.

Le corps des théologiens américains concluait, presque unanimement, que l’usage de la pilule était un acte objectivement mauvais : il ne respectait pas le rythme naturel des périodes agénésiques d’un cycle normal. Et surtout, comme Pie XII le disait, il entrainait, chez la femme, une stérilisation, temporaire peut-être, mais quand même un acte grave contre la nature de la puissance génératrice féminine5. L’acte extérieur n’était plus indemne de perturbation !

L’influence des Écoles européennes brisera cette unanimité. Trois grandes autorités ébranlèrent un consensus pourtant solidement formé. Le 10 août 1963 sept évêques des Pays Bas, agissant au nom de la hiérarchie nationale, publièrent une déclaration dans laquelle ils reconnaissaient que des connaissances nouvelles apparaissaient concernant l’amour conjugal. Bien qu’ils admettent que les contraceptifs oraux ne pouvaient être une solution pour régler le problème de la régulation des naissances, l’éthique néerlandaise discutait pour savoir si, dans des situations spéciales, l’emploi de ces moyens pourrait être accepté. Il s’en remettaient aux décisions du Concile de Vatican II. Mais Jean XXIII interdit, au Concile, le débat sur ces questions et Paul VI fit de même. Cette déclaration épiscopale ouvrait, cependant, la porte à la discussion théologique et favorisait un flot littéraire d’un certain nombre de théologiens.


Donner une importance fondamentale à l’objet moral et non au différents sujets accomplissant cet acte.


En décembre 1963, Louis Janssens6 publia dans les Ephemerides Theologicæ Lovanienses «Morale conjugale et progestogène». Le dominicain hollandais William van der Marck publia dans la Revue des Dominicains du Studium de Nimègues, une revue théologique dirigée par le Père Edward Schillebeeckx, un article intitulé Fertility Control : An Attempt to Answer a Still Open Question. Enfin, Joseph Mary Reuss, évêque auxiliaire de Mayence, publia dans la revue de la faculté de Théologie catholique de l’université de Tübingen un article intitulé Marital Sacrifice and Procréation, qui fut traduit en français et publié dans le supplément de La Vie spirituelle (1964) sous le titre Don mutuel des époux.

La pensée de ces trois théologiens donna  un point de départ et fournit une sorte de pré-avis à toute pensée contraire, même à celle d’un enseignement pontifical exerçant un magistère. La théologie de Louvain ni celle de Tübingen n’étaient prête à accepter une morale « ancienne », qui avait toujours et continuerait de le faire, donner une importance fondamentale à l’objet moral et non au différents sujets accomplissant cet acte. Autrement dit, c’est le sujet qui devient l’acteur principal de la moralité de ses actes en devenant le maître du « sens » qu’il leur donne et de l’intention qu’il leur porte.

Humanae Vitae

Paul VI qui avait instruit une commission composé de 77 personnes pour étudier tous les aspects de cette question, n’était pas sans connaître les courants des « théories personnalistes » que l’on trouvait bien vivantes dans plusieurs universités catholiques !. Au cours de leur séance commune, la commission se divisa, un grand groupe composé de la grande majorité se déclara favorable à l’autorisation morale de la pilule. Un tout petit groupe composé d’un cardinal, de deux évêques, de quatre théologiens dont le père Serge de Lestapis étaient contre. Selon eux, il était moralement nécessaire que l’application de la loi naturelle exigeait que l’acte conjugal demeure ouvert à la vie. Paul VI prit un an pour réfléchir. Sa réflexion terminée, il l’a livra « en vertu du mandat que le Christ lui a confié ».

Son argumentation s’appuie en premier sur la nature de l’amour conjugal quand on le considère « comme une sage institution du Créateur pour réaliser dans l’humanité son dessein d’amour » et « entraine les époux à un mutuel perfectionnement  pour collaborer avec Dieu à la génération et à l’éducation de nouvelles vies7» C’est un amour pleinement humain, c’est-à-dire a la fois sensible et spirituel. Ce n’est ni un transport d’instinct et de sentiment , mais surtout un acte de la volonté libre et de la raison qui fait que les époux deviennent un seul cœur et une seule âme et atteignent ensemble leur perfection humaine8. C’est un amour humain, total, fidèle et exclusif jusqu’à la mort, fécond, ordonné par leur nature à la procréation et l’éducation des enfants. Il engage une pleine conscience de cette mission et une paternité responsable.

Cet acte d’amour responsable ne peut pas être imposé et de même porter atteinte à la disponibilité de transmettre la vie. Vouloir le changer est en contradiction avec le dessein constitutif du mariage et avec l’auteur de la vie9.

En conformité avec ces points fondamentaux de la conception humaine et chrétienne du mariage, nous devons encore une fois déclarer qu’est absolument à exclure, comme moyen licite de régulation des naissances, l’interruption directe du processus de génération déjà engagé, et surtout l’avortement directement voulu et procuré, même pour des raisons thérapeutiques .

Est pareillement à exclure, comme le Magistère de l’Eglise l’a plusieurs fois déclaré, la stérilisation directe, qu’elle soit perpétuelle ou temporaire, tant chez l’homme que chez la femme .

Est exclue également toute action qui, soit en prévision de l’acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation .

Et on ne peut invoquer comme raisons valables, pour justifier des actes conjugaux rendus intentionnellement inféconds, le moindre mal ou le fait que ces actes constitueraient un tout avec les actes féconds qui ont précédé ou qui suivront, et dont ils partageraient l’unique et identique bonté morale. En vérité, s’il est parfois licite de tolérer un moindre mal moral afin d’éviter un mal plus grand ou de promouvoir un bien plus grand il n’est pas permis, même pour de très graves raisons, de faire le mal afin qu’il en résulte un bien 10

La déclaration du Pape Paul VI qui condamne à la fois l’avortement et la contraception est claire. On ne peut tuer un fœtus, pour quelque raison que ce soit ; on ne peut pour quelque raison attenter à la l’intégrité de l’acte sexuel qui unit l’homme et la femme. Ne pas attenter à l’intégrité de l’acte sexuel signifie ne pas le rendre infécond par des instrument mécaniques, chimiques ou biologiques. Cela ne signifie pas que l’acte sexuel doit toujours être fécond et qu’il ne faut en user que pour donner la vie. Mais « s’il existe de sérieux motifs pour espacer les naissances de tenir compte des rythmes naturels, inhérents aux fonctions de la génération, pour user du mariage dans les seules périodes infécondes et régler ainsi la natalité sans porter atteinte aux principes moraux11 cet acte est permis.

L’enseignement donné par Paul VI était  celui du magistère authentique, il engageait la responsabilité du Souverain Pontife en tant que Chef de l’Eglise et Docteur universel. Il exigeait, plus qu’un profond respect de la part des fidèles. Au contraire, il demandait un acte de pleine adhésion et une volonté d’action conforme à l’orientation qu’il donnait12.

Il n’en fut pas toujours ainsi…

Entre 1956, date ou Pincus proclame lors d’un Congrès des Planed Parenthood la production de la pilule contraceptive Enovid et le 25 juillet 1968, date de parution de Humanae Vitae, il s’est passé beaucoup de temps avant et après. En premier du bon temps. Malgré tout ce qu’on en a dit, les chrétiens ne se sont pas révoltés de cet enseignement. Beaucoup ne l’ont pas vraiment compris parce qu’on ne leur a pas expliqué. Mais, il y a eu ces chrétiens, dont on ne parle jamais, qui ont reçu l’encyclique comme un trésor et qu’ils ont fait tout ce qu’ils ont pu pour lui obéir. Ils se sont formé à la compréhension des mécanismes corporels, ils ont compris le cycle des règles, ils ont appris à connaitre de plus en plus précisément les périodes infécondes, ils ont enseigné une méthode de régulation naturelle des naissances, ils ont guidés et encouragés les époux. Ils ont ainsi affermis la foi des époux dans la fidélité à la chasteté chrétienne, à l’écoute du magistère et à voir dans leur amour, un appel à la « sainteté » de la communion conjugale et de l’obéissance à l’Église. Ils ont été les vrais témoins de la Foi.


Beaucoup ne l’ont pas vraiment compris parce qu’on ne leur a pas expliqué.


Mais il y eut une autre réaction, celle des intellectuels rebelles, qu’ils soient écrivains, philosophes, théologiens  hommes politiques, journalistes. Ils ont suivi une autre voie : celle de la défiance et du doute sur la valeur de Humanae Vitae. Certains ont refusé publiquement l’encyclique, tel, par exemple, Charles Curran13.  D’autres ont développé un discours plus subtils qui évite l’affrontement mais qui conduit à douter de la vérité de l’enseignement du magistère ou du moins à l’affaiblir de telle sorte qu’il n’oblige en rien.  Le 14 décembre 2017 dans l’auditorium de l’Université pontificale de la Grégorienne, Don Maurizio Chiodi, nouveau membre de l’Académie pontificale pour la vie et professeur à l’Institut pontifical Jean Paul II14 prononça une conférence dans le cadre d’une suite d’intervention sur Humanae Vitae. Il attaquait ce passage de Humanae Vitae :

En vérité, s’il est parfois licite de tolérer un moindre mal moral afin d’éviter un mal plus grand ou de promouvoir un bien plus grand (17) il n’est pas permis, même pour de très graves raisons, de faire le mal afin qu’il en résulte un bien (18), c’est-à-dire de prendre comme objet d’un acte positif de volonté ce qui est intrinsèquement un désordre et, par conséquent, une chose indigne de la personne humaine, même avec l’intention de sauvegarder ou de promouvoir des biens individuels, familiaux ou sociaux. C’est donc une erreur de penser qu’un acte conjugal rendu volontairement infécond et, par conséquent, intrinsèquement déshonnête, puisse être rendu honnête par l’ensemble d’une vie conjugale féconde.

 Ce texte employait bien les mots intrinsèquement déshonnête. Toute la conférence Don Chiodi et de plusieurs autres consiste à comparer le « style » de Humanae Vitae à Amoris  Laetitia. Il y a des actes qui en raison de la gravité de la situation dans laquelle une personne peut se trouver, pourrait enfreindre la norme morale et ne pas être jugé, par la conscience, comme un acte mauvais. L’acte est bon, même si, matériellement, il apparait mauvais. C’est le cas des actes de légitime défense. Mais cela est-il applicable à l’utilisation d’un contraceptif ?  Lisons Don Chiodi qui explique les trois tâches de la théologie morale. Voici la deuxième

La deuxième, c’est la tâche de la théologie morale de proposer une théorie de la conscience morale qui soit celle du sujet moral fidèle à l’histoire du Salut et au développement de la grâce. Ce sujet moral doit pouvoir affronter des situations difficiles et assumer ses choix à la lumière de sa seule conscience, dans des circonstances que ne peut prévoir la norme morale. Ainsi, lorsque la vie de la mère ou d’autres circonstances graves empêchent d’appliquer la norme morale, le sujet qui agit doit assumer le fait d’agir selon sa conscience, déterminant pour lui-même et par lui-même ce qu’il doit faire, même si cela est contre la norme. Selon cette théorie morale, l’avortement thérapeutique serait justifiable et, en ce qui concerne la contraception, des circonstances graves comme l’incapacité d’une nouvelle grossesse ou le danger d’une séparation conjugale des époux, pourrait justifier et même rendre obligatoire l’usage de contraceptifs. Car les techniques modernes font partie du développement historique de l’homme. En elles-mêmes neutres, elle sont des moyens qui peuvent être utiles à l’agir moral, dont le sens premier est le développement de la personne selon l’histoire du Salut.

En gros, cela signifierait qu’il n’y a que rarement ou même pas du tout d’acte intrinsèquement pervers. Et pour le soutenir, il faudrait enlever du jugement moral, l’un de ses points importants, l’objet moral. Cette « inconsidération » de l’objet moral est ce qui rend Amoris Laetita, difficile à comprendre et même à accepter dans sa totalité.

Réécrire en douceur Humanae Vitae

Si on comprend bien l’article de Christopher Lamb, la réécriture de Humane Vitae est déjà confiée à Mgr Vizenzo Paglia, le président de l’Académie pour la Vie et le Grand Chancelier de l’Institut Jean Paul II. Si cette mission lui est vraiment confiée par le pape François, on sait d’avance ce qui s’en suivra. La « douceur » s’appuiera sur un principe moralement douteux : la séparation de l’acte extérieur et de l’acte intérieur considéré comme deux actes différents. Et cela concerne toute forme de contraception et non seulement la prise de la pilule. L’acte contraceptif ne se résume pas à la prise de la pilule. Il concerne tout acte voulu par la volonté de rendre la relation sexuelle inféconde quel que soit le moyen et même s’il n’y aucune pilule et aucun préservatif. Des époux qui volontairement et durant toute leur vie n’auraient de relation conjugale qu’en périodes agénésiques et jamais en périodes fécondes et cela pour la seule raison ne pas avoir d’enfants, aurait une relation sexuelle contraceptive. C’est la pratique de la contraception qui est intrinsèquement mauvaise, non le moyen technique ou chimique de l’obtenir.


Un principe moralement douteux : la séparation de l’acte extérieur et de l’acte intérieur considéré comme deux actes différents.


Fondamentalement, l’acte contraceptif repose sur des principes moralement faux. On considère l’acte extérieur – l’exécution d’une décision intérieure – comme moralement neutre ; et cet acte doit être considéré comme un acte physique et biologique. Prendre la pilule c’est comme prendre un cachet d’aspirine. Utiliser un préservatif en latex, c’est comme mettre des gants. Enfouir un diaphragme dans le vagin, c’est comme se mettre des appareils auditifs dans les oreilles ! Mais alors que prendre de l’aspirine consiste à calmer un mal de tête ; prendre  un produit contraceptif consiste à provoquer une stérilisation de l’organisme reproducteur de la femme. Si l’on affirme que l’acte extérieur, n’a pas en soi, de valeur morale, on refoule la moralité de l’acte uniquement aux décisions intérieures du sujet. Ainsi les décisions du sujet dépendraient uniquement de sa volonté libre et non de la raison qui émet un mauvais jugement. La femme qui prend la pilule Pincus sait ce qu’elle fait et ce qu’elle veut : une stérilité temporaire.15 C’est vraiment une stérilité. Elle ne veut plus être, pour un temps – ce pourrait être pour toute sa vie – une femme fécondable ! Et souvent, elle n’est pas la seule responsable de cette « volonté »

Dans la pensée de Mgr Paglia et de tous ces théologiens qui ont combattu la vérité objective de l’acte contraceptif, la vérité pratique, ne dépend donc plus que des motifs de la volonté personnelle. Or la volonté peut avoir des motifs personnels de grande valeur : la santé, la stabilité du couple, une grossesse indésirable, la valeur professionnel du travail, etc. C’est à l’homme et à la femme, au couple, que revient la décision de la valeur morale de leur « acte personnel intérieur ». Il peut arriver que ces motifs personnels soient bons, mais il peut aussi arriver qu’ils soient mauvais, par exemple, dans une relation adultérine, il serait embarrassant de se retrouver enceinte d’un enfant que le mari n’a pas engendré !

Selon une saine théologie morale, déterminer la bonté ou la malice d’un acte, exige de regarder et la valeur de « l’acte extérieur » et la valeur de l’acte intérieur. La torture est toujours un acte mauvais, même si l’administration « a besoin » des renseignements que le prisonnier ennemi connait. User d’un contraceptif est, selon sa nature, un acte objectivement mauvais et non un acte moralement neutre. User des périodes agénésiques, propres au cycle féminin n’est pas provoquer chimiquement une stérilisation même temporaire et réversible. Ce sont là deux choses différentes. Selon leur nature, le cycle des périodes agénésiques et des périodes fécondes est ordonné au bien de l’enfant et de la mère. Une femme toujours fécondable mettrait en péril et l’enfant et la santé de la mère, en plus de mettre en grand péril, l’équilibre écologique de la bio-sphère. Il est laissé à la raison et à la volonté humaine d’ordonner tous les actes de la personne y compris l’acte sexuel. Chez l’animal le « contrôle de la fécondité est fait par la nature. Cela s’appelle le « rut »16, mais il n’y a pas de « rut » chez les humains, il y a chaque mois des périodes fécondes et des périodes non fécondes. À la raison de les connaître et d’ordonner les désirs sensibles pour les rendre possibles pour la volonté droite. Cela s’appelle la chasteté. Au contraire, provoquer, artificiellement, une stérilité de la femme détruit l’équilibre naturel de l’acte générateur à des degrés que l’on ne connait pas et qu’on ne veut pas connaitre totalement. Rendre artificiellement une femme stérile, si aucune prescription médicale ne l’exige absolument, c’est créer artificiellement un état agénésique non nécessaire pour un temps très long. Ce n’est pas la même chose que d’user des périodes agénésiques naturelles au cycle féminin, même si cela devait durer longtemps en raison de situation de santé, ou autres, incontournables. Faire le contraire, c’est engendrer une mutilation de l’acte sexuel uniquement chez la femme, une mutilation secrète qui est plus grave que ce que les anciennes recettes contraceptives permettaient.

Si, sous l’influence de Mgr Paglia, la réécriture de Humanae Vitae prend cette direction qui a été soutenue par toute une école théologique – le personnalisme – il devient évident, que l’acte contraceptif ne peut, en aucun cas, être considéré comme intrinsèquement mauvais. Il ne peut l’être que si les désirs personnels de la volonté sont mauvais, par exemple, le rejet de l’enfant, la liberté de l’adultère etc. Dans tous les autres cas, les motifs de la volonté doivent être jugés comme possiblement bons et juger selon leur valeur subjective quel que soit leur rapport objectif à l’acte sexuel. Admettre cette « théologie personnaliste », ce n’est pas  réécrire Humanae Vitae, c’est tout simplement la détruire.

C’est en même temps, détruire l’autorité du magistère pontifical. Humanae Vitae ne devient plus qu’une simple opinion du Pape Montini et du Pape Wojtyla ! Une opinion qui laisse au chrétien la possibilité de penser autrement. C’est un peu la situation actuelle. Mais on n’a pas besoin de la caution du Grand Chancelier de l’Institut Jean Paul II, pour l’avaliser ! Et surtout on n’a pas besoin qu’un Mgr Paglia vienne nous dire que ceux qui veulent continuer à penser que prendre l’anovulant, quel qu’il soit, s’accroche à une idéologie. Mgr Paglia se dit « Pro Vie », mais dit-il un « Pro Vie » ouvert dépouillé de toute idéologie, sauf de la sienne.

Il y avait pourtant beaucoup de chrétiens qui ont accepté l’autorité pontificale et qui ont vaillamment travailler, comme époux, à recevoir  la mission divine de transmettre la vie. La nouvelle rédaction de Humanae Vitae, si doucereuse soit-elle, va-t-elle, habilement, leur faire comprendre qu’ils se sont trompés ?

Si l’Église veut se payer une autre crise, si elle déçoit les chrétiens qui ont travaillé en elle et pour elle une grande partie de leur vie, des chrétiens qui ont voulu – à juste titre – être au service d’une pastorale fondamentalement ordonnée à la vertu et à la pratique de la chasteté conjugale, ce n’est pas uniquement un combat entre les « pro vie » et les « pro choice » qu’elle va oeuvrer. Elle risque un désaveu de son propre enseignement. Est-ce vraiment le temps propice, dans ce tourbillon d’accusation qu’elle essuie, d’entrer dans ce combat? D’autant plus aujourd’hui, où l’autorité de l’Église est en perte de vitesse.

Que saint Paul VI et saint Jean Paul II viennent à notre secours.

Aline Lizotte

Photo : kremlin.ru


1 – Le livre est publié par l’Académie pour la vie que préside l’archevêque Mgr Vincenzo Paglia, Ethica Theologica della vita  (J’en ferai une analyse plus approfondie dès que je pourrai me le procurer)

2Food and Drug Administration. L’organisme fédéral qui autorise la mise en vente des nouveaux médicaments

3 – Les Trente Glorieuses sont la période de forte croissance économique et d’augmentation du niveau de vie qu’a connue la grande majorité des pays développés entre 1945 et 1975. Ce chrononyme rétrospectif a été créé par Jean Fourastié en 19791, car il s’agissait d’une « révolution invisible » lente, en contraste avec la révolution rapide des Trois Glorieuses2. Comme l’a montré Pascal Ory, cette expression a vite rencontré le succès et s’est durablement installée. Les Trente Glorieuses sont une révolution, certes silencieuse, mais porteusent en réalité de changements économiques et sociaux majeurs, qui ont marqué le passage de l’Europe, quarante années après les États-Unis, à la société de consommation. Le cas de la France en particulier permet de saisir le sens du sous-titre du livre de Fourastié, la Révolution invisible, mais la croissance est forte aussi en Allemagne, en Italie, au Canada et au Japon, tirée à la fois par l’investissement et la consommation. Wikipédia consulté le 17 novembre 2022

4 Cf, Marllyn Furgerson, Aquarian Conspiracy, Penguin Putiam, Inc, New York

5 Est-ce permis à la femme mariée qui, malgré cette stérilité temporaire, désire avoir des relations avec son mari ? La réponse dépend de l’intention de la personne. Si la femme prend ce médicament, non pas en vue d’empêcher la conception, mais •uniquement sur avis du médecin, comme un remède nécessaire à •cause d’une maladie de l’utérus ou de l’organisme, elle provoque une stérilisation indirecte, qui reste permise selon le principe général des actions à double effet. Mais on provoque une stérilisation directe, et donc illicite, lorsqu’on arrête l’ovulation, afin de préserver l’utérus et l’organisme des conséquences d’une grossesse, qu’il n’est pas capable de supporter. Certains moralistes prétendent qu’il est permis de prendre des médicaments dans ce but, mais c’est à tort. Il faut rejeter également l’opinion de plusieurs médecins et moralistes, qui en permettent l’usage, lorsqu’une indication médicale rend indésirable une conception trop prochaine, ou en d’autres cas semblables, qu’il ne serait pas possible de mentionner ici ; dans ces cas l’emploi •des médicaments a comme but d’empêcher la conception en empêchant l’ovulation; il s’agit donc de stérilisation directe. Pie XII, Discours au VIIe congrès international d’hématologie, le 22 septembre 1958

6 Louis Janssens (21 juillet 1908 – 19 décembre 2001) est un philosophe, théologien et professeur belge. Il a eu une influence considérable sur le personnalisme. Il entre au séminaire de Malines-Bruxelles en 1928 et est ordonné prêtre en 1934. Il obtient à l’université de Louvain un doctorat de théologie en 1937 avec sa dissertation La filiation divine par grâce d’après saint Cyrille d’Alexandrie. Sa première aire de spécialisation était la patristique mais il se tourna vers la théologie morale au fur et à mesure qu’il étudie les doctrines sociales dans lesquelles la personne humaine est définie de façon positive et qui est prise comme point de départ de toutes les relations sociétales. Wiképédia, consulté le 15 novembre 2022

7 Humanae Vitae, n°8

8 Ibid n° 9

9 Ibid, n°13

10 Ibid, n° 14

11 Ibid, n° 16

12 Cf, Lumen Gentium, n° 25

13 Charles Curran ordonné prêtre en 1958. Ii a fait ses études à Rome à l’Académie alphonsienne, il enseigna à l’Université Catholique d’Amérique. Lors de l’annonce de la parution d’Humanae Vitae, il s’installa dans un petit bureau du Washington Post et lut l’encyclique page après page au fur et à mesure qu’elle tombait du « telex ». Une fois la lecture faite, lui et les deux ou trois prêtres qui l’accompagnaient envoyèrent un télégramme à tous les prêtres des Etats-Unis avec la sollicitation de manifester leur désinence. Il recueilli 600 signatures. Au petit matin, le New-York Times, pouvait titrer à côté de l’article indiquant la parution de l’encyclique, 600 prêtres catholiques refuse Humanae Vitae. Il est exclu de l’Université catholique d’Amérique en 1986 en raisons de ses positions différentes. Mgr Ratzinger alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi déclara : il n’est ni apte ni éligible pour enseigner la théologie catholique.

14 Le nouvel institut réformé par Mgr Paglia

15 Selon ce qu’en a dit Pie XII,

16 Le rut désigne le comportement et la période (l’œstrus) de l’année durant laquelle un certain nombre d’espèces de mammifères sont sexuellement réceptives et s’accouplent. Dans les régions tempérées et subarctiques de l’hémisphère nord, le rut se produit à l’automne pendant environ un mois autour de l’équinoxe d’automne septembre-(octobre). Certaines espèces de cervidés sont connues pour présenter une période de rut très impressionnante comme le cerf élaphe. Mais à des degrés divers, le rut existe chez de nombreuses autres espèces. Les comportements observés durant le rut relèvent à la fois de la compétition sexuelle intra-sexe (les mâles, généralement, s’affrontant pour accéder aux femelles de l’espèce) et de la parade nuptiale. C’est donc une étape cruciale de la sélection sexuelle. Cela explique notamment l’origine évolutionnaire de certains caractères sexuels secondaires étonnants comme les bois des cerfs qui servent à la fois d’ornement et d’organes de combat. La période de rut est déclenchée par l’horloge biologique des organismes lorsque la durée des jours diminue, à l’approche de l’hiver. Chez les mâles, elle correspond à une augmentation d’hormones sexuelles. Wiképédia, consulté le 17 novembre 2022

 

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