Chemin de la démission

Tous les bruits courent dans Landerneau ! On voudrait bien savoir pourquoi l’évêque m’a demandé de démissionner. Eh bien, je dois répondre que je n’en sais rien de précis et qu’il ne m’a pas fait part du rapport des visiteurs canoniques, tout en me disant qu’il l’avait reçu. Alors, pourquoi avez-vous accepté sans rien dire, me direz-vous ? Tout simplement parce qu’il est l’évêque, et que l’autorité apostolique de l’évêque n’est pas une autorité politique, ni une autorité économique. Il est l’autorité de l’Église au service de laquelle j’ai voué toute ma vie. Il m’a dit qu’il y avait des dissensions – ce que j’étais loin d’ignorer –, et que ces dissensions étaient la raison fondamentale de cette demande de démission. Ces dissensions, Dieu sait que je les connais ; elles existent depuis plus de trois ans, et elles sont nées lorsque le modérateur coadjuteur, fraîchement nommé, a décidé de réunir une bonne partie des membres actifs de l’AFCP en me demandant de ne pas participer à cette réunion, qui eut lieu à Triors. J’ai fait confiance, et l’on m’a dit plus tard que cette confiance était une grande imprudence. Tout cela a dû ressortir lors de la visite canonique, puisque ces mêmes personnes ont été invitées à y participer.

Voilà tout ce que je peux dire, rien de plus, parce que je n’ai rien de plus à ajouter. Que reste-t-il ? Le titre de fondatrice, reconnu par l’évêque lui-même ? Je peux dire que je suis la fondatrice et de l’AFCP et de tous ses services, même de l’IKW. Mais qu’est-ce que cela veut dire ?

Ce qui est important, c’est que l’AFCP, Association publique de fidèles, vive, qu’elle se développe et qu’elle soit de plus en plus fidèle à servir l’Église. Il faut que ceux qui en acceptent la direction soient fidèles à ce service en gardant l’intention de la fondatrice, qui n’est pas de faire de l’IKW une «boîte à cours» permettant de décrocher un DU à l’UCO, mais d’induire, malgré sa petitesse, une vraie réforme de l’intelligence de la foi, une vraie responsabilité de la vérité et un amour théologal du bien. Il faut non seulement se réjouir de la foi, mais, face à une société qui a en perdu le sens, devenir capable de la défendre, d’en témoigner avec intelligence et non seulement avec «piété». Si l’AFCP est fidèle à cette mission, j’aurai, devant Dieu et avec sa grâce, l’honneur d’en avoir été la fondatrice. Si elle s’orientait vers une sorte d’élitisme intellectuel, j’en aurais honte, et je renierais ce titre.

Les raisons épiscopales

L’évêque m’a aussi demandé de sortir la SRP de l’AFCP. La raison : «ce n’est pas de l’évangélisation» ! Il a raison sous deux aspects : la SRP n’est pas une lecture, ni une explication de la parole évangélique. Cela ne l’empêche pas de se référer au texte et à l’enseignement de l’Évangile chaque fois que cela est nécessaire et que cela convient. Évangéliser, ce n’est pas seulement faire un commentaire de la Parole révélée.

L’autre raison est plus pertinente, et j’en conviens totalement : l’AFCP est une association publique de fidèles. Or une Association publique de fidèles engage l’Église. Il est évident qu’un journal qui commente l’actualité politique, économique et même religieuse, ne peut pas et n’a pas comme mission d’engager l’Église. La SRP et ceux qui y écrivent sont responsables de ce qu’ils écrivent. Ils sont responsables en conscience, comme tout fidèle, d’obéir aux vérités de foi et de morale selon le degré d’autorité que l’Église catholique y attache : autre est la vérité dogmatique, autre est la vérité du Magistère authentique, autre est le pieux respect1. En dehors de ces obligations, il y a un large champ de recherches, d’opinions, de liberté, sans lequel aucun développement de l’intelligence dans le domaine de la foi et de la morale ne serait possible. Scléroser cette liberté ou la cléricaliser est non seulement vain, mais incompatible avec le témoignage de la foi auquel chaque chrétien doit répondre. Ce n’est pas uniquement aux «clercs» qu’est réservé le droit de châtier l’erreur, de condamner le faux et de faire briller le vrai. C’est à celui auquel son travail et sa compétence donnent un droit à l’égard de la vérité de dire sa pensée et de formuler ses argumentations. Quitte à ce que ce qui est écrit ou dit ne soit pas accepté de tous. La vérité ne dépend pas du vote majoritaire, mais du dialogue, des confrontations, des développements, des raisonnements.

Il y a une autre raison. Tous les actes, les gestes, les paroles de l’autorité papale et épiscopale n’engagent pas de la même façon l’Église, même si l’on a tendance, par respect, à le penser. Les actes du pape qui engagent la vérité de l’Église doivent être indiqués par lui-même et indiqués selon le degré par lequel il engage non sa parole, mais la parole du Christ – les définitions dogmatiques – ; non seulement ses interprétations, mais celles de l’Église elle-même dans son enseignement et sa tradition – le Magistère authentique – ; non seulement ses options personnelles et sa piété – le juste respect de l’autorité enseignante.

S’il a besoin d’ordonner une discipline d’agir, le pape émet un «motu proprio», ce qui signifie qu’il n’a pas voulu expressément consulter les évêques et qu’il leur dit sa volonté en vue du bien commun de toute l’Église. Dans l’Église, les fidèles sont habituellement gouvernés par leur curé, les curés par leur évêque. Les curés connaissent mieux les chrétiens de leur paroisse que l’évêque, et l’évêque connaît mieux les chrétiens de son diocèse que le pape. Or, l’évêque, selon son pourvoir d’ordre, a une véritable autorité plénière sur son diocèse quant au triple pouvoir législatif, exécutif et judiciaire, dans la mesure où il reste en communion hiérarchique avec le pape. Centrer le pouvoir exécutif de l’évêque sur les données romaines, multiplier les visites apostoliques dites «amicales», semble diminuer le gouvernement épiscopal, cela favorise, au niveau local des groupes qui se divisent en «pour» et en «contre». Et cela nourrit les médias, qui ne demandent pas mieux que d’agiter le scandale ! La première instance qui devrait être consultée et mise en état d’agir est le «métropolitain» de la province ecclésiastique. Là, on pourrait parler d’une visite «amicale» au vrai sens de l’ami.

Ainsi, le pape ne parle ni n’agit toujours en tant que pape. Surtout lorsqu’il prend l’avion ou qu’il réunit ses confrères jésuites, directeurs des grandes revues de son ordre, pour dire son agacement vis-à-vis de certains évêques allemands.

La Smart Reading Press

Ainsi, me dire que la SRP doit se mettre à l’écart de l’AFCP (association publique de fidèles), c’est tout simplement me rendre libre ! Non pas libre de dire n’importe quelles folies, n’importe quelles fantaisies, mais libre de dire ce que je pense être vrai et bien ! Libre de dire non seulement les faits, mais surtout la vérité des faits. Cette liberté n’est pas toujours facile. Car très souvent, ce n’est pas l’évêque qui la contraint, mais des groupes de laïcs qui font pression sur lui pour qu’il adhère à leurs plaintes, soit du point de vue du management économique, soit surtout du point de vue de l’autorité de la gouvernance. On accuse à pleine bouche, on dit tout le mal possible, et l’on n’est même pas profondément engagé dans l’Association dont on veut prendre le «pouvoir». Pour que la paix revienne, l’autorité supérieure pense qu’il vaut mieux retirer l’accusé du débat. Après tout, pourquoi pas ! Le service dans l’Église n’est pas fondé sur le pouvoir, mais sur la liberté du don, et cette liberté, le Seigneur seul en juge, car Il n’en dédaigne pas l’hommage.

La parole d’un évêque ou des évêques unis à Pierre est beaucoup plus importante qu’un article de journal, même celui d’un rédacteur chevronné et attendu. Ce serait un bienfait qu’elle existe plus souvent et plus fermement.

Aline Lizotte

 


1 – Cf. Lumen gentium, 25.

 

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