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Synode sur la synodalité : les véritables enjeux

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Dans un article paru sur le site d’Aleteia, Jean Duchesne, cofondateur de la revue de théologie Communio, décrit l’enjeu du synode sur la synodalité. Selon lui, il ne se limite pas à la place et au rôle des laïcs dans l’Église. Le service de la synodalité est en effet inséparable de celui du ministère apostolique et sacramentel. Voici des extraits de cet article :

[…] On pourrait d’abord trouver bizarre d’entendre parler d’un «synode sur la synodalité». Serait-ce, mutatis mutandis, la même chose que se réunir pour débattre du fait qu’on se réunit ? Mais un synode n’est-il qu’une réunion ecclésiale de responsables et de délégués ? Le sens est plus précis, car le mot ne désigne un événement ponctuel que pour l’inscrire dans une dynamique. Il vient du grec sunodos, qui signifie «route» ou «chemin» (odos), «avec» (sun ou syn) d’autres, c’est-à-dire en compagnie, solidairement. La synodalité est ainsi le fait de marcher ensemble. Cependant, l’objectif visé (la synodalité) a toujours l’air de se confondre avec le moyen (un synode) choisi pour l’atteindre. On reste devant une lapalissade ou une tautologie : on chemine collectivement en faisant route de concert.

La redondance se justifie toutefois si l’on reconnaît qu’il ne s’agit pas là d’un objet à traiter à l’aide d’outils empruntés ailleurs, comme lorsqu’on fait un sondage, une étude ou un colloque sur une question donnée. C’est bien plutôt un mouvement qu’il ne suffit pas d’analyser de l’extérieur pour savoir ce que c’est et qu’en faire. Car il demeure incompréhensible et vain si l’on n’y entre pas soi-même. Le document préparatoire de ce synode annonce d’ailleurs : «Pour une Église synodale : communion, participation et mission». Cela appelle bien au partage et à l’engagement, tout en indiquant que la finalité n’est pas un meilleur fonctionnement interne, mais l’ouverture aux autres et leur accueil.

Ceci n’explique cependant pas tout. Car si la communion, la participation et la mission sont les composantes de la synodalité, l’appartenance à l’Église se vit déjà et depuis les origines sur un mode synodal. C’est ce qu’établit un document publié en 2018 par la Commission théologique internationale, qui conclut que «l’Église est constitutivement synodale». On est alors amené à se demander s’il est bien nécessaire, voire seulement utile, de s’intéresser tellement à ce qu’on fait déjà, le plus souvent sans le faire exprès, peut-être pas parfaitement mais sans réticence expresse et sans se soucier de nommer la démarche.

La réponse à cette interrogation est double. D’une part, dans le principe, l’Église en chemin découvre sans cesse des dimensions qui lui paraissent nouvelles du trésor qui lui est confié. Elle peut se ressourcer dans sa Tradition, où la pratique de la synodalité est loin d’être inédite, même dans l’histoire récente. […]

L’entreprise ne laisse toutefois pas d’être paradoxale. Car l’initiative ne vient pas de «la base», mais du sommet : le pape. Certes, des voix s’élèvent pour déplorer que le pouvoir soit monopolisé par un clergé de mâles célibataires et demander qu’il soit partagé de façon à la fois plus équitable et plus judicieuse du point de vue de l’efficience managériale. Or la démarche synodale ne marque pas plus le succès de telles revendications qu’elle n’exige une obéissance disciplinée à un oukase princier. Et cela pour une raison toute simple : c’est que l’Église n’est pas structurée par des rapports de force et d’efficacité, mais par le service. […] Lorsqu’un synode est convoqué, ce n’est ni l’exercice d’une domination, ni l’abandon d’une part au moins de souveraineté, mais un service rendu au nom et à la suite du Christ, Seigneur parce qu’il se fait serviteur (Ph 2, 6-11). Et le but n’est pas de promouvoir quiconque, mais d’inviter chacun à se mettre selon sa vocation au service de tous afin d’avoir ainsi part à la vie même de Dieu. On n’a donc pas du tout là un processus de conformation à l’idéal démocratique de la société d’aujourd’hui, ni à l’autoritarisme de celle d’hier, mais bien plutôt un appel à s’offrir soi-même comme le font entre elles les Personnes divines et comme le Fils est envoyé par le Père pour permettre aux hommes de le faire avec l’aide de l’Esprit.

C’est évidemment une démarche spirituelle. Elle est aisément interprétée de travers, de même que Jésus en son temps a été largement incompris. Un premier risque est que les «bons chrétiens» qui se donnent déjà à fond sans trop se chamailler entre eux soient peu motivés pour se réunir en plus afin de s’interroger sur le fonctionnement de leurs communautés et de l’Église. […] Un danger (peut-être plus sérieux) serait que le régime de démocratie d’assemblée donne à de beaux parleurs, dûment relayés dans les médias, l’occasion de pousser comme réclamées par la vox populi des mesures telles que l’abolition du célibat sacerdotal, l’ordination d’hommes mariés et de femmes, l’institution de ministères par élection et pour des mandats de durée limitée, etc. Ce ne serait pas la fin du cléricalisme, mais la cléricalisation d’un laïcat militant, où l’on ne peut guère voir la panacée rendant la foi enviable et même contagieuse.

La démarche synodale n’a en effet pas pour but de rendre l’Église socialement plus performante, à l’intérieur comme à l’extérieur, en pratiquant une cinquième vertu cardinale : le dialogue. L’idée-clé de la foi chrétienne est que ce n’est pas l’homme qui, grâce à ses efforts, va vers Dieu, mais qu’à l’inverse, c’est Dieu qui vient à lui le premier, lui donne d’espérer plus qu’il n’ose et ne cesse de le soutenir pour autant qu’il s’y prête. La synodalité est donc à considérer comme bien davantage qu’un moyen de faire la volonté de Dieu, mais, plus foncièrement, une retombée de la disponibilité à son action. Si la synodalité est bien «constitutive de l’Église», ce n’est pas elle qui la «fait». Selon les Pères, c’est l’Eucharistie qui «fait l’Église» et nourrit ainsi la synodalité. Et ce n’est pas le peuple assemblé qui peut déclarer : «Ceci est mon Corps». Il y faut un envoyé expressément consacré. De même pour dire : «Je te remets tes péchés», afin de réintégrer le pécheur dans la communion. L’enjeu de ce synode n’est donc pas simplement de donner aux laïcs leur juste place afin qu’ils s’ouvrent au monde et soient missionnaires. Il est aussi de redécouvrir le besoin qu’ils ont de prêtres sans lesquels ils restent «des brebis sans berger» (Mc 6, 34). Le service de la synodalité est inséparable de celui du ministère apostolique et sacramentel.
Source : Aleteia

Synode sur la synodalité : les évêques de France ont-ils approuvé la Collecte nationale des synthèses locales ?

Dans Le Figaro du 15 juin, sous le titre «Les évêques de France prêts à un big bang de l’Église», Jean-Marie Guénois rend compte de la démarche des évêques de France transmettant à Rome la Collecte nationale des synthèses locales sur le synode 2023 :

«Mariage des prêtres, femmes diacres ou prêtres, transparence dans les décisions paroissiales, révision de la liturgie… Les propositions issues des diocèses de France pour le synode sur la synodalité, voulu par le pape, pourraient bouleverser l’ordre établi dans le sacerdoce des prêtres. “Une réelle reconnaissance” envers eux est pourtant soulignée. Elles ont été validées, mercredi à Lyon, par les évêques, puis transmises “telles quelles” à Rome, accompagnées d’une lettre qui les justifie et les met en perspective. Jamais l’Église de France n’avait voté et assumé un texte aussi radicalement réformateur, en particulier sur le sacerdoce. […]

Le document français s’intitule “Collecte des synthèses synodales”. Ces dernières ont été votées par la centaine de diocèses de France depuis septembre dernier, puis par l’assemblée des évêques de France, réunie à huis clos. Elles ont été présentées à la presse par Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF), par Mgr Alexandre Joly, évêque de Troyes en charge de ce dossier ainsi que par une jeune mère de famille, Lucie Lafleur.

Les dix propositions posent un diagnostic sévère sur l’exercice actuel du sacerdoce catholique: “autoritarisme, difficultés dans les relations avec les femmes, attitude surplombante plus que fraternelle”. Les évêques proposent donc “que le célibat des prêtres soit laissé au libre choix de ceux-ci, de sorte que l’ordination presbytérale et le mariage soient compatibles”.

Autre grief, la “criante disproportion entre le nombre de femmes engagées” et celles “qui sont en situation de décider”. Ce qui engendre “d’innombrables blessures”, une “attente criante”, une “révolte”. D’où “de nombreuses demandes pour que les femmes puissent recevoir l’ordination diaconale” et qu’elles puissent être chargées de “la prédication”. Ce qui serait un “premier pas”. Certains voudraient qu’elles “puissent être ordonnées prêtres”.

Le document appelle aussi à une “diversification des liturgies au profit des célébrations de la parole”, avec une “place centrale pour la méditation des écritures”. Selon ce texte, l’eucharistie est certes “essentielle”, mais sa liturgie peut être un “lieu de tension” : tant pour “l’irrecevabilité du langage” de l’Église – trop complexe pour les fidèles –, que pour les “exclus des sacrements (personnes homosexuelles, divorcés remariés)”.

150 000 catholiques ont élaboré ces cahiers de doléances, soit 10 % des pratiquants, mais “peu de jeunes et de jeunes adultes”, reconnaît l’épiscopat, qui note aussi “la difficulté pour beaucoup de prêtres à reconnaître l’intérêt de ce synode”. Mgr Joly admet : “toutes les sensibilités ne se sont pas exprimées et il nous manque une génération, les 25-45 ans.”»

Le lendemain, la revue Famille chrétienne, sous le titre «Les évêques français veulent-ils vraiment marier les prêtres et ordonner les femmes ?», réagit à l’article de Jean-Marie Guénois en tempérant sa présentation de la position des évêques français, qui aurait été comprise à tort comme une acceptation de certaines propositions contestables. Voici des extraits de l’article :

(La Collecte) «se trouve être finalement une agrégation de propositions diverses, certaines innovantes et d’autres éminemment contestables, sans lien de causalité automatique entre un constat et une idée de réforme. […]. Si les évêques ont accueilli les réflexions des 150 000 fidèles avec “gratitude”, cela ne signifie pas qu’ils adhérent à chacune d’entre elles, “notamment sur les questions du sacerdoce” comme l’a précisé l’épiscopat au Figaro(1) le 16 juin. Le processus synodal ne prévoyait d’ailleurs pas que les évêques émettent un vote d’acceptation ou de rejet sur cette synthèse nationale.

Ce sur quoi ils se sont prononcés mercredi en revanche, c’est sur un texte d’accompagnement envoyé à Rome avec les douze pages de la synthèse. Ce texte, élaboré avec les laïcs invités à l’assemblée plénière extraordinaire, se veut une sorte de guide de lecture, presque de cadrage, de ladite synthèse. Au lieu de censurer les propositions de la collecte, les évêques ont préféré mettre en avant les axes de réflexion qui leur semblaient prioritaires : l’écoute de la Parole de Dieu comme créatrice de “fraternités”, la complémentarité des missions, celle des états de vie, la place des femmes, les tensions récurrentes sur les questions liturgiques, les conditions d’exercice du ministère de prêtre…

Ils ont par ailleurs relevé un certain nombre d’éléments manquants dans les réflexions des équipes locales : la vocation missionnaire de l’Église qu’ils jugent trop “peu présente”, le témoignage que doivent porter les chrétiens sur “les grands enjeux de la société, les divers modèles anthropologiques” ou encore “l’écologie intégrale”… Pour montrer leur divergence avec certaines propositions que l’on pourrait classer comme “progressistes”, les évêques ont regretté, sous une formulation volontairement soft, que certaines “richesses spirituelles” soient “ignorées” ou “dévalorisées” dans les synthèses locales. C’est le cas, énumèrent-ils, de “l’eucharistie en tant que sacrifice de Jésus, des sacrements, de la vie consacrée” ou encore du “célibat des prêtres”. Pas de révolution à l’horizon donc. Du moins pas chez les évêques.»

(1) L’article a été mis à jour le 16 juin dans l’après-midi après une intervention de la conférence épiscopale.
Sources : Le Figaro, Famille chrétienne

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