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Chemin synodal allemand : mise en garde de 74 évêques et cardinaux

Plus de soixante-dix prélats (principalement américains et africains), dont quatre cardinaux et quinze archevêques, viennent d’adresser une «lettre ouverte fraternelle» à leurs «frères évêques d’Allemagne» pour les mettre en garde contre le Chemin synodal, dans lequel ils voient une possibilité de schisme. Se disant concernés par ce processus, ils y voient une impasse, lui reprochant de se conformer au monde et de tourner le dos à la doctrine de l’Eglise en éliminant ce qui aurait dû constituer le fondement de sa réflexion : la Parole de Dieu. Voici la traduction de cette lettre :

«À une époque où la communication mondiale est si rapide, les événements qui se produisent dans une nation ont inévitablement des répercussions sur la vie ecclésiale ailleurs. Ainsi, le processus du “Chemin synodal”, tel qu’il est actuellement mis en œuvre par les catholiques en Allemagne, a des implications pour l’Église dans le monde entier. Les Églises locales dont nous sommes les pasteurs et les nombreux catholiques fidèles dont nous sommes responsables sont également concernés.

Dans ce contexte, les événements survenus en Allemagne nous imposent d’exprimer notre inquiétude croissante quant à la nature de l’ensemble du processus du “chemin synodal” en Allemagne et au contenu de ses différents documents. Nos commentaires ici seront volontairement brefs. Ils méritent, et nous y encourageons fortement, d’être approfondis (comme l’a fait, par exemple, la lettre ouverte de l’archevêque Samuel Aquila aux évêques catholiques du monde) par les évêques individuels. Néanmoins, l’urgence de nos remarques communes est enracinée dans Romains 12, et en particulier dans la mise en garde de Paul : Ne vous conformez pas à ce monde. Leur gravité découle de la confusion que le Chemin synodal a déjà entraînée et continue d’entraîner, et du potentiel de schisme qui en résultera inévitablement dans la vie de l’Église.

Le besoin de réforme et de renouveau est aussi vieux que l’Église elle-même. À la source, cet élan est admirable et ne devrait jamais être redouté. Bon nombre des personnes impliquées dans le processus du Chemin synodal sont sans aucun doute des personnes excellentes. Pourtant, l’histoire chrétienne est parsemée d’efforts reposant sur de bonnes intentions qui ont été vidés de leur enracinement dans la Parole de Dieu, dans une rencontre fidèle avec Jésus-Christ, dans une véritable écoute du Saint Esprit et dans la soumission de nos volontés à la volonté du Père. Ces efforts manqués ont fait fi de l’unité, de l’expérience et de la sagesse accumulée de l’Évangile et de l’Église. Parce qu’ils n’ont pas tenu compte des paroles de Jésus : “En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire” (Jn 15, 5), ils n’ont pas porté de fruits et ont été dommageables à la fois pour l’unité et pour la vitalité évangélique de l’Église. Le Chemin synodal en Allemagne risque de conduire précisément à une telle impasse.

Nous adressant à vous en tant que vos frères dans l’épiscopat, nous sommes préoccupés par les points suivants, sans toutefois nous y limiter :

1. Faute d’écouter le Saint-Esprit et l’Évangile, les actions du Chemin synodal sapent la crédibilité de l’autorité de l’Église, y compris celle du pape François ; elles sapent l’anthropologie chrétienne et la morale sexuelle, ainsi que la fiabilité des Écritures.

2. Tout en affichant un vernis d’idées et de vocabulaire religieux, les documents du Chemin synodal allemand semblent largement inspirés non point par l’Écriture et la Tradition – qui, pour le Concile Vatican II, constituent “un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu” – mais par l’analyse sociologique et les idéologies politiques contemporaines, y compris l’idéologie du genre. Ils abordent l’Église et sa mission à travers le prisme du monde plutôt qu’à travers le prisme des vérités révélées dans l’Écriture et dans la Tradition de l’Église qui fait autorité.

3. Le contenu du Chemin synodal semble également réinterpréter, et donc amoindrir, la signification de la liberté chrétienne. Pour un chrétien, la liberté est la connaissance, la volonté et la capacité non entravée de faire ce qui est juste. La liberté n’est pas “l’autonomie”. La liberté authentique, comme l’enseigne l’Église, est liée à la vérité et ordonnée au bien, et ultimement, à la béatitude. La conscience ne crée pas la vérité, et la conscience n’est pas une question de préférence personnelle ou d’affirmation de soi. Une conscience chrétienne correctement formée reste soumise à la vérité sur la nature humaine et aux normes d’une vie juste révélées par Dieu et enseignées par l’Église du Christ. Jésus est la vérité, qui nous rend libres (Jn 8).

4. La joie de l’Évangile – essentielle à la vie chrétienne, comme le souligne si souvent le Pape François – semble totalement absente des discussions et des textes du Chemin synodal. C’est un défaut révélateur, s’agissant d’un effort qui vise le renouveau personnel et ecclésial.

5. Le processus du Chemin synodal, quasiment à chaque pas, est un travail d’experts et de comités : lourdement bureaucratique, obsessionnellement critique, replié sur lui-même. Il reflète donc lui-même une forme répandue de sclérose de l’Église et, ironie du sort, devient anti-évangélique dans son expression. Dans ses effets, le Chemin synodal montre davantage de soumission et d’obéissance au monde et aux idéologies qu’à Jésus-Christ, Seigneur et Sauveur.

6. L’accent mis par la Voie synodale sur le “pouvoir” dans l’Église suggère un esprit fondamentalement opposé à la nature réelle de la vie chrétienne. En dernière analyse, l’Église n’est pas simplement une “institution” mais une communauté organique, non pas égalitaire mais familiale, complémentaire et hiérarchique – un peuple soudé par l’amour de Jésus-Christ et par l’amour des uns pour les autres en son nom. La réforme des structures n’est pas du tout la même chose que la conversion des cœurs. La rencontre avec Jésus, telle qu’elle apparaît dans l’Évangile et dans la vie des saints au cours de l’histoire, change les cœurs et les esprits, apporte la guérison, détourne l’individu d’une vie de péché et de tristesse, et démontre la puissance de l’Évangile.

7. Le dernier problème, le plus angoissant et le plus immédiat, posé par le Chemin synodal allemand, est terriblement ironique. Par son exemple destructeur, celui-ci pourrait conduire certains évêques, et de nombreux laïcs par ailleurs fidèles, à se méfier de l’idée même de “synodalité”, ce qui entraverait encore davantage le nécessaire colloque de l’Église sur l’accomplissement de sa mission de convertir et de sanctifier le monde.

En ces temps de confusion, la dernière chose dont notre communauté de foi ait besoin, c’est d’encore plus de confusion. Alors que vous discernez la volonté du Seigneur pour l’Eglise en Allemagne, soyez assurés de nos prières pour vous.»
Source : Lifesitenews

Russie : fin de parcours pour le Patriarche Kirill ?

Le patriarche Kirill

Sur le site La Sélection du jour, Peter Bannister propose une réflexion sur le parcours du Patriarche orthodoxe de Russie Kirill. En voici des extraits :

«Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022, de nombreux leaders religieux ont fermement condamné cette “opération militaire spéciale” menée par Moscou, à une exception près : le patriarche Kirill de l’Église orthodoxe russe. Allié de longue date de Vladimir Poutine, Kirill s’est publiquement aligné avec ses troupes, fustigeant l’Occident et les “forces du mal” rangées contre la Russie dans un conflit d’ordre non seulement militaire mais “métaphysique”.

De tels propos, ainsi que l’apparente surdité de Kirill aux appels à persuader Poutine de mettre fin à la guerre en Ukraine, ont ravivé les interrogations troublantes concernant les rapports du patriarche moscovite avec le pouvoir d’État. La question n’est pas nouvelle : il est largement connu que l’ensemble de sa carrière depuis l’ère communiste a été intimement liée au Kremlin. D’une certaine façon, cela ne devrait pas surprendre : jusqu’en 1991, le Patriarcat de Moscou – réorganisé par Staline en 1943 – fonctionnait sous la supervision directe de l’État, d’abord du Comité Central du Parti communiste, puis du Conseil des affaires religieuses de l’URSS.

[…] Kirill était déjà un agent du KGB en 1972, à l’âge de 25 ans (nom de code «Mikhailov»). Par la suite, en tant que représentant du Patriarcat de Moscou auprès du Conseil œcuménique des Églises à Genève, Kirill était subordonné au KGB de Leningrad ; ses tâches consistaient notamment à encourager les personnalités ecclésiastiques d’Europe centrale et orientale à adopter des positions loyales envers l’État soviétique.

À la tête du Département des relations extérieures du patriarcat de Moscou à partir de 1989, la carrière de Kirill a pris un autre virage. Il s’est considérablement enrichi dans la période post-communiste grâce à diverses activités qui, selon Forbes, comprenaient notamment des importations et reventes lucratives d’alcool et de tabac (rendues possibles par le statut d’exonération fiscale de l’Église), dont un commerce de cigarettes très rentable avec l’Irak à l’époque de l’embargo commercial américain. En 2006, trois ans avant sa nomination en tant que Patriarche, la fortune personnelle de Kirill était estimée à 4 milliards de dollars.

Au niveau institutionnel, on pourrait dire que la controverse actuelle autour de Kirill n’a fait qu’accentuer les tensions au sein de l’Orthodoxie qui étaient déjà vives au moment de la décision du patriarche Bartholomée de Constantinople d’accorder le tomos d’autocéphalie (indépendance) à l’Église orthodoxe d’Ukraine en 2019, mettant ainsi fin à 300 ans de juridiction ecclésiale russe. La condamnation immédiate par Bartholomée de l’invasion de l’Ukraine n’est donc qu’une confirmation de sa rupture avec Moscou. […]
Source : La Sélection du jour

Chine : les chrétiens, une «force anti-Chine»

Sur le site La Sélection du jour, Philippe Oswald publie ces informations sur la persécution des chrétiens en Chine. Extraits :

«Tout en célébrant la résurrection du Christ, les chrétiens chinois ne cessent pas de vivre sa passion. Le sort de certains d’entre eux, qui émergent en raison de leurs positions dans l’Église ou dans la société, rappelle ponctuellement que la persécution pèse sur tous. Au début de ce mois, le 7 avril, Mgr Shao Zhumin, évêque de Wenzhou, a été emmené par les autorités chinoises hors de son diocèse. Le prélat fait partie de l’Église en Chine reconnue par le Vatican mais pas par Pékin. Il avait déjà été arrêté en novembre 2021, et mis en prison sans jugement pour plusieurs jours. Les fidèles du diocèse ont confié à l’agence de presse Asia News que leur évêque avait probablement été enlevé pour l’empêcher de célébrer les offices de la Semaine sainte. Dans un autre diocèse, celui de Xuanhua, dix religieux ont été enlevés par la police. L’évêque “clandestin” de ce diocèse, Mgr Zhao, serait mort en 2018, alors qu’il vivait caché depuis une décennie. Selon Asia News, les autorités cherchent à découvrir le lieu de sa sépulture et auraient même torturé un prélat pour obtenir ce renseignement. […]

L’athéisme est de nouveau mis en exergue de la doctrine de l’État chinois dans la plus pure ligne marxiste. Durant la Conférence nationale sur les affaires religieuses, en décembre dernier, Xi Jinping, le président de la République populaire de Chine, avait demandé aux cadres du parti d’accroître la surveillance en ligne et de renforcer le contrôle sur les religions, au nom de la sécurité nationale. Depuis cette conférence, le Gouvernement chinois assure la promotion d’un nouveau manuel sur l’athéisme auprès des écoles, des universités et des cadres du Parti communiste chinois (PCC). Intitulé Les principes de l’athéisme scientifique et rédigé par Li Shen, un universitaire chinois de 76 ans, ce manuel soutient la théorie martelée par le président Xi Jinping, selon laquelle la culture chinoise a toujours été non religieuse, c’est-à-dire athée. L’un des chapitres du livre est consacré à la “preuve de la non-existence de Dieu” et aux “conséquences négatives des religions”, tandis qu’un autre expose “la théorie religieuse et la politique religieuse du Parti communiste”. L’auteur soutient la promotion par le PCC du “confucianisme comme une forme d’athéisme.”

Si la Chine reconnaît cinq religions organisées (bouddhisme, taoïsme, catholicisme, protestantisme et islam), l’État communiste, officiellement athée, exige qu’elles soient strictement contrôlées par des institutions officielles. Le PCC est chargé de “guider l’adaptation des religions à la société socialiste chinoise”. Ces religions reconnues ont dû chacune adopter un plan quinquennal d’adaptation aux “caractéristiques chinoises”. La Bible n’y a pas échappé avec une nouvelle “traduction” visant à la rendre plus conforme aux fondamentaux du régime. Les persécutions contre les religions et les groupes religieux ont sensiblement augmenté depuis l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir en 2013. En 2018, le PCC a adopté de “Nouvelles règles sur les affaires religieuses” qui renforcent la surveillance sur les organisations religieuses et la répression contre les membres du clergé et les laïcs engagés dans des activités jugées illégales. L’athéisme d’État s’accompagne d’une politique de “sinisation des religions” : l’athéisme et le nationalisme se donnent la main pour imposer les valeurs du PCC, parti unique.

Mais la résilience et la résistance des chrétiens (23 millions de protestants, 12 millions de catholiques répartis dans les Églises “officielles” et “non enregistrées”) semblent sans limites. Plusieurs évêques chinois ont appelé les catholiques à faire de 2022 une “Année du Fils de Dieu” en méditant davantage la Parole de Dieu, pour “se rapprocher de la croix et rendre Jésus plus visible dans leur vie quotidienne”, a précisé Mgr Joseph Li Shan, archevêque de Pékin. Cet appel a plus de chance d’être entendu par les fidèles que celui que leur avait lancé l’an dernier les autorités pour célébrer le centenaire du Parti communiste chinois.»
Source : La Sélection du jour

Photo : Duma.gov.ru / Wikimedia Commons

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