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Vatican : un procès, deux thèses

Dans la revue Crux, le vaticaniste américain John Allen explique que le «procès du siècle», impliquant dix personnalités (dont le cardinal Becciu) après qu’une opération immobilière londonienne(1) a mal tourné, voit s’affronter deux récits :

  • Le premier correspond à une affaire de criminalité mafieuse, impliquant des hommes d’affaires italiens et des clercs corrompus, qui ont conspiré illégalement pour soutirer des millions au Vatican et détourner les fonds du Denier de Saint-Pierre.
  • Le deuxième pointe un simple manque de rigueur dans la gestion des finances du Saint-Siège, avec de graves conséquences financières : des pertes évaluées à 200 millions d’euros.

Les deux récits se recoupent sur certains points. La principale différence réside dans la question de savoir s’il s’est passé quelque chose de criminel. Au cours de la dernière audience, les témoignages ont dans l’ensemble semblé étayer le deuxième argument, à savoir la mauvaise gestion plutôt que la criminalité.

Le principal témoin était René Brülhart, ancien chef de l’Autorité d’information financière (AIF) du Vatican, créée sous le pape Benoît XVI fin 2010 pour mettre le Vatican en conformité avec les meilleures pratiques internationales en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. M. Brülhart avait été le responsable du renseignement financier au Luxembourg et le vice-président du Groupe Egmont, un consortium international de cellules de renseignement financier. Officiellement, il a quitté ses fonctions en 2019 (en fait, il a été forcé de partir après que son bureau ait été perquisitionné dans le cadre de l’enquête sur le scandale de Londres).

John Allen relève que Brülhart n’avait pas de mandat pour contrôler les fonds de la Secrétairerie d’État, le département qui a négocié la transaction londonienne, et que les accusations portées contre lui sont donc infondées. Il pointe une responsabilité directe du substitut de la Secrétairerie d’État, Mgr Edgar Peña Parra, qui aurait validé le paiement d’une forte somme à l’homme d’affaires italien Gianluigi Torzi plutôt que de le poursuivre en justice, avec l’accord personnel du pape François(2) selon certains témoins, car Mgr Parra craignait de donner une mauvaise image du Vatican si l’ampleur de ses pertes devait être rendue publique.

Conclusion de John Allen : « En d’autres termes, le tableau dressé par Brülhart et d’autres n’est pas que le Vatican s’est fait plumer, mais plutôt qu’il a négocié une série d’accords commerciaux étonnamment ineptes, les yeux grands ouverts, qui ont été pleinement approuvés et même applaudis par les plus hautes figures du système. La conclusion évidente est que le procès actuel est, au fond, un exercice visant à essayer de faire porter la responsabilité de ces transactions à quelqu’un d’autre. Il reste à voir lequel des deux récits prévaudra lorsque les verdicts du procès seront finalement rendus. Pour l’instant, cependant, il semble juste de dire que la thèse de la criminalité a pris quelques coups.»

(1) L’accord de Londres s’est déroulé en deux étapes. En 2014, le Secrétariat d’État a acheté une participation de 45 % dans une propriété londonienne, un ancien entrepôt Harrod’s destiné à être transformé en appartements de luxe, par l’intermédiaire d’un fonds d’investissement géré par l’homme d’affaires italien Raffaele Mincione. Le substitut de la Secrétairerie d’État était à l’époque Mgr Angelo Becciu, qui fait partie des accusés dans le procès du Vatican. En 2018, la Secrétairerie d’État s’est éloignée de Mincione et a tenté de se dégager de l’affaire en payant 40 millions de dollars supplémentaires pour acquérir le contrôle total de la propriété grâce aux services d’un autre homme d’affaires italien, Gianluigi Torzi. Puis le Vatican s’est également fâché avec Torzi et a essayé de se dégager des contrats qu’il avait signés avec lui, moyennant des mêmes paiements qui font maintenant l’objet de la poursuite pénale du Vatican. Au total, le Vatican a dépensé environ 200 millions de dollars dans l’affaire de Londres et a contracté une hypothèque de 150 millions de dollars.

(2) François était si satisfait des paiements effectués à Torzi qu’il a effectivement organisé un dîner en mai 2019 pour célébrer l’accord.

Source : Crux

Alabama : une «loi de protection de l’enfant vulnérable»

Kay Ivey

Le gouverneur de l’Alabama, Mme Kay Ivey, vient de signer une loi interdisant les procédures de transition de genre pour les enfants, ainsi qu’un projet de loi inspiré de la loi sur les droits parentaux en éducation de Floride, qui réprime l’idéologie LGBT dans les salles de classe des écoles primaires. La loi SB 184, Alabama Vulnerable Child Protection Act, criminalise la prescription aux mineurs de moins de 19 ans de bloqueurs de puberté ou d’autres médicaments «destinés à modifier le sexe de l’enfant mineur ou à retarder la puberté». «Il y a des défis très réels auxquels nos jeunes sont confrontés, en particulier avec les pressions sociétales et la culture moderne d’aujourd’hui. Je crois fermement que si le Bon Dieu vous a fait un garçon, vous êtes un garçon, et s’il vous a fait une fille, vous êtes une fille», a déclaré Mme Ivey dans un communiqué.

Le projet de loi interdit également les opérations chirurgicales stérilisantes pour les mineurs, notamment «la castration, la vasectomie, l’hystérectomie, l’ovariectomie, l’orchidectomie et la pénectomie, ainsi que les procédures qui «construisent artificiellement des tissus ayant l’apparence d’organes génitaux différents du sexe de l’individu». Les médecins qui prescrivent des médicaments de transition de genre aux enfants ou pratiquent sur eux des chirurgies transgenres mutilantes peuvent être accusés de crime et encourir jusqu’à dix ans de prison en vertu de la nouvelle loi. Le projet de loi interdit en outre aux responsables scolaires de dissimuler aux parents la confusion de genre d’un enfant. «Nous devrions surtout protéger nos enfants de ces médicaments et chirurgies radicales qui changent la vie, alors qu’ils sont à un stade si vulnérable de leur vie. Au lieu de cela, concentrons-nous tous pour les aider à se développer correctement pour devenir les adultes que Dieu a voulu qu’ils soient», a déclaré Mme Ivey.

Un autre projet de loi signé par Mme Ivey exige que les élèves de la maternelle à la 12e année utilisent les toilettes et les vestiaires en fonction de leur sexe biologique. «Ici, en Alabama, les hommes utilisent les toilettes pour hommes, et les femmes les toilettes pour femmes – c’est vraiment une évidence», a déclaré le gouverneur.

Plusieurs groupes militants pro-LGBT, dont le Transgender Law Center et l’American Civil Liberties Union, ont déclaré qu’ils allaient intenter un procès pour empêcher la mise en œuvre de la loi. Le porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, a déclaré jeudi que l’administration Biden avait averti l’Alabama que la loi SB 184 pourrait violer la loi fédérale telle que l’administration l’interprète. Mme Ivey a répondu que «l’Alabama continuera à protéger nos enfants et ne laissera pas des libéraux hors de l’État comme Jen Psaki et la Maison Blanche Biden nous dire quoi faire. Notre État est prêt à défendre nos valeurs».

La loi de l’Alabama note que les médicaments et les opérations de transition de genre sont «mal étudiés […], comportant de nombreux effets nocifs sur les mineurs, ainsi que des risques d’effets simplement inconnus en raison de la nature nouvelle et expérimentale de ces interventions». Les bloqueurs de puberté et les traitement hormonaux de transition sont liés à des effets secondaires extrêmement graves : «Parmi les méfaits connus des bloqueurs de puberté figure une diminution de la densité osseuse ; l’effet complet de ces produits sur le développement du cerveau et la cognition n’est pas encore connu, bien qu’il y ait déjà des raisons de s’inquiéter.»

La Food and Drug Administration – responsable de l’accord de la mise sur le marché des médicaments – n’a approuvé aucun médicament hormonal pour la transition de genre des enfants. Les bloqueurs de puberté ou les hormones transsexuelles n’ont pas non plus fait l’objet d’essais contrôlés ou chez les mineurs souffrant de confusion sexuelle.

Des études montrent que seuls 2 % des garçons et 10 % des filles atteints de dysphorie de genre présentent ce trouble à l’âge adulte, selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’American Psychiatric Association.
Sources: LifeSiteNews

Le métavers : enfer ou paradis digital ?

Tugdual Derville, cofondateur du Courant pour une écologie humaine, propose une réflexion sur le projet «Métavers» de Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, ce monde virtuel qui promet de «faire ensemble ce qui serait impossible dans le monde réel». En voici des extraits :

«Le mot est génialement choisi, car il préempte un néologisme qui a le vent en poupe : “metaverse”, créé en 1992, par l’auteur de science-fiction américain Neal Stephenso. Métavers, en français, association du préfixe antique meta à l’univers, désigne le monde virtuel fictif dans lequel nous pourrions plonger, en toute liberté, grâce à Internet et aux objets connectés, pour mieux travailler, nous distraire, et entrer en relation, échappant ainsi aux limites de nos corps et à la monotonie associée à la vraie vie.

L’entreprise de Zuckerberg rebaptisée Meta possède non seulement les plateformes Facebook, 3 milliards d’utilisateurs, et Instagram, 1 milliard d’utilisateurs, mais aussi les messageries WhatsApp et Messenger, et les casques de réalité virtuelle Oculus. Et voilà qu’elle s’approprie tous les fantasmes, désirs et prédictions liées à l’explosion digitale.

Promesse sur son site : “Le métavers ressemblera à un mélange hybride des expériences sociales en ligne d’aujourd’hui, parfois étendu en trois dimensions ou projeté dans le monde physique. Il vous permettra de partager des expériences immersives avec d’autres personnes, même à distance, et de faire ensemble ce qui serait impossible dans le monde réel. Il s’agit de la prochaine évolution d’une longue série de technologies sociales, et elle ouvre un nouveau chapitre pour notre entreprise.” À chacun de rendre disponible son hologramme, ou de choisir son “avatar”, pour maîtriser son apparence, enfin débarrassée des contraintes que nous imposent en ce bas-monde ces corps disgracieux, fatigués, vieillissants, sexués…

Le mot hybride est la clé de cette nouvelle promesse. À l’image du jeu Pokémon go, qui fit fureur autour de l’année 2015, le métavers fonctionnera par hybridation entre le réel et le virtuel. Quand il est censé “augmenter le réel”, le virtuel est socialement plus acceptable. Flouter la frontière réel-virtuel est une intention assumée. Nous pourrons par exemple choisir d’accueillir des visiteurs dans une copie-conforme virtuelle de notre habitation réelle, ou en bâtir une partiellement ou absolument différente… En métavers, on ferait ses achats, on lierait des amitiés, on laisserait des traces, tout en interagissant avec l’existence physique…

Grâce à des lunettes spéciales qui ressembleront de plus en plus à des lunettes banales, et à des casques de réalité augmentée (certains pensent aussi à des puces électroniques directement implantées dans le cerveau) nous aurons donc la possibilité — sans sortir de notre chambre — de voyager partout dans le monde, et même dans le cosmos, mais aussi dans des mondes virtuels co-construits avec d’autres, de recevoir — par hologrammes — tour à tour des amis — voire des amants ! —, des collaborateurs en télétravail augmenté, et de multiples camarades de jeux, tout cela dans des espaces virtuels également co-construits. On pourra choisir de se détendre les muscles avec l’aide d’un coach virtuel, de créer de multiples communautés, d’apprendre en une infinité de lieux imitant le réel (sans avoir besoin de s’y transporter), ou imaginaires — bref, de vivre, sans limite ni risque, une vie rêvée. […]

Chaque innovation, passé le temps du ravissement, crée de nouvelles attentes, et de nouvelles frustrations. Le produit crée le désir, et le désir entretient le marché. Il faut dire que les logiciels conviviaux sont conçus pour aspirer à notre insu le plus possible de notre temps et de notre argent […]. Cependant, rien ne pourra combler les désirs les plus profonds de l’âme humaine. Aucun paradis artificiel, même génialement agencé.

L’imminence d’une telle transmutation pose par ailleurs la question du caractère démocratique de sa gouvernance, de façon encore plus aiguë que pour les superpuissants Gafam d’aujourd’hui. Nulle intention pourtant, à ce stade, de maudire la technique, inhérente à l’inclination de l’homme pour le progrès. Ni de nier les bienfaits culturels, économiques et sociaux des télécommunications sophistiquées. Mais déjà, appel pressant à la sagesse, à la modération et à la prise de recul. À quels prix devons-nous payer en effet le basculement qui se profile ? Prix écologique, quand on mesure le monumental pillage de matières premières et d’énergie que suppose l’équipement de la foule des “bénéficiaires”. Prix social, avec la fracture accrue qui se profile entre deux parties de l’humanité, les riches connectés et les pauvres déconnectés. Prix sanitaire, pour tant de corps inertes d’aventuriers virtuels vautrés dans leurs canapés, dopés aux images fascinantes qui rendront le réel insipide, l’ennui interdit et le mouvement superflu. Prix moral, quand les relations excitantes dissuaderont autant la fidélité en amour que l’humble service du corps des pauvres. Prix politique, quand notre “temps de cerveau disponible” et les données les plus intimes de nos vies seront exploités voire manipulées par quelques-uns, sans contrôle. Prix spirituel enfin. Même si mille usages bénéfiques du métavers sont à inventer — ce pourrait être un univers à évangéliser par des avatars de missionnaires — ne soyons pas naïfs : c’est d’abord une promesse empoisonnée de divertissement sans limite. Au sens péjoratif que donnait Blaise Pascal au mot divertissement. Tuer le silence intérieur, et même l’ennui, c’est interdire la vie spirituelle. Quand le corps est méprisé, nié ou morcelé, l’âme se dissout.

Heureusement, l’antidote est déjà là : un grand mouvement de réappropriation du corps, d’enracinement géographique et d’engouement pour la proximité, le travail manuel et l’artisanat. Et si nous commencions par goûter plus souvent les bienfaits d’un jeûne de technologie ?»
Source : Aleteia

Photo : 187th Fighter Wing / Wikimedia Commons

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