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USA : Mors et vita duello conflixere mirando(1)

Cour suprême des États-Unis

Dans un article du National Catholic Register du 1er avril dernier, intitulé «The Future of Abortion in America», Michael Warsaw propose une réflexion d’ensemble sur la situation actuelle de la défense de la vie aux USA. En voici des extraits :
«D’ici la fin de son mandat en juin, la Cour suprême des États-Unis devrait rendre une décision dans l’affaire Dobbs vs Jackson qui, espérons-le, supprimera le carcan juridique pro-avortement que les décisions antérieures de la Cour, Roe vs Wade et Casey contre Planned Parenthood, ont imposé à notre nation depuis près de cinquante ans.

Anticipant ce résultat, de nombreux gouvernements d’États pro-vie s’apprêtent à adopter des lois qui restreignent fortement l’accès à l’avortement, voire à interdire totalement cette pratique qui met fin à la vie en modifiant la constitution de leur État. Conscients que l’avenir de l’avortement est menacé, l’administration Biden et les dirigeants du Parti démocrate au Congrès ont tenté – de concert avec le lobby de l’avortement – d’empêcher les avancées en faveur de la vie au niveau des États en consacrant le droit à l’avortement au niveau national par l’adoption de la loi dite « Women’s Health Protection Act« . Heureusement, cet horrible projet de loi pro-avortement, qui aurait été pire que Roe, a échoué à la fin du mois de février au Sénat.

L’attention commence également à se porter sur le Kansas, un État qui a une longue et difficile histoire dans la lutte contre l’avortement. Dans le cadre des élections primaires du 2 août, les électeurs seront invités à examiner un amendement qui clarifierait explicitement que la Constitution du Kansas ne contient pas de droit à l’avortement. L’initiative de vote annulerait effectivement une décision de 6-1 de la Cour suprême du Kansas en 2019 qui a statué que la Déclaration des droits de l’État comprenait un tel droit. Si l’initiative de vote ne mettrait pas automatiquement fin aux procédures d’avortement dans l’État, elle préparerait le terrain pour le faire. Cette initiative de vote est suivie de très près par des groupes dans tout le pays, car il s’agira du premier vote public après la publication attendue de la décision de la Cour suprême des États-Unis dans l’affaire Dobbs.

[…] Les gouvernements des États favorables à l’avortement se mobilisent agressivement pour protéger et renforcer le droit à l’avortement sur leur propre territoire – et dans certains cas, ils se positionnent pour projeter la culture de la mort à plus grande échelle, en servant de « sanctuaires » où les femmes des États pro-vie peuvent venir se faire avorter.

La Californie est l’exemple le plus flagrant de cet extrémisme en matière d’avortement. L’année dernière, le gouverneur démocrate Gavin Newsom a commandé un rapport sur « l’avenir de l’avortement », rédigé par Planned Parenthood et une coalition d’autres fournisseurs d’avortement et de lobbyistes. Entre autres choses, la liste de souhaits post-Roe du lobby de l’avortement exige que le gouvernement californien paie les frais de déplacement des femmes qui viennent dans l’État pour se faire avorter et qu’il rembourse les fournisseurs d’avortements lorsque les femmes de l’extérieur de l’État ne peuvent pas payer elles-mêmes leur avortement.

Il est évident que le fait de forcer les catholiques fidèles et les autres Californiens pro-vie à financer ces avortements constituerait une violation flagrante de leurs droits de conscience et de leur liberté religieuse. […].

Des lois visant à renforcer l’accès à l’avortement, en modifiant les constitutions des États pour consacrer l’avortement et à étendre le financement de l’avortement ont récemment été adoptées ou sont à l’étude dans un certain nombre d’autres États, dont le New Jersey, le Vermont, le Maryland, le Michigan, le Colorado, l’Oregon et Washington. D’autres, dont les plus notables sont New York et l’Illinois, ont promulgué en 2019 des lois extrêmement favorables à l’avortement, avec le même objectif global d’ancrer la procédure de destruction de la vie au cas où Roe serait annulé.

Le Connecticut est un autre État où le problème d’un gouvernement pro-avortement est particulièrement aigu. Comme en Californie, la législature fait avancer toute une série de mesures en faveur de l’avortement, y compris un projet de loi qui ferait de l’État un « sanctuaire » pour les avorteurs hors de l’État qui ont enfreint la loi dans leur État d’origine. Un autre projet de loi en cours d’élaboration prévoit l’insertion dans la constitution de l’État d’un texte reconnaissant le droit à l’avortement, en complément d’une mesure antérieure de 1990 qui codifiait Roe dans les lois de l’État. Et le gouvernement de l’État a également ciblé un autre projet de loi sur les centres de grossesse pro-vie. […] À la mi-mars, la première Marche pour la vie du Connecticut s’est tenue directement devant le capitole à Hartford. Une foule de plus de 2 000 personnes d’origines ethniques, politiques et religieuses diverses a proclamé son message pro-vie si fort que les législateurs à l’intérieur ont dû déclarer une pause jusqu’à la fin de la marche. […] C’est précisément ce genre de mobilisation collective, mise en évidence chaque année sous la bannière de la Marche pour la Vie à Washington, qui a amené la nation au bord de l’abrogation de Roe vs Wade.

Si cela se produit, nous devons toutefois nous rappeler que notre travail est loin d’être terminé. Nous savons que la lutte pour l’abolition complète de l’avortement se poursuivra, et que les forces pro-avortement resteront politiquement dominantes à Washington pour le moment. Nous serons donc obligés de maintenir nos efforts au niveau fédéral, en nous efforçant de repousser l’inévitable tentative de Planned Parenthood et de ses alliés politiques au Congrès et à la Maison Blanche de saper une victoire juridique pro-vie aussi importante.

Plus encore, nous devrons élever le niveau de notre engagement spirituel et politique à des hauteurs sans précédent au niveau des États. C’est là que nous pouvons avoir le plus grand impact, et c’est aussi là que nous devons faire encore plus pour intensifier notre engagement envers les initiatives pro-vie qui fournissent une aide et un soutien matériel aux femmes confrontées à des grossesses difficiles.

Par-dessus tout, nous devons reconnaître qu’il s’agit avant tout d’un combat spirituel. Nous devons continuer à prier avec ferveur pour le jour où chaque enfant à naître sera protégé du mal de l’avortement, dans chaque État, ville et village de notre nation. Les cyniques irréligieux se moqueront de l’idée que le pouvoir de la prière puisse jamais amener un tel jour, mais en tant que croyants, nous savons mieux. Comme Jésus nous le rappelle, « pour Dieu, tout est possible ».»

Par ailleurs, le parlement d’Oklahoma, à majorité républicaine, a adopté le 5 avril une loi qui rend l’avortement illégal dans cet État, sauf en cas d’urgence médicale. Le texte doit encore être approuvé par le gouverneur républicain Kevin Stitt, mais celui-ci a déjà annoncé qu’il le signerait. La loi pourrait dès lors entrer en vigueur cet été, à moins que l’ordre judiciaire ne s’en mêle. La Cour suprême des États-Unis doit en effet se prononcer sur la constitutionnalité d’une loi particulièrement restrictive adoptée par l’État du Mississippi. Les défenseurs de l’avortement craignent toutefois que la Cour, dominée par des juges conservateurs, ne remette en cause le droit à l’avortement.

L’État du Texas a récemment adopté une loi encourageant les citoyens à poursuivre au civil toutes les personnes aidant les femmes à avorter après six semaines de grossesse, tandis que l’Idaho a validé une loi autorisant les poursuites civiles contre les professionnels de santé pratiquant des interruptions volontaires de grossesse (IVG).

(1) Extrait de l’hymne du jour de Pâques, Victimæ paschali laudes, dans laquelle se trouve ce verset :
Mors et vita duello conflixere mirando
Dux vitae mortuus, Regnat vivus.
(La mort et la vie ont engagé un duel stupéfiant,
L’auteur de la vie, mort, règne vivant.)

Le Cardinal Marx et la mort de la loi morale naturelle

Sur le site de l’Observatoire international cardinal Van Thuan sur la doctrine sociale de l’Église, Stéphano Fontana propose la réflexion suivante à propos des positions récemment prises par le cardinal Marx sur l’homosexualité :

«Les déclarations du cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich et principal conseiller de François, sur l’homosexualité dans l’interview du 30 mars dernier, les actions de tant de personnes dans la hiérarchie ecclésiale qui, ces derniers temps et en particulier ces jours-ci, ont poussé à un changement majeur de la doctrine en la matière, et les silences de ceux qui pourraient au contraire apporter des éclaircissements, nous laissent tristement stupéfaits. Essayons de considérer brièvement l’énorme bouleversement que la ligne Hollerich-Bätzing-Becquart-Marx sur les relations homosexuelles produirait – mais produit déjà en fait – dans l’Église, la transformant en quelque chose d’autre.

La première chose à remarquer dans les déclarations de Marx est l’absence de toute référence à la loi naturelle (morale) et, par conséquent, aux commandements. Une élimination évidente – pourrait-on dire – si l’on veut légitimer la pratique homosexuelle, et rien de nouveau étant donné que depuis des décennies la théologie se débat avec la loi naturelle, dont le Magistère pétrinien, jusqu’à Benoît XVI, a toujours clairement confirmé la doctrine. Nier la loi morale naturelle signifie corrompre irrémédiablement la relation entre la raison et la foi. La première a sa propre autonomie de recherche qui concerne aussi les lois morales et que la foi n’annule pas, mais confirme et perfectionne. Si un cardinal n’admet pas la loi morale naturelle, il montre qu’il est un protestant et non un catholique, car il sépare la raison et la foi. Si cela se produit dans le domaine moral, cela se produit également dans tous les autres domaines, de sorte que la raison empruntera ses propres voies multiples, tandis que la foi en empruntera d’autres. Mais à ce stade, la théologie catholique est terminée, à commencer par la « théologie fondamentale », qui concerne la relation entre la foi et la raison.

La négation de la loi morale naturelle et des commandements produit alors la séparation entre Dieu le Créateur et Dieu le Sauveur, ainsi qu’entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Les origines gnostiques, manichéennes, cathares, etc. de cette approche sont évidentes. En niant la loi naturelle, le cardinal Marx devient un adepte de Marcion et voit dans la nature non pas un bien déjà orienté vers le salut, mais un mal à effacer sans le corriger. L’inclusivité devient ainsi le voile à poser sur la nature pour la cacher sans la racheter. L’Église a toujours enseigné que la nouvelle loi de l’Évangile ne supprime pas l’ancienne loi. On ne peut penser être agréable à Dieu si on se livre à des pratiques contre nature, si l’on tue des innocents par l’avortement, si l’on trahit le sacrement du mariage par l’adultère. Dans ce cas, le repentir lui-même devient inutile et n’est plus requis si l’inclusion obligatoire l’empêche à la racine. L’ancienne loi du Pentateuque contenait la loi naturelle (comme les commandements), les normes cultuelles et les dispositions légales. Après la résurrection du Christ, les règles cultuelles sont définitivement dépassées, même les règles juridiques ne sont plus nécessaires puisqu’elles n’appartiennent qu’à Israël, seules les règles naturelles demeurent et doivent être confirmées dans la nouvelle loi. De plus, ils sont aussi l’objet de la Révélation, étant donné ce qui s’est passé au Sinaï. La structure entière de la relation entre la Nouvelle Loi et l’Ancienne Loi est subvertie par la position Hollerich-Bätzing-Becquart-Marx.

Pour les raisons que nous venons de voir, l’Église a toujours considéré qu’elle avait reçu du Christ le mandat d’enseigner dans deux domaines, celui de la doctrine de la foi et celui des mœurs. Voir, par exemple, Humanæ vitæ du pape Paul VI : « Aucun fidèle ne niera que le Magistère de l’Église a aussi la tâche d’interpréter la loi morale naturelle. Car il est indiscutable […] que Jésus-Christ, en communiquant son autorité divine à Pierre et aux Apôtres et en les envoyant enseigner ses commandements à tous les peuples, les a constitués dépositaires et interprètes authentiques de toute la loi morale, c’est-à-dire non seulement de la loi évangélique mais aussi de la loi naturelle. En effet, la loi naturelle est aussi une expression de la volonté de Dieu, et son accomplissement fidèle est également nécessaire pour le salut éternel de l’humanité ». L’Église défend le droit naturel et la loi morale naturelle, sinon elle nierait que la création ait un sens finaliste et dépende d’une intelligence créatrice. Ce rôle de l’Église a toujours été exercé au profit de la vie civile et en collaboration avec l’autorité politique légitime. Or, en appliquant le paradigme du cardinal Marx, l’Église n’aurait plus cette tâche et ses enseignements devraient se retirer du champ naturel pour se référer uniquement au champ évangélique. Mais la révélation ne peut se communiquer aux hommes qu’en utilisant leur langage naturel, de sorte que la communication de la foi a besoin de la communauté de la raison. Lorsqu’ils parlent de questions morales, les pasteurs ne doivent jamais se limiter à ce niveau mais toujours se baser sur le niveau surnaturel, afin de ne pas parler uniquement un langage humaniste, mais en même temps ils ne doivent pas enseigner la dimension surnaturelle comme si elle n’avait rien à voir avec la nature humaine.

Le cardinal Marx veut changer le catéchisme sur ce point. Ici, une autre bombe ecclésiale émerge. Pour ce faire, il est nécessaire de ne pas tenir compte des exigences de la lettre de l’Écriture, étant donné les nombreuses condamnations qu’elle contient à l’égard de la pratique homosexuelle. Mais sans le respect de ce premier niveau – le littéral – du sens de l’Écriture, tous les autres sens deviennent également manipulables et la théologie de l’Église ne serait plus une connaissance mais seulement une interprétation. Avec lequel tout s’effondre. »

Source : Observatoire International Cardinal Van Thuan sur la Doctrine Sociale de l’Eglise

 

Photo : Matthew G. Bisanz / Wikimedia Commons

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