Poutine devant Marx et Staline

Deuxième partie

Aline Lizotte nous propose la deuxième partie de son article retraçant l’histoire de la Révolution russe et décrivant la mise en place d’un régime qui fut celui dans lequel a vécu et a été formé Vladimir Poutine. Cette fresque nous permet de mieux saisir quelle est la forma mentis du dirigeant russe et de mieux comprendre sa politique actuelle.

Lénine meurt à Moscou, dans ses appartements du Kremlin, le 21 janvier 1924. Il est entré au Parlement russe seulement avec l’élection de la troisième Douma. Depuis 1906, on l’a vu, il a pris la direction des bolcheviks et, peu à peu, il a fait disparaître le gouvernement provisoire de Kerenski et les mencheviks. C’est alors qu’il se prépare à fonder cette République populaire qui s’appellera, URSS. À cette époque, alors qu’il est en Finlande en train d’écrire L’État et la Révolution, un traité essentiellement marxiste, il rencontre Joseph Staline, avec lequel il détermine l’avenir politique de la Russie.

Cette nouvelle République ne s’est jamais vue dans aucun pays occidental de l’époque. Elle nécessitera une révolution profonde pour expulser toute tentative de prise de possession des anciennes oligarchies : au terme de cette révolution, l’autorité sera établie comme dictature du prolétariat ; l’État subsistera sous la forme d’un État prolétaire en vue de la création d’un socialisme parfait fondé sur une égalité absolue. Ce sera la phase finale : le communisme intégral, qui correspondra à une société sans classes, où la propriété privée n’aura plus de raison d’être. Les éventuels excès commis par certaines personnes seront «réprimés par le peuple». Il y aura un seul parti, dirigé par un Politburo, et une seule police régulant tous les comportements sociaux. Le moyen d’y arriver, on l’a vu dans l’article précédent : c’est la lutte des classes, ainsi qu’une police secrète très puissante, la Tcheka qui, au long des années suivantes, deviendra Guépéou, NKDV, MGB, KGB.

Surtout, le gouvernement léniniste pratiquera une politique d’annexion des territoires qui fera du Comité central l’autorité de jure aussi bien que de facto des «républiques» environnantes, en tout quinze pays, qui deviennent des «républiques» fédérées, organisées en régions (oblast), divisées à leur tour en «arrondissements». Ce sont l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, l’Estonie, la Géorgie, le Kazakhstan et le Kirghizstan, la Lettonie, la Lituanie, la Moldavie, la Russie, le Tadjikistan, le Turkménistan, l’Ukraine (de jure), la Crimée (de facto), la République de Donetsk et la République de Lougansk1. C’est l’héritage qu’il transmettra à Staline, même s’il a des soupçons sur les qualités humaines de celui qu’il a considéré comme un ami et qu’il aurait répudié s’il en avait eu le temps.

Staline et le stalinisme

Lénine a rencontré Joseph Staline, avec lequel il se lie d’amitié. Staline le décide à faire de lui son successeur, en lui confiant de plus en plus de responsabilité politique. Les bolcheviks locaux, les comités – les Soviets – contribuent d’une part à démanteler les anciennes structures sociales et, d’autre part, à mettre en place une politique de centralisation dirigée uniquement par le Comité central du Présidium suprême. En juillet 1918 est adoptée la constitution de la République socialiste fédérative soviétique de la Russie (RSFSR), sans que cette constitution soit très précise quant à son contenu et à son fonctionnement. Cela donne aux bolcheviks la liberté d’y mettre ce qu’ils veulent. Le 30 décembre 1922, un traité donne naissance à l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Il réunit les Républiques soviétiques de la Russie, de l’Ukraine, de la Biélorussie et de la Transcaucasie.

Ce qui tombe entre les mains de Lénine, alors qu’il vient tout juste de proclamer la nouvelle République d’URSS, c’est le traité de Brest-Litovsk, finalement signé le 3 mars 1918. Il met fin au conflit entre les «Empires centraux», nom donné aux États (Allemagne, Austro Hongrie, Empire ottoman et Royaume de Bulgarie) qui sont entre les pays de l’Entente (France, Grande Bretagne, Russie). Il fut longuement et péniblement négocié par chacun des pays belligérants parce que les négociateurs, tout en cherchant la paix – ou plutôt la fin de la guerre –, cherchaient à ce que leurs demandes soient entendues et soient satisfaites.

Le gouvernement du Reich allemand cherchait à garantir sa zone d’influence sur l’Est et, sous couvert d’accorder l’indépendance de ces nouveaux pays (les Pays baltes, la Finlande, l’Ukraine, le Caucase), les négociateurs voulaient surtout les arracher à l’influence politique de la nouvelle et jeune République russe. De plus, l’armée allemande cherchait une source d’approvisionnement en matières premières pour la fabrication d’armes. Quant à l’Autriche, sa population était affamée, au bord de la famine, et voulait un pacte garantissant un approvisionnement agricole. Et pour eux, les bassins miniers et la fertilité des champs agricoles de l’Ukraine représentaient un fruit juteux.

Mais c’était aussi le cas pour la Russie qui, cependant, avait bien voulu reconnaître de jure, mais non de facto, l’indépendance de l’Ukraine et le droit politique à l’autonomie du gouvernement des Pays baltes, pourvu que leurs gouvernements restent dans leur orbite politique et même gouvernementale. Lénine ne voulait rien entendre d’un partage de pouvoir entre le gouvernement politique des bolcheviks et la RADA2 ukrainienne, premier essai d’une véritable autonomie politique en ce pays. Quant à l’URSS, la Russie, forte de l’idéologie de son gouvernement, ne voulait aucune limite à son désir d’expansion de ses nouvelles dictatures politique. Elle perdit quand même la Pologne et les Pays baltes et garda «sous sa protection» la nouvelle Ukraine, un pays «autonome» sous dépendance de la Russie !


Les négociations sont souvent des moyens d’accorder à l’autre un répit en vue de se préparer soi-même à l’attaquer avec plus de virulence.


Les négociations sont souvent des moyens non pas de construire une vraie paix, mais d’accorder à l’autre dont on convoite l’assistance un répit en vue de se préparer soi-même à l’attaquer avec plus de virulence et d’astuce. Il en fut ainsi du pacte germano-soviétique, officiellement traité de non-agression entre l’Allemagne et l’Union soviétique. C’est un accord diplomatique signé le 23 août 1939 à Moscou par les ministres des Affaires étrangères allemand, Joachim Von Ribbentrop, et soviétique, Viatcheslav Molotov, en présence de Joseph Staline. Des protocoles additionnels furent signés le 28 août et le 28 septembre. On est peu de jours avant le début de la deuxième guerre mondiale. Ce traité fait suite aux accords de Munich, mais, contrairement à ceux-ci, il fut appliqué au grand détriment de l’Occident.

Ce pacte demeuré secret est un engagement de neutralité entre ces deux puissances au cas où l’une d’elles entre en conflit avec l’un des pays occidentaux. Il délimite aussi des zones d’influence entre les deux gouvernements sur les pays occidentaux. Cette dernière clause entraînera l’invasion, l’occupation et l’annexion de certains États ou territoires (Pologne, Finlande, Pays baltes, Bessarabie). Le pacte est brisé le 22 juin 1941 par la décision d’Hitler d’attaquer l’URSS en déclenchant l’opération Barbarossa, laquelle entraîne une alliance soviétique immédiate avec l’Angleterre.

Voici donc Staline, l’homme qui prend le pouvoir en 1924 et qui ne le quittera qu’à sa mort, le 5 mars 1953, à Moscou. Pour ce chef brutal, les traités internationaux ne sont pas des engagements mutuels, mais des moyens unilatéraux d’insertion dans un autre pays, comme un virus qui se niche dans une cellule saine et qui, l’infectant, vit à ses dépens. Si un certain nombre de pays ont pu se sortir de la domination de jure de l’Empire soviétique, comme les Pays baltes, ou de facto, comme la Pologne, d’autres ne l’ont pas vraiment pu, comme l’Ukraine.

Après la mort de Lénine, la lutte pour le pouvoir devient la grande préoccupation de Staline, qui devient secrétaire général du Parti le 3 avril 1922. Il a cependant un «rival», Léon Trotski, qui a lui aussi la confiance de Lénine3, mais qui n’a pas la confiance absolue des bolchevicks, car il vient des mencheviks et n’a adhéré au parti qu’en 1917. Il a plus de liberté vis-à-vis du fondateur absolu, n’hésitant pas parfois à s’y opposer. Au contraire, Staline se présente comme le loyal serviteur.

Pour assurer ses bases, Staline s’associe du vivant de Lénine à Lev Kamenev et à Grigori Zinoviev, ami intime de Lénine et hauts dirigeants du Kominterm4. Après la mort de Lénine, Trotski devient pour Staline son principal et redoutable concurrent. Le «prudent» Staline commence à agir avant même que Lénine ne meure. En 1923, alors que Lénine est dans le coma, il fait arrêter par la Guépéou un certain nombre de membres du parti pour «indiscipline». En 1924, au Congrès du Parti, il qualifie Trotski de «léniniste factionniste» et érige le trotskisme en hérésie. Avec l’appui du parti, il reprend le contrôle de l’armée et arrive à répandre dans l’opinion l’idée que le rôle de Trotski n’est que celui d’un léninisme factuel.

Staline obtient l’expulsion du parti de Trotski, qui est exilé à Constantinople, puis transféré en Turquie, qu’il quittera pour la Norvège. Toute sa vie, il soutiendra la révolution russe et appuiera de toutes ses forces les mouvements révolutionnaires dans les pays de l’Occident : le Front populaire en France, la révolution espagnole. En 1936, il se réfugie au Mexique, où il est assassiné à Mexico, le 20 août 1940.


Les paysans qui ne produisent pas assez ou qui produisent «trop» sont appelés «koulaks», et Staline juge qu’ils doivent être supprimés.


Libéré de Trotski, Staline supprime la NEP (voir la première partie de mon article), qui l’empêchait d’avoir un contrôle total sur la société, et exclut ainsi toute forme d’autogestion. Il se met à dos la majeure partie des paysans, qui n’acceptent que sous la contraint cette collectivisation des fermes, lesquelles doivent se soumettre à une gestion moscovite fortement stalinienne. C’est le «communisme de guerre». La centralisation agricole, ce sont les kolkhozes. Les paysans qui ne produisent pas assez ou qui produisent «trop» sont appelés «koulaks», et Staline juge qu’ils doivent être supprimés. Entre 1920 et 1935, plus de 2 millions de paysans sont déportés ou meurent de faim en Ukraine et dans le sud du pays. Cette politique, qui rencontre une forte résistance passive dans la société paysanne, entraîna, surtout en Ukraine, une grande famine. C’est l’Holodomor, mot qui signifie «extermination par la faim», et que l’on a assimilé – non sans raison – à l’extermination des juifs dans les camps de la mort.

Pourquoi l’Ukraine ? Parce que, pays agricole, l’Ukraine s’opposa à la collectivisation des fermes, et elle s’y opposa en masse. Ce fut une sorte de guerre paysanne contre le despotisme du pouvoir communiste, une révolte générale, que Staline réprima avec une brutalité impitoyable jusqu’à promulguer, le 7 août 1932, la «loi des épis» : «garder sur soi quelques grains de blé ou de seigle devenait passible de la peine de mort5». Si cet acte criminel ne souleva pas l’inquiétude de l’Occident, c’est qu’elle n’était pas bien connue dans les milieux journalistiques et que les journalistes qui pouvaient en parler n’étaient pas crus. L’Occident, dans ses franges de gauche, ne voulait ni trop contrarier Staline, ni trop parler des pays dominés par Moscou. Les frontières n’étaient pas ouvertes.

Après la victoire de 1944, l’Occident avait développé chez son intelligentsia de gauche une certaine «dévotion» pour le gouvernement stalinien. N’avait-il pas combattu à ses côtés ? Le socialisme n’avait-il pas réussi en Russie à nous délivrer de cet «infâme» capitalisme, que d’ailleurs l’Église condamnait dans ses encycliques sociales, principalement dans Quadragesimo anno ? En 1956, cet enthousiasme ignorant et imbécile commença à baisser quand on apprit que le 4 et le 11 novembre 1956, les chars soviétiques écrasaient le mouvement de libération de Hongrie suscité par Imre Nagy, tuant 3 000 personnes et entraînant le départ de plus de 200 000 Hongrois. Il était déjà trop tard !

Pour en revenir à l’Holodomor, il fut finalement reconnu comme un génocide grâce à la parution du livre d’Alexandre Soljenitsyne, L’archipel du Goulag (1973), mais on était quarante ans après cet acte criminel, un acte que Vladimir Poutine refuse encore de reconnaître comme une politique stalinienne.

La conférence de Yalta

Staline voulait industrialiser la Russie à très grande vitesse. Le Pacte germano-Soviétique lui en donne la liberté en acceptant de lui concéder ces républiques qui bordent l’URSS comme des républiques russes ou russophiles. Si elles ne le sont pas de jure, elles le sont de facto. La Conférence de Yalta ne l’a pas consacré. C’était un fait admis. De droit, on n’en sait rien ! De fait, on ferme les yeux.

La conférence de Yalta, qui s’est tenue du 4 au 11 février 1945 dans le palais de Livadia, situé dans les environs de la station balnéaire de Yalta en Crimée, avait comme buts :

  • d’adopter une stratégie commune afin de hâter la fin de la deuxième guerre mondiale ;
  • de régler le sort de l’Europe après la défaite du Troisième Reich ;
  • de garantir la stabilité du nouvel ordre mondial après la victoire.
Betsy DeVos
La conférence de Yalta. De gauche à droite : Churchill, Roosevelt, Staline.
 

Elle garantissait au moins les délimitations territoriales de l’avant-guerre, et l’URSS avait déjà délimité son territoire avant les débuts de la deuxième guerre mondiale. Les accords de Munich n’avaient été ni respectés, ni efficaces, mais le pacte germano-soviétique était toujours en vigueur. D’ailleurs, l’URSS y avait un pied, comme le mur de Berlin en témoigne !

Le désir de Staline d’industrialiser le pays à très grande vitesse transforma la Russie et un bon nombre de pays satellites en un champ industriel qui frisait l’esclavage. Développer une puissance économique et militaire qui serait l’opposé de celle de l’Occident – toujours la référence marxiste de la dialectique – est inscrit dans la tête du stalinien.


L’URSS avait réussi à réunir et à imposer ses vues à un ensemble de pays satellites. C’est le pacte de Varsovie en 1955.


L’URSS n’avait pas fait qu’occuper physiquement tous les pays qui se trouvent sur son pourtour, elle avait réussi à réunir et à imposer ses vues à un ensemble de pays satellites. C’est le pacte de Varsovie en 1955, auquel souscrivirent de force plus que de gré ces pays satellites : République socialiste tchécoslovaque, République démocratique allemande, République populaire de Hongrie, République populaire de Pologne, République populaire de Roumanie, République populaire de Bulgarie, République populaire d’Albanie. Aux USA qui ont créé l’OTAN, avec l’Europe de l’Ouest et le Canada, on oppose l’Union soviétique. Normal !

L’industrialisation, quant à elle, met les «travailleurs» au travail. Dans de nombreux lieux de l’URSS, on crée des «camps de travail». On devait y travailler de 16 à 18 heures par jour, et des sanctions très dures étaient imposées si l’on n’atteignait pas les quotas, sanctions allant de la réduction du salaire à l’accusation de sabotage ou de trahison conduisant directement au Goulag. Celui-ci devenait le pourvoyeur d’une main d’œuvre gratuite. Le plan quinquennal de 1928-1932 coûta la vie à 127 000 travailleurs ; celui de 1931-1939 à 6 millions. L’URSS se vanta d’avoir atteint le niveau de vie de l’Occident. En fait, les constructions industrielles ont fait lourdement baisser le niveau de vie et furent l’occasion d’une utilisation quasi esclavagiste de la population ouvrière, sans compter le mépris de la classe paysanne.

Le mécanisme qui fournit l’énergie humaine s’appelle la terreur de masse ou l’exécution des grandes purges, qui envoient à la mort près de 680 000 personnes et déportent des centaines de milliers d’autres.

En 1943, Staline fonde l’Institut Kourtchatov de recherches nucléaires, suivi du complexe nucléaire Maïak. Cela lui permet de faire son premier essai nucléaire en 1949. Les bombes lancées par les Américains au Japon – Nagasaki et Hiroshima – le prouvent ; elles deviennent à l’heure actuelle un fort moyen de chantage politique. Ce dont ne se prive pas Vladimir Poutine.

Mort et succession de Staline

En mars 1953, Staline meurt. Il a un certain nombre de successeurs, et chacun à sa manière reçoit un héritage dont il va essayer de laver les souillures pour en garder intact l’esprit. Khrouchtchev déclare une amnistie et, au Congrès du Parti communiste, il prononce un discours sur le culte de la personnalité entretenu par Staline, dénonçant la dictature qu’il a fait subir à l’URSS. Mais pas question de reconnaître la liberté politique des satellites. C’est lui qui envoie les chars soviétiques pour briser l’insurrection des Hongrois en 1956. Déposé par le Comité central du Parti en 1964. À sa mort en 1971, il est remplacé par Léonid Brejnev (+ 1982). Malgré une certaine détente, c’est lui qui casse par la force le Printemps de Prague en 1968, lorsque les tentatives de la Tchécoslovaquie d’introduire un socialisme à visage humain sont réprimées par les forces du pacte de Varsovie. Cependant, lorsqu’il tente d’intervenir en Afghanistan pour soutenir le régime communiste en place, il met fin à l’inertie des États-Unis en suscitant un embargo sur la fourniture d’armements et par le boycott des jeux olympiques d’été prévus à Moscou pour 1980. En mars 1989, il fait une crise cardiaque qui le conduit à la mort à la fin de l’année.

Brejnev est remplacé par Iouri Andropov (+ 1984), puis par Konstantin Tchernenko (+ 1985), qui continuent tous les deux à observer la politique de Brejnev. Celle-ci obtient un certain succès au Liban et en Syrie. En 1969, Mouammar Kadhafi, âgé de 27 ans, est désormais chef de l’État en Libye, en qualité de président du Conseil de commandement de la révolution (CCR). Il détermine lui-même ses propres idées politiques, tentant de ne dépendre ni des États-Unis, ni de Moscou. Il est arabe et veut donner à l’Arabie une place importante à jouer dans les grandes disputes politiques qui semblent demeurer celles de Moscou et de Washington. D’où un essai de développement d’une vision pan arabiste des principaux pays de la région du Moyen-Orient. Il en reçoit une approbation plus importante à l’Est qu’à l’Ouest et a le soutien de Moscou. Ce qui n’augmentera pas l’acquiescement de l’Occident. Mais il n’en a pas les moyens et, sur le tard, quand il déclare son alliance à l’Occident, il est lui-même trahi par ses propres fidèles et exécuté près de Syrthe en 2011. Il en est de même pour la Syrie, où Moscou continue à soutenir Bachar el-Assad, le dictateur arabe qui demeure en place malgré son isolement par rapport à l’Occident et à l’Arabie Saoudite. Là, Vladimir Poutine déploie une politique typiquement moscovite, qui ressemble plus à celle de Trotski que de Staline.


Mikhaïl Gorbatchev, dernier de cette génération engendrée par Staline. Il devient le président de l’URSS et il préparera sa dissolution.


Mikhaïl Gorbatchev est le dernier de cette génération engendrée par Staline. Il devient le président de l’URSS et, d’une certaine façon, il préparera sa dissolution. Il tente de sortir de l’impasse de la guerre froide alors que Ronald Reagan a lancé les États-Unis dans des programmes de modernisation rapide de l’armement, programme intitulé «guerre des étoiles». L’URSS, sous peine d’obsolescence technologique, était entrée dans la course, course qu’elle ne pouvait que perdre vu son retard informatique et son économie en grave crise. Gorbatchev va inaugurer une série d’initiatives qui aboutiront à une détente certaine, et dont le symbole réel est l’abolition du mur de Berlin. C’est un bouclage des frontières.

L’Occident semble un peu perdu dans ses réactions. Kennedy qualifie la construction du mur de Berlin de «solution peut élégante, mille fois préférable à la guerre», mais affirme que c’est une défaite communiste. Il touche d’abord les Allemands de l’Est et ne remettrait pas en cause l’équilibre géopolitique. Mais les résultats sont bien concrets : depuis le 1er juin 1952, les habitants de Berlin-Ouest ne peuvent plus entrer dans Berlin-Est, et vice-versa. C’est une violation de la liberté de déplacement pour des personnes dont les pays ne sont pas en guerre et qui semblent avoir signé un traité de paix. Le 12 juin, Ronald Reagan, le président des États-Unis, prononce devant la Porte de Brandebourg un discours mémorable, «Tear down this wall» («Abattez ce mur»). Ce discours provoque un élan d’énergie dans tous les territoires des pays satellites et un courant dans toute l’Europe. Le 9 novembre 1989, le mur est ouvert et plusieurs milliers de Berlinois de l’Est se pressent au point de passage. Le lendemain matin, c’est la ruée. Pour beaucoup, c’est la paix ! La fin de la menace soviétique !

Et alors, Vladimir Poutine ?

Quand Poutine prend la présidence en 2000, il a deux objectifs pour justifier sa politique et consolider son pouvoir. En interne, il faut rétablir l’ordre et, en externe, il a promis de restaurer la grandeur de la Russie. «Le 25 décembre 1991, par la reconnaissance officielle de la sécession, intervenue dans les mois précédents, des républiques de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS)». C’était le résultat de la déclaration numéro 142-Н du Soviet suprême de l’Union soviétique qui reconnaissait l’indépendance des anciennes républiques soviétiques et créait la Communauté des États indépendants (CEI), bien que cinq des signataires l’aient ratifiée. Il faut savoir que, encore à ce jour, beaucoup ne l’ont toujours pas fait. La veille, le 25 décembre, le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, huitième et dernier dirigeant de l’URSS, avait démissionné, déclarant son poste éteint et transférant ses pouvoirs, y compris le contrôle des codes de lancement de missiles nucléaires, au Président de la fédération de Russie, Boris Eltsine. Ce soir-là, à 19 h 32, le drapeau soviétique fut abaissé pour la dernière fois du Kremlin et remplacé par le drapeau russe prérévolutionnaire6».

Aline Lizotte

À suivre…

 


1 – État sécessionniste autoproclamé et reconnu par la Russie dans le cadre de la guerre du Donbass. Elle appartient de jure à l’Ukraine, dont elle est la première ville industrielle et économique, ainsi qu’à l’oblast de Donetsk, dont elle est la capitale administrative. Elle comptait 918 536 habitants en 2017 et 1 623 194 pour son agglomération. Donetsk est la «capitale» officieuse de la région du Donbass. Il en est de même de Lougansk. Ce sont ces deux Républiques dont Vladimir Poutine vient, au début de la guerre qu’il inflige à l’Ukraine, de donner une indépendance de jure, au grand scandale de la Communauté internationale.

2 – En 1917 est constituée la Rada centrale, dirigée par Mykhaïlo Hrouchevsky, qui gouverna la République populaire ukrainienne jusqu’au 29 avril 1918.

3 – La confiance de Lénine comporte quelques doutes. Lénine lui-même n’a-t-il pas écrit : «Le camarade Staline en devenant secrétaire général (du Comité central du parti) a concentré un pouvoir immense entre ses mains et je ne suis pas sûr qu’il sache toujours en user avec suffisamment de prudence. D’autre part, le camarade Trotski, ainsi que l’a démontré sa lutte contre le Comité central dans la question du commissariat des Voies et Communications, se distingue non seulement par ses capacités exceptionnelles – personnellement il est incontestablement l’homme le plus capable du Comité central actuel».

4 – La première structure institutionnelle du mouvement communiste international.

5Holodomor, article de Wikipédia consulté le 10 mars 2022.

6La dislocation de l’URSS, Wikipédia consulté le 10 mars 2022.

 

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