Bouton des brèves

Actualité religieuse

Ordre de Malte : le pape souverain

Drapeau de l'ordre de Malte

Le 29 janvier, le pape a reçu en audience privée le cardinal Silvano Tomasi, à qui il a donné en octobre 2021 tous les pouvoirs pour réformer l’ordre de Malte(1), et le Père Gianfranco Ghirlanda, expert en droit canonique. Suite à cet entretien, le cardinal Tomasi a adressé un courrier à plusieurs hauts responsables de l’ordre de Malte, demandant au nom du pape de geler toute initiative et activité jusqu’à ce que François reçoive personnellement une délégation de l’ordre pour «prendre lui-même une décision définitive» sur la base d’un «projet concret de réforme» qui devra lui être présenté. La réunion à Rome d’un groupe de travail mixte, qui devait poursuivre ses discussions sur la réforme de l’ordre les 22 et 23 février, est «suspendue», ainsi que celle d’un «comité de pilotage». Mgr Tomasi donne cet avertissement : «Toute autre activité» en vue de la réforme de l’ordre «sera considérée comme un acte de désobéissance au Saint-Père». Il termine son courrier par cette phrase : «Tous ensemble, avec l’aide de Dieu et l’intervention directe du Saint-Père, nous trouverons la voie juste pour accomplir la réforme de notre ordre aimé».

Albrecht Freiherr von Boeselager, grand chancelier de l’ordre, a pris acte de la décision de François, en lui promettant «fidélité» au nom de l’ordre. Il annonce aussi préparer la rencontre voulue par le pape en rappelant que le cardinal Tomasi a donné la semaine dernière «l’assurance que la souveraineté de l’ordre serait préservée dans la nouvelle Constitution et dans ses relations avec le Saint-Siège». C’est un des points de litige avec le Vatican, mais la vraie question de la réforme touche la nature de l’ordre : est-il, comme c’est l’opinion du pape, un ordre de frères religieux hospitaliers, donc soumis au Saint-Siège en tant que «religieux» et déployant une activité d’ONG humanitaire, ou une organisation médicale et humanitaire, héritier de la noble histoire de l’ordre mais non plus structurée en tant qu’ordre religieux, et donc en partie autonome par rapport au Saint-Siège ?
(1) En l’installantcomme délégué spécial pour l’ordre de Malte, François lui donnait tous les pouvoirs et l’autorisait «à déroger, si nécessaire, à la charte constitutionnelle et au code de l’ordre de Malte en vigueur».
Source : Le Figaro

Église allemande : deux déclarations du cardinal Marx

À la veille d’une nouvelle assemblée du synode allemand, le cardinal Reinhard Marx a tenu une conférence de presse à Munich, dans laquelle il répondait au rapport l’accusant, ainsi que plusieurs de ses prédécesseurs (y compris Mgr Josef Ratzinger), de mauvaise gestion de cas d’abus sexuels en tant qu’archevêques de Munich et Freising. Il a affirmé que la synodalité était «la condition de base pour une nouvelle Église» et que l’homosexualité ne devrait pas être une restriction à la «capacité de devenir prêtre». Il a ajouté ces propos : «Comment faire face à l’homosexualité des prêtres ? […] Tout le monde n’est pas obligé de déclarer [aux autres] son propre penchant sexuel, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel. C’est à lui de décider. Mais s’il le fait, alors cela doit être respecté et il ne s’agit pas d’une restriction de sa capacité à devenir prêtre. C’est ma position et nous devons la défendre.»

Par ailleurs, le même cardinal Marx, s’est prononcé en faveur de l’abolition du célibat des prêtres : «Pour beaucoup de prêtres, ce serait mieux s’ils étaient mariés. […]. Je me demande si (le célibat sacerdotal) doit être posé comme une condition de base pour chaque prêtre. […] Je le dis toujours aux jeunes prêtres. Vivre seul ce n’est pas si facile. Et si certains disent : sans obligation de célibat, ils vont tous se marier ! Ma réponse est : et alors ? Si tous se marient, ce serait pour le moins un signe montrant que les choses telles qu’elles sont ne fonctionnent pas».
Source : La Presse

New Beginning : une initiative pour éviter un schisme de l’Église allemande

Dans une lettre adressée à 67 évêques allemands, environ 2 000 évêques dans le monde, ainsi qu’à 500 congrégations, institutions et mouvements catholiques, les initiateurs de New Beginning (Nouveau départ) dénoncent la voie synodale allemande comme «un esprit de rébellion à l’œuvre qui trahit l’Évangile». Intitulé «Sept questions à l’Église catholique d’Allemagne sur la liberté et l’autonomie», le document joint à la lettre exprime la crainte que le Chemin synodal ne proclame un nouveau paradigme d’autodétermination radicale et absolue, qui pourrait conduire l’Église d’Allemagne au schisme. En annexe figure un ensemble de citations et de déclarations de théologiens et d’évêques au cours de la Voie synodale, ainsi que des déclarations typiques du processus, montrant «que son agenda n’est pas compatible avec l’enseignement continu de l’Église universelle.»

New Beginning se présente comme une association de théologiens, philosophes et anthropologues qui appellent à une réforme radicale de l’Église catholique, mais ne considèrent pas la Voie synodale allemande comme une solution viable : «L’accent n’est plus mis sur le Seigneur – sa parole et sa volonté –, mais sur l’homme – sa volonté, ses intérêts, son identité, ses désirs, sa liberté de déterminer ce qui est l’affaire de l’Église, ce qui semble encore plausible devant le tribunal de la modernité […], ce qui peut et ne peut pas être enseigné et vécu». Il demande aux évêques de l’Église catholique d’user de leur influence pour prévenir un schisme : «Le fait que le pape Léon X ait un jour rejeté les thèses de Martin Luther comme une « chamaillerie de moines » sans intérêt a peut-être été l’erreur la plus importante de l’histoire de l’Église. Exactement 500 ans plus tard, l’Église catholique romaine s’apprête à nouveau à minimiser un débat théologique dans un pays pas si lointain, à l’ignorer et à le considérer comme un problème allemand. Le prochain schisme de la chrétienté n’est pas loin. Et il viendra à nouveau d’Allemagne.»

En janvier, New Beginning a remis au pape François un Manifeste pour la réforme, signé par 6 000 catholiques, affirmant que la voie synodale instrumentalise les discussions nécessaires et urgentes à la suite du scandale des abus sexuels pour changer l’Église selon son agenda.
Source : Catholic News Agency

Le cardinal Filoni défend Benoît XVI

À l’occasion de la récente controverse suscitée par la publication du rapport sur les abus en Allemagne, le cardinal Fernando Filoni, Préfet émérite de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples de 2011 à 2019, a pris la défense du pape émérite Benoît XVI : «J’ai appris à connaître Benoît XVI personnellement d’autant plus que, au début de son ministère pontifical, il m’a appelé à Rome depuis les Philippines, où il m’avait affecté un an plus tôt comme son représentant pontifical. Je me souviens très bien de notre première rencontre ; c’était au début du mois de juillet 2007. Il m’avait désigné comme suppléant à la Secrétairerie d’État, c’est-à-dire comme l’un de ses plus proches collaborateurs. Cela m’a permis de lui rendre visite au moins une fois par semaine pour discuter des questions qui l’intéressent et recevoir des conseils appropriés sur de nombreux aspects de la vie de la Curie et de l’Église».

Il a ajouté qu’au cours de ces années, «le problème de la pédérastie dans l’Église a émergé avec virulence» et qu’ils ont donc organisé des rencontres avec les victimes, qui se déroulaient dans «un sens véritablement humain et spirituel». «Il a toujours été clair pour moi que Benoît XVI voulait s’y attaquer avec détermination. En cela, je peux témoigner avant tout de sa profonde et très haute honnêteté morale et intellectuelle. Je peux affirmer que je n’ai jamais trouvé en lui la moindre ombre ou tentative de cacher ou de minimiser quoi que ce soit. On ne peut pas non plus confondre sa délicatesse dans le traitement des questions de sens moral profond avec l’incertitude ou autre chose. Je connais bien aussi son immense angoisse face aux graves problèmes ecclésiaux, et je me souviens clairement d’une expression qu’il avait l’habitude de prononcer avec un profond soupir : “Qu’il est impénétrable, l’abîme dans lequel nous tombons par la misère humaine !” Cela l’affligeait intimement et parfois il restait silencieux pendant un long moment. D’autant plus si ces misères humaines touchent les hommes d’Église».
Source : Arciprensa

Dominicaines du Saint-Esprit : les excuses du pape

Le pape François

Six mois après la polémique suscitée par le rejet de la supplique d’une dominicaine du Saint-Esprit(1), Mère Marie Féréol, et son renvoi définitif de la vie religieuse, le pape François a voulu clarifier un certain nombre d’éléments concernant cet Institut. Sur son site, celui-ci rend publique une lettre du 23 décembre 2021 reçue directement du pape, qui vient conclure la Visite apostolique confiée en juin 2020 au cardinal Marc Ouellet et effectuée par les deux Visiteurs apostoliques nommés pour cette mission, Dom Jean-Charles Nault, osb, et Mère Emmanuelle Desjobert, oc. Elles en font le compte-rendu suivant :

«Le pape affirme qu’il a suivi lui-même “de très près cette visite, prenant personnellement les décisions qui s’imposaient”. Il exprime ensuite des propos d’encouragement pour l’avenir de l’Institut, compte tenu des résultats de la Visite. Celle-ci a en effet permis de faire la lumière sur des difficultés du passé mais aussi de proposer et commencer la mise en œuvre des solutions. Très confiant pour la poursuite de ce travail, il écrit : “Remerciez Dieu de la grâce qui vous a été faite et du nouveau départ que permettent les circonstances présentes.” Puis, en des mots d’une gravité toute particulière, il constate que l’accompagnement dont l’Institut a été l’objet de la part du Siège apostolique depuis le début de son pontificat n’a pas toujours été “adéquat”. Il fait état de “défaillances” de la part de certaines instances de la Curie pontificale, et, soucieux d’en assumer la responsabilité, il présente des excuses à l’Institut. Il reconnaît que l’accompagnement des personnes adultes “victimes d’abus” en 2012-2013 a été déficient, précisant qu’elles n’ont pas été entendues à cette époque par les autorités romaines et que les démarches adaptées de soutien n’ont pas été réalisées. Depuis la Visite de 2020-2021, ces victimes sont accompagnées avec soin. Des procédures étatiques et canoniques sont en cours. Le Saint-Père précise aussi que la “réhabilitation” du fondateur de l’Institut, le Père Victor-Alain Berto, demandée par la Commission Ecclesia Dei sur la base de son analyse imparfaite de la situation, “ne peut pas être maintenue sans nuances” en raison d’éléments mis en lumière au cours de la Visite apostolique. Le pape confie la suite de l’accompagnement de l’Institut des Dominicaines du Saint-Esprit, jusqu’à nouvel ordre, au cardinal Marc Ouellet et lui redit sa confiance, ainsi qu’au Père Henry Donneaud, op, nommé Assistant apostolique en septembre dernier pour veiller à la mise en œuvre des orientations qu’il a données à la suite de la Visite.»

S’il ne fait aucune mention du cas de l’ex-Mère Marie Féréol, le pape assume implicitement le renvoi définitif de la vie religieuse de cette sœur. L’autorité du Préfet de la Congrégation pour les évêques, Mgr Ouellet, avait été remise en cause par certains après que ce dernier ait signé le décret renvoyant la religieuse, en avril 2021.

L’Institut des Dominicaines du Saint-Esprit connaît des difficultés depuis plus de dix ans, lorsque sont remontées à Rome les premières alertes sur des dysfonctionnements internes. En 2010, la prieure générale envisageait de faire canoniser le fondateur de l’institut, l’abbé Berto (1900-1968), qui fut le théologien privé de Mgr Lefebvre au concile Vatican II. Sollicitées pour des témoignages, plusieurs religieuses ont fait état de «gestes équivoques» qu’il aurait eus à leur égard. À la même époque, certaines sœurs présentaient des fragilités psychologiques, et des exorcismes furent pratiqués avec l’accord des supérieures, notamment sur des novices en cours de formation. Plusieurs d’entre elles dénonceront par la suite des «violences physiques et psychologiques». Alertée, la Commission Ecclesia Dei prit en charge le dossier. En 2013 eut lieu une visite canonique dans la maison mère, qui mit en lumière de graves dérives de gouvernance. Le gouvernement de l’époque fut destitué et un commissaire pontifical nommé pour diriger l’Institut. Une enquête aboutit à un rapport de plus de 1 500 pages, dont la synthèse fut communiquée mi-janvier 2016 aux religieuses. Il concluait qu’aucun acte pédophile ne pouvait être reproché à l’abbé Berto, mais estimait ne pas être en mesure «de donner avec certitude un jugement sur leur gravité morale» des «gestes équivoques», faisant valoir que l’abbé, décédé, n’avait pu se défendre, et que les faits étaient prescrits.

Les «défaillances» pointées par le pape François dans sa lettre concernent trois domaines : certaines décisions qui ont été prises par Rome ont manifesté une méconnaissance de la vie religieuse, et l’accompagnement des personnes «victimes d’abus» a été déficient : «les démarches adaptées de soutien n’ont pas été engagées». Concernant le Père Berto, il précise que sa «réhabilitation» par la commission Ecclesia Dei «ne peut pas être maintenue sans nuances», comme le signalait la conclusion des deux experts.

«Dans une communauté blessée, qui a été marquée par une sorte de guerre des clans, le pape, en assumant la responsabilité des erreurs commises par ses propres services, pose un acte très fort et donne un cap qui doit permettre à l’Institut de repartir de l’avant», estime le Père Donneaud.

(1) L’Institut des dominicaines du Saint-Esprit est une société de vie apostolique de droit pontifical, issu d’une fraternité agrégée à l’ordre dominicain en 1943. Il a été créé par l’abbé Victor-Alain Berto (1900-1968), prêtre du diocèse de Vannes, qui fut le théologien de Mgr Marcel Lefebvre durant le concile Vatican II. Ses œuvres sont principalement la direction de cinq établissements scolaires.
Sources : Dominicaines du Saint-Esprit, Famille chrétienne, La Croix

Une étude critique sur le rapport Sauvé

Nous signalons à nos lecteurs la mise en ligne du site Revue CIASE, qui présente une relecture du rapport de la CIASE et réunit un ensemble d’arguments critiques à son sujet. Après une étude synthétique du rapport, il propose «une relecture pacifiée des travaux de la CIASE» et déclare : «Nous pensons que la protection des personnes se fera en privilégiant les actions de bonne gouvernance à la fois innovantes et conformes à la tradition (parfois oubliée) de l’Église et en mettant l’accent sur la question de l’affectivité des candidats au sacerdoce, qui est le seul véritable sujet systémique mis en avant par le rapport.
Source : https://www.revueciase.fr/

«Je vais mourir, mais je ne te laisserai pas entrer»

Akash Bashir est le premier Serviteur de Dieu dans l’histoire de l’Église du Pakistan. Ce jeune laïc, né le 22 juin 1994 à Risalpur, était étudiant à l’Institut technique Don Bosco de Lahore et faisait partie des jeunes actifs dans la communauté paroissiale de l’église Saint-Jean. Il a offert sa vie en sacrifice pour sauver la vie de centaines de chrétiens présents à l’intérieur de l’église paroissiale, le 15 mars 2015, en bloquant un terroriste et en mourant avec lui. Ce jour-là, il servait comme membre du personnel de sécurité à l’extérieur de l’église. Remarquant un homme qui tentait d’entrer dans l’église avec une ceinture explosive sur le corps, il l’a serré dans ses bras et plaqué au sol, l’empêchant de faire un massacre à l’intérieur de l’église. Le terroriste s’est fait exploser, et Akash est mort avec lui. Ses derniers mots ont été : «Je vais mourir, mais je ne te laisserai pas entrer.»

Mgr Sebastian Shaw, archevêque de Lahore, a exprimé à plusieurs reprises sa reconnaissance pour le courage et le sacrifice d’Akash : «Nous louons et remercions Dieu pour ce jeune homme courageux, qui aurait pu s’enfuir ou essayer de se sauver, mais qui est resté ferme dans sa foi et n’a pas laissé le kamikaze entrer dans l’église. Il a donné sa vie pour sauver plus de mille personnes qui se trouvaient à l’intérieur de l’église pour la messe du dimanche.»
Source : Agence Fides

 

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