Le pape et un prétendu bon catholique

Le 29 octobre, au cours de la rencontre du Président américain avec le pape François, il fut question de la polémique soulevée par les évêques des États-Unis à propos de la politique de Joe Biden en faveur de l’avortement qui devrait, selon la majorité d’entre eux, lui interdire l’accès à la communion. Selon Joe Biden lui-même, le pape lui aurait dit qu’il pouvait «continuer à recevoir la communion» et qu’il se réjouissait de voir en lui «un bon catholique». Des déclarations qui ne sont pas sans soulever quelques questions…

Je parle bien de vérité et non de sincérité. Autant la seconde est subjective et reflète un état de la conscience de soi, autant la première recherche l’objectivité, dans toute la mesure du possible. Ce «détail» de point de vue a sans doute échappé à M. Biden.

Selon les médias américains, après son entrevue avec le pape, qui s’est tenue le 29 octobre dernier, il a été interrogé à l’occasion d’une rencontre avec la presse pour savoir si la question de l’avortement avait été abordée. Il a répondu : «Non… Nous avons simplement évoqué le fait qu’il (le pape) était heureux que je sois un bon catholique, et que je devrais continuer de communier». Relancé par une question directe sur la réception de la communion, le Président des États-Unis a répondu : «Oui».

Un problème de cohérence

À propos du refus de la communion, dans un précédent article publié le 1er octobre, j’avais mis en lumière les conditions très restrictives que le Droit canonique pose pour refuser la communion à un fidèle. Mais j’avais aussi souligné le problème de cohérence et l’atteinte à l’autorité de l’Église que suscite le comportement d’un dirigeant politique qui, tout à la fois, se dit catholique et promeut l’avortement.

On sait déjà que le pape François ne veut pas prendre le parti des évêques américains, qui militent pour que l’accès à la communion soit refusé à M. Biden en raison de la législation qu’il promeut auprès du Congrès en faveur de l’avortement. Le Saint-Père a-t-il franchi un pas de plus en prenant ici le parti du Président ? Très clairement, c’est ce que celui-ci veut faire entendre en préemptant la parole du pape en sa faveur, et c’est ce que la plupart des médias ont compris en relayant le propos.

M. Biden n’est pas le premier homme politique à faire parler le pape au sortir d’un entretien et, plus le rapport à l’Église est ambigu, plus c’est le cas. Mais peut-on faire parler le pape pour lui attribuer, contre toute décence et courtoisie diplomatique, des propos qui arrangent opportunément son interlocuteur ?

Selon le communiqué de la Secrétairerie d’État, il est dit que : «Au cours de discussions cordiales, les parties ont exprimé leurs convergences sur l’engagement commun en faveur de la protection de la planète, sur la situation sanitaire et la lutte contre la pandémie de Covid-19, ainsi que sur le thème des réfugiés et de l’assistance aux migrants. [Les parties] ont également évoqué la protection des droits humains, y compris la liberté de religion et de conscience. Enfin, les conversations ont permis un échange de vues sur différentes questions relatives à la situation internationale présente, notamment dans le contexte du sommet imminent du G20 à Rome, et à la promotion de la paix par la négociation politique». Rien sur l’avortement.

L’outrecuidance de M. Biden

Il est peu fréquent que, dans ce genre de rencontre, les affaires intérieures d’un pays soient évoquées. Et, plus rare encore, voire jamais, le rapport personnel que l’interlocuteur du pape entretient avec la religion. Cette question relève de sa conscience et n’a pas, normalement, à prendre une place officielle dans des conversations diplomatiques. S’il peut arriver qu’elle soit abordée – on en connaît quelques exemples – c’est exclusivement à un titre strictement personnel, qui ne fait l’objet d’aucune communication publique.

Première conclusion : même si la question de l’accès du Président des États-Unis à la communion a été abordée, nous n’en saurons rien officiellement. En effet, il est d’usage que le Saint-Siège ne démente ni ne confirme jamais les propos prêtés au Saint-Père et rapportés par son interlocuteur.

Seconde conclusion : en enfreignant les règles de discrétion et de courtoisie qu’il ne pouvait ignorer, M. Biden s’est comporté comme un malotru.

Troisième conclusion : néanmoins, compte tenu de l’ambiguïté de la position antérieure du pape François sur ce sujet et, à supposer qu’il ait été abordé – les entretiens ayant apparemment eu lieu en anglais et sans interprète –, on peut imaginer (ce n’est qu’une hypothèse personnelle) que le pape, qui connaît la famille Biden de longue date et qui en a été proche lors du décès prématuré du fils du Président, ait tenu des propos équivoques, soit qu’ils résultent d’une mauvaise maîtrise de la langue, soit qu’ils aient été rendus délibérément tels ; propos que le Président aurait ensuite instrumentalisés à sa guise…

Finalement, ce que l’on retiendra surtout, c’est l’outrecuidance, voire l’orgueil d’un homme à s’attribuer publiquement la qualité de «bon catholique» au sortir d’un entretien avec le pape. Je sais que l’humilité n’est pas la vertu première des hommes politiques, surtout quand ils se sont hissés aux plus hautes fonctions, mais quand même… Rien que pour cela, on doit considérer le propos de M. Biden avec la plus grande défiance.

François de Lacoste-Lareymondie

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