Le christianisme au soleil couchant

Le catholicisme, hier encore religion de la très grande majorité des Français, est-il moribond ? La question ne retient pas seulement l’attention de certains penseurs actuels, mais préoccupe beaucoup d’entre nous dans l’atmosphère de consternation qui a suivi la publication du Rapport Sauvé. Faut-il se résoudre à un christianisme sans Chrétienté, un christianisme sans l’Église, sans sa hiérarchie, sans sa prétention à la vérité, sans ses rites et sans ses lois ? Aline Lizotte nous propose ses réflexions sur ce sujet.

«Ô Galates sans intelligence, qui vous a ensorcelés ? À vos yeux pourtant ont été dépeints les traits de Jésus Christ en croix. […] Êtes-vous à ce point dépourvus d’intelligence que de commencer par l’Esprit pour finir maintenant dans la chair ? […] Celui donc qui vous prodigue l’Esprit et qui opère parmi vous des miracles, le fait-il donc parce que vous pratiquez la Loi ou parce que vous croyez à la prédication ?» (Ga 3,1.3.5)

Ce passage de l’épître aux Galates (écrite de la main de saint Paul) pourrait à peu de choses près s’adresser à beaucoup de chrétiens en France qui, profondément ébranlés par les difficultés que traverse aujourd’hui l’Église catholique, se sentiraient prêts à quitter cette religion «dépassée» et se retourneraient peut-être vers certaines spiritualités orientales.

La fin annoncée du christianisme

Aujourd’hui, on se goinfre de statistiques. Avant, on avale sans trop de critique, la pensée de quelques têtes «bien faites», la célébrité médiatique, qui devenait le critère du «sérieux» de l’œuvre, suffisait à décerner le titre de «philosophe». Mai 68 a vu surgir toute une pléiade de philosophes, d’humanistes se disant athées subjectifs, amoureux de la transcendance sans la personnaliser, admirateurs spirituels de l’esprit sans ancrages dogmatiques, sympathiques au bouddhisme, surtout tibétain, nietzschéen par essence, prenant leurs distances avec le marxisme-léninisme, premier fondement de leurs espérances. Ils ont formé une école sans maîtres et sans disciples, une sorte de rencontre où les contraires se frottent sans se détruire, où l’on est à la fois le même et l’autre.

Ces philosophes se nomment Michel Foucault, Gilles Deleuze, André Comte-Sponville, Dominique Lecourt, Luc Ferry, Louis Althusser, Jacques Lacan, etc. Ce sont, pour le paysage médiatique français, les philosophes du New Age. Ils ont les mêmes traits communs : ils sont humanistes, épris d’un «dieu sans Dieu», du respect du religieux sans religion, de certitudes intérieures sans vérité, de foi sans savoir. Ils nous livrent leurs pensées comme on effeuille les pétales d’une rose. Ils ne refont pas le monde dans lequel ils se sentent bien : au contraire, ils refont le ciel, ou plutôt ils prétendent le refaire à la mesure de l’homme.

De ces penseurs sont sortis, par le biais des Grandes Écoles de Paris, les sociologues, psychologues, psychothérapeutes, psychanalystes, adorateurs de Freud – toutes distances sauvegardées – qui deviennent, par médias interposés, les nouveaux «directeurs spirituels» de nos consciences. Si on les laisse faire, émane de leurs pensées et de leurs idées originales la seule certitude qui les unit peut-être : l’Église catholique, c’est terminé ! L’Église catholique, c’est du passé. Elle est morte, elle ne ressuscitera pas. Subsisteront dans nos inconscients collectifs quelques traces de valeurs spirituelles que nous devons précieusement garder et avec lesquelles nous rebâtirons un monde nouveau, sans religion, sans dogme, sans obligation d’une loi morale intérieure dictée par une volonté qui n’est pas la nôtre, un monde dont nous ne serons plus l’objet, mais le sujet libre !

Un monde qui redevient païen

Il y a plusieurs auteurs que l’on pourrait citer. Je me bornerai à deux livres tout frais sortis des presses : le premier, de Guillaume Cuchet, Le catholicisme a-t-il encore un avenir en France ? (éditions du Seuil), le second, de Chantal Delsol, La fin de la chrétienté (éditions du Cerf).

Le catholicisme a-t-il encore un avenir en France ?

Pour en arriver au petit reste de 30 % de la population qui demeure catholique avec seulement 2 % de pratiquants, Guillaume Cuchet examine trois facteurs qu’il analysera plus à fond dans la suite de son livre : 1° le vieillissement de la génération des baby-boomers ; 2° la déchristianisation de la population à partir de 1830. Elle est due d’une part à la baisse des membres du clergé et des ordinations de nouveaux prêtres, ce qui diminue l’efficacité de l’encadrement (en 1830, on ordonnait 2 357 prêtres par an ; maintenant le nombre est réduit à près d’une centaine). D’autre part, cette déchristianisation serait également due à la politique anticléricale de la IIIe République et à l’exode de la population rurale vers les grandes villes ; 3° il faut ajouter le changement des mœurs de la population, dont la morale se trouve de plus en plus en contradiction avec la morale catholique. Il y a un nombre croissant de personnes qui, volens nolens, prennent leurs distances et qui «ont tendance à démolir en sortant le système qui les juge1».


Pour un sociologue, la baisse de l’influence de l’Église catholique en France signifie baisse de la pratique, de l’encadrement, désaffection des jeunes et contestation des lois morales.


Voilà quelques réflexions importantes tirées d’une vision «sociologique» qui n’explique pas grand-chose dans la mesure où la vitalité d’une foi chrétienne tient rarement à son accord avec le milieu social, avec l’âge d’une population, et même à l’encadrement clérical. Elle nous explique cependant ce que signifie pour un sociologue la baisse de l’influence de l’Église catholique en France : baisse de la pratique, baisse de l’encadrement, désaffection des jeunes et contestation des lois morales. À peu de choses près, on pourrait avoir le même cadre d’investigation pour un club de foot ou pour la popularité d’une vedette.

Ce qui est intéressant dans l’analyse que fait Cuchet, c’est ce qu’il dit du phénomène de la mort qui, selon notre auteur, serait l’une des quatre fins dernières enseignées par l’Église catholique : outre la mort, ce sont le jugement particulier, l’enfer et le paradis2. Pour notre auteur, la génération des baby-boomers qui se situe après une période où les guerres – celle de 1939-1945 et les autres (Indochine, Algérie) – rappelaient chaque jour la possibilité de la mort, la sienne ou celle des êtres chers, le climat social n’est plus celui de l’inquiétude de vivre. Cette génération n’a pas été affrontée à la mort par l’événement : la tuerie des guerres et autres traumatismes sociaux. Elle vit dans la durée du bien-être !

Les baby-boomers meurent de maladie ou d’accident. Ils acceptent l’inévitable et tentent de lui donner un sens lyrique ou personnaliste, même si l’angoisse les ronge. La mort prendrait le sens d’un voyage, d’un déplacement, d’un joyeux départ, d’une simple disparition. Autrement dit, la mort ne signifierait plus le jugement «dernier» qui détermine un état définitif vis-à-vis de Dieu (damnation ou salut), mais un simple au-revoir.

Un doute surgit: cette conception de la mort, qui est celle du bouddhisme, est-elle si répandue dans la population qui, de toutes les pratiques de l’Église catholique, conserve à 77 % la demande de funérailles à l’Église ? Il semble que, même si l’on ne pratique pas ou peu, même si l’on a au moins le souci du baptême, il faudrait encore le secours de cette bonne vieille Église pour assurer la sécurité du «transitus». Curieux ! Cette génération des baby-boomers, qui serait encore jeune à 70 ans, conserverait-elle quelques «superstitions » dont elle ne veut pas se séparer ? Même si les rites ont changé : le prêtre est devenu le grand absent des rites funéraires. C’est devenu l’affaire des équipes de laïcs. Le curé qui, en moyenne, a souvent plus de vingt paroisses à «sanctifier», n’a plus le temps de s’occuper des morts.

Autre élément de changement : l’ascèse s’est transformée en jogging. On ne jeûne plus, mais on fait sa «course» tous les dimanches, afin de conserver son corps en bon état et d’en avoir la maîtrise. Cette soumission du corps doit permettre de libérer l’esprit et de devenir des spirituels sans religion. Les «dogmes» se multiplient, et les programmes philosophiques, que Guillaume Cruchet appelle les «nones», augmentent. Ces nones définissent ce que l’on n’est pas : a-théiste, a-gnostique, indifférent, vegan, etc. C’est, dit Cuchet, une révolution silencieuse, mais peut-être pas aussi silencieuse qu’elle le paraît : si l’on additionne les «nones» avec les catholiques déclarés, «on n’est pas loin de retrouver les plus de 90 % de la génération baptisée dans l’Église catholique du milieu des années 19603».


Cette génération qui préfère la «méditation» silencieuse aux liturgies des cérémonies de l’Église glisse lentement vers une spiritualité de type bouddhiste.


Cependant, cette génération qui préfère la «méditation» silencieuse aux liturgies des cérémonies de l’Église glisse lentement vers une spiritualité de type bouddhiste, avec les pratiques zen, avec toutes les formes du yoga qui sont devenues si populaires à partir des années 1970. On met en évidence les nouvelles formes de spiritualités qui se sont répandues à la fin du XXe siècle. Trois amis en quête de sagesse, le livre écrit par Matthieu Ricard4, moine bouddhiste, invite à ces nouvelles formes de spiritualité.

L’analyse que fait Cuchet sur cette nouveauté de la spiritualité chez les jeunes et les moins jeunes est assez pertinente : «cette demande de “spiritualité”, de “méditation“ de “pleine conscience”, de “développement personnel”, vaste continent encore à peine exploré par la recherche académique, se développe à l’intérieur d’une mutation plus générale de la psyché contemporaine marquée par la psychologisation massive des mentalités, le recours aux anxiolytiques et aux antidépresseurs – phénomène de “moral chimique” qui introduit une nouveauté considérable dans notre histoire intérieure –, les nouvelles formes de l’ascèse alimentaire et sportive (dont le running), voire l’usage massif des stupéfiants (1,4 million d’usagers réguliers de cannabis, dont 700 000 quotidiens), notamment chez les jeunes. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu Les paradis artificiels (1860) de Baudelaire ou la biographie de certains “soixante-huitards” passés par le LSD avant d’en arriver aux religions orientales, pour supposer que cette demande contient aussi une part de recherche, qu’on pourra juger mal éclairée, de l’infini5».

Faux christianisme
Un rassemblement «Rainbow Gathering» – Mladifilozof / Wikimedia Commons

 

Guillaume Cuchet termine son livre par une apologie du bouddhisme, qui commence au chapitre V intitulé «Le Bouddha a plus la cote que Jésus». Le bouddhisme, que l’on croit être une spiritualité, peut-il être une réponse à une soif «spirituelle» qui n’est pas étrangère aux valeurs propres à cette nation formée par un long héritage du VIe siècle, et qui s’appelle encore aujourd’hui le christianisme ? La mode de ce jour le croit mort et certains, comme Chantal Delsol, le pensent terminé. Mais a-t-elle une solution ? Voyons voir !

La fin de la chrétienté

Ceux qui connaissent Chantal Delsol et la considèrent comme une catholique de la droite modérée et comme une essayiste recevant une approbation générale de ses écrits sans générer une admiration inconditionnée seront très surpris de lire son dernier ouvrage. On ne sait pas ce qui s’est passé, mais le lecteur se trouve devant une femme qui dépeint fort bien la crise moderne dans un style et qui, sans être d’accord, lui accorde une benevolentia permettant de chercher dans l’écologie naturelle une solution pour remplacer le christianisme jugé obsolète.

Une grande partie de son livre consiste à dépeindre les théories de ceux qui pensent la «Chrétienté» comme «le fruit du catholicisme, religion holiste, défendant une société organique récusant l’individualisme et la liberté individuelle6». Ceux-là diront que «même si l’Église a voulu, ce faisant, se réconcilier avec l’époque, il sera trop tard. La modernité tardive, qui commence après la Seconde guerre, considère définitivement l’Église comme une institution obsolète, parce qu’elle repose sur une vérité et use d’autorité pour la maintenir7».

Pour Chantal Delsol, «la pensée chrétienne a peu à peu renoncé à la Chrétienté8». D’où une longue critique des essais faits «pour adapter la Chrétienté aux idées modernes9. Ce christianisme, en raison de ses principes premiers – la vérité, la hiérarchie, l’autorité, la contrainte –, est irrémédiablement forcé à haïr toute modernité10. «Car le christianisme, qui est de l’espèce immortelle comme toute religion (il suffit d’une poignée de croyants pour qu’elle perdure), a créé avec la Chrétienté une civilisation, chose éphémère, soumise aux temps et aux modes, et éminemment fragile – mortelle11».


Pour la destruction du christianisme, le catholicisme est aidé par le protestantisme dans sa révolte contre la «réduction des vérités de foi au statut de symbole.»


Pour cette destruction du christianisme, le catholicisme est aidé par le protestantisme dans sa révolte contre la «réduction des vérités de foi au statut de symbole. En ce qui concerne le sacrement de la Communion, pour ne prendre que cet exemple, la vérité de la transsubstantiation est mise en cause, y compris dans certains séminaires12. Tous les essais pour défendre le Christianisme se sont avérés infructueux : la Chrétienté a poursuivi inexorablement sa marche à l’abîme13». Soit dit en passant, la critique que fait Chantal Delsol manque beaucoup à l’objectivité de l’histoire de l’Église. Inutile de reprendre toute sa critique, il suffit de lire un bon livre de l’histoire de l’Église pour réfuter sa conception personnelle et subjective de la chute de l’Église dans le vide.

Alors, que faut-il faire ? «La fin de la Chrétienté ne sera pas suivie par l’athéisme et par le nihilisme, mais par de nouveaux mythes et idéaux. Ni la civilisation ni la morale ne s’arrêtent avec la Chrétienté. Elles s’orientent autrement et suivent d’autres voies14». Ces deux nouvelles voies sont la morale et l’ontologie. La morale : le christianisme a reçu, selon elle, un «poste, si ce n’est un commandement politique au moins de gouvernance, de surveillance, de veille, d’inspection et de contrôle15». Il l’a exercé «par la charité et la pastorale, et par l’exercice d’une emprise légitime sur la société, emprise nécessaire s’il veut accomplir sa mission apostolique16». Cela l’a conduit à prêcher la fidélité conjugale, a vouloir protéger l’embryon, à promouvoir la notion de «personne» et sa dignité, et à considérer que toute action qui ne suit pas l’instant de l’émotion est mauvaise et doit au contraire «réclamer des efforts et même des sacrifices17».

Cette morale dite «chrétienne» n’est qu’une morale stoïcienne transformée en vérité dogmatique et en morale pour une élite18. Elle est une invasion normative !!! Elle a transformé le paradigme de la morale romaine, qui connaissait et admettait l’IVG, l’infidélité, la contraception, l’homosexualité, le suicide assisté. En un mot, cette morale chrétienne a spolié la morale romaine et sa propre culture «qui défendait l’ordre des choses, l’ordre de la païdeia». Cette invasion normative a duré seize siècles. Ce qui a enclenché la rupture, c’est la Révolution française. Cette période fut ce que l’on peut appeler «le début de la fin de la Chrétienté19», cela malgré le dur combat que lui fait celle-ci, mobilisant «toute son ardeur pour maintenir la puissance législatrice de ses mœurs20».

Quelle est la finalité de ce mouvement libérateur qui lutte de façon victorieuse contre cette morale de la chrétienté ? C’est la morale humanitariste contemporaine, «une morale entièrement tournée vers le bien-être de l’individu, sans aucune vision anthropologique. Ce qui compte, c’est le désir et le bien-être à l’instant même. On récuse donc la pédophilie qui nuit à l’enfant, mais pas l’IVG, qui ne s’attaque qu’à un être inconscient et surtout au bénéfice d’une victime caractérisée, la femme enceinte. En vue du bien-être de l’individu, nous légaliserons sans doute l’euthanasie. Mais nous légaliserons aussi la GPA, parce qu’elle répond au désir individuel d’avoir un enfant – et, pour la mère porteuse, le consentement suffit (l’affaire du consentement n’est pourtant pas claire : on honnit les sectes parce que l’on considère que le consentement y est vicié : il s’agit bien d’une variable d’ajustement utilisée dans les cas qui nous arrangent21).» Ici, Delsol n’a pas tort, mais elle ne prend pas assez de recul pour considérer objectivement que ce combat a toujours été celui de l’Église malgré les dix graves persécutions que la morale romaine, jusqu’à l’Édit de Milan (313), a infligées à l’Église chrétienne.


Ce qui a du prix, de la valeur, ce n’est plus la personne et sa dignité, mais l’individu, dont il faut protéger les libertés.


Ce changement brutal de toutes les valeurs normatives qui, jusqu’à la Révolution, avaient fait le consensus de la société, se voit en quelques siècles complétement détruit. Ce qui a du prix, de la valeur, ce n’est plus la personne et sa dignité, mais l’individu, dont il faut protéger les libertés. Et cela implique un changement ontologique : la dignité de la personne contre le bien-être de l’individu. D’où cette remarque ironique de l’auteur : «Le cas des supérieurs hiérarchiques de l’Église, accusés d’avoir couvert les crimes de pédophilie, est particulièrement significatif : c’était l’usage de toujours couvrir ce genre de choses ! On les accuse donc de n’avoir pas senti à temps l’arrivée triomphante de la nouvelle morale en vigueur. Tous ceux qui accusent, et la plupart de ceux qui sont accusés, sont rongés par une culpabilité rétroactive qui pourrait se traduire par “nous aurions dû, en ce temps-là, ratifier la morale d’aujourd’hui22”».

«Jusqu’à une période toute récente, on peut dire que l’Église demeurait holiste, privilégiant toujours l’institution par rapport à l’individu. C’est bien cela qui l’avait soulevée contre l’individualisme moderne, depuis la Révolution. Les affaires de pédophilie traduisent, pour la première fois, l’abandon du holisme traditionnel : l’individu à présent passe avant l’institution. C’est un bouleversement dogmatique, le signe d’une révolution identitaire au sein même de l’institution23

Cette description radicale des changements moraux et ontologiques qui animent, selon Chantal Delsol, la Chrétienté patronnée par l’Église catholique, qu’en pense-t-elle ?

«Toutes les lois sociétales votées dans l’ensemble des pays occidentaux depuis la fin du XXe siècle, traduisent un changement radical de paradigme, la fin d’un modèle chrétien et son remplacement par autre chose, qu’il faudra définir. C’est véritablement une rupture d’époque, plus importante que celle qui vit le remplacement de la monarchie par la république. C’est l’aboutissement d’un long parcours qui commence au XVIIIe siècle et visait à se défaire de la Chrétienté comme paradigme. Si l’on veut bien entendre par paradigme une architecture de principes, cohérents entre eux, qui gouvernent la morale, les mœurs, les lois d’une civilisation – alors la civilisation occidentale est en train, par la main de la démocratie postmoderne, de passer aujourd’hui d’un paradigme à l’autre24

Son diagnostic est assez sévère et assez percutant. Elle qualifie ce mouvement qui anime tout l’Occident de retour au «panthéisme païen».

Mais quelle solution propose-t-elle ? Un retour à la «nature», une sorte d’écologie sans transcendance, un respect des lois naturelles de la vie végétale et animale, pour sortir des fumées d’un spiritualisme rationnel. Il faut accepter ce que la morale romaine a accepté : l’IVG, peut-être pas l’esclavage (sauf pour les mères porteuses dans la GPA). Revenir au-delà du christianisme à la morale épicurienne ou stoïcienne selon son choix. Et retrouver le sens de la nature ?


L’Église fondée par Jésus-Christ a-t-elle comme finalité le bien-être physique et émotionnel de l’individu ou la vraie finalité dernière de la «personne» ?


Cependant, un retour à la nature, à ce qu’elle appelle la loi naturelle peut-il remplacer ce panthéisme spiritualiste ? D’après elle, non, car la chrétienté ayant échoué, elle est disqualifiée pour fonder une société politique qui exige de nouveaux paradigmes. L’esprit post-moderne exige autre chose ! Et cette autre chose ne serait-elle pas ce nouveau courant qui anime les espoirs renouvelés de l’Occident ? Ce nouveau courant qui n’est plus la Chrétienté, mais le bouddhisme adapté à l’Occident ? C’est pour elle un christianisme sans Chrétienté, c’est-à-dire un christianisme sans l’Église, sans sa hiérarchie, sans sa prétention à la vérité, sans ses rites et ses lois.

Mais : «Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps» (Mt 28, 20). Ces paroles ont-elles un sens, ont-elles une vision d’éternité ? Depuis plus de deux mille ans qu’elle vit, l’Église a-t-elle vraiment échoué ? Pour le savoir, il faut poser une première question. L’Église fondée par Jésus-Christ a-t-elle comme finalité le bien-être physique et émotionnel de l’individu ou la vraie finalité dernière de la «personne» ?

Nous y reviendrons, la semaine prochaine, en interrogeant le bouddhisme.

Aline Lizotte

 


1 – Guillaume Cuchet, Le catholicisme a-t-il encore un avenir en France ?, Seuil, édition Kindle, p. 20.

2Ibid., p. 33.

3Ibid., p. 56.

4 – Matthieu Ricard, né le 15 février 1946 à Aix-les-Bains (France), est un essayiste et photographe français. Après l’obtention d’un doctorat en génétique, il devient moine bouddhiste tibétain. Il réside principalement au monastère de Shéchèn, au Népal. Traducteur depuis le tibétain vers le français et l’anglais, il est depuis 1989 l’interprète en français du dalaï-lama. En 2000, il fonde l’association humanitaire Karuna-Shechen. Depuis cette même année, il fait partie du Mind and Life Institute, association qui facilite les rencontres entre la science et le bouddhisme. (Source : Wikipédia, consulté le 28 octobre 2021.)

5 – Guillaume Cuchet, op. cit., p. 90.

6 – Chantal Delsol, a fin de la Chrétienté, Cerf, 2021, p. 7.

7Ibid., p. 7.

8Ibid., p. 8.

9Ibid., p. 8.

10Ibid., p. 10.

11Ibid., p. 15.

12Ibid., p. 16.

13Ibid., p. 17.

14Ibid., p. 20.

15Ibid., p. 20.

16Ibid., p. 21.

17Ibid., p. 25.

18Ibid., p. 29.

19Ibid., p. 34.

20Ibid., p. 37.

21Ibid., p. 42.

22Ibid., p. 42.

23Ibid.

24Ibid.

 

Laisser un commentaire sur cet article

 

Télécharger le texte de cet article icône de fichier

>> Revenir à l’accueil