Ordinations dans l'Église catholique

Pourquoi le «Rapport de la CIASE sur les abus sexuels dans l’Église» étonne ? La révélation du nombre effarant d’enfants abusés a frappé de plein fouet les pasteurs et les fidèles ! Est-ce tout ? Pour ceux qui ne se sont arrêtés qu’à ce chiffre, cela semble suffisant. À lire attentivement ce document, on trouve d’autres causes. Aline Lizotte les analyse.

La dernière page du Rapport de l’INSERM demandé par la CIASE sur les agressions sexuelles dans l’Église se termine par ces lignes :
«L’Église catholique apparaît ainsi comme un observatoire privilégié de la domination masculine, et plus précisément du fonctionnement d’un système patriarcal, puisque celle-ci s’exerce au nom d’une certaine paternité. Ses effets y apparaissent exacerbés, d’autant plus que l’interdit de la sexualité des prêtres fait écho à une forme de diabolisation de celle des femmes.
L’institution ecclésiale revendique encore ouvertement la domination masculine et l’inscrit dans sa culture et dans ses structures. Tant qu’elle refusera de renoncer au monopole masculin du pouvoir et à sa métaphorisation paternelle qui, toute symbolique qu’elle soit, n’en a pas moins des effets réels, le risque de violence sexuelle au sein de l’Église catholique restera d’actualité1

Il faut bien comprendre ce que cela signifie2. Étudier l’Église comme un système patriarcal, c’est créer un «idéal-type» à la manière de Max Weber. Il faut donc «construire un concept théorique» comme principe d’analyse des «faits» et les interpréter, c’est-à-dire leur donner un sens à partir de cette construction pour qu’ils apparaissent plus «scientifiques». C’est ce que fait toute théorie.

Einstein3 nous avertit que «toute théorie est une pure construction de l’esprit». Elle n’est ni vraie ni fausse, elle est simplement bonne ou mauvaise. Elle est bonne si elle nous permet de donner une certaine cohérence logique aux faits observés. Ainsi en est-il de la mécanique newtonienne, qui permet de calculer la force de la gravitation en prenant comme seuls vecteurs le produit des masses et le carré de la distance. Cela permet d’avoir une juste mesure de tous les corps mobiles dans l’univers et de décrire leurs mutuelles interactions. Cela a très bien fonctionné jusqu’au temps où le scientifique, découvrant les particules de l’atome, a tenté de décrire mathématiquement selon les lois de la mécanique universelle le mouvement de l’électron. Il s’aperçut qu’il était impossible de mesurer son déplacement en rapport «absolu» entre sa masse et sa distance. Il fallait formuler une autre théorie, celle des quanta, qui repose sur «une quantification ou une probabilité d’énergie».

Très bien pour la physique des quanta, qui ne prend dans son champ d’observation que la masse et la distance, c’est-à-dire les constituants «naturels» du mouvement : le lieu et le temps. Mais appliquer cette méthode dite «scientifique» à tout être dans la nature ne va pas sans difficulté. Ramener tous les corps vivants au seul déterminisme de l’ADN promet des descriptions ambitieuses, mais n’explique pas la vie, car l’ADN ne fonctionne que dans un milieu vital. Le fonctionnement d’une cellule suppose la synthèse de ses protéines, mais qui peut justifier «biologiquement» l’ordre des acides aminés qui la composent ? C’est le dilemme auquel s’est heurté Jacques Monod4, montrant que l’on ne peut justifier chimiquement, c’est-à-dire par antériorité, cet ordre qu’il l’attribue au «hasard». C’est une démission philosophique, et encore d’une mauvaise philosophie !


Peut-on rendre compte des faits sociaux en partant d’une théorie, c’est-à-dire d’une pure construction de l’esprit ?


S’il en est ainsi, qu’en est-il des Sciences morales ou politiques, des Sciences de l’Homme ? Peut-on rendre compte des faits sociaux en partant d’une théorie, c’est-à-dire d’une pure construction de l’esprit ? Émile Durkheim le pensa et considéra le fait social comme une manière de faire qui s’impose à l’homme5. Si l’on ne peut nier que le contexte social influence l’homme et a souvent une très grande importance dans ses choix et ses comportements, peut-on pour autant prétendre que la construction d’une théorie puisse fournir la clé d’interprétation des comportements de l’homme, lui enlevant la responsabilité personnelle de ses actes ?

La question est délicate, et cet article ne peut la régler. Je ne l’évoque ici que pour faire comprendre que cette méthode est celle que privilégia la Commission Sauvé, sous l’influence du travail d’enquête demandé à l’INSERM. Quelle est donc cette théorie ? Elle est exprimée par ces quelques mots qui concluent l’enquête : «L’Église catholique apparaît ainsi comme un observatoire privilégié de la domination masculine, et plus précisément du fonctionnement d’un système patriarcal, puisque celle-ci s’exerce au nom d’une certaine paternité». Est-elle le fait de Nathalie Bajos6, l’une des responsables de l’INSERM qui a effectué le travail ? Si elle ne l’a pas écrite elle-même, elle est écrite sous sa responsabilité.

Si l’on part de cette théorie que l’Église catholique est sociologiquement une société patriarcale, le fil de l’enquête, et surtout l’analyse des faits déterminés par les analyses statistiques, ne peuvent s’interpréter que sous le principe de la domination, c’est-à-dire dans l’interaction du dominant et du dominé. Le clerc est sociologiquement un dominant, un abuseur de droit et, s’il est un agresseur sexuel, ce n’est qu’un facteur combinant de la construction asexuée qu’est l’Église catholique. Tout au long de cette deuxième partie, on sentira l’a priori principal de ce constructivisme, donné comme principe de compréhension ou de logique sociale.

On peut, à ce stade, essayer de comprendre ce que l’Église catholique de France a donné comme mandat à la Commission Sauvé. Était-ce simplement d’établir les faits, non seulement quant au nombre d’enfants maltraités et, s’il était possible, quant au nombre de clercs ou de religieux impliqués dans ces actes de violences sexuelles, ou était-ce d’en faire une analyse sociologique selon les méthodes sociologiques développées par le fondateur de la sociologie en France, Émile Durkheim ? Il semble que, quoi qu’elle ait voulu, elle a été trompée, sans aucune mauvaise volonté bien sûr. La question reviendra quand on parlera, brièvement, des membres de cette commission.

Les étapes du processus

On a déjà vu, à l’article précédent, l’analyse des actes de l’activité pastorale du prêtre dans l’exercice de son ministère, l’énumération des sept lieux d’exercice d’un pouvoir abusif : la civilisation paroissiale, l’abus scolaire, l’abus familial, l’abus éducatif, l’abus thérapeutique, l’abus institutionnel, qui comprend les fonctions sacramentelle, vocationnelle et caritative.

La description des fonctions

Cette analyse correspond aux aspects d’apparence sociologique du prêtre : curé, aumônier, ami de la famille, conseiller, et ces fonctions qui relèvent de l’institution, l’Église catholique, à laquelle il appartient,: ministre des sacrements (eucharistie et réconciliation) éveilleur et formateur des «vocations», dispensateur des œuvres de charité. Dans l’exercice de ces fonctions, qu’il soit prêtre séculier, religieux ou évêque, il est le principe d’une relation de domination : l’autorité du «curé» dans une paroisse, qu’elle soit rurale, autorité partagée avec celle du médecin, de l’instituteur, du notaire – ou urbaine, il est le premier sujet de la responsabilité du culte ; en tant qu’aumônier, il était la relation référentielle du conseil spirituel, ami de la famille, il était attendu avec révérence, respect et honneur, il était le grand conseiller, celui qui recueille toutes les souffrances ; dans sa vie sacramentelle, il est l’alter Christus, il possède le pouvoir d’absoudre, celui de consacrer le pain et le vin et, par ses paroles, d’opérer la transsubstantiation et souvent de présider aux œuvres de charité.


Le sacerdoce ministériel implique-t-il un acte de domination sur les fidèles qui assistent à la messe ?


Toutes ces fonctions sont pour la plupart celles du prêtre séculier ; certains ordres religieux en accomplissement moins. Une question : ces fonctions sont-elles des fonctions de pouvoir ou des fonctions de service ? Ces fonctions, dont certaines relèvent du pouvoir d’ordre (tel le ministère de l’Eucharistie et de la Réconciliation) donnent-elles un pouvoir de domination et, conséquemment, des dominés, ou une assurance absolue de la validité des actes posés ? Le sacerdoce ministériel, qui valide le pouvoir d’offrir le sacrifice du Christ au Père, implique-t-il un acte de domination sur les fidèles qui assistent à la messe et qui ont avec le prêtre le «pouvoir» de participer à cette offrande universelle et absolue ? Les fidèles sont-ils des «dominés». Ici, on est bien loin du clerc agresseur qui se prévaut d’un pouvoir sacrificiel – souvent ce genre de prêtre dit de moins en moins sa messe – ou du clerc abuseur qui, malgré ces actes de violences sexuelles, ne «craint» pas d’offrir le Christ. Est-on si sûr qu’il ne le craint pas ?

Confondre le pouvoir d’ordre, qui est de droit divin, et le pouvoir de juridiction, qui est de droit ecclésiastique et qui certifie la licéité des actes liturgiques, avec une domination structurelle de l’état sacerdotal du prêtre ou de l’évêque, c’est ou une ignorance absolue, ou une caractéristique endémique (ἔνδημον νόσημα) de la sociologie durkheimienne, qui demande que le fait social s’impose et formate les actes sociaux. Selon cette perspective, le «pouvoir» des actes du sacerdoce ministériel n’est plus une «capacité» d’accomplir les actes qui lui permettent de servir Dieu, les chrétiens et les non-chrétiens, mais un «pouvoir de domination» nécessaire à une société patriarcale. À ce compte, tout «pouvoir dans la société devient une domination. Le chirurgien en raison de son «art» – un pouvoir acquis – devient un dominateur, le président de la République qui a le pouvoir de gouverner, un garde-chiourme, et la société un bagne.

Le Droit canonique

L’un des points d’attaque de la Commission est l’appréciation qu’elle fait du Droit canonique. L’une des causes de l’extension des violences sexuelles commises par les membres cléricaux et religieux dans l’Église serait le droit canonique et sa foncière inadéquation au traitement des violences sexuelles commises par des clercs (§ 0643). Qu’entend-on par sa foncière inadéquation au traitement des violences sexuelles ?

Il ne faut en rien minimiser l’importance des souffrances des victimes d’agression sexuelle, souffrances dont le recours à cette expression est souvent un vocable qui évite de penser. Cependant, il ne faudrait pas oublier que l’enfant n’est pas seulement victime des agressions sexuelles, il est souvent victime de maltraitance physique, psychologique, sociale. À notre époque, l’enfant est devenu non seulement un objet sexuel, mais un objet psychologique et social. Il peut être tué dans le sein maternel s’il vient troubler la liberté de celle qui le porte contre son gré. Bébé et enfant, il doit être objet de «satisfaction» maternelle, il doit être conçu artificiellement pour soulager les frustrations de toutes les femmes «sexuellement» seules, qui refusent le principe masculin, ou pour compenser les solitudes émotives des femmes célibataires ou infécondes, voire pour normaliser une relation entre deux hommes qui cherchent à compenser le fait de devenir père de l’enfant conçu avec son épouse (une femme), mais également être reconnus comme «couple» et «famille».. Si on l’envoie à l’école, il sera passible de toutes les expérimentations pédagogiques et en sortira presqu’aussi inculte qu’il y était entré. Malgré tous ces maux infligés aux enfants et quelques protestations sociétales insuffisantes pour attirer l’attention, aucune n’atteindra celui de la victimisation des enfants agressés sexuellement.


On ne dit rien, ou si peu, de toutes les maltraitances qui se commettent dans les sociétés qui touchent à l’enfant mort dans le sein maternel.


On peut s’interroger sur ce phénomène social. Pourquoi a-t-on fait de l’enfant sexuellement malmené un «type social» séparé ? L’enfant sexuellement agressé par des prêtres révèle l’inertie de l’Église catholique, parce qu’elle n’a pas voulu voir, tout en le sachant, parce que bien qu’ayant des possibilités d’agir, elle n’a pas agi, parce qu’elle prétend être «une et sainte», elle devient la cause et la matrice de tous les agresseurs sexuels. On ne dit rien, ou si peu, de toutes les maltraitances qui se commettent dans les sociétés qui touchent à l’enfant mort dans le sein maternel. Qui osera dire que l’avortement constitue un abus du droit de l’enfant à naître ? Qui parlera de l’enfant exploité dans toutes les sociétés pauvres, qui devient l’acteur des films pédopornographiques ? Qui pense à l’enfant victime du divorce de ses parents, à l’enfant et à l’adolescent minés par les trafics de drogues ?… Et que ne pourrait-on ajouter ?

L’enfant sexuellement agressé par les prêtres, c’est celui-là qui est intéressant. Cela se ressent bien quand on examine les critiques de la CIASE contre le Droit pénal canonique de l’Église catholique universelle.

La première caractéristique est que ce droit est centré sur «le pécheur» (§ 0806). Cette remarque est imprécise. La pédagogie pastorale de la réconciliation du «pécheur public» va se préciser dans le contexte de l’Église primitive, qui permettra petit à petit de considérer quelques péchés comme un délit au for externe7, c’est-à-dire comme la violation extérieure par un acte humain moralement mauvais et gravement imputable pour la loi. Ainsi tout délit est un péché, mais tout péché n’est pas un délit. Il est évident que cette distinction n’est retenue par aucun code civil, qui ne juge que des actes extérieurs. Si quelqu’un ne va pas à la messe le dimanche en ayant l’intention avouée ou implicite de ne pas tenir compte du précepte de l’Église, c’est une faute non seulement au for interne, mais aussi au for externe si son geste devient cause de scandale, sans que ce soit un délit. En revanche, si une jeune fille demande et obtient un avortement et qu’elle sait ce qu’elle fait – ce qui est rare – c’est une faute grave, mais aussi un délit, donc un péché, car ce délit entraîne une excommunication latæ sententiæ8. Il y a donc ici, un jugement objectivement posé sur la nature de l’acte lui-même

Le commentaire qu’en donne la CIASE ne rend pas assez compte de ces dispositions du Droit pénal de l’Église :
«Le maintien d’un droit pénal dans le code de 1983 a été débattu à l’occasion de sa réforme. Il s’explique par le caractère traditionnel des sanctions, qui vont au-delà d’un classique droit disciplinaire, mais également par le fait que doivent être envisagés les “deux fors” inhérents à l’appartenance à l’Église : le for interne, qui relève, pour simplifier, de la responsabilité de chacun devant Dieu, dans le secret de sa conscience, et le for externe qui relève de la responsabilité de chacun devant l’Église et la société. Au regard du droit canonique, le délit est en même temps un péché, qui nécessite d’être “remis”, les deux fors étant d’ailleurs en cause».

Les fondateurs du Droit canonique

 

Le Code de 1983 accorde en effet de l’importance à la protection du for interne par rapport au for externe déjà mentionné dans le Décret de Gratien en 1140 environ, notamment en cas de délit et à propos de la procédure pénale canonique. Ainsi, certes, le for interne se rapporte à la conscience des fidèles. Chaque fidèle du Christ est responsable de sa conscience au nom de l’Alliance pascale et non dans sa conscience9. La conscience chrétienne est le lieu d’un dialogue permettant de prendre conscience en Église et pour le monde du dessein de Dieu sur notre vie sur notre conversion à opérer10.

En conséquence, selon le canon 220 : « Il n’est permis à personne de porter atteinte d’une manière illégitime à la bonne réputation d’autrui, ni de violer le droit de quiconque à préserver son intimité11.» Ce devoir codifié est de droit naturel et appartient aux personnes baptisées ou non12. Le droit garantit de cette façon le respect de l’intimité de chaque personne, qui ne peut être violée ou altérée (humiliée), bien qu’il soit possible de citer en justice un fidèle délinquant, ce qui met seulement en cause sa réputation. Seule la réputation d’un fidèle peut être effectivement dénoncée selon le droit si cette dénonciation est légitime : il est licite en morale et en droit «de découvrir des défauts, des péchés ou des délits» ; à ce droit s’oppose donc la médisance, la calomnie, l’injure.


Derrière la critique du Droit canonique pénal par la CIASE, il y a toute une politique : celle de considérer que l’Église est inepte et inapte à appliquer des peines réelles.


Derrière cette critique du Droit canonique pénal par la CIASE, qui ne serait pas pénal parce qu’il n’y a pas de peine publique, il y a toute une politique : celle de considérer que l’Église est inepte et inapte à appliquer des peines réelles et qu’elle devrait s’en remettre, le plus vite possible, à l’appareil de l’État. Au Moyen Âge, on disait «au bras séculier». Plus profondément, cette critique montre une certaine ignorance de ce qu’est le Droit canonique dans sa totalité, incluant le Droit pénal. Comme le dit le dernier article du Code, dans sa totalité le Droit canonique est «ordonné au salut des âmes». Le délit implique toujours un péché grave, mais selon les circonstances, ce péché accompagné d’un délit au for externe est jugé grave ou très grave selon la qualité de l’offense, celle de l’offensé et selon la peine qu’il reçoit. Ainsi, les actes d’agressions sexuelles sur des enfants sont considérés comme des actes très graves au moment ou non de la confession. Les peines peuvent aller jusqu’au renvoi de l’état clérical, comme ce qui vient d’arriver à l’ex-archevêque Théodore McCarrick, sanction la plus grave pour un clerc. En d’autres termes, l’affirmation d’un Droit pénal dans l’Église et l’affirmation juridique de son autorité, en déterminant l’existence des délits et la détermination des peines, demeure toujours, quelle que soit la gravité du délit, le salut des âmes.

L’Église a toujours en vue la conversion du pécheur, le recouvrement de son état de grâce et son salut éternel. Cela distingue profondément le Droit pénal ecclésial du Droit séculier, lequel prescrit une peine imputée selon la disposition législative de ce Droit. Elle ne vise pas l’amendement du coupable, mais le fait qu’il s’affranchisse d’une «dette» de justice envers la société qu’il offense. On voit ici la différence entre les deux formes de Droit. Quel que soit le crime, l’Église considère le pécheur comme membre de la communauté. Même excommunié, le baptisé privé de la jouissance des biens spirituels de l’Église, demeure sous sa vigilance et sa charité13. La peine qui accompagne l’imputabilité d’un délit n’a pas uniquement pour but de réparer l’offense faite à l’Église, mais d’induire chez le coupable une véritable conversion. Chose invraisemblable pour le Droit séculier.

Le jugement que pose la CIASE (§ 0810) sur le Droit pénal en le restreignant aux manquements et aux obligations du statut clérical ou religieux, constitue un jugement partiel et négatif. Les actes seraient examinés non en tant que tels, mais dans la perspective de préserver les sacrements et la doctrine de l’Institution. C’est partial. Dans le cas du clerc ou du religieux, l’abus sexuel n’est pas sanctionné en tant qu’il est une offense au statut clérical, mais parce qu’il porte atteinte au salut des âmes écrit au pluriel. Ainsi, dire que le Droit pénal est dans l’Église uniquement déontologique, c’est-à-dire qu’il préserverait d’abord le statut de reconnaissance sociétale des clercs et des religieux et que cette préservation aurait été le souci primordial de l’Église, en évitant le scandale et en préservant l’institution, est quelque chose de radicalement injuste.

Le péché contre le 6e commandement

L’une des objections les plus étonnantes du Rapport de la Commission Sauvé, c’est d’avoir attaqué le Catéchisme de l’Église catholique en ramenant tous les actes des agresseurs sexuels à la violation du 6e commandement, qui se place sous la défense «Tu ne commettras pas d’adultère». Cela étonne à première vue quand on connaît à peu près par cœur le récit des commandements de Dieu. On avait appris que l’énoncé du 6e commandement était, selon les versions, «Impudique point ne seras». Une vérification dans le Catéchisme montre que la phrase citée est seulement une exergue tirée d’Exode 20, 1 et qu’elle annonce l’exigence de la chasteté selon les différents états de vie. Peut-on accuser les rédacteurs d’ignorance crasse ou d’ingéniosité infantile de n’avoir même pas lu le chapitre consacré au développement du 6e commandement et de l’avoir ramené à la défense de l’adultère, laquelle est d’ailleurs mieux interdite au 9e commandement ?

La tradition ancienne parlait d’impudeur, c’est-à-dire, selon le style propre aux commandements, elle énonçait sous une forme négative la défense. La forme négative signifiant le minimum au-delà duquel l’acte devient objectivement mauvais. Par sa formule négative, le 6e commandement énonce tous les comportements ou actes délibérés qui franchissent les limites de la pudeur… et non de la pudibonderie. Ces actes sont énoncés dans la Genèse par cette exclamation d’Adam qui, après la faute se trouve face à Dieu : «J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché» (Gn 3, 11). Comme saint Jean Paul II l’a si bien développé dans ses catéchèses sur la Théologie du Corps et dans son livre Amour et responsabilité, la réaction d’Adam implique toutes les formes de désordres de la sexualité et non la sexualité elle-même. Loin d’être restrictive, la citation de la Genèse désigne tous les actes possibles qui sont autant de violences sexuelles, qu’ils soient faits sur les enfants ou qu’ils soient accomplis avec des adultes consentants. Le consentement à des actes qui détruisent la véritable nature de la sexualité et ses finalités naturelles ne sont pas des actes chastes, même si on y consent de plein gré !

Le scandale

Dans tous les rapports de ce genre, quand des membres de l’Église y sont impliqués, que ce soit en Allemagne, aux Pays Bas, en Belgique, aux États-Unis, on parle de scandale. La révélation que des prêtres aient commis ces actes d’agression vis-à-vis d’enfants est insupportable à entendre, insupportable à comprendre et insupportable à accepter. Combien y a-t-il eu de prêtres ? Pour les Églises pouvant aligner entre 80 000 et 115 000 prêtres à l’époque, on en dénombre entre 4 000 et 4 500. Ce qui varie, c’est le nombre estimatif d’enfants par prêtres. Le Commission admet une prévalence d’environ 63 enfants agressés par prêtres. Ce nombre est à peine croyable… mais il permet de soutenir le nombre de 330 000 enfants agressés par les membres du clergé séculier et régulier, si ce nombre se maintient.

Devant ces nombres incroyables, l’Église se serait tue ! Elle se serait tue pendant soixante-dix ans, n’ouvrant pas la bouche pour dénoncer ce scandale, se contentant, par miséricorde de changer les prêtres de paroisses. Elle se serait tue pour éviter le scandale et sauver l’institution. Si elle a fait cela, elle a mal calculé, car le scandale l’a rejointe et il l’écrase.


Peu à peu, l’Église a pris conscience non seulement du problème, mais de la vérité ontologique de ce mal de l’agression sexuelle du mineur.


Mais que signifie ce scandale ? Étymologiquement, le scandale est la pierre qui fait tomber. Scandaliser un enfant, ce n’est pas l’effrayer, ni apparaître devant lui, dans une ombre qui dissipe les fautes et les erreurs, c’est l’inciter au péché. Éviter le scandale, ce n’est pas seulement préserver sa réputation et la recouvrir d’un voile de pudeur pour que personne ne voie ses erreurs et ses turpitudes. Pourquoi l’Église se serait-elle tellement préoccupée d’éviter ces attaques «malveillantes» ? Toutes les statistiques montrent que le nombre de prêtres agresseurs ne dépassent pas 5 %. Le scandale fleurit-il dans ces 5 % non révélés et dans ces près de 5 000 enfants (ou 330 000 !) dont on ne s’est pas particulièrement occupé. Peu à peu, la vérité du problème s’est révélée à l’Église et, peu à peu, elle a pris conscience non seulement du problème, mais de la vérité ontologique de ce mal de l’agression sexuelle du mineur. Et principalement sous Jean Paul II et Benoît XVI, et maintenant avec François, l’Église a évolué dans son combat canonique vers des mesures procédurales pour combattre ce qui s’annonçait comme un fléau14.

De toute évidence, le fléau est tombé. Mais le scandale demeure. On reproche, aujourd’hui, les faits d’hier, les erreurs de soixante-dix ans, les péchés de ceux qui sont morts. Aujourd’hui, en s’appuyant sur les faits d’hier, on combat l’Église d’aujourd’hui. Et que peut faire l’Église d’aujourd’hui contre l’Église du passé ? C’est peut-être là le plus grand scandale.

La Paternité

Sera-t-il encore possible maintenant de dire à un prêtre «mon père» ? Un Père Abbé, dans son monastère, pourra-t-il, sans peur, avoir la force de dire à son moine mon fils» ? Un évêque pourra-t-il considérer que le lien qui le relie à ses prêtres n’est pas le lien démocratique de la République, mais celui de la «paternité» spirituelle. Et aurons-nous la liberté de dire à Dieu «notre Père» ?

On dira que la Commission Sauvé n’a pas fait siennes toute les recommandations de l’INSERM. C’est vrai ! Mais elle s’en est profondément inspiré, non seulement quant à ses statistiques, mais quant à ses analyses et à sa méthodologie. Les recommandations que fait la Commission dans les dernières pages de son Rapport sur la nécessité de changer le gouvernement de l’Église, considéré comme la «cause» principale des agressions sexuelles commises par 4 % de ses prêtres dans les années de 1970 à 1990 contiennent des remarques intéressantes quant à leur réalisation concrète. Elles partent cependant de cette critique fondamentale qu’il est «impossible» que l’évêque soit le détenteur des trois pouvoirs de gouvernement : le législatif, l’exécutif et le judiciaire. Tout comme l’est le pape. Il faudrait pour sortir de ce «patriarcalisme» accepter qu’à notre époque, Montesquieu devienne la référence de toute structure de gouvernance. On n’oublie pas ! On ne sait pas que cette structure du pouvoir de «juridiction» ne vient pas des hommes, mais du Christ lui-même, lequel, «peut-être» demeure toujours le Fondateur et le Chef de l’Église et que, dans son humanité, il n’a cessé de se référer au Père comme à Celui qui l’a envoyé.

Jeunes de l'Église catholique
Corinne Simon / CIRIC

 

Conclusion

J’ai tout lu, mais je n’ai pas tout retenu et tout analysé. Je n’ai retenu que certains points qui me permettaient de comprendre quelle a été la méthodologie fondamentale de la Commission Sauvé. Il faudrait, certes, une analyse meilleure et plus complète de ce travail que certains considèrent comme fondamental et minutieux. Le travail est évidemment ample, mais il n’oblige personne à y trouver l’expression de ce qu’on aurait pu y attendre et de ce qu’il aurait pu donner. Si on le compare, par exemple, à l’étude que cite la CIASE de ce travail commandé par l’Église américaine et accompli par le John Jay College of Criminal Justice, intitulé The Nature and Scope of Sexual Abuse of Minors by Catholic Priest and Deacons in the United States, 1950-2002, publié en février 2004, et The Causes and Context of Sexual Abuse of Minors by Catholic Priests in the United States, 1950-2010, publié en février 2011, beaucoup moins cité par la CIASE, il est, au minimum, très décevant.

Le résumé de tout le travail fait par l’équipe qui l’a exécuté contient une analyse beaucoup plus affinée que celle que la CIASE nous propose. Signalons, entre autres cette remarque : «Features and characteristics of the Catholic Church, such as an exclusively male priesthood and the commitment to celibate chastity, were invariant during the increase, peak, and decrease in abuse incidents, and thus are not causes of the “crisis”15». Et ajoutons cette petite phrase qui termine la description des difficultés psychologiques et sociologiques par l’équipe qui était entièrement composée de laïcs non engagés dans l’Église, et cependant experts dans ce genre d’enquête : «Many accused priests began abusing years after they were ordained, at times of increased job stress, social isolation, and decreased contact with peers. Generally,few structures such as psychological and professional counseling were readily available to assist them with the difficulties they experienced. Many priests let go of the practice of spiritual direction after only a few years of ordained ministry16

On ne trouvera pas, dans ces deux publications du John Jay College of Criminal Justice, ce que l’on trouve dans le rapport de la Commission Sauvé, cet effort de rendre l’Église catholique la première responsable des agressions commises par certains de ces prêtres. Il est vrai que les experts du John Jay College ne connaissaient probablement rien de la systémie, ni de Palo Alto !!!

Que dirais-je ? Le rapport de la CIASE est certes accablant, non seulement en raison du nombre d’enfants agressés. N’en aurait-il qu’un seul, ce serait déjà un de trop. Le nombre statistiquement établi oblige dès maintenant la CEF à demander une analyse statistique de ce nombre mis en évidence par la Commission.

Ce n’est pas cela qui nous afflige et qui scandalise ; c’est la méthode. Au fur et à mesure de la lecture, on arrive à s’interroger. À quelle «Église catholique» se réfère-t-il ? Non à celle que nous connaissons dans ses forces et ses faiblesses, non à celle qui trouve son origine et son histoire dans les paroles du Christ «Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église» (Mt 18, 18), mais à cette présentation de l’Église qui ressemble beaucoup plus à une chimère sociologique qui trouve sa source dans Pierre Bourdieu qu’à celle qui doit se existence à son Fondateur, à celle qui, au travers de son histoire, de ses difficultés, de ses pierres d’achoppement demeure toujours chargée du salut des âmes ». Si ces considérations ne doivent jamais entrer dans une analyse «sociologiquement scientifique», alors, il est inutile et même fortement imprudent de demander une telle enquête, car on accepte dès le départ que la vraie nature de l’objet de l’enquête, sa réalité profonde, ne sera jamais prise en considération, et même sera largement caricaturée.


Au fur et à mesure de la lecture, on arrive à s’interroger. À quelle «Église catholique» se réfère-t-il ?


C’est ce qui est arrivé avec la méthode choisie par la CIASE. Commission indépendante, elle s’est voulue indépendante de la nature de son objet d’étude. Il fallait traiter l’Église catholique comme une «chose», l’analyser uniquement dans les structures sociologiques d’interaction descriptives et laisser de côté ses émotions pieuses, ses «finalités», ses aspirations de singularité, sa prétention à se donner une priorité d’unité et de sainteté. Il fallait trouver en elle la cause systémique de l’abus commis par ses membres, chercher dans ses structures les vecteurs de la dominance sur les dominés, montrer son indifférence » à l’égard des souffrances des victimes comme les éléments nécessaires à son existence. Il fallait lui dire qu’elle n’est pas et n’a jamais été une «société parfaite». Il fallait ne pas craindre la honte pour elle-même et le dégoût pour toute la société. La crise de la pédophilie a fini par devenir la responsabilité de l’Église catholique. Ce n’est plus un «fait social», mais un fait religieux !

Pourquoi cela ? La CIASE nous le dit dans la présentation qu’en fait son président : l’option de prendre comme focalisation de l’enquête la souffrance des victimes17. On ne peut évidemment pas la nier, cette souffrance, y être indifférent ; elle engendre une obligation absolue : il faut vouloir, si possible, la réparer. La souffrance des victimes doit tous nous interpeller. Mais la souffrance des victimes n’est pas la cause de l’acte du prédateur ! C’est illogique, et l’acte du prédateur ne s’analyse pas principalement par l’Église dont il est le membre. Cela peut être conforme à une analyse sociologique à la Durkheim, mais cela occulte toute la responsabilité morale de l’agir humain. Dans cette enquête, prendre comme méthode ce fondement de l’analyse sociologique signait déjà la conclusion : le prêtre agresseur devenait la cause de la souffrance, et il le devenait en raison de son sacerdoce. Et qui le lui conférait ? L’Église catholique.

Cela signifiait-il que l’Église catholique n’a rien compris aux faits croissants des violences sexuelles commises par ses prêtres ? Cela signifie-t-il qu’elle y ait été indifférence ? Une connaissance plus exacte des actes de l’Église hiérarchique nous montrerait le contraire. Les modifications progressives du Livre VI du Code pénal témoignent du contraire. Je signale, encore une fois, le livre du Père Étienne Richer qui montre cette montée progressive de la compréhension de l’Église. Elle est d’ailleurs presque la seule à l’avoir fait et à le faire ! Les sociétés civiles et les différents droits séculiers en ont-ils fait autant ? Mais les actes de l’Église hiérarchique ne sont pas suffisants si on ne sait pas ce qu’est la pédophilie et que, comme toute la société l’a fait et le fait encore, on ne l’assimilait qu’aux actes de masturbation d’un adulte sur les enfants, bien que les agressions vont souvent – près de 30 % – bien au-delà de la masturbation.

Les adultes de l’époque considéraient que «tripoter» un enfant n’est pas si grave que cela… et les autorités de l’Église, adultes de cette même époque, tout en ne considérant pas cela – la masturbation étant toujours traitée comme une faute grave – empruntaient cette même opinion de la société et souvent, trop souvent, négligeaient d’en connaître les détails. Non par souci de leur propre chasteté, mais plus encore empêchés par la honte et la pudeur des victimes elles-mêmes !!! Ne mettait-on pas en garde les confesseurs contre les questions indiscrètes ? C’était hier ! Aujourd’hui, on en arrive à considérer, que les violences sexuelles sont plus graves qu’un meurtre ! D’où les pressions pour faire changer les commandements du Décalogue en incluant sous les injonctions du 5e commandement «Tu ne tueras point», les actes commis contre la chasteté. Tout en excluant l’avortement ! Nous sommes toujours sous l’emprise du poids de l’aspect médiatique.


Parler de la souffrance des victimes et l’attribuer aux prédateurs est une chose ! Comprendre l’acte du prédateur en est une autre.


On ne peut pas ne pas considérer que la CIASE parle très peu de la pédophilie. La seule définition qu’elle en donne est empruntée, en raccourci, au DSM 518. Pourquoi cette indifférence ou ce silence ? Pour ne pas être obligé d’en chercher la cause, difficile à trouver, ailleurs que dans l’Église ? Parler de la souffrance des victimes et l’attribuer aux prédateurs est une chose ! Comprendre l’acte du prédateur en est une autre. C’est cependant de cette sorte de «vérité» dont nous avons besoin. Alors que les deux volumes du John Jay College analysent clairement les changements sociaux et les ambivalences psychologiques de toute la société, la CIASE se tait et se contente d’analyser le «silence» de l’Église dans l’histoire de son évolution.

Qu’en résultera-t-il ? On peut craindre une large désaffection de beaucoup de chrétiens envers l’Église catholique. On peut surtout craindre une blessure profonde des jeunes prêtres face à leur Église ! La grande partie n’iront pas dans le sens de la CIASE, ils se tairont devant la blessure faite à leur Église, mais ils se demanderont, au fond de leur cœur, ce qu’ils sont venus y faire et ce qu’ils pourront y faire. La réponse, ils l’attendront de leur évêque, père spirituel de leur âme et de leur vocation.

Aline Lizotte

Photo : Corinne Simon / CIRIC


1 – INSERM, Sociologie des violences sexuelles au sein de l’Église catholique en France (1950 -2020), 471.

2 – À cet endroit, le texte de l’Inserm renvoie à une référence : Christine Delphy, L’ennemi principal, tome I, Économie politique du patriarcat, Éditions Syllepse, Paris, 2001. En ouvrant ce livre pour en lire la préface, je trouve ce dernier paragraphe de l’introduction :
«C’est en tant qu’elle privilégie l’histoire, le construit social, l’arbitraire de la culture par rapport à la nature, que je considère l’axiomatique marxiste. Elle me paraît préfigurer et annoncer les écoles que l’on appelle aux États-Unis “constructivisme social”, dans lesquelles je me reconnais. Je donnerai pour exemple de cette utilité indubitable de certains concepts marxistes, repris par la quasi-totalité des penseur.euses (sic) de la société, mon emploi du terme “classe” (cf. “L’Ennemi principal” et “Mariage et divorce”). Ce terme répond aux nécessités de l’analyse décrites plus haut : découper (ou plutôt créer par un regard précis) dans un objet lui-même construit – l’oppression des femmes – des petits morceaux, ou, plus précisément, des dimensions non-spécifiques, comme la dimension économique, et plus précisément encore la dimension de l’exploitation économique. Mais le terme de classe n’y répond pas forcément mieux qu’un autre. En revanche, le concept de classe est le seul à ma connaissance qui réponde au moins partiellement aux exigences d’une explication sociale. Il n’est peut-être pas totalement satisfaisant, mais c’est le moins insatisfaisant de tous les concepts employés pour analyser l’oppression. En effet le terme “groupes” ne dit rien sur leur mode de constitution. On peut penser que ces groupes – le dominant et le dominé – ont chacun une origine sui generis : qu’existant déjà, ils entrent ensuite en rapport, un rapport qui, dans un troisième temps, devient caractérisé par la domination. Or que dit à ce sujet le concept de classe ? Il inverse ce schéma : il dit que l’on ne peut pas considérer chaque groupe séparément de l’autre, puisqu’ils sont unis par un rapport de domination, ni même les considérer ensemble mais indépendamment de ce rapport.»

3 – Albert Einstein, Léopold Infeld, L’évolution des Idées en physique, Flammarion, coll. Champs Sciences, 2015, début du 1er chapitre.

4 – Jacques Monod, Le hasard et la nécessité, Éditions du Seuil, coll. Points Essais, 1970.

5 – «Est fait social toute manière de faire, fixée ou non, susceptible d’exercer sur l’individu une contrainte extérieure ou bien encore qui est générale dans l’étendue d’une société donnée, tout en ayant une existence propre, indépendante de ses manifestations individuelles». Émile Durkheim, Les règles de la méthode sociologiques, 3e éd., Paris, PUF, 1956, p. 27.

6 – Nathalie Bajos, 21 avril 1961, est directrice des recherches de l’Inserm, principalement en sociologie, et spécialiste des sexualités «homo-bisexuelles»…

7 – R. Naz, Traité de droit canonique, T. IV, Letouzey et Ané, Paris, 1948, p. 595 ; A. Borras, Les sanctions dans l’Église, Commentaire du Code de Droit canonique, Livre VI, Tardy, Paris, 1990, p. 25-28. Le délit (delictum, de delinquere, délaisser) était en droit romain un acte illicite frappé d’une peine. En droit pénal canonique le mot délit a été repris pour signifier la violation incriminée d’une loi divine ou canonique, en considérant que tout péché n’est pas, bien sûr, un délit même si le délit est en même temps un péché. Ce postulat indique bien que la faute pénale est liée à une faute morale qui découle du péché. Partant, les réformateurs carolingiens vont faire admettre le principe suivant : «à faute publique pénitence publique, à faute privée pénitence privée.» C’est d’ailleurs à partir des carolingiens qu’apparaît ainsi la différenciation entre les faits fautifs qui relèvent de l’extérieur et les faits fautifs de l’âme qui ne se manifestent pas au grand jour. Cette attention sera celle de la distinction admise par le Décret de Gratien, (1 de poen., 14), entre le for externe et le for interne.

8 – En droit pénal de l’Église, la notion de «délit» est synonyme d’infraction et il n’y a pas la distinction entre la contravention, le délit, le crime.

9Catéchisme de l’Église catholique, op. cit., n° 27-83, 2563. « L’homme se dit volontiers responsable dans sa conscience et non de sa conscience lorsqu’il déclare que la loi n’a pas nécessairement de fondement métaphysique alors que la conscience pour le chrétien est le lieu théologique d’une Alliance et d’un dialogue entre lui et Dieu grâce aux Saintes Écritures, à la vie ecclésiale, aux vertus théologales.» (n° 1812-1829)

10Paul VI, Catéchèse lors de l’audience générale du 2 août 1972, dans DC 69 (1972), p. 754 ; Documents pontificaux de sa sainteté Pie XII, Textes réunis et présentés par R. Kothen, Édition Labergerie, Paris, 1952, p. 83. Le 24 mars 1952, le Pape Pie XII prononça déjà à ce sujet un discours à la radio ayant pour thème «la conscience chrétienne, objet de l’éducation» : «La conscience est comme le noyau le plus intime et secret de l’homme. C’est là qu’il se réfugie avec ses facultés spirituelles dans une solitude absolue : seul avec lui-même ou mieux seul avec Dieu – dont la voix se fait entendre à la conscience – et avec soi-même. C’est là qu’il se détermine pour le bien ou pour le mal ; c’est là qu’il choisit entre le chemin de la victoire ou de la défaite. Même s’il le voulait, l’homme ne réussirait jamais à s’en débarrasser ; avec elle, soit qu’elle l’approuve, soit qu’elle le condamne, il parcourra tout le chemin de la vie, et avec elle encore, témoin véridique et incorruptible, il se présentera au jugement de Dieu. La conscience est donc pour prendre une image antique mais tout à fait juste, un sanctuaire, sur le seuil duquel tout doit s’arrêter ; tous, même le père et la mère, lorsqu’il s’agit d’un enfant. Seul le prêtre y entre comme le médecin des âmes et comme ministre du sacrement de la pénitence ; mais la conscience ne cesse pas pour autant d’être un sanctuaire jalousement gardé, dont Dieu lui-même veut que le secret soit préservé sous le sceau du plus sacré des silences.»

11 – Dt 19, 15-21 ; Thomas d’Aquin, Somme Théologique, IIa-IIae, q. 73, art. 2, corpus : «Enlever à quelqu’un sa réputation (écrit saint Thomas d’Aquin) est une chose très grave, car la réputation est un bien plus précieux que les trésors temporels, et lorsque l’homme en est privé, il se trouve presque dans l’impossibilité de faire le bien.» La réputation de l’homme comporte aussi sa considération en tant qu’homme, celle de ses croyances, de ses activités et de ses œuvres.

12Gaudium et spes, 26, §1 et §2 ; K. Martens, «Liberté et adhésion – État de vie et mission», L’Année canonique, T. LIV, 2012, p. 115-118.

13 – Cf. Alfonse Bordas, Les sanctions dans l’Église, l’excommunication, pp. 66-80, éditions Tardy.

14 – Cf. Étienne Richer, La lumière montre les ombres, Crise d’efficience et fondements du droit pénal de l’Église, Les Presses universitaires, Institut catholique de Toulouse, 2016. Le Père Richer montre avec science comment a évolué le droit pénal, notamment à partir de saint Jean Paul II pour devenir un instrument de lutte contre la pédophilie et pour combattre l’inertie trop souvent paresseuse et sans courage de certains épiscopats.

15 – Page 3. «Les caractéristiques de l’Église catholique, telles qu’une prêtrise exclusivement masculine et l’engagement à la chasteté célibataire, sont restées inchangées pendant l’augmentation, le pic et la diminution des cas d’abus, et ne sont donc pas des causes de la « crise ».»

16Ibid. « De nombreux prêtres accusés ont commencé à commettre des abus des années après leur ordination, à des moments où ils étaient soumis à un stress professionnel accru, à un isolement social et à une diminution des contacts avec leurs pairs. En général il y avait peu d’aide professionnelle psychologique facilement accessible pour les aider à surmonter les difficultés qu’ils rencontraient. De nombreux prêtres ont abandonné la pratique de la direction spirituelle après seulement quelques années de ministère ordonné.»

17 – Voir mon précédent article de la SRP : J’ai lu, j’ai réfléchi, j’écris.

18 – DSM-5TM ICD-9-CM 995-51-54.

 

Laisser un commentaire sur cet article

 

Télécharger le texte de cet article icône de fichier

 

Réactions de lecteurs

■ «Merci à Aline Lizotte pour ce 3e article qui nous éclaire dans la vérité. Mais comment peut-on imaginer nos évêques aussi naïfs en confiant à Jean-Marc Sauvé, qui ne pouvait que chercher à se venger d’une église hiérarchique si éloignée de l’Église sainte du Christ ! Les effets risquent effectivement d’affaiblir un peu plus notre Église et de conduire certains chrétiens à la quitter… pour un monde où les mots perdent leur sens : amour, foi, âme, spiritualité, pardon… sans oublier les jeunes prêtres où ceux se préparant à le devenir… Prions !!!! » – J.-M. Cordin

■ «Bonjour, merci pour votre article ! Pouvez vous donner la source du chiffre "5 500 000 victimes sur la population générale entre 1960 et 2000" ? Merci.»

>> Revenir à l’accueil