Prêtre ne donnant pas la communion

En juin dernier, l’épiscopat américain s’interrogeait sur l’éventuelle excommunication de Joe Biden, en raison de son soutien à la loi sur l’avortement. Pendant le vol du retour de son voyage en Slovaquie, appelé à réagir sur cette question, le pape a répondu : «Que doit faire le pasteur ? Être un pasteur, ne pas condamner», y compris «les excommuniés», sans vouloir commenter directement les débats de l’Église américaine. François de Lacoste-Lareymondie nous propose quelques réflexions sur le sujet.

L’affirmation de l’Église «apolitique» doit aussi être évoquée dans son contexte spécifique.

Pendant le vol du retour au terme de son dernier voyage, le pape François répondait en fait à une question portant sur le refus de laisser certains hommes politiques étatsuniens, promoteurs de l’avortement, accéder à la communion eucharistique, refus que promeuvent quelques évêques. Le pape n’a pas voulu entrer dans ce débat en déclarant donc que l’Église n’a pas à faire de politique, qu’elle devait avoir une attitude pastorale et que lui-même n’avait jamais refusé la communion eucharistique à quiconque ; non sans avoir fermement rappelé au préalable que l’avortement est, et reste, un crime qui conduit à la suppression d’une vie humaine.

Refuser la communion est certainement un acte très délicat à poser. Personnellement, je l’ai vu faire une ou deux fois par un curé pour des divorcés remariés, mais de façon très discrète, en remplaçant la communion elle-même par une bénédiction et en évitant tout scandale. La question du scandale en pleine célébration, en effet, est sérieuse.

Ce que dit le Code de Droit canonique

La possibilité de refuser légitimement l’accès à un sacrement n’est pas inconnue par le Code de Droit canonique. Celui-ci prévoit que «si l’excommunication a été infligée ou déclarée, le coupable, s’il veut (participer comme ministre à la célébration d’un sacrement) doit en être écarté, ou bien il faut interrompre l’action liturgique à moins qu’une raison grave s’y oppose» (cc 1331-2). Mais en réalité, elle est très restrictive :

  • L’excommunication doit avoir été infligée (au terme d’un procès dont le verdict est public) ou déclarée (constat public que la peine latæ sententiæ est venue à s’appliquer).
  • Elle ne concerne que les ministres du culte qui voudraient célébrer un sacrement ou participer à une action liturgique malgré tout.
  • Elle comporte une échappatoire en cas de «raison grave», dont le risque de scandale fait partie.

Rappelons en outre qu’à l’exception du mariage et de la pénitence, dans quelques rares cas, le sacrement célébré par un tel ministre du culte ne serait pas invalide, mais seulement illicite.

Or, s’agissant de l’avortement, n’est puni d’excommunication latæ sententiæ que celui qui «procure un avortement, si l’effet s’en suit» (c. 1398), donc la personne qui opère directement et à condition que l’enfant en soit mort. Par conséquent, que ce soit sous le chef du c. 1398 ou sous celui du c. 1331-2, les gouvernants ou parlementaires promouvant l’avortement ne peuvent pas être sanctionnés ainsi.

Une contradiction, source de scandale

Il n’en reste pas moins que les propos et l’action publics du Président Joe Biden et d’autres hommes politiques en faveur de l’avortement comportent objectivement une contradiction majeure, elle-même source de scandale. Peut-on légitimement, tout à la fois, se réclamer de l’Église catholique et violer ouvertement une loi morale grave qu’elle tient fermement ?

À laisser perdurer cette contradiction sans réagir tout aussi publiquement, l’Église ne court-elle pas le risque – au demeurant déjà trop largement réalisé – de dévaluer et son enseignement, et son autorité ? Suffit-il de rappeler que l’avortement est un crime quand, dans le même temps, on se retranche derrière une position «pastorale» ? L’opinion publique, et, avec elle, une bonne partie des fidèles, ne retient que le volet pastoral en l’habillant d’indulgence.

Or le droit de l’Église n’est pas dépourvu de moyens, d’abord de mise en garde du coupable, puis de sanction. Et plus un personnage est haut placé, plus il donne à voir, plus l’exemplarité joue. Ne devrait-elle pas jouer dans les deux sens ?

François de Lacoste-Lareymondie

Photo : M. Migliorato / CPP / CIRIC

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