Repos et lecture

Cette année plus encore que les autres, nous aspirons au repos des grandes vacances, un temps pour prendre soin de notre corps, de notre âme, mais aussi de notre intelligence. Car nous avons la responsabilité de répondre à sa soif, de lui apporter sa nourriture propre, la vérité dans laquelle elle trouve son repos. Telle est la mission de l’IKW.

Tous, nous attendons ce repos dit des «grandes vacances». Le flux des voitures qui traversent les barrières de péages vers l’Atlantique ou la Méditerranée, vers les Alpes ou les Pyrénées, montre bien que les citoyens cherchent à échapper à l’enfermement des villes et à trouver un peu d’air frais et un gazon bien tendre. Si possible !

Le repos est nécessaire au corps, mais il est encore plus nécessaire à l’âme. Comment trouver le repos de l’âme ? Et comment peut-elle se reposer ? Elle ne peut, espérons-le, cesser d’être principe de notre vie. Si elle cesse, c’est évidemment le grand repos éternel. Mais ce n’est pas là le but des vacances ! L’âme se repose quand elle peut exercer ce pour quoi elle est faite, non seulement donner la vie au corps et en prendre soin, mais plus encore, permettre à la personne d’entrer pleinement dans la vie de l’esprit. Bien sûr, choisir ce temps des vacances pour faire une «retraite spirituelle» dans des lieux qui se sont donné cette mission et avec un bon prédicateur qui rappelle les vérités éternelles, c’est déjà donner à l’âme un nouveau souffle de vie. On en sort un peu éberlué pour reprendre contact avec un extérieur toujours en mouvement et trop exigeant. Et cela dure un certain temps… puis le souvenir s’efface, les habitudes reprennent, on garde un vrai souvenir. On a progressé un peu, et ce progrès n’est pas rien. On reviendra l’année prochaine. Et ainsi, à petit pas, on progresse vers l’Éternel.


L’âme se repose quand elle peut donner la vie au corps et en prendre soin, mais plus encore, permettre à la personne d’entrer pleinement dans la vie de l’esprit.


En attendant la reprise du «joug» quotidien, on profite de sa famille, de ses petits-enfants que l’on voit si peu, de ses neveux et nièces, de ses frères et sœurs unis à ceux qui apportent une richesse à la famille qui s’agrandit. C’est l’amitié, sans laquelle on ne peut vivre ! L’amitié est le lien du «vivre ensemble» dont nous ne pouvons nous dispenser. Les amis arrivent, et c’est la joie. Ils vivent avec nous, et ils nous confient, de moins en moins discrètement, leurs blessures, leurs souffrances d’une année, leurs inquiétudes pour l’avenir… et aussi leurs «espoirs». Puis ils repartent consolés, fortifiés, aguerris. La dernière quinzaine d’août se profile. Les feuilles commencent à tomber. On ferme les fenêtres le soir, le jour diminue, la nuit s’allonge. Les derniers rires s’éteignent, ils ne seront plus que des souvenirs. On referme la maison. C’était si bien ! À l’année prochaine ! Que Dieu la bénisse !

Le travail est de nouveau là. Il nous fait vivre ! Il témoigne que nous ne sommes pas un simple caillou dans une société qui ne voudrait pas de nous. Les enfants et les jeunes retrouvent leur programme scolaire. Ils sont l’avenir ! Et d’avance, on le dessine beau. Pour eux ! Mais eux, qu’en pensent-ils ? Quelle société leur offre-t-on ? On n’ose y penser ! Mais ils feront comme nous, ils se battront !

Nous sommes responsables de notre intelligence

Que devient l’âme dans cet écoulement de la vie dont elle est le principe ? Si l’âme doit prendre soin du corps, l’intelligence doit nourrir l’âme. L’intelligence, cette puissance totalement spirituelle, doit donner à l’âme des raisons d’être et de vivre. Car l’intelligence transcende le corps. Elle est la lumière qui éclaire, le foyer qui est vie, la force qui combat. Elle nous dit chaque jour pourquoi il faut vivre, pour qui il faut vivre. Elle est le verbe de l’amour. Si l’on perd la raison de vivre, on se laisse aller tout doucement ou violemment vers la mort. L’amour, pour être la force du combat, a besoin de savoir pourquoi aimer, qui aimer et vers qui tourner son amour. Et accomplir cette mission, aussi difficile soit-elle, est le fait de l’intelligence. Pour ce faire, elle doit apprendre, discerner, juger. Elle doit même dépasser l’évidence, aller plus loin que son expérience de la réalité du sens, du factuel. Elle doit y trouver, à l’aide de la foi, sa vérité et sa contemplation. Car l’homme ne vit pas seulement de pain !


L’intelligence, cette puissance totalement spirituelle, doit donner à l’âme des raisons d’être et de vivre.


Il n’est jamais permis de laisser l’intelligence vide, de la laisser mendier son pain à n’importe quelle table, de la gaver de fausses nourritures, de nouvelles approximatives, de vraisemblances délirantes. Nous sommes autant responsables de notre intelligence que nous sommes responsables de notre corps. Nous sommes même plus responsables de notre intelligence que nous sommes responsables de notre corps. Car souvent le corps se fatigue ou devient malade, il échappe à notre responsabilité. Mais notre intelligence ne se dérobe que si nous ne veillons plus sur ce qu’elle reçoit tous les jours, chaque semaine, chaque mois, chaque année.

Des formations qui permettent un vrai travail de l’intelligence

Quand j’ai fondé l’AFCP, et plus tard l’Institut Karol Wojtyla (IKW), c’est à la puissance de l’intelligence que j’ai pensé. S’il faut donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, loger ceux qui sont sans abri, visiter les prisonniers, enterrer les morts, il faut aussi prendre soin de l’intelligence et de ce qu’elle est, l’appétit de la vérité. Et aujourd’hui, les intelligences ont soif de «vérité». Mais où trouver cette vérité ? D’abord dans l’enseignement de l’Église – je dis bien l’enseignement, et non seulement la pratique –, puis dans des formations solides qui permettent un vrai travail de l’intelligence. Car il n’y a aucune possibilité d’atteindre la vérité si l’intelligence ne travaille pas pour obtenir son propre pain. On ne remplit pas l’intelligence comme une besace, on l’aide à travailler, à raisonner, à juger. Mais c’est l’intelligence qui fait le travail ! C’est son acte propre de dépasser l’affectif, l’immédiat, le factuel, pour atteindre ce qui est vrai !


l’IKW tente d’être fidèle à sa vocation : permettre à ceux qui cherchent la vérité de trouver les moyens d’en jouir et d’entrer dans la voie de la contemplation.


L’IKW s’inscrit dans cette mission ! Il y trouve sa raison d’être, ses raisons de continuer malgré les difficultés, les combats, le dénuement. Il ne prétend pas être seul. Loin de là ! Mais il a le mérite d’être là lui aussi. Il a la tâche d’éveiller ceux qui dorment installés dans le confort de leurs convictions. Comme si être convaincu était suffisant pour recevoir la vérité et vivre de sa contemplation. Aujourd’hui et demain sera encore pire, la vérité est bafouée. «Chacun sa vérité», écrivait Pirandello. C’est gentil, mais c’est faux ! L’individualisation de la vérité est la destruction de toute communication sociale et ecclésiale. Elle fait, à l’heure actuelle, le lit d’une idéologie qui menace gravement toute l’existence et la mission de l’Occident : la cancel culture. À sa manière, même avec de pauvres moyens, l’IKW tente d’être fidèle à sa vocation : permettre à ceux qui cherchent la vérité de trouver les moyens d’en jouir et d’entrer dans la voie de la contemplation.

«Qu’est-ce que la vérité ?», demanda Pilate à Jésus (Jn 18, 17). Il partit sans attendre la réponse. Et pourtant Jésus venait de lui dire qu’il était venu pour rendre témoignage à la vérité. La vérité peut être devant nous. Mais, pour la connaître, il faut ouvrir les yeux et suivre son désir, celui de l’intelligence créée et sauvée par le Seigneur. Celui qui est la Vérité.

Aline Lizotte

Photo : R_Tee / Shutterstock

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