Le cardinal Marx et le Saint-Père

L’Église d’Allemagne continue à être secouée par une crise profonde, qui vient de connaître un nouveau soubresaut. La récente démission du cardinal Marx de son siège archiépiscopal de Munich et Freising, refusée par le pape, a donné lieu à des interprétations diverses. Mais la clé se trouve dans la lettre de démission du cardinal, qui parle d’«échec systémique» à propos de la crise des abus sexuels. Aline Lizotte nous explique pourquoi cette notion ne peut pas s’appliquer à l’Église et en quoi elle ne peut engendrer que de fausses solutions.

L’archevêque de Munich et Freising, Mgr Reinhard Marx, a présenté le 4 juin sa démission au pape. Six jours plus tard, soit le 10 juin, il recevait la réponse : le pape refusait cette démission. Les deux lettres ont été traduites et publiées dans toutes les langues et, en moins d’une demi-heure, leur diffusion a été connue Urbi et orbi. La surprise exprimée par le cardinal Marx est quelque peu «étonnante». François connaissait la décision du cardinal bien avant que ce dernier la mette à exécution, puisqu’il lui avait demandé la permission de la rendre publique. Marx avait été reçu par le pape en février, et il avait eu un contact avec lui en mai. On connaît cette réponse : dans une lettre très affectueuse, le pape, se déclarant son frère et son ami, sans mettre de côté le fait qu’il est l’évêque de Rome, le renvoie à sa charge dans l’Église. Il admet son courage et son abnégation, tout en lui disant que ces grandes qualités morales doivent d’abord s’exercer dans les diocèses dont il a la charge : Munich et Freising.

Les spéculations et les interprétations ont fusé de toute part. Certaines ont fait allusion au dossier qui devrait sortir en juillet prochain concernant les abus sexuels sur mineurs dans les diocèses de Trèves (le premier diocèse où le cardinal Marx a été évêque) et de Munich, son siège épiscopal actuel. Marx pourrait-il être visé et acculé à la démission ? D’autres, comme celle du Père Hans Zollner, ont évoqué la grande sensibilité du cardinal de Munich ; d’autres encore ont senti une «invitation» lancée cardinal de Cologne, Mgr Rainer Maria Woelki, à démissionner. Ce dernier est pris entre un premier rapport de 2018 sur les abus sexuels, rapport qui accusait son prédécesseur, Mgr Joachim Meisner (+ 2017), de négligence dans la gestion de ces cas, c’est-à-dire de non-dénonciation, et mettait aussi sur la sellette le vicaire général, Mgr Stefan Hesse, devenu évêque de Hambourg, qui a dû lui aussi démissionner devant les accusations virulentes de la «puissante association de victimes» (Eckiger Tisch) dirigée par Matthias Katsch.

Devant ces protestations, qui affectaient grandement la paix dans le diocèse de Cologne, le cardinal Woelki a commandé une seconde enquête, dont les conclusions ont été rendues publiques le 18 mars dernier. Ce rapport de 800 pages, présenté par le cabinet Gercke de Cologne, a permis de recenser plus de 300 victimes d’abus sexuels dans le diocèse entre 1975 et 2018, dont 50 % avaient moins de 14 ans, et plus de 200 «responsables», dont 70 % étaient des membres du clergé. Mais il exonère l’archevêque de toute responsabilité. Cela ne fait pas l’affaire de Matthias Katsch, qui s’acharne contre Woelki. Celui-ci, même s’il n’a en aucune manière le soutien de l’épiscopat allemand, paraît n’avoir aucune intention de démissionner. Cela ne peut le rendre sympathique au cardinal Marx, d’autant plus que le même archevêque de Cologne ne soutient pas non plus le Chemin synodal que l’Église allemande a inauguré l’automne dernier et qui devrait de nouveau s’activer en cette fin d’année civile.


Le cardinal Marx est très sensible au problème de l’abus sexuel dans l’Église et a contribué généreusement à l’action des associations de victimes dans son diocèse.


Ce parcours synodal est une idée chère à Mgr Reinhard Marx et, s’il n’en reçoit pas un appui unanime de l’épiscopat, il peut en être profondément affecté dans sa sensibilité, comme l’affirme le Père Hans Zollner dans un entretien avec Gerard O’Connell publié dans la revue America. Personnellement, il est très sensible au problème de l’abus sexuel dans l’Église, nous dit le Père Zollner. Il a contribué très généreusement à l’action des associations de victimes dans son propre diocèse, et il soutient le Centre pour la protection de l’enfance de Rome1 qui, sous la protection de l’Université grégorienne, ouvrira ses portes comme faculté autonome pontificale à la rentrée de septembre 2021.

Mais un autre cardinal allemand non moins connu, Mgr Walter Kasper, président émérite du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a une autre opinion. Dans un entretien donné à la revue Passauer Bistumsblatt, il accuse les dirigeants du Chemin synodal d’avoir passé sous silence la lettre de François adressée à l’Église d’Allemagne le 30 septembre 2019, lettre dans laquelle le pape mettait en garde l’Église allemande tentée par l’isolationnisme : «chaque fois qu’une communauté ecclésiale a voulu affronter seule ses problèmes, en s’appuyant uniquement sur ses propres forces, sur sa méthode et sur son intelligence, elle a fini par multiplier et entretenir les maux qu’elle voulait surmonter». Pour le cardinal Kasper, le Chemin synodal comporte un «birth defect» (un «défaut congénital»). Il n’est ni un véritable synode, ni un processus de dialogue. Un vrai synode doit être établi à partir du consensus de la conférence épiscopale et, au fur et à mesure que les demandes et les éléments se précisent, s’ils concernent l’Église universelle, on doit en référer à l’autorité du pape. Ce synode ne fait pas l’unanimité de l’épiscopat allemand, et il est difficile de voir comment un «dénominateur commun» pourrait émerger2.

Un échec systémique

Toutes ces opinions sont intéressantes, mais, si on lit attentivement la lettre de démission du cardinal Marx, on voit qu’il donne en quelques mots les causes de ce qu’on pourrait appeler son «découragement». Il inclut sa demande de retrait du ministère épiscopal dans ce qu’il appelle – et le pape le confirme – un «crise de l’Église» provoquée par la «multiplicité» de l’abus sexuel sur mineurs. Sur ce point, il reçoit l’approbation du pape François, qui appelle cette crise une «catastrophe». Cette catastrophe, qui découle de nombreuses erreurs du passé, chaque évêque doit en prendre la responsabilité, même s’il n’a pas participé à cette situation historique, dit François.


L’affirmation d’«échec systémique» explique à elle seule le refus du pape de recevoir la démission du cardinal Marx.


Cependant, cette faute ou erreur, Marx la qualifie d’ «échec systémique». Cette qualification est très grave. Elle concerne toute l’Église en tant qu’institution. Cette opinion est loin de faire l’unanimité dans le collège cardinalice. À Rome, beaucoup de cardinaux ont pris position contre cette affirmation. À elle seule, elle explique le refus du pape de recevoir la démission du cardinal Marx. S’il l’avait acceptée, il donnait à certains évêques le prétexte de se dissocier du gouvernement papal de l’Église institutionnelle en manifestant un désaccord, soit de droite, soit de gauche. Le pape François doit déjà faire face à tout un épiscopat démissionnaire, celui du Chili, et il ne tient pas à donner à l’Église allemande, en raison de ses discordances internes, le prétexte d’un désaccord systémique avec l’Église universelle. Il n’acceptera jamais cela.

Cela étant dit, que signifie un désaccord systémique ? Le mot est sur toute les lèvres, mais toutes les lèvres qui le prononcent ne savent pas toujours très bien ce qu’il signifie. Et surtout ceux qui l’emploient ne cherchent pas à savoir d’où il provient. Il vient de l’école de Palo Alto, de ces centres humanistes californiens où, dans la période de l’après-guerre, se sont trouvé réunis des intellectuels en gestation de réformes bouleversant tout le mode de vie de l’Amérique. Ce fut ce que l’on a appelé le «New Age». On ne l’a pas dépassé ; on vit encore ses conséquences.

La systémie a été conçue principalement par Gregory Bateson3, un chercheur en communication, cybernétique et psychologie. Elle porte sur les recherches en interaction et en communication. Grâce à Paul Watzlawick, la systémie a développé des thèmes très intéressants sur la communication non seulement orale, mais sur toutes formes d’interaction humaine. Il n’est pas possible d’entrer dans cet article dans le labyrinthe de la logique de la communication telle qu’elle relève de l’École de Palo Alto. Je n’en dirai que quelques mots.

Que signifie l’application de la systémie à l’Église ? Celle-ci n’est-elle pas principalement une institution de communication ? Et n’apparaît-elle pas comme cela ? Elle choisit ses adeptes et les marques d’un signe qui leur donne un aspect identitaire, elle les baptise ! Marqués du signe, elle les groupe sous le leadership d’une seule autorité, l’évêque, qui leur donne un même enseignement, de sorte qu’ils professent ou tentent de professer une même pensée, et elle gouverne par une autorité hiérarchique qui va de l’un aux multiples. Essentiellement, cette «institution», est fondatrice d’une relation. Cette relation est formelle. Elle est un système et, comme dans toute relation, il n’y a que deux termes : A en rapport avec B, et B en rapport avec A. A définit B, et B définit A. Ne doit entrer en considération aucune autre valeur, aucune autre identité, qu’elle soit personnelle, circonstancielle ou autre.

La relation pure construit le système.

Cette vision est-elle acceptable pour l’analyse des actes humains ? Prenons quelques exemples. Qu’est-ce que la paternité ? C’est une relation entre le père et le fils. Cette relation est une relation de dépendance : le fils a besoin de dépendre du père, mais le père a besoin, pour être père, de la dépendance du fils. Est-ce tout ? Qu’est-ce que le mariage ? C’est «une relation volontaire, exclusive, permanente, dans laquelle les différence sexuelles ne jouent qu’un rôle secondaire4». Ces deux relations sont systémiques en ce sens qu’elles institutionnalisent un «système». La paternité est un système, car elle est fondée sur une mutuelle dépendance ! Détruire cette dépendance, c’est détruire la relation ! Le fils n’a pas toujours besoin d’un père, car il cherche à sortir de la dépendance, et souvent le père ne veut pas toujours un fils dépendant. Alors la relation oscille sur ses propres bases. Pourquoi ? Parce que ses bases sont trop faibles et que l’interaction des termes est loin d’être suffisante pour faire naître la pérennité de cette relation. Il en est de même du mariage. Cette relation systémique perd son existence quand l’un des termes, la permanence ou l’exclusivité disparaît.


La relation qui forme les comportements humains des hommes et des femmes ne peut pas trouver en elle-même sa propre raison d’être.


Mais, quels sont les vrais fondements d’une relation ? Une relation doit se fonder soit sur un acte, soit sur une quantité. La relation fondée sur la quantité est mathématique, elle est celle qui est à la base du calcul qu’utilise la cybernétique. La relation qui forme les comportements humains des hommes et des femmes ne peut pas trouver en elle-même sa propre raison d’être. Elle a besoin d’un agir humain axiologique qui est son fondement. La relation du mariage n’est pas uniquement un lien volontaire et perpétuel ; elle suppose une volonté d’engagement ordonnée à la possibilité d’une procréation et impliquant un amour électif, un don réciproque. Ainsi, en raison du consentement à un don mutuel, on peut nommer les deux personnes qui s’unissent «épouse» et «époux». Les termes sont relatifs, mais le fondement, le don mutuel, lui n’est pas relatif. Il assure cependant la permanence et l’exclusivité.

La relation qui fonde l’Église, si on la rapporte à ses fondements – indépendamment de son Fondateur – semble être une stricte égalité. C’est le baptême. Nous sommes tous égaux en tant que nous sommes tous sauvés par le même Sacrifice qui fait de nous des enfants de Dieu. Ne trouver dans l’Église que ce fondement est le point de vue du luthéranisme. Luther fonde l’Église uniquement sur le baptême et n’admet aucune autre relation que celle d’une parfaite égalité en Christ. Or le Christ lui-même en inaugure d’autres, d’abord le rapport à Pierre, sur lequel il bâtit son Église, puis le Collège épiscopal, à qui il donne le pouvoir, avec Pierre, de diriger l’Église.

Ce faisant, le Christ crée des relations d’autorité, des relations de service, des relations d’enseignement (magistère). Ces relations ne se définissent pas uniquement par l’opposition égalitaire des termes. A n’est pas convertible avec B. B sera toujours soumis à A. Cela ne dépend pas de la relation, mais de l’acte qui la fonde. Enseigner exige la lumière de la vérité, et celui qui la reçoit ne donne pas la lumière, il la reçoit ! Être bien ordonné à une fin suppose le guide, l’autorité qui paît le troupeau, autrement le troupeau devient une bande qui se disperse ou qui attaque. La relation ne s’inverse pas, car l’acte qui la fonde n’appartient pas de façon égalitaire aux termes mis en relation : le berger n’est pas la brebis. Ainsi, l’acte qui fonde une relation ne dépend pas uniquement de ses termes, mais de l’ordre de l’un par rapport à l’autre. Si A est ordonné à B et que B ne peut être ordonné à A, c’est que l’acte qui fonde la relation A par rapport à B n’est pas la simple relation d’un système, mais un véritable Bien objectivement et formellement antérieur à celui qui le désire.


Si l’Église est un système, s’occuper de sauver le système plutôt que de s’occuper des loups qui l’attaquent et des brebis en danger est une aberration !


Bien sûr, le service de l’évêque est ordonné au salut des personnes qui lui sont confiées par le Seigneur et par l’autorité compétente. L’évêque n’est pas là pour protéger l’institution qui l’a fait évêque. Accuser tous les évêques, c’est-à-dire la grande majorité, d’avoir voulu sauver l’institution sans s’occuper des brebis est un véritable sophisme qu’il faudra arriver à détruire complètement. Quand le bateau coule, si le capitaine ne s’occupe pas du bateau, mais uniquement des personnes qui sont dedans, il risque fort de perdre et le bateau et les personnes. Si l’Église est un système, s’occuper de sauver le système plutôt que de s’occuper des loups ravisseurs qui l’attaquent et des brebis qui sont en danger est une aberration ! Mais si recevoir l’épiscopat, c’est entrer dans ce système et que le pouvoir d’autorité que donne ce sacrement est le fondement de la relation de l’évêque à ses fidèles, on peut tenter d’expliquer l’apparition des abus sexuels par la préoccupation de sauver le système ! De quel droit peut-on accuser les évêques de l’Église catholique de cette préoccupation systémique majeure ? Pour empêcher les loups d’attaquer les brebis, il faut d’abord les empêcher de rentrer dans la bergerie ! Il ne faut pas détruire la bergerie !

Que le cardinal Marx ait été pris d’une angoisse systémique en constatant que, selon lui et selon certains intellectuels qui l’entourent, l’Église s’est préoccupée avant tout de protéger son système, cela le regarde ! Mais accepter le point de vue du Chemin synodal tel qu’il est en train de se dérouler en Allemagne et qui accuse l’Église historique d’avoir été plus soucieuse de sauver son institution, alors qu’elle aurait dû s’empresser de dénoncer ses prêtres à la justice civile et, par conséquent de s’en débarrasser, cela signifierait que l’ecclésiologie prend sa source dans la systémie ? Y a-t-il un si grand nombre d’évêques qui soient d’accord avec cette vision ? Qu’ayant fait cette constatation, le cardinal pense et agisse comme s’il lui appartenait – lui les évêques et laïcs qui le suivent – de changer le système relationnel de l’Église et d’axer la «réforme» sur l’égalité des baptisés en sacrifiant le principe d’autorité hiérarchique, cela pourrait lui réussir si l’Église était avant tout un système.

On peut penser que, dans certains cas – combien y en a-t-il en vérité ? – l’orgueil et la vanité du pouvoir peuvent conduire à cette vision personnelle. L’histoire de l’Église nous le rappelle avec précision. Cependant, les péchés personnels des chrétiens, qu’ils soient papes, évêques ou laïcs, n’ont jamais été le point de départ d’une «réforme». Le péché appelle à la conversion, non à une révision systémique ! C’est ce que le pape François rappelle à celui qu’il aime beaucoup, son frère dans la foi et qui porte lui aussi le poids de la Croix.

Aline Lizotte

Photo : Elke Wetzig ; Nico Rotolo / Wikimedia Commons


1 – Le Centre pour la protection de l’enfance (CCP) est un centre académique de l’Université pontificale grégorienne à Rome, qui offre des diplômes d’enseignement supérieur en safeguarding (protection). Le CCP a été lancé à Munich en janvier 2012 par l’Université pontificale grégorienne en collaboration avec l’archidiocèse de Munich et Freising et le Département de psychiatrie et de psychothérapie de l’enfance et de l’adolescence de l’Université d’Ulm.

2 – Propos recueillis par James Roberts, Synodal way has ‘birth defect’ says top cardinal, The Tablet, 16 juin 2021.

3 – Gregory Bateson, La cérémonie du Naven, LGF, livre de poche, 2000 ; Vers une écologie de l’esprit, tom I et II, Seuil, coll. Points Essais, 1996. Paul Watzlawick, John H. Weakland, Sur l’interaction, Seuil, Points Essais, 2004 ; Paul Watzlawick & J. Helmick Beavin, Une logique de la communication, Seuil, Points Essais, 2014.

4 – Voir Paul Watzlawick, Sur l’interaction, op. cit. (tout le chapitre sur les règles familiales, pp. 49-63).

 

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Réactions de lecteurs

■ «Encore un article comme vous savez les écrire, mais qui a l’avantage de "noyer le poisson" et de fermer les yeux sur les graves problèmes que connaît l’Église aujourd’hui. Derrière votre présentation très intellectuelle se cache, peut-être, un a priori négatif vis-à-vis de certains courants et de certaines personnes dans l’Église, qui ne vous plaisent pas et que vous semblez prendre plaisir à "diaboliser" : on sait bien que vous êtes très méfiante vis-à-vis du pape François et des actes courageux qu’il posent ; le cardinal Marx fait partie de vos bêtes noires, de vos brebis galeuses ou plutôt de vos bergers galeux. Mais ce sont là des réactions très humaines !… Certes, vous êtes une grande philosophe et vous avez un grand talent d’écriture et de démonstration… mais cela ne vous empêche pas de réagir avec votre sensibilité…
Puisque vous parlez de "système", à lire vos articles, on ne peut que constater que l’Église est, pour vous aussi, un SYSTÈME qu’il faut défendre, et que vous cherchez à défendre, à tout prix. La "catastrophe" des abus sexuels et des autres abus dans l’Église fragilise ce SYSTÈME bien huilé, en particulier à Rome, où tout changement fait peur à de nombreux membres de la Curie… Vous-mêmes ne me semblez pas très à l’aise lorsqu’il s’agit de parler des abus dans l’Église… Il faudra pourtant accepter de changer ce SYSTÈME qui a fait tant de dégâts ! Il faudra sûrement trouver un style plus évangélique, un fonctionnement plus synodal… Il faudra donner aux laïcs, et en particulier aux femmes, la place qui leur revient… Cela demandera du temps, beaucoup de temps, en raison des nombreux freins qui ne veulent surtout pas céder… C’est pour cela qu’il faut commencer maintenant, si nous voulons y parvenir un jour, car le chantier est immense, et l’effort de conversion des personnes et des institutions le sera aussi…
J’ai une grande confiance en notre pape François et je prie Dieu de le garder en vie et en forme pour qu’il puisse engager résolument l’Église sur ce chemin (que l’on ne puisse pas revenir en arrière… comme ce fut le cas quelques décennies après le Concile Vatican II), mais les obstacles sont nombreux… Je prie aussi pour que le prochain Synode des évêques soit vraiment à l’écoute de tous les membres silencieux de l’Église qui persévèrent malgré le risque de découragement, malgré la lassitude devant toutes les résistances, qui ne veulent pas quitter le "bateau", qui s’engagent dans l’Église malgré ses défauts et ses défaillances, et qui travaillent, humblement mais sûrement, à la conversion de l’Église, en commençant par leur propre conversion… car nous avons tous et chacun à nous laisser conduire par le Christ et par l’Esprit… […]»

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