Macron et ses facéties

Cette promesse – qui n’était pas désintéressée –, il l’a tenue… Emmanuel Macron a accepté de se prêter à l’Élysée au «concours d’anecdotes» des deux célèbres YouTubeurs McFly et Carlito, un engagement pris par le chef de l’État après leur avoir lancé un défi : obtenir plus de 10 millions de vues pour une vidéo rappelant les gestes barrières, objectif atteint en moins de trois jours au mois de février dernier. Un coup de «com» à visée électorale à moins d’un an de la présidentielle, bien loin des finalités et des exigences de l’action politique.

La vidéo de la rencontre d’Emmanuel Macron avec les deux YouTubeurs McFly et Carlito le dimanche 23 mai a fait le tour de la France. Macron a accepté de se livrer au «concours d’anecdotes», qui consistait à se raconter des histoires et à en démêler le vrai et le faux. La vitalité de la rencontre a tiré sa leçon : 3 millions de vues et près 700 000 likes. L’entourage macroniste s’en réjouit : à près d’un an des élections, c’est un bon score, et cela devrait apporter un «background» important au candidat Macron. Une petite partie de la jeunesse, surtout les 18-24 ans, s’en est réjouie ! C’est sympa ! C’est «cool» ! Macron avait revêtu son costume présidentiel, mais McFly s’est présenté en tee-shirt, Carlito a gardé son bonnet bien collé sur sa tête. McFly tire la langue au Président et s’amuse à faire des roulades dans le jardin du Palais présidentiel. Le chef de l’État a promis aux deux amis de mettre un portrait d’eux sur son bureau lors d’une prochaine conférence télévisée.


Se concilier une grande partie la jeunesse a été une des obsessions de tous les chefs d’État au pouvoir.


Mais quel est l’enjeu ? Quelles sont les finalités de ces apparitions burlesques qui s’amusent, comme dit le rédacteur du Figaro, à briser les codes. Se concilier une grande partie la jeunesse, principalement celle qui arrive à la maturité politique, celle des 18-24 ans, celle qui n’a aucune expérience, ni de la vie, ni encore moins de l’action politique, a été une des obsessions de tous les chefs d’État au pouvoir. Mais plus cette partie de l’électorat arrive dans la catégorie des trentenaires, plus les opinions politiques se différencient. Le vote républicain se diversifie, et l’impact des désillusions, des déceptions, des refus, et même des démissions, apparaît, ce que révèle le taux des abstentions.

La tentation de manipuler la jeunesse

Dans les années 1940, la jeunesse chantait à pleine voix «Maréchal nous voilà !». Depuis 1933, Adolf Hitler rassemblait les jeunes à Nuremberg et, pendant des heures, leur insufflait le désir de la vengeance contre les vainqueurs de la Grande Guerre. Quand, en septembre 1939, l’armée allemande envahit le couloir de Dantzig et marche vers Varsovie, la guerre est déclarée. La jeunesse si bien conditionnée par le Führer va couvrir le sol de l’Europe de son sang et du sang de tous les envahis qui n’ont pu résister et ont cru qu’ils ne pouvaient le faire. Le Troisième Reich, qui, selon Hitler, devait durer mille ans, n’en dura que douze, mais il provoqua la mort de dizaines de millions de personnes et la destruction d’une grande partie des villes et des infrastructures en Europe. La personne d’Hitler et son nom sont désormais considérés comme des symboles du mal absolu.

Manipuler la jeunesse est une obsession de tous les leaders politiques : les faibles, qui ont besoin de la fraîcheur de cette population inexpérimentée pour vaincre la morosité de leurs partisans et couvrir les erreurs de leur gouvernance ; les forts, du moins ceux qui se disent tels, pour l’utiliser afin de masquer leur tyrannie. Les uns et les autres abandonneront le peuple et tout le pays, comme le fit Hitler quand il préféra se suicider.


Les valeurs de l’action politique ne recouvrent et ne recouvriront jamais les biens, les finalités propres à la dignité de la personne humaine.


Qu’est-ce que manipuler la jeunesse ? C’est utiliser ses forces vives de puissance de création, de production de nouveauté, de générosité, de croyance au bonheur, d’espérance de plénitude, pour la lancer dans la poursuite des finalités qu’aucune action politique ne peut atteindre. Car les valeurs de l’action politique ne recouvrent et ne recouvriront jamais les biens, les finalités propres à la dignité de la personne humaine. Elles peuvent et doivent créer les conditions qui permettent de les atteindre. Mais si l’action est mauvaise, elle conduira des populations trompées à des orientations qui, sous la bannière de valeurs patriotiques, nationales, hégémoniques, n’atteindront à court ou à long terme aucun bien humain, mais un malheur national plein de souffrances et d’amertume. Un malheur qui prendra des générations à se dissiper, à permettre au peuple de retrouver la force et l’espoir d’en sortir et d’agir humainement.

Les exigences de l’action politique

L’action politique est saine lorsqu’elle s’inscrit dans ses propres limites : le vrai Bien commun et l’amitié politique. L’action politique n’est jamais ce qui produit le Bien commun. Car le Bien commun est le principe et le fruit de l’agir des personnes qui s’unissent en société, pour atteindre le meilleur bien de la personne. Il suppose que cette personne ait reçu une véritable éducation morale, qu’elle soit capable non seulement de se plaindre lorsqu’elle est insatisfaite dans ses désirs singuliers, souvent pénétrés d’égoïsme, mais qu’elle soit devenue apte à respecter le droit, objet de la vertu de justice. Sans une vraie éducation à la pratique de la justice, l’action politique échoue. Elle est remplacée par une kyrielle d’actes égotiques freinés et encadrés par une administration omnipotente, qui force les comportements individuels à produire, bon gré mal gré, une façon de vivre ensemble faisant apparaître une multitude de biens singuliers. La personne n’agit pas, elle est contrainte au «faire» comme un troupeau de brebis est contraint de retourner à la bergerie, quand les chiens le guident et que les tournemains du bâton du berger font entrer les récalcitrantes dans son ordre de marche.

Si un politique veut s’occuper de la jeunesse, ce n’est pas pour son bien à lui, pour un succès électoral, pour une confirmation de sa puissance ou de sa séduction. Qu’un politique s’occupe de la jeunesse non pour sa vanité à lui, mais pour devenir le premier éducateur de cette jeunesse, cela est un vrai bien et un vrai devoir. Qu’il pense lui apprendre à respecter les véritables biens de la justice, c’est-à-dire des valeurs qui ont été les éléments fondateurs de son pays, pour les lui faire aimer et ainsi nourrir l’espoir d’un agir qui dépasse les seules revendications de ses instincts grégaires, cela est nécessaire. Une jeunesse qui s’habitue à vivre dans la recherche de ce qui est «top» dans ses frémissements, de ce qui est «full» dans ses délires extatiques, dans la destruction de tout ce ne lui plaît pas, dans l’indifférence de sa propre culture et de sa propre personne, est évidemment une jeunesse facile à manipuler. Quelques bouffonneries acquièrent la popularité. Mais cet homme est-il un vrai politique ? Un guide ou un illusionniste ?


Le multiculturalisme conduit à l’indifférence des personnalités sociales qui sont pourtant une richesse pour l’humanité.


Le deuxième cadre de l’action politique est de faire naître et de protéger l’amitié politique. L’amitié politique n’est pas le fanatisme ou l’admiration que l’on porte au «chef» qui comble l’idéologie du pouvoir. Les chefs qui ont conduit les peuples à la dernière guerre ont suscité un délire d’amour. Un délire qui a conduit l’un à la pendaison publique, l’autre au suicide, par peur d’être jugés et tués par les vainqueurs. Cela finit toujours un peu comme cela, et ceux qui meurent ainsi ne sont pas des gens qui ont donné leur vie, mais souvent des criminels que la justice humaine ne peut même pas condamner. Ils se trouvent, ipso facto, face à la Justice divine !

L’amitié politique commence par le fait d’aimer son voisin, par une ouverture à cet autre qui n’a pas tout à fait les mêmes comportements, qui n’a pas tout à fait la même culture, ni les mêmes valeurs cultuelles, qui ne vote pas pour le même maire, qui n’envoie pas ses enfants à la même école, qui est plus ou moins riche. Mais qui habite le même village, la même région, le même pays. L’amitié politique n’est pas le multiculturalisme, qui est la destruction de la culture. Le multiculturalisme conduit à l’indifférence des personnalités sociales qui sont pourtant une richesse pour l’humanité. Chaque personne est un don divin et chaque culture offre la distinction des richesses de l’humanité qu’aucune personne, aucune nation, aucune culture ne peut, dans sa singularité, revendiquer pour en être, à elle seule, l’exemplaire universel.

Manipuler la jeunesse est une tentation de l’homme politique. Céder à la tentation est une erreur abyssale. Une jeunesse manipulée entraîne une maturité amère et déçue ; elle vit enracinée dans son cœur avec le sentiment qu’on lui a menti et que l’action politique est une hypocrisie organisée. Ce sont tous les mêmes ! Quand une grande partie du peuple en arrive à dire cela, l’acte politique devient inopérant à produire le Bien commun, et l’amitié politique un mythe.

Aline Lizotte

Photo : Capture d’écran Youtube

 

Laisser un commentaire sur cet article

 

Télécharger le texte de cet article icône de fichier

 

Réactions de lecteurs

■ «Madame, vous avez pleinement raison de réagir à cet exercice de manipulation politique de notre Président, qui semble manquer parfois de maturité politique, à moins qu’il ne soit lui-même manipulé par des conseillers qui manquent, eux, de l’esprit de conseil !
Je partage donc votre point de vue et je suis d’accord avec vous sur le sujet principal de votre article. Cependant je dois vous avouer mon profond étonnement à la lecture de votre avant-dernier paragraphe (on se demande bien ce qu’il vient faire dans cet article) dans lequel vous dites une chose et son contraire.
Oui, l’amitié politique commence par une ouverture à tout autre, et notamment à celui qui n’a pas la même culture que moi. Pourquoi affirmez-vous ensuite que le multiculturalisme est "la destruction de la culture" et conduit à "l’indifférence des personnalités sociales". Vous dites aussitôt après que "chaque culture offre la distinction des richesses de l’humanité" et qu’aucune ne peut "en être, à elle seule, l’exemplaire universel".
Donc, de deux choses l’une : ou bien vous optez pour le multiculturalisme (c’est-à-dire le respect et l’accueil des diverses cultures présentes dans notre pays), ou bien vous prônez le mono-culturalisme (c’est comme la monoculture en agriculture : on voit à quels dégâts cela conduit).
Je me demande si la France ne gagnerait pas en apaisement (c’est bien ce qui nous manque en ces temps-ci) si elle accueillait positivement les diverses cultures qui font sa richesse et si nous vivions dans le respect du droit reconnu à chacun d’être lui-même…
Nous en avons eu un triste exemple ces dernières semaines avec le recours de Monsieur Jean-Michel Blanquer (et une poignée de députés LREM manipulés par lui), Ministre de l’éducation nationale, devant le Conseil d’État, pour s’opposer à une forme d’enseignement des langues régionales qui a fait ses preuves… Ce qui a conduit ensuite le Président de la République à réagir contre son ministre pour dire tout le bien qu’il pensait de cette forme d’éducation… On n’est pas à une contradiction près chez nos gouvernants !
Des faits de ce genre existent aussi dans notre Église qui a bien du mal à accepter la diversité et à vivre la synodalité… Mais il faudra bien s’y mettre… sous peine de disparition plus ou moins rapide ! L’Église est plurielle : nous avons quatre évangiles ; les sensibilités et spiritualités sont variées… et c’est le même Seigneur qui agit en elles !
Au fond, nous n’avons peut-être pas la même sensibilité, ni peut-être la même culture… et alors : que Dieu soit loué !»
– J.-Y. Hamon

>> Revenir à l’accueil