Aline Lizotte

Nous publions, aujourd’hui, dans notre Smart Reading Press, un article spécial de François de Lacoste-Lareymondie. Cet article commente le rapport de la commission engagée par le président Macron sur le génocide qui a eu lieu au Rwanda en 1994. Vincent Duclert, à qui a été confiée cette mission en 2019, a remis son rapport à la fin du mois de mars dernier.

Il est très rare que la SRP donne tout son espace journalistique à un seul article et, par conséquent, à un seul auteur. Il y a à cela diverses raisons. La première, c’est que notre ami et journaliste François de Lacoste-Lareymondie a produit un travail non seulement long, mais surtout bien documenté et empreint d’une véritable sagesse politique. La lecture de son article demandera, malgré un souci de mise en ligne pour qu’il soit plus attirant et surtout plus facile à lire, un véritable effort de lecture et de réflexion. Mais cela en vaut la peine.

À la lecture du titre, un grand nombre de nos lecteurs auront comme premier réflexe de dire : les problèmes du Rwanda en 1994 sont loin de nous ! Nous avons autre chose à faire que de nous occuper de cette lointaine colonie d’Afrique. L’Afrique coloniale, c’est du passé ! Tournons-nous vers notre présent. Et pour le moment, le présent c’est la lutte contre le Covid-19. Que nous importe le massacre de plus de 800 000 Tutsis, massacre qui a pris l’allure d’un génocide ?

Il faut combattre cette indifférence que nourrit l’ignorance. Plus nous sommes chrétiens, plus nous devons nous occuper de nos frères chrétiens ; plus nous sommes Occidentaux, plus nous devons partager nos richesses pour recevoir les richesses qui sont éloignées de nous. Il n’y a pas plusieurs espèces d’hommes ; l’être humain est unique en son espèce, et chaque être humain est l’être d’un corps informé par une âme capable de raison, et dont la spiritualité ne s’effacera jamais.

Mais, tout en étant voués à l’universalité en tant qu’êtres humains, nous sommes nés d’un père et d’une mère dont nous tenons notre individualité, notre personnalité, notre culture, notre histoire. Et cela crée pour nous un devoir de reconnaissance et d’honneur. De reconnaissance envers ceux qui nous ont engendrés, d’honneur envers ceux qui attendent de nous la vertu du témoignage de nos dons, le souci de vérité pour comprendre ce qu’ils sont et ce qu’ils vivent et l’espérance partagée d’une vie heureuse. Et, plus que cela, si nous sommes chrétiens, la foi dans la certitude de la gloire du Christ toujours ressuscité.

Le premier devoir s’accomplit dans la connaissance de l’autre. Comment accomplir son devoir envers l’autre si nous ne le connaissons pas ? Nous ne sommes plus dans l’ignorance d’une Europe qui ne savait rien de l’existence de l’Amérique. Nous savons depuis Galilée que la Terre est ronde et que ses limites sont bien définies. Nous savons qu’elle est entièrement peuplée. Notre économie est devenue mondialiste. Nos politiques tendent aux multiculturalismes. Cependant, nos gouvernements sont obligés de reculer devant l’utopie de l’intérêt général. Non, il n’y a pas d’intérêt général pour toute la planète, si ce n’est climatique ! Et encore ! Nous nous contentons trop facilement des «ouï-dire», des tensions fortes, des intérêts d’hégémonie, des politiques de domination sectorielle, territoriale, continentale. Nous le savons vaguement par le journal télévisé, qui parcourt en un quart d’heure les drames, les luttes, les putschs qui ébranlent la géopolitique.

À regarder toutes ces images, nous avons l’illusion d’être informés. Nos erreurs nous rassurent ! À voir les «autres» se débattre dans leurs problèmes, nous apprécions davantage le petit bonheur d’un appartement bien douillet et d’un repas bien garni. Nous oublions que regarder des images, ce n’est pas être informé. Être informé, c’est avoir une véritable réflexion sur l’événement, le comprendre et poser un jugement. C’est à ce prix que nous connaissons, parce que notre intelligence devient «autre» et cesse de se complaire dans la satisfaction de son confort. Et, pour comprendre et juger, il faut porter une attention très exigeante sur l’information.

C’est ce à quoi s’appliquent nos journalistes de la SRP. Ils sont responsables des analyses politiques non seulement parce qu’ils connaissent bien les faits, mais parce qu’ils s’efforcent de donner un jugement éthique et politique le sujet qu’ils traitent. Si vous ne voyez pas la différence, faites un soir l’expérience de lire la même information sur deux journaux dont la ligne éditoriale est bien différente de la nôtre. Lisez et vous comprendrez !

Si vous comprenez, vous reconnaîtrez que le devoir de charité chrétienne suppose aussi de voir, de comprendre et de faire à l’autre l’hommage d’un effort de vérité.

Aline Lizotte

 

Réactions de lecteurs

■ «[…] J’ai lu attentivement votre tribune du 30 avril, et je me permets de vous faire une remarque. Vous écrivez : "Non, il n’y a pas d’intérêt général pour toute la planète, si ce n’est climatique !". Je vous supplie de ne pas vous engager dans ce débat. Le consensus scientifique n’est qu’un argument d’autorité et ne donne aucune autorité à des arguments scientifiques. Je vous recommande de lire mon dernier ouvrage de débat avec le théologien Fabien Revol sur ce sujet : "L’écologie, nouveau jardin de l’Église" (Peuple libre, 2020).
Même Laudato si est mal interprétée sur ce sujet, puisque le pape y écrit qu’il se fonde sur le consensus pour décrire l’état de la maison commune. Il n’est pas dupe sur les consensus et cela le conduit à répéter 2 fois (§ 61 et 188) que "l’Église n’a pas à prendre parti sur ces questions et appelle à un débat honnête et transparent". Cela signifie bien que la cause n’est pas entendue.»
– S. de Larminat

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