Last Judgement, par Pieter Pourbus

Nous sommes tous habités par des images plus ou moins héritées de représentations symboliques popularisées par l’art quant au Jugement dernier, et nous préférons nous rassurer en éliminant la question de l’enfer. La victoire pascale du Christ nous invite à dépasser nos peurs et à contempler la victoire de l’Amour miséricordieux sur toutes les puissances du mal.

On n’en parle plus ! Mais ceux qui ont un certain âge se souviennent des mots et des images qui étalaient une certaine peur, de ce Christ en majesté envoyant une grande partie des humains nus et terrifiés vers les flammes éternelles de l’enfer, alors que les élus vêtus de robe blanche aux visages de «ravis» montaient vers un ciel où les attendait un Grand-Père compatissant. C’était le dernier jugement, l’ultime victoire de Dieu contre la grande méchanceté des hommes. Peu à peu, on a éliminé cette terrifiante image d’un Dieu en colère ; le ciel est devenu un dû pour tous, l’enfer n’existe pas, ou, s’il existe, il est vide ! Quoi qu’il en soit, on sera tous au ciel, tralala !

Et pourtant, il y a bien dans l’Évangile certains passages qui disent le contraire. Telle cette parabole eschatologique que l’on trouve en saint Matthieu 25, 31-46 :

Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux de droite: Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. (…) Alors il dira encore à ceux de gauche: Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges.

Pour tenter de comprendre, il faut se dégager du style parabolique et des interprétations souvent fantaisistes dont ce récit est empreint. Non, il n’y aura pas de vallée de Josaphat, non toute l’humanité n’y aura pas rendez-vous, non certains actes personnels et honteux ne seront pas dévoilés, comme s’il y avait un nouveau procès qui compléterait celui de la rencontre de Dieu par l’âme qui se dégage du corps. Qu’y aura-t-il ?

La lutte des contraires

Toute la vie humaine, et même toute vie est lutte, de la conception à la mort. Même si le bébé dans le sein maternel est dans un état de «béatitude» – espérons-le ! – il va lui falloir naître. Bien que la naissance, en elle-même, ne soit pas un traumatisme, le «tout-petit» passe d’un «monde» de bien-être à un monde de lutte : possession et séparation, chaleur du sein maternel, variation climatique (le chaud ou le froid), faim et rassasiement, douceur et malheur, tendresse et sévérité, santé et maladie, toute-puissance et autonomie, apprentissage et échec, travail et repos, précarité et suffisance, jeunesse et vieillesse, vie et mort.


Ce monde visible subit encore les suites de la lutte constante entre forces spirituelles qui sont celles du Christ et les forces spirituelles de son ennemi, Satan.


Tout cela sans compter les développements difficiles de la formation de la personnalité : les joies et déceptions de l’enfance, les contradictions de l’adolescence, les vivacités de la jeunesse, la maturité de l’adulte, les tendresses et les solitudes de la vieillesse. Et encore, les heurs et les malheurs de la société, guerres et paix, fluctuations économiques, forces et faiblesses des politiques, valeurs et idéologies, égoïsme et justice, liberté et autoritarisme, tyrannie et démocratie. L’homme qui naît de la femme espère un monde de bonheur. En réalité, il ne vivra pas, pas toujours et pas pour tous, un monde de malheurs. Mais ne pourra pas lui être épargné un monde de lutte.

Ce l’homme ne sait pas ou, s’il le sait, il ne s’en occupe que rarement – très rares sont ceux que cela préoccupe – c’est que ce monde dans lequel coexistent le bien et le mal, ce monde visible subit encore les suites de la lutte constante entre forces spirituelles qui sont celles du Christ et les forces spirituelles de son ennemi, Satan, le Prince de ce monde. L’Ange de la révolte – non serviam – n’a pas renoncé à guerroyer contre les fils de la femme (cf. Ap 12, 17). Bien que Satan sache qu’il est vaincu par Michel – quis est ut Deus ? – et ses anges (cf. Ap 12, 7-9), que cette victoire soit celle du «sang de l’Agneau» et celle de sa parole, bien qu’il sache que ses jours sont comptés» (v. 12), «frémissant de colère», il continue à guerroyer sur «la terre et la mer», pour le malheur des hommes.


Ce n’est que lorsque nous serons en présence de Dieu que nous pourrons comprendre, un peu, ce qu’est le mal.


Si l’homme ne le sait pas, c’est que cette lutte incessante, absolument terrible1, a lieu dans un monde bien réel, mais invisible. Nous en connaissons les effluves en constatant certaines formes du mal – celles, entre autres, dont le pape François a parlé dernièrement en Irak, en mentionnant l’effroyable cruauté humaine –, nous n’en voyons ni les sources ni la totalité. Nous ne pouvons, dans les limites de nos expériences humaines, si terribles nous apparaissent-elles, «voir» ce qu’est la totalité du Mal, ni ce qu’est la grandeur du Bien. Ce n’est que lorsque nous serons en présence de Dieu, dans la grâce de sa Vision, face à son Amour et à sa Grandeur, que nous pourrons comprendre, un peu, ce qu’est le mal. En attendant, nous vivons non dans un monde de malheur, mais dans un monde d’espérance, dans lequel tout malheur ne nous est pas épargné et en conséquence ne nous dispense pas de toute lutte.

La Cité de Dieu

On connaît ce passage de l’œuvre considérable de saint Augustin (354-430), La Cité de Dieu :

Deux amours ont donc fait deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la Cité céleste. L’une se glorifie en elle-même, l’autre dans le Seigneur. L’une demande sa gloire aux hommes ; pour l’autre, Dieu témoin de sa conscience est sa plus grande gloire. L’une dans sa gloire dresse la tête ; l’autre dit à son Dieu : Tu es ma gloire et tu élèves ma tête2. L’une dans ses chefs ou dans les nations qu’elle subjugue, est dominée par la passion de dominer ; dans l’autre, on se rend mutuellement service par charité, les chefs en dirigeant, les sujets en obéissant. L’une, en ses maîtres, aime sa propre force ; l’autre dit à son Dieu : Je t’aimerai, Seigneur, toi ma force3.

Ce thème d’une «séparation» entre deux Cités, entre deux Mondes selon Origène (185-254) est une sorte de figuration de l’expression du Mal par rapport à Dieu. Là où Augustin voit deux Cités, Origène voit plusieurs «Mondes», considérant que les «âmes», substances rationnelles, ne pouvant exister sans la matière, existent de façon différente selon leur degré de purification ; elles migrent d’abord dans la matière grossière et, peu à peu, elles se purifient et atteignent un certain degré d’incorruptibilité. C’est ainsi qu’il considère qu’après une première mort, il y a pour les âmes une seconde chance d’atteindre une perfection complète et de devenir totalement incorruptibles, d’être capables alors de jouir de la contemplation de la Trinité4.

Ces thèmes, de «Cité», de «Monde», ne sont pas des «lieux». Ils désignent une forme de structure sociale, non celle que nous connaissons selon notre expérience de vie, mais celle que nous ne voyons pas et qui n’en est pas moins efficace. Les différents «Mondes» d’Origène, empruntent au système platonicien cette contemplation des Idées qui va du singulier matériel à l’Universel existant par soi, purifié de toute matière. Par contre, les deux Cités présentées par Augustin appartiennent selon leur structure au monde invisible.

L’une, celle des «Bienheureux, bénis par Dieu, héritiers du Royaume, promus à la contemplation de la Trinité, exaucés dans cette vision selon le désir d’amour», on la trouve lors de la mort individuelle. Mais elle est toujours invisible aux yeux de ceux qui restent sur terre. L’autre, celle du Diable et de ses anges, maudits par Dieu parce qu’ils auront été trouvés «sans amour» de ceux qui étaient visibles à leur yeux, les pauvres, objets de la misère humaine, qu’elle soit charnelle (faim, soif, vêtements, etc.) ou spirituelle (ignorance, solitude, souffrance, offenses, condamnés, etc.), existe aussi dans ses effets. L’un et l’autre de ces Mondes, l’une et l’autre de ces Cités, demeurent invisibles aux habitants de la Terre. La seule manière d’y accéder, la seule façon d’y entrer, c’est par la porte de ce qui est visible aux yeux de tous, la misère humaine, qui n’est pas une condamnation, mais un appel au «don de l’amour» ou au rejet de la vérité de la miséricorde.

De l’Invisible au Visible

Cette parabole est loin d’être un «fairy tale». Elle rend visible à nos yeux ce qui était invisible. Elle nous manifeste, et ce sera vrai, qu’il y a bien deux Cités, l’une, celle des Bénis, l’autre, celle des Maudits. Comment cette parabole nous l’enseigne-t-elle ?


Le Christ qui reviendra n’est plus celui de la Croix, c’est le Vainqueur de la Mort, le Sauveur, le Roi.


En premier, le Christ est désigné comme «Fils de l’homme», c’est-à-dire sous sa forme humaine5, bien qu’il soit essentiellement Fils de Dieu. Il vient pour rendre «visible» ce qui était invisible. Aux yeux de l’homme, même sauvé, Dieu en tant que tel est invisible. Incorporel, Il ne peut être vu par des yeux de chair. Or, ici, il ne s’agit pas seulement d’une connaissance de Dieu, mais d’une vraie théophanie. Le Christ n’est plus celui de la Croix, c’est le Vainqueur de la Mort, le Sauveur, le Roi. Il vient «escorté de tous les anges», qui sont les «gardiens de l’homme». Il apparaît assis sur un trône de gloire. C’est la position «assise» qui est importante, et non celle d’un siège flottant dans l’espace.

Pourquoi mentionner que le Fils de Dieu est désigné comme Fils de l’homme ? Parce qu’il doit être vu de tous et non seulement des «bénis» du Père. Pourquoi est-il dit «assis» ? Parce que ces mots manifestent ce qu’il vient faire : juger, c’est-à-dire poser un jugement universel. Quel sera ce jugement ? Celui qui sépare, de façon définitive et pour l’éternité, le bien du mal. Non seulement le bien du mal, dans la nature physique, mais dans les structures sociales de l’homme. Devant lui sont «toutes les nations». Dans sa forme humaine, le Christ doit être vu de tous, selon ce que prédit l’Apocalypse : «Voici, il vient avec les nuées ; chacun le verra, même ceux qui l’ont transpercé» (Ap. 1, 7), car il vient juger toute l’humanité. Cette humanité qui, créée par le Père, lui est donnée en partage pour la rendre au Père : «Devenant semblable aux hommes et reconnu à son aspect comme un homme, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort et à la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé» (Ph 2, 8-9).

Le Christ vient en majesté parce qu’apparaissant sous la forme de l’homme, il doit être reconnu, selon sa vérité, comme Fils de Dieu. À Dieu convient de soi la majesté ! C’est bien ce que Christ prédit aux Apôtres en leur annonçant non seulement l’humiliation de la Croix, mais après les signes précurseurs : car «les puissances des cieux seront ébranlées», et sa victoire totale : «Et alors on verra le Fils de l’homme venant dans une nuée avec puissance et grande gloire» (Lc 21, 27). S’il est entouré des «anges», il ne s’agit pas tant des puissances célestes, mais de tous les hommes qui, sur terre, ont manifesté sa vérité et sa gloire, les prédicateurs, les pasteurs, les docteurs de la vérité. Ils forment le cortège du Jugement. C’est l’ultime heure de Vérité qui se manifeste à tous les habitants de la Terre, c’est-à-dire à tous les hommes, dans la véritable Cité terrestre, non celle de la Chute, mais celle que le Père avait créée à l’aurore de l’humanité. Un Cité donnée à l’homme comme son lieu propre afin d’être glorifiée par l’homme qui glorifie Dieu, ce que le premier n’avait pas fait.

Le jugement

Comme un «bon pasteur», c’est-à-dire dans un «juste» jugement non dépourvu de miséricorde, le Fils de l’Homme sépare son troupeau, mettant d’un côté, à sa droite, les brebis, et à sa gauche, les boucs. Pourquoi les brebis ? Pour quatre raisons, nous enseigne saint Thomas : 1. Les brebis sont le signe de l’innocence, ce sont ceux que le Christ appelle ses «tout-petits», non pour signifier leur âge, mais d’une part leur fragilité et d’autre part l’amour plein de tendresse et de compassion de Dieu Lui-même. Quel que soit notre âge, quelle que soit notre notoriété terrestre, nous sommes «les tout-petits» de Jésus. 2. Les brebis écoutent la voix du Pasteur, elles obéissent à son appel. Les brebis du Christ, dit Jésus dans l’évangile de saint Jean, sont «celles qui écoutent ma voix» (Jn 10, 27). 3. Elles sont patientes, de la vraie patience qui ne se laisse pas vaincre par la tristesse, qui ne murmure pas devant l’épreuve, comme l’enseigne l’hymne du Serviteur souffrant : «Maltraité, il n’ouvrait pas la bouche, comme l’agneau qui se laisse mener à l’abattoir, comme devant les tondeurs, une brebis muette, il n’ouvrait pas la bouche» (Is 53, 7). 4. Parce que le Seigneur paît les brebis par lui-même comme un vrai pasteur. Car il s’occupe de ses brebis, même celles qui ont été égarées par de mauvais pasteurs (cf. Ex 34, 1-13).
Quant aux «boucs», cet animal qui résiste à la voix du Pasteur, à l’amour du Pasteur, aux soins du Pasteur, quelle que soit la façon dont ils entendent cette voix, dont ils en perçoivent l’amour, dont ils voient sa tendresse, ils sont jetés hors du Royaume.

La récompense

Elle est de deux sortes. Les brebis sont bénies par le Père et reçoivent en héritage le royaume qui a été préparé pour elles depuis la fin du monde (cf. Mt 25, 34). La bénédiction est la récompense de la Foi, laquelle, bien qu’elle soit créée dans l’âme par Dieu Lui-même, exige qu’on la mette en pratique. Or on pratique la foi non seulement en observant les règles du culte, mais en écoutant la Parole du Christ telle qu’elle nous parvient par l’Écriture et telle que nous l’enseignent non seulement les vrais Pasteurs, mais ce que l’Esprit fait surgir au cœur de chacun : «Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ?» (Ps 94,7)


Ceux qui sont jugés comme étant les boucs sont ceux qui manquent à la foi qu’ils ont reçue et lui sont infidèles.


L’héritage est bien celui qui a été promis à Adam. Celui-ci l’aurait possédé s’il avait écouté la parole de son Créateur ; il aurait alors été «comme Dieu», non à la manière de Satan, mais à la manière du Père qui a créé l’homme pour lui donner la connaissance de son mystère et l’introduire dans son intimité, c’est-à-dire pour qu’il voie Dieu, qu’il le bénisse et qu’il soit comblé par la Vérité divine. Pour le reste de la promesse, «car j’avais faim et tu m’as donné à manger…» et la question des bénis qui suivent Jésus «Mais Seigneur, quand cela est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir ?», la réponse vient immédiatement : «Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces tout petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait». Il s’agit dit saint Thomas, non pas de la seule foi, mais de la charité plénière, celle qui découle de la foi et de l’amour que le Créateur met dans notre agir6. Cette charité plénière peut revêtir toutes les œuvres de la miséricorde.

Ceux qui sont jugés comme étant les boucs sont ceux qui manquent à la foi qu’ils ont reçue et lui sont infidèles, même si elle est incomplète quant à sa définition parfaite. Tout être humain est capable de transcendance, et tout être humain reçoit en lui un certain sensus divini – ne fût-ce qu’en vouant un culte à des idoles faites de main d’homme. Mais tout homme, même baptisé, est aussi capable de cruauté, capable de se détourner de la misère de l’autre, capable de mensonge, des crimes les plus atroces ou de mensonges et d’hypocrisies les plus notoires. Ceux-là ne seront pas «bénis» et n’auront aucune part à l’héritage.

En ces jours où nous allons faire mémoire de cette première venue réelle du Fils sur la Terre, de ce Fils qui a marché sur les sables de la Palestine, qui a mangé et bu avec les hommes, qui a été humilié, torturé, mis à mort par eux, souvenons-nous qu’un jour viendra où nous le verrons dans la gloire de cette humanité. Il reviendra parmi nous, sur notre terre, dans son enveloppe charnelle. Et pour toujours, il nous emportera avec lui !

Et, surtout, en ces temps des fêtes pascales, disons avec la plénitude de notre cœur : «Seigneur Jésus, reviens ! Nous avons tant besoin de toi !»

Aline Lizotte

Photo : Vassil / Wikimedia Commons


1 – Métaphysiquement et surnaturellement, il ne s’agit pas d’une lutte avec des piques et des lances, mais avec des arguments entre des Intelligences dont la force dépasse de beaucoup la capacité de nos pauvres esprits. Deux puissances s’opposent, celle des Anges et celle du «Dragon et de ses anges». Ces anges, ce ne sont pas les angelots peints par Michel-Ange, mais des Substances séparées – des purs esprits – chez qui un argument faux qui traduit une colère contre toute la Création et contre Dieu est un frémissement d’horreur qu’aucune intelligence humaine ne peut même entrevoir et encore moins mesurer.

2 – Ps 3, 4.

3 – Ps 17, 2.

4Origène, Traité des Principes, II, 2,1-2. Traduction et présentation, Henri Cruzel & Manlio Simonetti, Éditions du Cerf, 1978.

5Saint Thomas d’Aquin, Supra Evangelium S. Matthæi, Lectura, XXV, III et sq. (Toutes les références qui vont suivre se réfèrent à ce commentaire de l’Aquinate)

6Ibid., n° 2093.

 

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Réactions de lecteurs

■ «Bonjour à toute l’équipe.
Enfin on en parle, de la Parousie, le cœur profond de notre Espérance ! Merci ! Ces perspectives sont l’aboutissement de l’incroyable miséricorde divine. Comment peut-on laisser des jeunes faire leur profession de foi sans jamais en avoir entendu parler ?
Catéchiste, j’essaie d’évoquer devant mes CM2 la notion de "résurrection des corps", si essentielle pour notre foi, et désormais quasi taboue en chaire et dans les parcours de catéchèse ; il est essentiel de clarifier pour eux la différence entre la résurrection, la réincarnation, les vies nombreuses dans les jeux vidéos et la réanimation à l’hôpital… Bien sûr, je parle de cela en lien avec le jugement dernier (j’explique que le jugement, c’est "Jésus qui rend la justice = qui rend les choses justes"). Il est aussi important de rectifier auprès des enfants la vision d’un Dieu "Père Fouettard" , donnée par une vision "gore" de l’enfer, que d’éviter le côté sirupeux "On ira tous au paradis" cher à Polnareff.
En général, les enfants comprennent (enfin, admettent…) bien "la résurrection de la peau" (selon le joli mot de l’un d’eux !). Je leur parle d’un corps "2.0"… Pour l’enfer, je prends l’image d’une bouderie acharnée contre leurs parents, mais contre Dieu, multipliée par 10 000 milliards et pour l’éternité ; pour le paradis, du plus merveilleux des câlins avec Maman, mais avec Dieu, multiplié par 10 000 milliards et pour l’éternité ; et pour le purgatoire, du moment où après avoir fait une bêtise on demande pardon en pleurant dans les bras de Maman lors d’un câlin de réconciliation. Tout ça a l’air d’être assez bien "digéré" et je n’ai eu aucun retour de parent furieux m’accusant de faire peur à leur enfant !
Toutefois, un point est pour moi encore plus obscur que les autres sur ce thème très peu connaissable : que se passe-t-il pour les damnés (s’il en existe) ? La résurrection des corps pour les bienheureux se conçoit bien, même si l’état de vision béatifique peut sembler a priori difficile à concilier avec une existence de chair. Mais faut-il considérer que des peines physiques s’ajoutent au tourment glacé, volontairement solitaire et drapé dans son orgueil de "l’état" qu’est l’enfer ? C’était la conviction de nos pères… Cependant le côté un peu primaire, Père Fouettard et "jérômeboshien" de cette approche me fait tiquer.
Ou bien faut-il considérer que les damnés reçoivent leur corps glorieux comme les bienheureux, mais le bien-être qu’ils pourraient en retirer est complètement parasité par la torture spirituelle due à leur choix définitif de se tenir en opposition à Dieu ?
Et dans la "Terre nouvelle", les damnés et les bienheureux coexisteront ils dans le même "lieu" ? Difficile de se faire une idée là-dessus…
Cette question peut sembler un peu bêtement spéculative, façon sexe des anges. Mais les enfants sont avides de détails et si je peux être moins floue que de répondre "je ne sais pas", ça m’arrangerait !
Encore merci pour tous vos articles.»
– O. Landreau-Jacquemin

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