Prédiction de Tocqueville

Le communisme est mort, comme l’avait annoncé la Vierge Marie aux voyants de Fatima. Mais le temps de paix annoncé n’est pas au rendez-vous de l’Histoire. Quant aux «erreurs» du marxisme, elles se répandent toujours sous de nouvelles formes. Peut-être n’avons-nous pas tout compris ou tout écouté du message de Fatima ?

Le communisme a sombré avec la chute du mur de Berlin en 1989, comme l’avait promis la sainte Vierge à Fatima le 13 mai 1917, si l’Église accomplissait ce qu’elle demandait :

Si on accepte mes demandes1, la Russie se convertira et on aura la paix ; sinon elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, diverses nations seront détruites. À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie, qui se convertira, et il sera concédé au monde un certain temps de paix.

Chacun peut en penser ce qu’il veut, et les esprits les plus rationalistes sourire, mais le fait est là : quelques années plus tôt, le 25 mars 1984, le pape Jean Paul II, non sans difficulté, venait de consacrer solennellement le monde au Cœur immaculé de Marie, en union avec tous les évêques.

Certes, dans sa formule de consécration, il ne nomme pas la Russie, comme le demandait la Vierge dans le «deuxième secret». Certains le lui ont reproché. Néanmoins, le Christ, par Marie sa Mère, semble exaucer la prière de son Église : la prophétie dite du «deuxième secret» semble réalisée.

La prière n’élimine pas les causes secondes

La prière n’a rien de magique. Elle n’élimine pas les causes secondes. Si «Jésus Christ est le centre du cosmos et de l’histoire», comme le rappelait Jean Paul II dans les premiers mots de sa première encyclique2, il revient à l’homme d’écrire l’Histoire. Il peut l’écrire tantôt dans la fidélité, tantôt dans l’insouciance et l’ingratitude, comme l’enfant prodigue de la parabole.

Force est de constater que le temps de paix «concédé» au monde a été bien cours et bien relatif. Une génération plus tard, la menace d’une confrontation atomique et d’une guerre «mondiale» ont certes disparu. La Russie s’est en partie convertie, et son influence idéologique, son «soft power», est bien affaibli. Mais les erreurs dont la philosophie des Lumières – et le marxisme en particulier – sont la matrice n’ont en revanche pas cessé de se répandre sous des formes nouvelles, et cette idéologie apparaît beaucoup plus prégnante sur les esprits que le communisme d’antan.

Cette idéologie se veut «scientifique», comme le communisme. Elle refuse, comme le marxisme, toute alternative aux solutions qu’elle impose : sans alternative la stratégie de contrôle des populations et les atteintes aux libertés pour lutter contre la pandémie, sans alternative la lutte contre le réchauffement climatique, sans alternative le discours politiquement correct sur l’immigration, sur le gender, le féminisme, le mariage de personnes de même sexe, sans alternative l’Europe de Bruxelles et la mondialisation.

Une nouvelle alliance

Un parti unique n’est plus son bras armé. Il a été remplacé par une alliance, improbable au temps de la bipolarisation du monde, entre des forces étatistes marxisantes et le capitalisme le plus «financier», le plus cynique et le plus vénal qui ait jamais existé. Des intérêts conjoints de la Chine, de la Californie et de Wall Street est née une nouvelle oligarchie remplaçant la nomenklatura qui régnait sur l’Empire soviétique et ses conquêtes.

Cet «establishment», tout comme le parti unique d’hier, confisque le pouvoir. Il dirige les masses par un mélange de répression, de manipulation politique et d’amollissement des mœurs. Cette société, Tocqueville la décrivait déjà en 1835 dans De la démocratie en Amérique3 :
L’espèce d’oppression, dont les peuples démocratiques sont menacés, ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde ; nos contemporains ne sauraient en trouver l’image dans leurs souvenirs. […]

Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils s’emplissent leurs âmes. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas ; il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie. Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier prévoyant et doux… Il ne cherche au contraire qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur, mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre !

Ce texte prémonitoire de Tocqueville décrit-il le régime chinois, l’Amérique de Joe Biden ou la France d’Emmanuel Macron ?

La prière de l’Église avec Jean Paul II nous a débarrassés de la dictature du communisme. Mais les démons que Jésus a chassés semblent être revenus trente ans après, 7 fois plus nombreux (cf. Mt 12, 43-45)… Avons-nous un peu vite enterré le message de Fatima ?

Thierry Boutet

Photo : Bundesministerium für Europa, Integration und Äußeres / Wikimedia Commons


1 – La communion réparatrice les premiers samedis du mois, la consécration explicite de la Russie et pas seulement «du monde» par le pape en union avec tous les évêques du monde.

2Jean Paul II, Redemptor hominis, 4 mars 1979.

3 – Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, tome II, IV, 6.

 

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