Bouton des brèves

Covid-19 : le désespoir des jeunes

Détresse des jeunes

«Je regarde le plafond, je sens une boule dans ma gorge. Je n’ai jamais eu autant de pensées suicidaires. La pandémie semble être un grand arrêt dans nos vies. Elle nous a tellement déprimés que je me demande à quoi ça sert de vivre.» Ainsi s’exprime Philaé, une étudiante en commerce française de 22 ans, qui a dû retourner vivre chez ses parents après avoir perdu son emploi à temps partiel. Les Philaé se comptent par centaines de milliers dans le monde parmi les jeunes, au point que les experts parlent à leur sujet d’une «pandémie de santé mentale» qui devrait être traitée aussi sérieusement que la pandémie elle-même.

La prolongation des restrictions de liberté dans les pays européens amène les professionnels à s’inquiéter de plus en plus de la détérioration de l’état mental des jeunes. Ils craignent que leur résilience soit surestimée. Confrontés à une vie sociale restreinte et à une incertitude accrue à un moment déjà précaire de leur vie, nombreux sont ceux qui souffrent du sentiment qu’ils perdent un temps précieux à l’âge où leur avenir se construit. Partout dans le monde, ils ont perdu des opportunités, raté des étapes traditionnelles et perdu des relations à un moment crucial pour la formation de leur identité.

Aux États-Unis, un quart des 18-24 ans ont déclaré avoir sérieusement envisagé le suicide. Une étude menée l’an dernier par l’Organisation internationale du travail dans 112 pays a montré que deux tiers des 18-29 ans pouvaient être sujets à l’anxiété et à la dépression. Les effets durables sur les taux de suicide, la dépression et l’anxiété sont en cours d’évaluation, mais les services de soins sont déjà débordés.

L’hiver a aggravé la situation : les jeunes manifestent des symptômes plus graves d’anxiété, de dépression, de troubles alimentaires et d’addictions. Selon un professeur de pédopsychiatrie de Leiden, «l’isolement a perturbé la transition habituelle des jeunes, lorsqu’ils passent de l’appartenance à leur famille à l’appartenance à leurs pairs. Ils se sentent vides, seuls, et cette solitude les conduit au désespoir.»
Source : New York Times

USA : les conséquences politiques du procès en destitution

Le 13 février, les sénateurs américains, par 57 voix contre 43, ont jugé l’ancien Président Donald Trump «non coupable» d’avoir incité à l’insurrection le 6 janvier dernier au Capitole. 7 sénateurs républicains sur 50 ont soutenu l’accusation venant du camp démocrate. Ce procès en destitution (le quatrième au total, mais le premier pour un président n’étant plus en exercice), bien que très bref, ne sera pas sans conséquences.

La défense présentée par l’ancien Président a reposé sur 3 arguments : le rejet d’un procès politique, dont la constitutionalité est discutable car impliquant un chef d’État qui n’est plus en exercice ; la dénonciation d’une atteinte à la liberté d’expression, le discours de Trump utilisant une rhétorique combattive qui appartient aux deux camps ; la préméditation des meneurs qui ont envahi le Capitole, prouvée par les messages partagés sur les réseaux sociaux avant le discours de Trump.

L’enjeu politique pour les partis démocrate et républicain est de maintenir en leur sein une unité mise à mal ces derniers mois.

Donald Trump, blanchi, pourrait se représenter en 2024. Mais deux procès en destitution et les images de l’invasion du Capitole par ses partisans constituent un passif qui peut indisposer les indécis. Il a gardé le soutien d’une large majorité de représentants et de sénateurs, et la pression de l’électorat républicain en sa faveur est telle qu’ils auraient beaucoup à perdre en s’opposant à lui. 59 % des électeurs républicains veulent qu’il garde un rôle important dans le parti (18 points de plus qu’au lendemain de l’émeute du Capitole). Dans les États acquis aux conservateurs, les candidats républicains risquent d’être doublés par la droite du parti lors des prochaines échéances. Dans les États disputés, le refus de destituer Trump peut être mis en avant par les candidats démocrates pour discréditer leur adversaire.

Les représentants démocrates qui ont formé l’équipe chargée de présenter les arguments en faveur de la destitution de Trump ont gagné une large audience. Faisant la part belle à des vidéos inédites sur l’invasion du Capitole, leur présentation de l’événement a marqué les esprits. Mais leurs atermoiements de dernière minute et la décision de ne pas prolonger les débats par l’appel aux témoins ont entamé ce crédit.

Le nouveau Président s’est tenu à distance. Aux yeux des Américains, c’est le succès de son administration à faire reculer la pandémie en soutenant l’économie qui comptera. Le vote d’un budget exceptionnel de 1,9 mille milliards de dollars, comprenant des aides directes aux ménages, est sa priorité. Mais il risque de voir la base électorale démocrate la plus à gauche lui reprocher d’être resté en marge de la procédure contre Donald Trump.
Source : La sélection du jour

France : des ordinations au plus bas

Baisse des ordinations

Le site très documenté La Vérité des Chiffres publie comme chaque année un dossier sur les ordinations sacerdotales en France, avec une analyse des tendances à long terme. L’année 2020 a marqué le point le plus bas du nombre des ordinations sacerdotales, avec 91 prêtres français ordonnés : 46 prêtres pour les diocèses et 45 rattachés à des ordres religieux ou à des fraternités sacerdotales. Il faut y ajouter 31 prêtres étrangers ordonnés en France et destinés à y rester. Au total, 122 prêtres ordonnés pour exercer leur apostolat en France(1).

Rappelons qu’en 1901, il y eut 1733 ordinations pour le clergé diocésain, 646 en 1965. On peut donc parler d’un véritable effondrement, concrétisé par la fermeture des séminaires de Lille et de Bordeaux en 2019. Les ordinations diaconales de 2020 permettent d’anticiper les ordinations sacerdotales de 2021 : 36 diocésains français, dont 10 pour Paris et Versailles, et 54 autres français, dont 27 à la communauté Saint-Martin et 12 selon la forme extraordinaire du Rite romain (FERR).

La situation est analysée diocèse par diocèse. Nombreux sont ceux qui doivent se préparer à une quasi-extinction de leur presbyterium en raison du nombre de décès, d’autant que le faible nombre d’ordinations est concentré sur 3 de diocèses (Paris, Versailles et Toulon), dont les situations respectives sont assez différentes : il faut distinguer le nombre des vocations originaires du diocèse, reflétant la vitalité chrétienne des familles, et celles qui manifestent plutôt l’attractivité d’un évêque et de son presbyterium. On constate que de nombreuses vocations issues des diocèses de Paris et de Versailles ne restent pas dans leur diocèse d’origine, alors que des diocèses comme Toulon ou Bayonne accueillent largement des vocations extérieures. Les prêtres de la communauté Saint-Martin sont principalement issus des diocèses de Paris, Versailles, Lyon. Les ordinations selon la FERR représentent régulièrement de l’ordre de 20 % des ordinations de prêtres français : 19 sur 91 en 2020.

L’année 2021 devrait marquer une nouvelle baisse historique des ordinations diocésaines (36) et une année record d’ordinations pour la communauté Saint-Martin (27). Il ne semble pas qu’un «effet François» ait été observé dans les entrées au séminaire.

(1) La méthode de calcul adoptée est différente de celle utilisée par la Conférence des Evêques de France, qui arrive à un total de 126 ordinations en comptant les prêtres étrangers ordonnés en France mais destinés à retourner dans leur pays d’origine et en excluant les prêtres français ordonnés à l’étranger, en particulier dans des Instituts où se célèbre la messe traditionnelle.
Source : La vérité des chiffres

«Autoriser l’IMG jusqu’à 9 mois pour détresse psychosociale serait dangereux»

Dans une tribune publiée par Le Figaro du 15 février, le professeur Emmanuel Sapin, chef du service de chirurgie pédiatrique et néonatale au CHU de Dijon et spécialiste de chirurgie fœtale, se montre inquiet quant à l’imprécision du nouveau motif autorisant une IMG jusqu’au 9e mois :

«Cet amendement au projet de loi bioéthique (adopté par l’Assemblée mais rejeté par le Sénat) permettra, s’il est adopté, de supprimer la vie d’un être humain ne présentant aucun problème de développement, et ce jusqu’au 9e mois de grossesse, pour un motif flou susceptible d’interprétations variées. […] Or, la “détresse psychosociale”, nouveau motif institué pour élargir les circonstances autorisant une IMG jusqu’au 9e mois, est un concept bien difficile à mesurer. Elle repose sur un ressenti qu’il faut certes entendre mais, avant tout, c’est un appel à l’aide qui demande attention et écoute bienveillante pour secourir la personne et l’aider à trouver une solution à son mal-être et à une situation qui lui paraît désespérée.

Pour prendre conscience de la réalité de la vie humaine des tout-petits nés à l’âge de développement concerné par l’amendement, j’invite les députés à venir dans un service de réanimation néonatale. Les médecins réanimateurs néonataux et les infirmières puéricultrices consacrent leur vie, leur attention, au prix de leur inquiétude et de leur fatigue, à ces petits bébés nés prématurément. Elles et eux s’y attachent, car ce sont des petits êtres touchant dans leur singularité et leur fragilité, qui luttent pour survivre, et trouvent dans ces soignants attentionnés des défenseurs et de l’affection. Ils sont des êtres humains, dignes de notre attention et de notre respect. Aussi faut-il espérer que les députés renonceront à élargir l’IMG à un motif aussi flou que la “détresse psychosociale”.»

Le Pr Sapin s’inquiète également du respect de la clause de conscience :

«Qu’il nous soit par ailleurs permis d’évoquer un autre sujet important. Le recours à sa conscience est une liberté essentielle de toute personne exerçant une profession avec responsabilité. Et la clause de conscience est le droit de refuser la réalisation d’un acte médical pourtant autorisé par la loi mais que le médecin – ou tout autre personnel soignant – estimerait contraire à ses propres convictions personnelles, professionnelles ou éthiques. Aucune sage-femme, aucun infirmier ou infirmière, aucun auxiliaire médical, quel qu’il soit, n’est tenu de concourir à une interruption de grossesse.

Dans la loi de 1975 autorisant l’IVG existe un article (article L.2212-8 du code de la santé publique) qui permet au médecin et au personnel soignant de refuser, lorsque sa conscience le lui dicte, une IVG. Or cette clause spécifique à l’IVG est remise en question par une proposition de loi en cours d’examen au Parlement.

La clause de conscience spécifique à l’IVG dispose qu’“aucune sage-femme, aucun infirmier ou infirmière, aucun auxiliaire médical, quel qu’il soit, n’est tenu de concourir à une interruption de grossesse”. Or dans la clause générale (article R.4127-47 du code de la santé publique), seuls les médecins peuvent faire valoir cette clause de conscience. Les sages-femmes viennent d’être autorisées à pratiquer des interruptions de grossesse chirurgicales. Si la clause de conscience spécifique est supprimée, elles seront donc obligées par la loi de pratiquer des IVG quelle que soit leur conviction.

En outre, la clause de conscience générale dispose que “hors le cas d’urgence et celui où il manquerait à ses devoirs d’humanité, un médecin a le droit de refuser ses soins pour des raisons professionnelles ou personnelles”. Même la possibilité, pour le médecin, d’exercer la clause de conscience sera remise en question par le caractère aléatoire de l’appréciation du “devoir d’humanité”. Il est fort à craindre qu’un médecin refusant une demande d’IMG jusqu’au 9e mois pour “détresse psychosociale” pourra être considéré, demain, comme “inhumain” et coupable devant la loi.

Une loi qui supprimerait l’exercice de la liberté de conscience – ou, sous une formulation qui apparemment la respecte (par exemple, “un médecin a le droit de refuser ses soins pour des raisons professionnelles ou personnelles”) mais qui, dans son application, la nie par l’ajout d’alinéas de conditions restrictives (par exemple, “hors le cas où il manquerait à ses devoirs d’humanité”) – serait une grave atteinte au serment d’Hippocrate, que chaque médecin a juré de respecter.»
Source : Le Figaro

 

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