Saint Joseph

Par la Lettre apostolique Patris corde (Avec un cœur de père), à l’occasion du 150e anniversaire de la proclamation de saint Joseph comme Patron de l’Église universelle, le pape François a déclaré une «Année spéciale saint Joseph», qui se terminera le 8 décembre 2021. La nouvelle de cette initiative s’est rapidement répandue, mais l’origine de cette décision mérite d’être contée.

«Après avoir écrit le livre, j’ai pris conscience que nous, l’Église universelle, n’avons jamais eu une année consacrée à saint Joseph. Je me suis dit : c’est plutôt embarrassant ! C’est le plus grand saint après Notre-Dame – le Défenseur de l’Église –, et nous n’avons jamais fait quelque chose comme ça». Ces propos sont ceux d’un certain Père Donald H. Calloway, religieux américain de la Congrégation des Pères de l’Immaculée Conception, prêtre depuis 17 ans, actuellement vicaire provincial et directeur des vocations pour sa congrégation dans l’Ohio, et dont le parcours n’est pas ordinaire…

La jeunesse de Donald Calloway fut difficile : ayant abandonné l’école, il fit de la prison à plusieurs reprises et fut même expulsé d’un pays où il séjournait. Après une conversion radicale, il obtint plusieurs diplômes universitaires. Il est l’auteur de 14 livres, dont plusieurs best-sellers en Amérique, parmi lesquels la Consécration à saint Joseph : les merveilles de notre père spirituel, déjà traduit en plusieurs langues, et qui paraîtra en français le 25 février prochain.

En mai 2019, le Père Calloway eut une inspiration : demander au pape qu’une année soit consacrée à saint Joseph pour l’Église universelle. «J’ai donc été inspiré d’écrire au Pape François. Je ne savais pas exactement comment je réussirais à lui faire parvenir ma lettre, ni comment le pape la recevrait, et encore moins s’il agirait en conséquence. J’ai donc commencé à écrire à des évêques pour leur demander d’envisager de consacrer une année à saint Joseph dans leur diocèse, et plusieurs ont répondu. L’an dernier, le 1er mai (fête de saint Joseph ouvrier), j’ai décidé d’écrire cette lettre au pape», explique-t-il.

Il écrivit d’abord sa lettre en anglais, mais une difficulté se présenta à son esprit : «J’étais conscient que le pape François ne connaît pas vraiment l’anglais. Je voulais lui rendre la lecture la plus facile possible. J’ai donc demandé au Père Dante Agüero, en Argentine, de la traduire en espagnol», explique-t-il. Le Père Agüero fit la traduction et la confia à un évêque argentin en partance pour Rome. Mais quelles étaient les chances que cet évêque rencontre en personne le pape François pendant sa visite ad limina et qu’il puisse lui remettre cette lettre en mains propres ? Rien n’était sûr…

En fait, la lettre du Père Calloway suivit son chemin : Mgr Héctor Zordán, évêque de Gualeguaychú en Argentine, put la remettre personnellement au pape François le 2 mai 2019. «Je me souviens que le Saint-Père nous a reçus presque à la porte de la salle d’audience au Vatican. Il nous a salués individuellement, et il a échangé quelques mots avec chacun, en se souvenant de connaissances communes et de moments que nous avons passés ensemble en Argentine», se rappelle Mgr Zordán. «Quand mon tour de le voir est venu, il m’a salué avec un geste de joie… Je l’ai salué en retour. Nous avons échangé quelques mots, et c’est alors que je lui ai donné plusieurs lettres, dont la demande du Père Calloway pour une année de saint Joseph. Maintenant, je crois que le contenu de la lettre a grandement contribué à la convocation de l’année consacrée à saint Joseph, qui a été annoncée par le Saint-Père le 8 décembre», conclut-il.

Lettre pour l'année de la saint Joseph
Versions anglaise et espagnole de la lettre de mai 2019 que le Père Donald Calloway a écrite au pape François.

 

Le père Calloway avait déjà écrit à tous les diocèses des États-Unis pour leur présenter sa demande. Au mois de décembre, il avait reçu des réponses encourageantes, mais non décisives. «La lettre au pape François est restée dans mes pensées et mes prières. Des gens me contactaient pour me demander si j’avais eu des nouvelles du pape, et j’ai dû dire que non, mais je priais. Tout d’un coup, l’annonce est arrivée», raconte-t-il.

Le père Calloway ne s’en est pas tenu là. Il a envoyé une deuxième lettre au pape, lui demandant de déclarer le 23 janvier comme mémoire obligatoire des saints époux Joseph et Marie : «Beaucoup de gens sont très inquiets des différentes crises qui se produisent dans le monde en ce qui concerne les taux de divorce des familles, l’éclatement de la famille. Jésus lui-même dit que les cœurs purs verront Dieu. Nous devons être honnêtes avec la dégradation de notre société, la pornographie. La clarté de vue et le discernement semblent complètement désorientés. C’est une désorientation carrément diabolique. En ce moment, beaucoup d’hommes ne voient pas Dieu, et encore moins sa volonté, parce qu’ils sont impurs, pas seulement sexuellement, mais aussi spirituellement et idéologiquement», explique-t-il.

Le prêtre pense que les racines des divisions dans l’Église sont la conséquence de cette impureté : «Les hommes sont devenus introvertis, narcissiques, et le résultat de cela est l’impuissance spirituelle. Toute leur masculinité est minée. […] C’est un énorme problème lorsque les enfants qui sont éduqués par ces hommes ont eux-mêmes une famille. Si les pères de famille n’ont aucun pouvoir spirituel, leur autorité a été usurpée. Pas étonnant que la famille s’effondre ! Pas étonnant que tout cela se passe dans l’Église et dans le monde !»

Selon le Père Calloway, l’Église a essayé de répondre à ces problèmes par des programmes, des conférences et des retraites – souvent à un coût financier élevé –, mais ces efforts ne sont pas efficaces : «Nous devons aller à la racine du problème, et saint Joseph est l’homme qu’il faut pour le faire. Il est le modèle de l’homme de décision, un modèle de cœur masculin, et son mariage avec la Vierge est essentiel pour notre époque».

Laure-Marie de Synthe

Source : National Catholic Register

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