Bouton des brèves

Synode des évêques : pour la première fois, une femme votera

«Je voudrais que nous trois, et tout le personnel du secrétariat du Synode, travaillions dans le même esprit de collaboration et que nous expérimentions un nouveau style de direction synodale, une direction de service moins cléricale et hiérarchique, qui permette la participation et la coresponsabilité sans pour autant renoncer aux responsabilités qui leur sont confiées». Ces propos sont ceux du cardinal Grech, pro-secrétaire général du Synode des évêques, à Vatican News à propos de la récente nomination des deux sous-secrétaires du synode d’octobre 2022, qui portera sur la synodalité et aura pour but de travailler sur les méthodes de décision au sein de l’Église, comme l’exprime son thème : «Pour une Église synodale : communion, participation et mission.»

Lors du synode des jeunes de 2018, certaines personnes avaient demandé pourquoi les religieux et les femmes consacrées ne pouvaient pas voter sur le document final du synode. Selon les normes canoniques régissant les synodes des évêques, seuls les clercs, c’est-à-dire les diacres, les prêtres ou les évêques, peuvent être membres votants. Ces dernières années, le pape, modifiant ces règles, a notamment supprimé l’obligation que les membres du synode ayant le droit de vote soient au moins prêtres, ce qui ouvrait la possibilité d’y intégrer des femmes. Mais la pratique n’avait pas changé : les représentants des religieux étaient pères synodaux de plein droit, y compris s’ils n’étaient pas prêtres, tandis que les religieuses étaient auditrices, sans droit de vote. Pour la première fois, une femme aura droit de vote au prochain synode, en la personne de Sr Nathalie Becquart, qui vient d’être nommée sous-secrétaire du Synode des évêques. Un terme un peu trompeur car, comme l’explique Jean-Marie Guénois dans Le Figaro, «le poste correspond plutôt à un statut de vice-ministre. Et de niveau international». La religieuse a d’ailleurs salué un «geste audacieux et prophétique du pape».

Sœur Nathalie Becquart, 52 ans, diplômée d’HEC, est membre de la Congrégation des Xavières depuis 1995. D’un tempérament de leader, elle est depuis 2019 l’une des cinq consulteurs (dont quatre femmes) au secrétariat général du Synode des évêques. En raison de son expérience dans la pastorale de la jeunesse – elle a été directrice du service national des évêques français pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations de 2012 à 2018 –, sœur Becquart a participé à la préparation du Synode des évêques sur les jeunes, la foi et le discernement des vocations en 2018, elle a été coordinatrice générale d’une réunion pré-synodale et a pris part au synode en tant qu’auditrice. Elle est la première femme à occuper un poste de numéro 2 d’un dicastère au Vatican. Sa nomination reflète la volonté du pape de promouvoir «une plus grande participation des femmes dans les processus de discernement et de décision ecclésiaux». Mais aussi, explique J.-M. Guénois, de «voir monter en puissance cette structure pour équilibrer le poids dominant de la curie romaine dans les grandes décisions de l’Église».

Ne cachant pas son enthousiasme, le journal La Croix présente cette nomination comme «un pas de plus, et non des moindres, dans la féminisation de la Curie voulue par le pape François. […] Fait historique : cette xavière devient, de fait, la première femme à disposer du droit de vote au Synode des évêques. Et est donc la première “mère synodale” de l’Église catholique.» Un pas qui sera suivi très certainement par d’autres, puisque Mgr Grech a déclaré : «Avec la nomination de sœur Nathalie Becquart et sa possibilité de participer avec droit de vote, une porte a été ouverte ; nous verrons quelles autres mesures pourront être prises à l’avenir».

Plus circonspect, le P. Christian Vénard écrit dans Aleteia qu’il faut «éviter à tout prix, pour la réflexion sur la place des femmes, d’appliquer à la structure ecclésiale les “recettes” de parité du monde laïque. La féminisation paritaire systématique et obligatoire ne semble guère avoir porté des fruits exemplaires à travers le monde et on ne voit pas en quoi cela serait différent dans la structure ecclésiale. […] L’Église vit, d’abord, essentiellement et avant tout, dans le cœur battant de chaque baptisé, homme ou femme, clerc ou laïc, appelé personnellement à la sainteté, au creuset des familles chrétiennes qui transmettent la foi, et sans doute beaucoup plus que dans toutes les assemblées ecclésiales, fussent-elles synodales…» Reste, comme l’écrit le même P. Vénard qu’«il est amusant de noter sous certaines plumes, d’habitude fort enclines à condamner “l’Église surplombante”, des réjouissances pour une nomination dans une institution particulièrement “surplombante”» !
Source : Vatican News, Le Figaro

Vatican : enquête sur Maria 2.0

«Saint-Père,
Nous, les femmes, croyons que Jésus de Nazareth a annoncé son message d’amour libérateur à nous tous – hommes ET femmes. Nous déplorons tous les cas d’abus connus et inconnus de toutes sortes dans l’Église catholique romaine ; l’absence d’excuses plausibles et d’aide à ceux qui ont souffert de la violence ; ceux qui ne croient plus en l’Église et en son message.
C’est avec une grande déception, un grand désarroi et une grande colère que nous nous tenons devant les restes brisés de notre affection et de notre confiance dans notre église. Nous faisons donc appel à l’Église catholique, comme beaucoup l’ont fait avant nous pour qu’elle retire la fonction de ceux qui ont fait du mal à d’autres ou qui ont toléré ou couvert de tels méfaits, remette tous les délinquants aux tribunaux laïques et à coopère sans restriction à toutes les poursuites, permette aux femmes d’accéder à toutes les fonctions de l’Église, abolisse le célibat obligatoire, aligne de manière réaliste la morale sexuelle de l’Église sur la réalité de la vie.

Les hommes de notre Église aiment chanter leurs louanges aux femmes. Paradoxalement, les hommes sont les seuls à déterminer notre participation à notre Église. À l’heure actuelle, une seule femme est tolérée parmi eux : Marie. Sur son piédestal. Elle se tient là. Réduite au silence. Nous voulons sortir Marie de son piédestal et la placer parmi nous, comme une sœur tournée vers nous. Nous allons agir ! Nous allons coller cette lettre sur toutes les portes des églises et appeler toutes les femmes à agir avec Marie 2.0. Du samedi 11 au samedi 18 mai [2019], nous n’entrerons pas dans l’église et [nous] refuserons notre service à l’église. Nous voulons faire savoir à quel point les églises seront vides sans nous et combien de travaux importants seront inachevés sans nous.
Nous resterons à l’extérieur ! Nous allons célébrer le culte ensemble sur les places de l’église, devant les portes de l’église. Nous allons danser, chanter, prier et trouver de nouveaux mots et expressions. Nous inviterons tout le monde à participer, y compris les hommes. Nous apporterons des draps blancs et couvrirons les places de l’église de la couleur de l’innocence, de la couleur du chagrin et de la compassion. Nous utiliserons ces draps pour peindre, écrire, combiner, colorer et créer avec toutes les idées bienvenues en tant que collectif. Nous allons entourer l’église des couleurs d’un nouveau départ !»

Tel est le contenu de la lettre ouverte adressée au pape François par Maria 2.0, un mouvement né dans un cercle de lecture de la paroisse allemande Sainte-Croix de Münster, à partir de l’étude de l’exhortation apostolique Evangelii gaudium du pape François, et qui a adopté comme étendard une image de la Vierge Marie avec la bouche fermée par un ruban adhésif.

Maria 2.0 a acquis une notoriété internationale en mai 2019, lorsqu’elle a appelé à une grève des femmes dans toute l’Allemagne, les encourageant à boycotter pendant une semaine les services officiels et leurs activités bénévoles dans les églises. Depuis lors, elle a organisé d’autres manifestations pour l’égalité des droits des femmes dans l’Église, en particulier une chaîne humaine autour de la cathédrale de Cologne en septembre. Maria 2.0 est soutenue par les grandes associations féminines catholiques. Le président de la conférence des évêques allemands, Mgr Georg Bätzing, en a parlé l’année dernière au magazine Publik-Forum en ces termes : «Ils font partie de l’Église. Ils sont notre peuple».

La Congrégation du Vatican pour la doctrine de la foi (CDF) a entrepris de faire une enquête sur Maria 2.0. Selon le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), cette décision est liée aux protestations de Maria 2.0 contre le refus de l’archevêque de Cologne de publier un rapport sur les abus sexuels. Le cardinal Rainer Maria Woelki avait d’abord promis de publier le rapport qu’il avait commandé sur le traitement des cas d’abus dans l’archevêché de Cologne par un cabinet d’avocats indépendant de Munich, mais il a finalement refusé de le faire. En novembre de l’année dernière, une douzaine de membres de Maria 2.0 ont protesté devant la cathédrale de Cologne et la résidence de l’archevêque contre ce refus.

La nouvelle de l’enquête de la CDF est parue quelques jours après que le cardinal Luis Ladaria Ferrer, son préfet, a déclaré à Vatican News que le bureau doctrinal n’est plus «l’Inquisition» : «Notre mission est de promouvoir et de protéger la doctrine de la foi. C’est une tâche qui sera toujours nécessaire pour l’Église, qui a le devoir de transmettre l’enseignement des apôtres à la prochaine génération». Appelée la Sacrée Inquisition romaine et universelle lors de son institution en 1542, la congrégation a été créée comme un tribunal exclusivement pour les cas d’hérésie et de schisme, mais ses responsabilités se sont étendues pour inclure «tout ce qui concerne directement ou indirectement la foi et les mœurs», lit-on sur le site de la CDF. «Le passé de notre congrégation pèse toujours lourd, car nous n’avons pas toujours reconnu les profonds changements qui ont eu lieu dans l’Église et dans la Curie romaine ces derniers temps. Nous ne sommes plus l’Inquisition ; l’Index [des livres interdits] n’existe plus», a déclaré Mgr Ladaria. «Il est certain que la manière concrète de mener à bien cette tâche a changé au cours des siècles et nous pouvons imaginer qu’elle continuera à changer», a déclaré le cardinal. «Mais le souci de fidélité à la doctrine des apôtres restera toujours présent». Un souci qui ne manquera pas de guider l’enquête sur Maria 2.0.
Source : The Tablet

Publié par Pierre Rehov le 9 février 2021

Élection présidentielle américaine : les aveux du Time Magazine

Joe Biden

Le 4 février dernier, le Time Magazine a publié un très long article(1) de la journaliste Molly Ball sous le titre «The Secret History of the Shadow Campaign That Saved the 2020 Election» (L’histoire secrète de la campagne de l’ombre qui a sauvé l’élection de 2020). Il décrit l’ampleur des manœuvres et des manipulations qui ont permis la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle américaine. Il explique qu’une conspiration gigantesque a été organisée dès 2019 pour contrer une conspiration supposée de Trump. Il présente de façon détaillée les multiples actions menées par une coalition structurée d’agents démocrates, de citoyens militants, de médias grand public, de sociétés high-tech et de PDG d’entreprises avant l’élection présidentielle de 2020, en vue d’une victoire des démocrates.

L’article explique que l’effort a consisté en «une cabale bien financée par des personnes puissantes, dans toutes les industries et idéologies, travaillant ensemble en coulisses pour influencer les perceptions, changer les règles et les lois, diriger la couverture médiatique et contrôler le flux d’informations». Il la qualifie comme une «alliance informelle entre les militants de gauche et les titans du monde des affaires».

Tout au long de l’article, il est répété que ces efforts n’ont pas été faits dans l’intention de renverser l’élection, mais plutôt dans le cadre d’un mouvement populaire héroïque visant à sauver la démocratie et à préserver l’intégrité de cette élection et des élections futures. La menace contre la démocratie américaine semblait si importante qu’elle nécessitait «un effort d’une ampleur sans précédent» et une coopération jusqu’ici inconnue dans un processus électoral englobant une large coalition d’intérêts incluant «le Congrès, la Silicon Valley et le siège de la nation».

L’article note que les efforts de cette cabale «ont touché tous les aspects de l’élection», y compris les lois électorales, en contournant souvent de façon inconstitutionnelle les législatures des États et en transférant le pouvoir aux gouverneurs des États dans le processus.

Une caractéristique de l’article est qu’il est écrit comme si les 75 millions d’électeurs de Trump n’existaient pas, comme si la nation américaine était totalement unie contre un second mandat d’une présidence de Trump. Lorsque le terme «électeurs» est utilisé, c’est toujours en référence à ceux qui ont voté contre Trump et pour Biden. Alors qu’il met l’accent sur la campagne de Trump, Biden n’est mentionné qu’à quelques reprises et jamais en relation directe avec ce que lui ou sa campagne faisait pour préparer l’élection. La campagne de Biden tient un rôle négligeable. La campagne secrète, est-il dit, était «distincte de la campagne Biden et dépassait les considérations idéologiques».

Toute activité, position ou réaction des conservateurs ou de l’administration Trump est présentée comme intrinsèquement néfaste, alors que chaque action entreprise par la gauche est valorisée. Ainsi, les mises en garde préélectorales de la campagne de Trump sur les risques que présentait le vote par correspondance étaient, selon l’article, destinées à «gâcher l’élection». Les actions juridiques des conservateurs contre les modifications anticonstitutionnelles des lois électorales étatiques sont qualifiées de «fallacieuses». Par contre, «les avocats démocrates ont lutté contre une marée historique de litiges préélectoraux».

Autre fait mis en relief : les opérateurs démocrates «ont exercé une pression efficace sur les sociétés de réseaux sociaux» avant l’élection, efforts largement couronnés de succès, car un grand nombre de comptes des conservateurs ont été supprimés et les reportages susceptibles de nuire à la campagne de Biden ont été étouffés, tandis que les médias attaquaient sans relâche la campagne de Trump. La suppression d’informations et la méthode de censure par laquelle on refuse aux censurés tout moyen d’expression sont présentés sous un jour positif.

L’article explique que la coalition a recruté des «armées de travailleurs électoraux» pour faire face à l’afflux de bulletins de vote par correspondance, obtenant pour cela des centaines de millions de dollars de financement public et privé ». Une source est venue curieusement à l’occasion de la première série de mesures de relance du Covid en mars 2020 : lorsque la loi CARES (Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security) a été adoptée, elle contenait «400 millions de dollars de subventions aux administrateurs électoraux des États». Elle a été complétée par le financement privé, en tout premier par les sociétés high-tech de la Silicon Valley. Toujours selon l’article du Time, «un assortiment de fondations a contribué à hauteur de dizaines de millions de dollars au financement de l’administration des élections».

L’incitation au vote par correspondance a été couronnés de succès : «Au final, près de la moitié des électeurs ont voté par correspondance en 2020, ce qui représente pratiquement une révolution dans la manière dont les gens votent. Environ un quart des électeurs ont voté tôt en personne. Seul un quart des électeurs ont voté de la manière traditionnelle  : en personne, le jour du scrutin.»

Parmi les «aveux» de l’article apparaît le fait que la gauche a effectivement contrôlé les activités de groupes tels qu’Antifa, Black Lives Matter et d’autres tout au long de l’année électorale. L’article note que des manifestations violentes étaient programmées en cas de défaite de Biden par une coalition nommée «Protect the Results» (Protégeons les résultats), composée de plus de 150 groupes libéraux. Sa directrice, Angela Peoples, a déclaré au Time : «Nous étions à l’affût pour pouvoir identifier quel serait le bon moment pour d’envoyer des masses de gens dans la rue.»

Une réflexion s’impose à la lecture de l’article : les dirigeants de la «campagne de l’ombre» qui est décrite ont voulu que l’on sache ce qu’ils ont fait. Certaines personnes importantes sont ouvertement citées, en particulier Norman Eisen, conseiller spécial de la Maison-Blanche pour l’éthique et la réforme du gouvernement sous le président Barack Obama et est le fondateur de CREW (Citizens for Responsibility and Ethics à Washington), qui est l’un des auteurs de deux rapports qui ont été rédigés pendant l’enquête Mueller. Pourquoi cette volonté de mise en avant ? Simple orgueil ou positionnement stratégique dans l’optique d’un rapport de force avec le pouvoir ?

Au total, l’article de Molly Ball se présente à la fois comme très partial et comme très informatif. Déjà dans son titre, le mot «sauvé» est de toute évidence utilisé sous un angle propre à son auteur : si Trump avait gagné, l’élection était perdue, si Biden gagnait, elle était «sauvée». Commentaire du site Polemia : «Difficile de ne pas voir dans ce texte fleuve un parfait manuel du détournement d’élection… Un mode d’emploi qui pourrait bien être utilisé dans de nouvelles échéances électorales, aux États-Unis ou en France !»
Source : Theepochtimes

1 – On peut en lire la traduction en français sur le site : Dreuz.info.

France : la laïcité, une religion civile

«La loi de la République supérieure à la loi de Dieu» : cette petite phrase de Gérald Darmanin, prononcée à la radio en plein débat parlementaire sur le projet de loi «confortant les principes républicains», a donné lieu à un entretien avec Olivier Roy, spécialiste des religions, publié sur le site de L’Obs le 6 février 2021 (voir l’article d’Aline Lizotte dans la SRP de ce jour). En voici quelques extraits.

[…] Que pensez-vous des propos du ministre de l’Intérieur et des cultes ?

Cette phrase du ministre montre une étonnante ignorance de ce qu’est une religion et de la place de la religion dans son rapport à l’État. Aucun croyant ne peut dire que la loi de la République est supérieure à la loi de Dieu, même si la très grande majorité d’entre eux acceptent évidemment l’idée que le croyant, en tant que citoyen, doit obéir à la loi de la République. Il s’agit de deux ordres différents (comme le disait Saint-Augustin, il y a deux cités, celle des hommes et celle de Dieu). Dans la vie quotidienne, dans l’ordre normal des choses, le croyant obéit bien sûr à la loi de l’État, même s’il peut avoir des réserves personnelles sur telle ou telle question (l’avortement par exemple). Mais il y a des cas où il faut savoir maintenir la distance et affirmer que la loi de l’État n’est pas bonne. […] Car l’État peut faillir et le citoyen doit toujours pouvoir se prévaloir de sa conscience, qu’elle soit fondée sur une conviction ou sur une foi. […] On ne peut pas annuler cet espace de liberté et d’autonomie de la conscience.

[…] De quoi ces polémiques autour de la loi «confortant les principes républicains» sont-elles le symptôme ?

Le fond du problème est que cette loi Séparatisme, partie d’une volonté de lutter contre l’islamisme, touche en fait toutes les religions et paradoxalement touche plus le catholicisme – et le judaïsme – que l’islam : l’interdiction de l’enseignement à domicile concerne d’abord les cathos conservateurs (et les tenants d’une société alternative), de même que le resserrement du contrôle des écoles privées (qui en France sont surtout catholiques et juives mais pas musulmanes). De plus, l’exigence du respect de certaines valeurs «républicaines» (par exemple, l’égalité entre hommes et femmes) peut aisément se retourner contre l’Église catholique : quid du jour où une femme baptisée et croyante portera plainte parce qu’on lui refuse l’accès à la prêtrise […].

La question est la suivante: de quoi relève cette extension du projet de loi à toutes les religions? S’agit-il d’un simple malentendu ou l’enjeu est-il bien la place du religieux en France? La théorie du malentendu voudrait que le gouvernement, dans sa grande naïveté, aurait cru faire une loi contre le séparatisme islamiste (désigné comme l’objectif par le président) et n’aurait pas du tout compris l’impact que cette loi pourrait avoir sur le catholicisme et le judaïsme. C’est prendre Darmanin pour un imbécile, la phrase qu’il vient de prononcer est claire: il ne dit pas la loi d’Allah, il dit la loi de Dieu et il a clairement montré, avec la fermeture des lieux de culte pour cause de Covid par exemple, qu’il n’a pas du tout l’intention de faire une distinction entre christianisme et islam à ce sujet.

[…] Les évêques ont toujours cru que la République laïque restait en fait profondément catholique et qu’ils avaient donc un accès privilégié aux sommets de la République. […] Les évêques s’indignent aujourd’hui, mezzo voce et in petto, du fait que le président les a trompés, qu’on ne les écoute pas, etc. Mais le grand problème ici est de savoir sur quelle ligne les évêques veulent défendre le catholicisme. Faut-il prendre la tête d’un «front religieux» contre une laïcité plus agressive que jamais, ou faut-il réclamer une «exception catholique» ?

[…] Mais tant les évêques que les tradismatiques n’ont pas compris une chose: il n’y a aucun malentendu. La question n’est pas celle de la place respective du christianisme et de l’islam en France, elle est bien celle de la place de la religion en général. Toute contestation de la norme laïque est perçue comme un pas dangereux vers le séparatisme, voire le terrorisme. La deuxième chose que n’ont comprise ni les évêques ni les tradismatiques, c’est qu’il ne s’agit nullement d’une politique «macroniste», darmaniste, valsienne ou franc-maçonne. Il s’agit bien de la société française. Sur tous ces thèmes, le président est suivi : l’identité française c’est la laïcité, pas le christianisme, même sécularisé. […]

Avons-nous finalement à faire ici à la volonté d’instaurer une «religion d’État», comme certains croyants s’en inquiètent ?

Le refus d’accepter l’autonomie de la conscience morale revient effectivement à définir une «religion civile» : c’est-à-dire l’idée que le respect d’un certain nombre de valeurs est une condition nécessaire à la citoyenneté. Or ici, on confond deux choses : les règles du jeu, c’est-à-dire les principes juridiques et constitutionnels sur lesquels est fondée la République (démocratie, élections, alternance, liberté d’expression), qui effectivement ne sont pas négociables, et les valeurs, qui ont quant à elles un contenu positif, car elles impliquent une vision du monde, une anthropologie et une morale. La République ne saurait être fondée sur de telles valeurs communes ou alors personne ne pourrait être monarchiste, communiste, trotskiste, régionaliste, anarchiste dans la France du XXIe siècle. Seul un État autoritaire exige l’adhésion à une vision du monde et à sa définition de l’ordre des choses. Or c’est bien ce qui est en train de se faire avec Macron, malgré ses dénégations. […]

L’acceptation de la forme républicaine de l’État ne devrait pas être liée à des valeurs, mais à des principes, sinon on touche à deux libertés qui ont toujours été essentielles dans la République : la liberté d’expression et la liberté religieuse. En opposant son système de valeurs aux valeurs supposées «religieuses», la laïcité est donc désormais bien définie comme une religion civile : l’adhésion est obligatoire, la dénégation interdite, et la religion «confessionnelle» doit rester une affaire privée.
Source : L’Obs

 

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