Livre de Monseigneur Aupetit

Dans ce petit livre profond, l’archevêque de Paris – et le médecin – tire les leçons de la pandémie pour notre «chemin de vie». Qui s’achève ici-bas par la mort… mais pour déboucher sur la Vie éternelle.

C’est l’occasion de méditer sur la mort, réalité occultée par notre société. Et de revisiter le sens de notre vie. Les morts du coronavirus sont partis sans accompagnement, ni de leurs proches, ni spirituel. La médecine cherche aujourd’hui, plutôt à «sauver de la mort», dernier combat perdu d’avance, qu’à «sauver des vies». Le prêtre, lui, cherche à mettre en relation la vie avec la Vie.

La mort, sort commun, faisait autrefois partie de la vie. Mais, au fil du temps, elle est devenue «mort redoutée», et au milieu du XXe siècle, non plus mort chez soi, maîtrisée par le mourant et sa famille, mais à l’hôpital. On refoule sa peine, et les incinérations se multiplient. La mort devient le nouveau tabou, à la place du sexe. On s’efforce de cacher son état au mourant, lui volant de précieux moments de pardon et de paix. Indécente, la mort ne fait plus partie de la vie. C’est soit une issue fatale, d’où la recherche désespérée d’une jouissance extrême, soit la mort subie, d’où la promotion du suicide assisté et de l’euthanasie.

Or, «regarder la mort en face, c’est aussi contempler la beauté de la vie». Mais pour cela, il faut prendre conscience de toutes les petites morts de notre vie : frustrations, illusions, échecs… Ces «morts à soi-même» peuvent nous faire saisir que le désir humain de bonheur sera toujours insatisfait tant qu’il n’aura pas trouvé Celui qui le comblera : Dieu. Mais la «mort aux autres», telle la trahison d’un proche (celle de Jésus par Judas), est un coup de poignard. Seule possibilité : se tourner vers Dieu, pour entrer dans le pardon. Très importante est la «mort au péché», séparation d’avec Dieu qui conduit à la mort éternelle. Jésus s’est offert pour nous tous pécheurs, car dans son infinie miséricorde, Dieu veut notre salut à tous. À l’homme occidental qui ne croit plus à l’au-delà, l’amour d’une mère, unique pour chaque enfant, peut faire comprendre cet amour infini de Dieu pour chacun de nous.

Nous sommes des personnes, des êtres de relation et de don, car créés à l’image de Dieu Trinité et rachetés par le Christ. Et nous sommes appelés, par le don de l’Esprit Saint, à participer à ce corps unique qu’est l’Église.

Notre vie organique s’arrête à la mort. Mais le Credo affirme : «Je crois à la vie éternelle». Entrer dans la vie éternelle, c’est, dès ici-bas, apprendre à connaître Dieu d’une connaissance d’amour (Jn 17, 3). Grâce, notamment, à l’Eucharistie (Jn 6, 53-54). Nos premiers parents, voulant être «comme des dieux», ont rompu leur relation à Dieu. Le Christ Sauveur a rétabli le lien pour nous ouvrir à cette communion trinitaire qui comblera notre soif permanente d’amour et de bonheur.

Nous sommes «corps et âme», continue Mgr Aupetit. Principe de vie qui anime le corps, l’âme humaine ne disparaît pas à la mort, comme chez la plante et l’animal. Créée directement par Dieu, elle possède une part spirituelle et immatérielle, exprimée par l’intelligence et la volonté libre. Elle est donc immortelle. C’est notre âme que nous rendons à Dieu à la mort, pour sa rétribution éternelle au jugement particulier.

Le Christ est venu sauver tout l’homme, corps et âme. Article du Credo, la foi en la résurrection des morts est une donnée essentielle de l’espérance chrétienne. L’Église considère que la personne «est son corps», expression de son identité, non qu’elle «a un corps», un objet dont elle peut disposer librement, d’où la marchandisation du corps aujourd’hui. Par la résurrection du Christ, il est appelé à vivre éternellement de la vie divine et doit donc être traité avec un infini respect (cf. 1Co 15, 20-21).

Mais la résurrection des morts est-elle le retour à notre état antérieur ? Le Christ ressuscité est le même et totalement libre des contingences de la vie ordinaire, de l’espace et du temps, ce que saint Paul appelle un «corps glorieux». À la résurrection de la chair, même si, à notre mort, notre corps était abîmé par l’âge ou la maladie, nous serons d’une beauté éblouissante, totalement transfigurés, tout en restant nous-mêmes. «Quel magnifique message d’espérance !», s’exclame l’archevêque de Paris.

Mgr Michel Aupetit, La mort. Méditation pour un chemin de vie, Artège 2020, 112 p., 10,90 €

Marie-Catherine d’Hausen

 

Télécharger le texte de cet article icône de fichier

>> Revenir à l’accueil