Double stratégie de vaccination
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Au départ, le Gouvernement français prévoyait de vacciner 15 millions de Français d’ici l’été (10 millions au printemps). Puis Olivier Véran a avancé le chiffre de 27 millions de personnes vaccinées durant la même période. Ces deux chiffres correspondent à deux stratégies différentes. Alors que la campagne de vaccination prend du retard par rapport à celles de nos voisins européens, la cacophonie continue…

La première stratégie de vaccination vise les personnes de plus de 65 ans asymptomatiques pour les prémunir contre une forme grave de la maladie. Le but est d’empêcher ces personnes d’encombrer les hôpitaux. Pour la Haute Autorité de Santé, «Les premiers objectifs du programme de vaccination contre le Sars-Cov-2 seront de réduire la morbi-mortalité attribuable à la maladie (hospitalisations, admissions en soins intensifs et décès) et de maintenir les activités essentielles du pays, particulièrement celles du système de santé pendant l’épidémie.»

C’est clair : quel que soit le peu d’effet sur la mortalité globale de la population (0,05 %), l’objectif est de permettre que les hôpitaux tournent bien. À noter que les indicateurs sont construits pour permettre ce pilotage du système de santé. Le taux de létalité apparent (CFR : case facility rate) rapporte le nombre de décès au nombre de cas confirmés de la maladie, et le taux estimé (1 %) de létalité réel (IFR : infection facility rate) est le rapport entre le nombre de morts et une estimation du nombre de personnes infectées.

La problématique de la Haute Autorité de Santé est donc de réduire la «morbi-mortalité», c’est-à-dire le nombre de patients et de décès dans les hôpitaux quel que soit le nombre de morts et l’état du pays par ailleurs. Pour nos spécialistes de la santé publique, la France doit être guérie du Covid, même si elle doit en mourir de faim ou de désespoir. Cette possibilité est hors de leur champ de vision.

En revanche, vacciner 27 millions de personnes correspond à un objectif un peu différent. Pour Olivier Véran, si les Français acceptent massivement la vaccination, «on atteindra un bon taux d’immunité collective sans passer par l’obligation vaccinale». Et, dans ce cas, le confinement n’est plus indispensable.

Mais, à ce jour, aucune étude publiée n’a confirmé que le vaccin empêche la circulation du virus, ni le temps d’immunité qu’il procure (3 mois ). À supposer que ce soit le cas, et à supposer qu’il soit efficace à 80 ou 90 %, il faudrait théoriquement vacciner la moitié de la population française pour atteindre l’immunité collective et empêcher le virus de circuler. Cela fait quelques «si», d’autant que la France a pris un retard conséquent : au 4 janvier, plus d’un million d’Anglais étaient vaccinés, idem en Israël, 800 000 en Russie, plus de 4 millions aux États-Unis et en Chine. En Europe à la même date, 239 000 Allemands, 114 000 Italiens étaient déjà vaccinés, et… 516 en France !

Les déficiences de la stratégie de Macron

«La guerre est un art simple tout d’exécution» disait Napoléon. Si Emmanuel Macron fait comme il l’a dit «la guerre» au virus, il n’en est pas le Napoléon. Non seulement sa stratégie n’est pas claire mais, surtout, il lui manque un général Berthier.

Depuis le commencement, après avoir menti sur les masques, les conflits d’intérêts, semé la peur avec des chiffres totalement hypothétiques de 400 000 morts, le Gouvernement français, qui est devenu le champion occidental de l’atteinte aux libertés publiques, a complètement raté le début de sa campagne de vaccination.

La vaccination, qui au passage est la plus belle affaire commerciale de l’histoire de l’humanité, devait être «La» solution. Comme les autres pays, nous aurions pu nous y préparer de longue date. Hélas, l’administration française s’est emparée du sujet avec le sens de la complexité, du tampon et du parapluie qu’on lui connaît. Le résultat dépasse les pires pronostics.

La faute aux Français

Pour le médecin urgentiste Gérald Kierzek interrogé dans Le Figaro, «il y a deux facteurs expliquant ce retard relatif au démarrage, et ces deux facteurs se cumulent : l’organisation et la culture sanitaires françaises centralisée dans la décision et hétérogène sur le terrain peu adapté à des facteurs intrinsèques limitants du vaccin à ARN messager qui nécessitent des conditions de conservation (- 80 degrés) et donc d’acheminement dans des délais». Mais pourquoi les autres pays parviennent-ils à vacciner massivement et pas nous ?

Pour les «hautes autorités», ce seraient les Français les fautifs. Ce Gouvernement serait victime de son peuple, trop sceptique, trop peu confiant.

Certes, la France est la championne mondiale du vaccino-scepticisme. Près de 60 % de Français se méfient du vaccin. Chez les soignants, infirmières et médecins, qui ne sont pas habituellement hostiles aux vaccins ( les deux tiers se font habituellement vacciner contre la grippe), le doute est pourtant devenu général. Seulement près de la moitié d’entre eux affirment qu’ils se feront vacciner et 90 % craignent de ne jamais avoir accès à des données fiables1. Des résultats qui laissent rêveur ! Si les médecins eux-mêmes pensent que les autorités de santé les enfument, que peuvent penser les citoyens moyens ?

L’excuse gouvernementale est donc un peu facile. Elle est surtout redoutable. Quand un gouvernement n’a pas confiance dans son peuple, il tente de le contrôler de toutes les manières possibles, y compris par la peur. Or un peuple dont on se méfie, que l’on contrôle en multipliant les mesures administratives, les mensonges et, le cas échéant, en encourageant la délation, commence par devenir apathique – c’est la séquence actuelle –, puis il finit toujours à un moment ou à un autre par renverser ceux qui l’asservissent.

Le Président de la République, qui semble avoir conscience du danger, veut relancer la «participation citoyenne» grâce à 35 Français tirés au sort pour «suivre la stratégie de vaccination». Laquelle ? Pathétique !

Thierry Boutet

 


1 – NILE communication Vaccination contre le Covid-19 : qu’en pensent les soignants ; résultat d’une enquête auprès de 5216 soignants de premiers recours.

 

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Réactions de lecteurs

■ «Remarquable cette remise à l’heure des pendules. Quoique non spécialiste en épidémiologie, le médecin que je suis valide à 100 % la partie «technique» de l’article. Quant à l’inqualifiable gestion de la crise depuis le début, je crois que la France a signé son arrêt de mort du panel des pays développés. On présentait en février 2020 la France comme l’un des pays les mieux préparés à une pandémie. Dans les semaines qui ont suivi on a vu les carences du système, malgré la compétence et l’exemplarité du personnel de santé qui a fait face avec des moyens finalement trop limités par suite d’une situation grave qui perdurait depuis des années. Ce n’est pas la médecine française, les médecins et tout le personnel de santé qui sont en cause, c’est tout un système qui a entraîné la dégradation depuis longtemps parce que ceux qui sont sur le front sont pris en otage par la lourdeur d’une administration qui ne sait rien de ce que signifie la présence au lit du patient malade. Et la vaccination dont on ne sait pas encore si vraiment elle est la parade à la pandémie, ne changera rien. Il ne reste plus qu’à espérer que l’année 2021 ne voie pas se reproduire le scénario de «l’annus horribilis» que fut 2020. Meilleurs vœux»

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