Livre du cardinal Pell
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«Les ennuis de Job ne font que commencer. Tout est à venir pour lui». Ainsi débute le premier volume de l’ouvrage écrit par le cardinal George Pell, et qui porte sur les cinq premiers mois de son incarcération, du 27 février au 13 juillet 2019, après qu’un jury l’a déclaré coupable d’avoir abusé sexuellement de deux mineurs en 1996. Il a alors pris son bréviaire et s’est penché sur les lectures appropriées de la semaine, tirées du livre de Job.

«Pour ceux qui, comme moi, ont mené une vie protégée, sans jamais être pris dans une guerre ou des attaques terroristes, etc., nous pouvons être enclins à sous-estimer le mal dans la société et les dommages causés à de nombreuses personnes, victimes», écrit le cardinal. Affronté à cette expérience, il aborde le combat d’un homme pour comprendre le problème de la souffrance humaine, en particulier lorsque cette douleur est infligée à un homme juste, et il célèbre le pouvoir de guérison de la foi chrétienne et de la communion fraternelle dans les moments désespérés.

Au moment où il écrit, il ne sait pas encore comment sa propre histoire va se terminer. En fait, l’ancien archevêque de Sydney et préfet du Secrétariat de l’économie va passer 409 jours en isolement pour son crime présumé. Il traite de son cas juridique de manière limitée, principalement pour montrer qu’il a commencé à envisager de nouvelles explications à la décision du plaignant de l’accuser d’un crime odieux qu’il n’a pas commis. Il n’exprime aucune animosité à l’égard de la victime présumée et lui a pardonné.

L’aspect le plus intéressant du journal est la façon dont Mgr Pell aborde sa nouvelle vie en prison et comment cette expérience révèle l’impact du feu de l’Affineur sur un homme de foi profonde, qui est d’un fort caractère et habitué à exercer le pouvoir. «J’étais en retard pour une retraite», dit-il non sans humour. Après plus de quatre décennies comme prêtre et deux comme évêque, le nouveau prisonnier, le plus haut dignitaire de l’Église à avoir été condamné pour abus sexuels sur mineurs, sait qu’il doit établir un programme de vie ancré dans la prière et la réflexion biblique. Lentement, il s’adapte aux privations intégrées dans la routine quotidienne de la prison. Le plus important d’entre elles est le fait qu’il ne pourra pas assister ou célébrer la messe dominicale «pour la première fois depuis plus de 70 ans». Sa cellule ressemble à celle d’un moine – austère et exiguë, avec des toilettes, un lit et un bureau à proximité. Les tâches ménagères hebdomadaires consistent à balayer et nettoyer le sol en ciment. D’autres rituels de la prison sont particulièrement pénibles, comme les fouilles à nu qui précèdent les rencontres avec les visiteurs.

Il y a peu de distractions dans le silence de l’unité 8 de la prison d’évaluation de Melbourne, où sont enfermés les détenus condamnés à l’isolement. Les 12 prisonniers de l’unité ne se rencontrent jamais, mais certains signalent leur présence en hurlant ou en tapant. Un détenu correspond régulièrement avec le cardinal, qui le décrit comme un «ami». Une partie de son temps est consacrée à l’analyse continue des dossiers juridiques de son recours, à la correspondance avec ses codétenus et ses amis, et à un exercice régulier, bien que limité. Il se réjouit des visites de l’aumônier de la prison, une religieuse, qui lui apporte l’Eucharistie

Parfois, cet ancien joueur de football australien trouve difficile de surmonter l’anxiété et la tension liées à son destin incertain. Mais il est porté par les innombrables lettres de soutien et d’information qu’il reçoit de la part de sympathisants du monde entier, dont beaucoup de catholiques qui pensent qu’il est persécuté pour sa foi : «Ces lettres ont changé ma vie en prison, mon programme quotidien, ma façon de penser et de prier, ma tranquillité d’esprit», écrit-il. Pendant la prière et la lecture quotidiennes, il s’inspire de l’exemple des saints, en particulier du martyre des saints Thomas More et John Fisher, et pense qu’il a été pris pour cible en raison de sa foi et de sa notoriété en tant que dirigeant catholique.

Accusé par certains défenseurs des victimes australiennes d’abus sexuels de ne pas avoir réagi rapidement aux premiers rapports sur des prêtres abuseurs et de bloquer les initiatives visant à obtenir une plus grande compensation de l’Église, il reconnaît les énormes défis que les allégations d’abus historiques ont posés aux dirigeants de l’Église. «Selon mon expérience, la crise de la pédophilie est le domaine le plus délicat que j’ai rencontré, où il est souvent difficile d’identifier la vérité. Je ne connais pas non plus d’autre domaine de la vie ayant une capacité égale à déformer et à endommager le jugement individuel, que les personnes soient bonnes, mauvaises ou indifférentes».

Cardinal George Pell, Prison Journal, vol. 1, The Cardinal Makes his Appeal, Ignatius Press, 2020, 348 pages

Élisabeth Voinier

Source : NCR

 

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