Affiche du documentaire "Hold-up"
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Hold-Up : Retour sur un chaos, le nouveau documentaire de Pierre Barnérias, a mis en ébullition la plupart des médias, qui l’ont qualifié de «complotiste». Cette vidéo de près de 2h 40, qui se présente comme un «film citoyen», met en avant des controverses autour de la pandémie de la Covid-19 (utilité des masques, du confinement, de traitements comme l’hydroxychloroquine), pour développer dans une seconde partie l’hypothèse d’une manipulation mondiale. Elle a été supprimée en un temps record de la plateforme de téléchargement Vimeo. Cette polémique pose deux questions : l’une sur le film et sa finalité, l’autre sur la liberté d’expression aujourd’hui.

Le documentaire Hold-Up : Retour sur un chaos, qui porte sur la crise de la Covid19, fait intervenir des personnes de la société civile, des prix Nobel, des médecins, des intellectuels, des élus… 55 intervenants au total ! Le reportage défend l’idée que la Covid-19 est d’origine humaine et que sa propagation est orchestrée par une élite mondiale pour mettre en œuvre le Great Reset, la réinitialisation du système financier, et poser les jalons d’une gouvernance mondiale, avec des objectifs financiers et transhumanistes à la clé. C’est une thèse peu politiquement correcte !

À sa sortie, le film a suscité une levée de boucliers. BFM, Le Monde et de nombreux médias ont violemment critiqué un reportage dans lequel ils sont allègrement tancés. Rien d’étonnant…

Dès le lundi suivant la parution d’Hold-Up ont donc fleuri dans la presse et sur internet aussi bien que sur les chaînes d’information continue des articles et des analyses qui démontaient les arguments faux du documentaire en occultant les arguments s’appuyant sur des informations avérées. Or ce documentaire, aussi iconoclaste soit-il, en présente un certain nombre : le plus grand nombre de cycles des tests PCR1, l’affaire du Lancet2, les répétions à grande échelle de pandémies mondiales3, la collusion des agences de presse avec le pouvoir financier et politique.

Ces médias l’ont surtout tous accusé de conspirationnisme, en appliquant la peine maximale : la censure. Une réaction bien prévisible, dont la conséquence est de mettre encore une fois à mal la liberté d’expression et d’évacuer le débat de fond.

Pourtant, le documentaire de Pierre Barnérias apporte des témoignages et des informations qui posent des questions importantes sur nos libertés, sur le traitement de nos aînés, sur le port du masque, sur la gestion des hôpitaux, sur le manque de masques et de matériel, sur le manque de clarté de nos dirigeants et sur l’impression qu’ils peuvent dire une chose et son contraire à une semaine de distance en toute impunité.

Bien que les conclusions du documentaire soient sujettes à caution et malgré de nombreux défauts, il aurait pu – ou dû – ouvrir le débat aux heures de grande écoute.

Forme et fond

Sur le fond, on peut se demander si Hold-Up, en posant ces bonnes questions, mais en apportant des réponses incomplètes ou des informations biaisées, ne nuit pas à la cause de la liberté de pensée qu’il veut lui-même défendre, d’autant que la forme n’arrange rien.

La musique, le style, le rythme, l’animation en guise de fil rouge… sont autant d’éléments qui exagèrent le côté affectif du documentaire. Il y a trop de pathos, pas assez de neutralité dans la manière de filmer. Cette volonté de susciter l’émotion rend le discours suspect. Une sage-femme interrogée s’émeut de ce que l’on dira à nos enfants. Cette intervention n’apporte rien au débat. C’est un peu le climax d’un scénario écrit pour soulever les passions et non pour délivrer une argumentation constructive, un parti pris regrettable quand on cherche à faire la lumière sur les origines d’une pandémie mondiale, unique dans l’histoire de l’humanité. L’esprit critique doit se parer des attributs de la simplicité. Et, tout spécialement sur un support filmé, où les raccourcis sont vite arrivés, il est très important de faire ce travail ascétique. Sur des sujets aussi sensibles et controversés, l’image devrait rester neutre.

Quant à la méthodologie, certains intervenants n’ont pas eu semble-t-il l’occasion d’exprimer leur désaccord sur l’argument du film. L’ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy, interrogé sur RTL, s’est désolidarisé des conclusions du documentaire, se disant «piégé». Il est impossible de prendre au piège des personnes qui engagent leur crédibilité sans perdre la sienne. L’auteur n’a manifestement pas tenu compte de ce point de déontologie.

Le documentaire reprend aussi, malheureusement, une technique qu’utilisent souvent les médias d’information : l’analyse à la loupe, qui consiste à prendre une phrase ou un événement, à les retirer de leur contexte et à les analyser de manière brute. C’est le cas avec l’extrait de la conférence du docteur Laurent Alexandre à des élèves de Polytechnique, où il fait mention de la phrase d’Harari sur les «dieux» et les «inutiles». La sage-femme (encore) s’en émeut, car hors de son contexte, la phrase peut prêter à confusion et jeter un discrédit sur les intentions philanthropiques et humanistes de ce médecin opposant en creux les «Gilets jaunes» aux «sachants». Atténue-t-il son propos par la suite4 ? Sans visionner l’original, il est impossible de le savoir. Une alerte devrait clignoter rouge vif dans la tête de ceux qui n’ont pas vu cette conférence. Pierre Barnérias joue-t-il sur la crédulité du spectateur lambda ? Quoi qu’il en soit, cet épisode n’apporte rien d’autre que de la surenchère «sentimentaliste».

Hold-Up utilise aussi la méthode très connue de «l’empoisonnement du puits». À savoir, jeter le discrédit sur toutes les personnes susceptibles de vous apporter la contradiction. Au fil des séquences, le film suggère une suspicion sur l’essentiel des publications médicales. Il insinue qu’il est impossible d’aller à l’encontre du consensus scientifique et appelle à se débarrasser de la télévision pour se désintoxiquer… Or, si toutes ces affirmations sont vraies, il n’y a plus de contradiction possible : cela tue le débat.

Enfin, concernant la méthodologie, le réalisateur aurait pu faire l’économie d’arguments et d’interventions qui n’ont manifestement rien à faire dans un documentaire de ce type. Cela aurait allégé l’investigation et, du même coup, rendu plus incisives les 2h40 d’enquête !

C’est sans doute le principal défaut du film de Pierre Barnérias : la dispersion dans de trop nombreuses interviews. Certaines d’entre elles n’apportent rien, entremêlent arguments vrais utiles au débat et fausses déclarations, peu ou pas vérifiées. Un encombrement inutile, qui nuit à certaines interventions de qualité et très pertinentes.

Camp contre camp

Ce faisceau d’indices interroge sur les vraies intentions du documentaire. Que cherche-t-il au-delà de sa thèse de fond ? Nous donner un ensemble d’arguments à rebrousse-poil de ce que l’on entend dans les principaux médias pour que nous puissions nous forger un esprit critique sur des décisions politiques, les enjeux pharmaceutiques, et les mécanismes médiatiques ? Ou bien veut-il faire naître en nous un sentiment de colère, une réaction naturelle à la peur distillée depuis plusieurs mois dans les médias dominants ?

Le documentaire pose de vraies questions, mais il est, hélas !, très vite rattrapé par la volonté de s’inscrire à contrecourant. Une volonté qu’il érige comme un principe, pour combler le vide de l’explication rationnelle. En effet, l’intelligence a horreur de ce qu’elle ne peut pas expliquer. C’est encore plus vrai pour l’intelligence collective.

Or, ce n’est pas parce que les grands médias, en délivrant trop souvent une information unilatérale, rendent mécaniquement possibles des explications qualifiées communément de «complotistes» qu’il faut en faire autant. Hold-Up n’échappe pas aux travers qu’il dénonce. Par son parti pris, il tombe lui aussi dans le piège tendu par la pensée unique. Ce documentaire sort du débat rationnel en s’attaquant frontalement aux médias, avec comme arme un biais émotionnel, alors même qu’il leur reproche de jouer sur la peur.

Il est regrettable que ce film, tout en accusant les grands médias de désinformation, ne permette pas de se faire une opinion dépassionnée. Il ne suffit pas de présenter d’un côté les bons (les victimes) et de l’autre les méchants bourreaux. La vérité ne peut voir le jour que dans une démarche où l’information est présentée le plus factuellement possible. Elle doit pouvoir, comme une hypothèse scientifique, être réfutable par un faisceau d’observations empiriques. De ce point de vue, il est vrai que les médias, trop souvent hélas !, ne jouent le jeu que du bout des lèvres. Le traitement médiatique du professeur Didier Raoult ou du professeur Christian Perronne en est un parfait exemple. Quelle que soit la personnalité de l’homme, le parti pris est quasiment systématique.

Hold-Up n’est pas conspirationniste lorsqu’il s’attaque à l’impartialité des organes de presse. Ce n’est pas être complotiste que d’affirmer que les médias sont subventionnés par des aides de l’État5 ou que les agences de presse ont des liens avec les grands opérateurs économiques ou avec le pouvoir politique. Ce sont des faits avérés. Ce n’est pas être complotiste de dire que la liberté de la presse a, sinon ses limites, au moins ses contraintes… Les médias alternatifs, qui donnent une information autre, moins institutionnelle, sont utiles. Mais ils doivent eux aussi travailler dans le strict respect des règles déontologiques et sans tomber dans les travers de ceux qu’ils dénoncent.

Lorsque le travail du journaliste n’est pas tant de savoir si ce qu’il dit est vrai, mais d’orienter son lecteur ou son auditeur dans la seule direction considérée comme convenable, ce parti pris tue le vrai journalisme.

Aujourd’hui, la presse, même quand elle se pare du manteau de l’objectivité, est de plus en plus militante. Sur les questions sociétales, ce militantisme favorise la polarisation en deux camps qui ne se parlent plus, mais qui se nourrissent l’un de l’autre. La liberté de pensée n’y gagne rien.

Ce parti pris d’un côté comme de l’autre interdit le vrai débat. Nous ne sommes plus dans une confrontation d’idées, mais dans une guerre d’opinions. En refusant le débat ou en organisant des parodies de débat, dans lesquels ceux qui ne soutiennent pas la doxa dominante sont habilement mis en état d’infériorité, ce qui met dans le même sac contestataires et complotistes, les grands médias ne font que renforcer le sentiment de contestation et les théories du complot.

Lorsque l’on assène comme un argument d’autorité qu’un documentaire qui soutient une thèse contraire à l’opinion dominante ou au pouvoir en place est complotiste, la liberté de pensée n’existe plus qu’artificiellement. Elle devient une trompe-l’œil. Au-delà de savoir si la thèse de Pierre Barnérias est vraie ou fausse, les réactions suscitées par sa sortie sont un signe supplémentaire de la crise de l’information en France.

Pierre-Thomas Boutet

 


1 – Voir : www.industrie-techno.com. Cet article illustre bien cette difficulté d’interprétation des tests PCR.

2 – L’étude du Lancet a fait l’objet d’une campagne frauduleuse contre l’hydroxychloroquine. Les statistiques et bien d’autres éléments étaient faux (voir information.tv5monde.com).

3 – La fondation Bill Gates a bien fait une simulation de pandémie de Coronavirus, nommée «Event 201» (voir www.lemonde.fr).

4 – Le Dr Laurent Alexandre se défend sur Twitter des raccourcis fait par Hold-Up. Il faut noter que le fondateur de Doctissimo assume que l’ère des technologies NBIC accélère l’avènement du transhumanisme, dirigé par une élite d’intellectuels, seuls capable de «gérer la complexité du monde de demain».

5 – En plus de plans mirobolants pour maintenir sous perfusion la presse suite à la crise de la Covid-19 (voir www.lesechos.fr), la France, depuis la Révolution Française, soutient la presse par des aides diverses (voir Wikipedia.org).

 

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