Coup de poker de Donald Trump
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Donald Trump est engagé dans une partie de poker décisive. Au poker, l’incertitude, le bluff et les retournements font partie du jeu, et c’est au dernier coup, au «tapis», que l’on sait qui est le vainqueur. Si Donald Trump perd, il sera vite jeté aux poubelles de l’Histoire. S’il gagne, s’il parvient à «renverser la table» et à se faire élire, au regard de son combat contre le système oligarchique progressiste de son pays, il prouvera qu’il est l’un des plus grands chefs d’État que les USA aient jamais eus.

L’un des problèmes que nous avons, nous autres bourgeois, c’est notre propension à croire que nos propres valeurs sont universelles, alors qu’elles sont seulement les nôtres. Ainsi, nous pensons qu’un dirigeant politique mal dégrossi, aux cheveux jaunes en forme de casquette, erratique en apparence, et qui envoie quarante tweets par jour, est certainement un «mauvais», voire un «nul».

Les bourgeois n’aiment pas Trump

Pour nous, les codes bourgeois devraient s’appliquer à tous et, en premier lieu, ce qui compte le plus pour nous, l’apparence et la propreté : bonne éducation, parler mesuré, fluidité intellectuelle, empathie extérieure. Peu importe le fond, la sincérité et le patriotisme, peu importe que le dirigeant soit un grand menteur ou même une franche crapule, ce qui compte, ce sont les codes. Ils confirment que le dirigeant nous envoie les signes selon lesquels il est de notre monde et nous défend. Kennedy, Giscard, Clinton, Obama, Macron plus encore, ont compris et adopté ces codes bourgeois.

Il ne nous importe pas en général de savoir ce que les classes populaires pensent des styles léchés ou même «petit marquis» et, si ce n’est pas précisément l’opposé de leurs propres codes, ce qu’elles détestent le plus. Si l’on se posait cette question, on irait demander aux «rednecks1», les «ploucs» américains si, au-delà de ce qu’il fait, le style de Trump est vraiment un problème pour eux. On ne le fait pas parce qu’on connaît déjà la réponse : ils diraient qu’ils s’en fichent et que ce qui compte, c’est la façon dont il les défend et dont il réussit à redresser en leur faveur le rapport forts/faibles aujourd’hui honteusement déséquilibré en faveur des forts.

Pour nous, bourgeois «éduqués» qui n’aimons pas les conflits, ce qui compte, c’est surtout la forme. Et derrière la forme, c’est la liberté, comprise comme la somme des opportunités qui nous sont offertes, à nous en priorité. Si cette liberté est instrumentalisée, un peu ou même beaucoup, à notre service, ce n’est finalement pas très grave. Nous ne serons pas tatillons pour vérifier si nous ne sommes pas trop «du bon côté du manche»…

Pour les faibles et les délaissés, au contraire, c’est d’abord le fond qui compte, et la façon dont la justice sociale fonctionne : l’État, «leur» État, en principe à leur service, les défend-il suffisamment ? Derrière les belles paroles, les arbitrages sont-ils vraiment faits en leur faveur ? La loi est-elle appliquée lorsqu’elle s’attaque aux forts ? Par rapport à nous, ils voient les choses à l’envers. Pour eux, «c’est la liberté qui opprime, et la loi qui libère» (Lacordaire). Est-ce que, vraiment, «la loi libère», pensent-ils ?

Le bilan et la stratégie de Donald Trump

Qu’en est-il sur ce plan de l’action de Donald Trump ? Dans un pays devenu, avec le temps, une «dictature oligarchique», on sait que son projet politique est de restaurer la dignité du peuple et le pouvoir de l’État. Améliorer le sort des classes populaires, restaurer leur dignité, augmenter leur pouvoir d’achat, c’est ce qu’il a fait jusqu’ici, et plutôt bien.

La deuxième étape, mettre l’oligarchie au pas, réduire le pouvoir exorbitant des médias, casser la résistance de «l’État profond» et le système de corruption dont il se nourrit, c’est ce qu’il a promis, mais pas vraiment réussi. Pour cette raison, le «système» américain, dont les démocrates sont aujourd’hui la représentation politique parfaite, ont cherché à le renverser, depuis le premier jour de son investiture et même avant, par un procès incroyable et permanent en illégitimité. On pense par exemple, fait unique dans l’Histoire américaine, qu’Obama l’a fait espionner par ses propres services entre sa victoire et sa prise de fonction, pour tenter de prouver sa collusion avec les Russes.

Rien n’a manqué dans les accusations, les humiliations, le harcèlement, la tentative d’impeachment, la destruction de son image, les sondages bidonnés, les séditions des noirs pauvres manipulés par les lobbies, la censure par les TV et par Twitter pour l’abattre. Malgré cela, après quatre ans de ce régime, Trump est toujours debout, plus dur, virulent et combatif que jamais. Non seulement le «grand mouvement de rejet» contre lui n’a pas fonctionné, mais il est encore «dans la partie», et il se peut qu’il parvienne à mettre à jour le plus vaste système de fraude et de corruption qui ait été jamais mis en place.

Bien sûr, si cette fraude est avérée, il ne parviendra pas, dans des délais aussi courts, à obtenir que les juges arbitrent en sa faveur. Ce qu’il recherche, c’est que les preuves soient suffisamment étayées et manifestes pour que les États litigieux, à la date limite, ne puissent pas confirmer leurs délégués, et donc qu’aucun des deux candidats n’atteigne le quorum de 270 délégués. Si c’est le cas, ce sera la Chambre des représentants qui désignera le vainqueur, mais selon un vote avec un seul votant par État. Et, dans ce cas, puisque les États républicains sont beaucoup plus nombreux que les États démocrates, ce sera Trump qui repassera. C’est un coup de poker, mais c’est possible, puisque cela s’est déjà produit. La partie, historique, se joue sous nos yeux, et c’est à la dernière levée qu’elle se décidera.

Donald Trump fait la guerre

Donald Trump est une brute, un fauve, un intuitif, un animal politique absolu, d’une énergie et d’une ténacité inimaginables. Il y en a eu bien d’autres dans l’Histoire. On peut même dire que tous ceux qui ont véritablement changé le cours de l’Histoire avaient, peu ou prou, les mêmes qualités de caractère. César, Charlemagne, Bonaparte, Clemenceau, Franco, Staline, Mao, Roosevelt, Churchill, de Gaulle, étaient, au fond, faits du même métal : obsédés par une certaine vision du monde, par la nécessité impérative de parvenir à leurs fins, des fins qu’ils estimaient légitimes, et avec cela une absence totale de scrupules sur les moyens à utiliser pour y parvenir. En somme, des hommes de guerre.

Nous faisons un contresens sur le combat de Donald Trump parce que nous pensons toujours, bourgeois pacifistes que nous sommes, que nous vivons en période de paix, alors que lui pense qu’il est en guerre. Si l’on y réfléchit bien, est-ce lui qui a tort ? Pour cette raison, il se bat comme un mort de faim, et il le fera jusqu’au dernier jour de la bataille. S’il est confirmé que les USA sont aujourd’hui un pays totalement dominé par les oligarchies et profondément corrompu, s’il est vrai que l’État fédéral est à terre, il faut un dirigeant absolument hors du commun pour retourner les choses, car la tâche est titanesque. Et s’il y a un qui a les qualités pour vaincre ce Titan, c’est précisément Trump.

L’un des plus grand dirigeant que les USA aient connus ?

S’il n’y parvient pas, ou s’il ne revient pas plus tard, le «système» le jettera vite aux poubelles de l’Histoire : on en fera un «loser» et un imbécile, incompétent et néfaste, et on l’oubliera. Mais s’il y parvient, il ne sera pas seulement le vainqueur d’une incroyable campagne. Il restera, face à l’Histoire, à l’instar de Lincoln, le vainqueur du Sud, de Roosevelt, le vainqueur de la guerre, ou de Reagan, le vainqueur du communisme, comme le vainqueur de l’oligarchie progressiste américaine dominatrice du monde, l’un des plus grands chefs d’État que l’Amérique et le monde aient jamais connus. Mais il faudra qu’il gagne d’abord cette guerre pour que d’autres, demain, puissent réconcilier les Américains. Trump sait tout cela, et c’est pour cela qu’il se bat et qu’il n’abandonnera pas la partie avant la dernière levée.

Au regard de cela, s’il réussit, sa casquette de cheveux jaunes, sa grossièreté et son air mal dégrossi n’auront aucune importance. Au contraire même, ils resteront comme la caractéristique inoubliable de son personnage, au même titre que les moustaches du Tigre ou de Staline, de l’air de bouledogue alcoolique de Churchill ou de la stature de Commandeur du Général.

François Martin

 


1Redneck (littéralement «nuque rouge») est un terme populaire anglais désignant un stéréotype d’Euro-Américains (tout particulièrement originaire du Sud du pays ou des Appalaches) ou Euro-Canadiens ou Euro-Australiens, vivant en milieu campagnard..

 

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Réactions de lecteurs

■ «Pour la deuxième fois sur ce sujet, Martin donne à lire une excellente analyse ! Cela fait du bien de se poser dans le marasme et le marathon ambiant. Merci.»

■ «Cet article est une surprise totale. En tant que bourgeois, je veux bien me flageller, mais encore faut-il que ce soit sur des éléments étayés. Oser mettre Trump, Churchill et de Gaulle dans le même sac montre une méconnaissance historique totale. Si je pense que Trump est une personnalité toxique pour le monde, c’est parce qu’il n’élève pas l’humain. Il fait rejoindre ce qu’il y a de vil dans l’humain. Je n’en garderai que les mensonges incessants qu’il a proférés sans vergogne ; la façon dont il a traité ses collaborateurs dès qu’ils n’allaient pas dans son sens ; et sa façon d’«élever des murs entre les personnes et non construire des ponts» (pape François). Il n’a fait que créer de la division.
Enseignant pendant trente-huit ans, j’en suis venu assez vite à comprendre que c’est par l’exemple que nous transmettons vraiment quelque chose, bien plus que par la discipline que nous enseignons plus ou moins bien. Pour un homme politique, il en va de même.
Je ne vais pas rentrer dans le débat sur la meilleure qualité de Biden ou d’autres. Je ne veux pas ici rentrer dans ce débat où on considérerait que de toute façon «ils sont tous pourris».
Bien que partageant certaines valeurs avec M. Trump, je n’aurais pas pu voter pour lui si j’avais dû voter. Il n’a donné hauteur ni à sa personne et sa fonction ni au citoyen américain.»

Réponse de François Martin :
«Mon papier ne dit pas que Trump est formidable, mais seulement que, au regard de l’Histoire, et tout comme Staline ou Mao, qui n’étaient pas non plus des enfants de chœur (et pas non plus de Gaulle !), il fera basculer le monde s’il réussit sa partie de poker. La plupart des gens mélangent conduite «morale» et politique. Ce qui compte pour un chef d’État, c’est ce qu’il laisse. Clemenceau était-il “vertueux” ? Qui lui reproche aujourd’hui d’avoir été un “tueur” en politique, ou d’avoir réprimé les révoltes ouvrières dans le sang ? On ne connaît plus que le “Père La Victoire”.»

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