Après que le Vatican a publié son Rapport sur la connaissance institutionnelle et le processus décisionnel du Saint-Siège concernant l’ancien cardinal Theodore Edgar McCarrick, de nombreux responsables catholiques américains – en particulier les responsables actuels des quatre (archi)diocèses où McCarrick a exercé les fonctions de prêtre, d’évêque et d’archevêque (Washington, New York, Newark et Metuchen, New Jersey) – ont publié des déclarations. En voici des extraits.

Mgr Jose H. Gomez, président de la conférence des évêques catholiques des États-Unis

Je salue le rapport de l’enquête du Saint-Siège sur sa connaissance et ses décisions concernant Theodore McCarrick au cours de sa longue carrière de prêtre, d’évêque et de cardinal. Nous étudions ces conclusions et nous sommes reconnaissants à notre Saint-Père, le pape François, pour son intérêt pastoral pour la famille de Dieu aux États-Unis et pour avoir pris l’initiative d’appeler l’Église à une plus grande responsabilité et transparence dans le traitement des questions d’abus et de mauvaise gestion des plaintes pour abus à tous les niveaux.

C’est un autre chapitre tragique dans la longue lutte de l’Église pour faire face aux crimes d’abus sexuels commis par le clergé.

[…]

Mgr Wilton D. Gregory, cardinal désigné, Washington

En tant qu’archevêque de Washington, j’ai naturellement commencé à lire le long et difficile rapport sur l’enquête du Vatican concernant Theodore McCarrick avec un vif intérêt personnel pour la manière dont notre archidiocèse serait représenté. Presque immédiatement, cependant, aussi anxieux que j’aie été d’apprendre ce qui pourrait être révélé sur cette Église locale que j’ai appris à tant aimer, j’ai réalisé que c’était exactement la mauvaise approche.

En fin de compte, cette chronique tragique ne concerne pas principalement les diocèses respectifs. Il s’agit d’une violation humaine inadmissible et de la douleur que trop de gens ont endurée aux mains d’un homme trompeur qui a seulement prétendu vouloir ce qui était le mieux pour eux afin d’obtenir ce qu’il voulait pour lui-même. En outre, il s’agit de dirigeants – des dirigeants catholiques –- qui, lors de leur ordination, ont promis à notre Père céleste qu’ils feraient toujours passer son précieux peuple en premier ; pourtant, par manque de compétence, de communication et de culture, ils semblent avoir complètement mal géré ce qu’ils ont appris sur cet homme sournois.

Le rapport du Vatican exige d’être vu à travers les yeux des victimes et de leurs proches, sans préjuger de l’endroit où ils ont pu rencontrer Theodore McCarrick pour la première fois ou de celui où ils se trouvent aujourd’hui. Comme cela s’est produit trop souvent dans l’histoire récente, il nous a révélé, à moi et à vous, des aspects sombres de notre Église dont j’ai profondément honte et pour lesquels je suis profondément en colère – une fois de plus. Elle a mis en lumière une culture qui a trop souvent servi non pas à édifier notre chère Église catholique – le plus grand don que Jésus Christ nous ait fait – mais à la miner, bien au-delà de la durée amorale du mandat ecclésiastique d’un seul clerc déchu. Ceux d’entre nous qui sont aux commandes ont trop souvent échoué à comprendre, à reconnaître, à répondre et à prévenir les dommages causés à nos fidèles innocents – mineurs et adultes.

Le rapport ne contient heureusement aucune révélation d’abus sexuels qui auraient été perpétrés dans cet archidiocèse, et bien que je sois bien sûr reconnaissant pour cela, cela n’apporte que peu de réconfort. Je vous promets de tout mon cœur que notre vigilance dans l’archidiocèse de Washington se poursuivra – nous soutiendrons la guérison de ceux qui ont été blessés, nos protocoles de signalement et de réponse à ces crimes se poursuivront sans relâche et avec une vigueur renouvelée, nos efforts en faveur d’un environnement sûr pour les personnes de tout âge refléteront les meilleures pratiques disponibles.

Malgré cela, en lisant le texte du Vatican, j’ai ressenti une profonde tristesse pour ceux qui auraient dû pouvoir compter sur les ministres de l’Église du Christ pour les protéger et les respecter. Au lieu de cela, ils se sont retrouvés abusés par un homme qui était peut-être charmant et sociable en apparence, mais qui s’est laissé motiver par sa propre satisfaction pécheresse plutôt que par l’appel évangélique diamétralement opposé d’aller faire des disciples pour Jésus-Christ. Pour un prêtre de son Église, il ne peut y avoir de plus grande défaillance, si ce n’est peut-être d’être conscient d’une telle incongruité et, en réponse, de ne rien faire.

Les personnes qui ont communiqué anonymement sur le comportement de McCarrick ont dû craindre les représailles des structures et des personnes qui le protégeaient. Lorsqu’un mal est fait au nom de la Sainte Église catholique, il faut plus que jamais se sentir obligé de se manifester et de s’exprimer. Le pape François a déjà mis en place des procédures destinées à découvrir la vérité dans de tels cas de méfaits commis par des membres du clergé et de la hiérarchie.

L’Église a fait un pas en avant, bien qu’avec beaucoup de retard, en examinant honnêtement à la fois ce cas particulier et l’avenir de la responsabilité ecclésiale. Il reste à prouver aux innombrables personnes que nous avons déçues l’ampleur et la durabilité de ce pas. Notre intégrité doit être mise à l’épreuve avant que nous puissions avancer, et pourtant, paradoxalement, il semble que nous ne puissions pas avancer de manière significative tant que cette intégrité n’est pas rétablie. Il faudra pour cela du temps et de la transparence, de la contrition et de l’engagement, de la prière et de la réconciliation, de l’authenticité et de l’humilité.

[…]

Cardinal Timothy M. Dolan, New York

[…]

Permettez-moi de commencer en exprimant une fois de plus ma profonde et sincère tristesse pour tous ceux qui ont subi des abus sexuels, ainsi qu’aux membres de la famille et aux proches des victimes qui ont également souffert de ces péchés et de ces crimes.

Il convient de rendre hommage aux victimes qui ont courageusement fait les premières allégations d’abus à l’archevêché. Vous nous avez pris au mot le fait que nous voulions vous aider, et ce faisant, vous avez contribué à mettre cette affaire au grand jour, prouvant que quiconque a abusé d’un mineur, même un cardinal, sera puni.

Un mot de gratitude doit également être adressé au pape François et au Saint-Siège pour la façon dont cette affaire a été traitée. Lorsque la première allégation a été rapportée au Programme indépendant de réconciliation et de compensation de l’archidiocèse de New York, nous avons demandé au Vatican l’autorisation de la faire examiner par le procureur et nos professionnels extérieurs, et de faire juger l’ensemble de l’affaire par notre commission d’examen laïque. Le mot est revenu : le pape François vous demande de traiter cette affaire comme vous le feriez pour n’importe quel prêtre accusé d’abus.

La confiance que notre Saint-Père a manifestée dans le processus suivi par cet archidiocèse – et dans les processus similaires suivis par tous les autres diocèses des États-Unis – a été très affirmée et amènera, je l’espère, d’autres personnes à avoir la confiance nécessaire pour se manifester, sachant que leurs allégations seront traitées avec sérieux, sensibilité et pertinence.

Le fait que le Saint-Siège ait donné suite à son assurance qu’à la demande des évêques américains, une étude complète de la sombre affaire de Theodore McCarrick serait entreprise et publiée est également très encourageant.

[…]

Cardinal Joseph W. Tobin, Newark, New Jersey

[…]

Le rapport représente un pas en avant significatif et puissant pour faire progresser la responsabilité et la transparence en matière d’abus sexuels. Au-delà des victimes elles-mêmes, les échecs de certains dirigeants de l’Église catholique ont blessé beaucoup de personnes, y compris les familles et les proches des victimes et les fidèles. Il est important de reconnaître que l’Église a fait des progrès dans sa réponse aux abus du clergé en mettant en œuvre et en actualisant des politiques et des programmes visant à protéger les fidèles, en particulier les plus vulnérables d’entre nous.

[…]

Mgr James F. Checchio, Metuchen, New Jersey

[…]

Le poids de nos fardeaux s’est alourdi avec l’annonce étonnante, en juin 2018, des allégations «crédibles et fondées» de maltraitance de jeunes par Theodore McCarrick, l’évêque fondateur de notre diocèse, et les révélations ultérieures de ses harcèlement et abus de certains séminaristes et jeunes prêtres.

Ces fardeaux semblent s’alourdir chaque jour, à mesure que nous apprenons la vérité déchirante des crimes et des péchés du passé et que nous nous demandons comment Theodore McCarrick a pu continuer à assumer de plus grandes responsabilités dans l’église, malgré les rumeurs de ses actes abusifs à l’égard des séminaristes et des jeunes prêtres.

Depuis cette grave annonce, nous avons lutté pour supporter le poids de ces charges : ceux qui résultent directement des abus sexuels commis dans notre Église, le dangereux abus de pouvoir de certains de nos dirigeants et le terrible mépris conscient de tout le peuple de Dieu de la part de ceux à qui l’on confiait autrefois l’immense responsabilité de protéger son peuple et de nourrir sa foi, mais qui n’ont pas réussi à faire les deux.

Qui plus est, nous savons maintenant que Theodore McCarrick a scandalisé certains séminaristes et jeunes prêtres dont il avait la charge, portant ainsi profondément atteinte à l’intégrité de la mission de l’Évangile.

Bien que je sois reconnaissant au pape François d’avoir ordonné cette étude pour arriver à la «vérité» de ce qui s’est passé, comme tout le monde, je suis dégoûté et consterné par ce qui s’est passé. Ce rapport provoquera sans aucun doute de la tristesse, de l’anxiété, de la frustration, de la colère, du dégoût et de la douleur – vous avez raison d’éprouver ces sentiments. Il pourrait même rouvrir les fragiles blessures qui sont si délicatement et légitimement gardées par les victimes qui ont souffert d’abus, pas seulement de la part de Theodore McCarrick ou de membres du clergé, mais de tous ceux qui ont subi des abus et leurs effets durables.

[…]

S’il est important d’évaluer honnêtement notre passé et les échecs qui s’y trouvent, de reconnaître nos erreurs et de confesser publiquement nos péchés, de faire amende honorable et de demander pardon, cela ne suffit pas. Nous devons, en tant qu’Église – et je dois en tant que votre évêque – continuer à aller de l’avant.

[…]

Alors que la fondation de notre diocèse sera malheureusement toujours associée à l’histoire de Theodore McCarrick et à la culture d’abus, de silence et de honte que l’on a laissée se perpétuer dans les coins sombres de notre passé, nous avons une nouvelle opportunité de mener des vies de plus en plus saintes et de renouveler notre engagement à vivre sa mission. […]

Cardinal Seán P. O’Malley, Boston

Le Rapport sur la connaissance institutionnelle et le processus décisionnel du Saint-Siège concernant l’ancien cardinal Theodore Edgar McCarrick est un récit douloureux et honteux de la façon dont une personne dans la position de McCarrick s’est élevée au rang d’évêque et de cardinal et a causé tant de tort à tant de personnes. En paroles et en actes, le pape François a tenu son engagement de mener une enquête complète, transparente et approfondie.

Theodore McCarrick a trahi son engagement sacré d’être un bon et saint prêtre. De plus, en tant qu’évêque et cardinal, il a choisi le secret lorsque la transparence et la responsabilité étaient requises. Sa révocation du sacerdoce au début de 2019, après avoir été reconnu coupable d’abus sexuels sur un mineur, était une sanction nécessaire à l’époque. Cependant, la publication du Rapport du Vatican révèle aujourd’hui la profondeur des soupçons et le cléricalisme qui lui ont permis de s’élever au rang d’évêque et de cardinal face à ces allégations.

[…] Toutes les victimes, qui ont fait preuve de courage en se manifestant, en forçant l’Église à faire face aux crimes commis par le clergé, les religieux et d’autres personnels, méritent notre attention, notre soutien et notre honnêteté. Nous avons l’obligation, par tous les moyens possibles, de tenir pour responsables les personnes qui ont commis ces violations répréhensibles de la dignité humaine et de veiller à ce que tous les efforts soient faits pour assurer la sécurité de notre peuple.

Au cours des deux dernières décennies, l’Église a fait des progrès significatifs pour répondre à la crise des abus du clergé. Bien que le travail soit en cours, nous devons être vigilants à tout moment et il y a encore beaucoup à faire.

[…]

Cardinal Blase J. Cupich, Chicago

Le Rapport publié aujourd’hui est sans précédent et constitue un tournant décisif, car il tire le rideau sur une culture du cléricalisme qui a séparé le clergé des personnes qu’il a été ordonné à servir. Bien que le Rapport soit douloureux à lire, il n’hésite pas à admettre les échecs des dirigeants de l’Église.

Le Rapport est un autre exemple de l’engagement du pape François en faveur de la responsabilité, de l’obligation de rendre des comptes et de la transparence envers les victimes survivantes et toutes les autres personnes qui ont subi un préjudice du fait d’abus sexuels sur des mineurs et d’autres fautes commises par le clergé et les évêques de l’Église catholique. Nous sommes reconnaissants au Saint-Père d’avoir commandé le rapport et à ceux qui ont rempli son mandat.

[…]

Mgr Bernard A. Hebda, St Paul-Minneapolis

Le rapport complet et historique du Vatican sur Theodore McCarrick, publié hier, suscite, à juste titre, beaucoup d’intérêt. Je suis reconnaissant aux courageuses victimes d’abus qui se sont manifestées dans cette affaire et dans d’autres. Alors que nous progressons de manière significative et positive, l’Église doit faire face aux péchés du passé, tenir les auteurs d’abus (et ceux qui les ont couverts) pour responsables et s’assurer que les enfants et les adultes vulnérables sont en sécurité. […]

 

Mgr David J. Walkowiak, Grand Rapids, Michigan

Notre Saint-Père répond à une demande de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis en publiant le Rapport McCarrick. Ce rapport révèle un grave échec moral au sein de l’Église de la part des évêques et des autres dirigeants de l’Église. Quel que soit leur titre, les auteurs doivent être tenus pour responsables de toute action qui cause du tort aux personnes les plus vulnérables de nos communautés. Le fait que le comportement abusif de Theodore McCarrick n’ait pas été divulgué et n’ait pas fait l’objet de mesures pendant des décennies a causé un tort incalculable à la vie des gens et a sapé encore plus la confiance dans les dirigeants de l’Église.

[…]

Rédaction SRP

 

>> Revenir à l’accueil