Le 7 novembre, le Conseil d’État, saisi en référé par diverses associations et par la Conférence des évêques de France, maintenait l’interdiction des cérémonies religieuses avec un large public, principalement la messe dominicale, tout en appelant le gouvernement et les évêques français à un dialogue.

Dans l’attente de cette rencontre, la tension a monté. De nombreuses manifestations de catholiques ont eu lieu ce dimanche pour réclamer la reprise des cérémonies religieuses. Des manifestations face auxquelles le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a durci sa position : il n’hésitera pas à «envoyer les policiers et gendarmes verbaliser», en cas «d’acte répété» et «manifestement contraire aux lois de la République», les catholiques qui manifesteraient pour la réouverture des messes, a-t-il déclaré. La classe politique se montre divisée face à cette question. Le président du Sénat, Gérard Larcher (LR), s’est prononcé dimanche pour une reprise des messes : «On est là sur une liberté fondamentale et le gouvernement doit y être attentif », a-t-il déclaré sur RTL-Le Figaro-LCI.

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, devait recevoir le lundi 16 novembre les représentants des principaux cultes afin d’évoquer «les conditions dans lesquelles pourraient se tenir à nouveau des cérémonies dans les lieux de culte en fonction de l’évolution de la situation sanitaire». La réunion a finalement réuni par visioconférence les responsables des cultes, le Premier ministre Jean Castex – un Premier ministre ferme sur l’application du confinement, mais attentif à ses interlocuteurs, et qui a réaffirmé son attachement à la liberté fondamentale des cultes – et le ministre de l’Intérieur.

Selon le journal La Croix, «lors de cette rencontre, Jean Castex a affirmé, sans évoquer les manifestations de catholiques, que les célébrations religieuses pourraient reprendre autour du 1er décembre. Les représentants des cultes et le gouvernement se sont mis d’accord pour se revoir, probablement dès le début de la semaine prochaine, pour définir un protocole sanitaire renforcé en vue d’une éventuelle reprise. Ce protocole devra définir le nombre de personnes autorisées, mais aussi la possibilité de reprendre des activités liées au culte.

En prévision de la réunion, Conférence des évêques de France avait déjà présenté le 12 novembre «un protocole sanitaire détaillé en vue notamment de la reprise des messes en public dans les meilleures conditions de sécurité. […] Le gouvernement assume ses responsabilités à l’égard de la situation sanitaire du pays et nous devons tous accepter d’en être des acteurs. En respectant ces mesures sanitaires, l’Église participe de l’effort national de lutte contre l’épidémie », avait-elle déclaré.

Il a été décidé hier que chaque représentant des cultes remettra dans les jours à venir ses observations quant aux conditions sanitaires à appliquer, et que le ministère de l’Intérieur définira la semaine prochaine le protocole à mettre en œuvre. Autre décision : une nouvelle réunion se tiendra, probablement début décembre, pour évoquer plus spécifiquement la possibilité de se réunir ou non à l’occasion des fêtes de Noël, en fonction de la situation sanitaire du pays.

Mgr de Moulins-Beaufort a exprimé sa satisfaction : «Le message est passé, le dialogue est établi avec le gouvernement : il faut maintenant trouver des formes d’action qui correspondent à la situation sanitaire. Je suis convaincu que les communautés trouveront les gestes significatifs pour célébrer le Christ Roi dimanche prochain et entrer dans l’Avent le 29 novembre en respectant les consignes sanitaires.»

Rédaction SRP

Source : La Croix

 

L’eucharistie sur demande

Depuis la suspension des messes publiques, des catholiques sollicitent leurs prêtres pour accéder à l’eucharistie de manière privée. Une pratique sur laquelle La Croix a interrogé le père Cédric Burgun, directeur au séminaire des Carmes à Paris et vice-doyen de la faculté de droit canonique de l’Institut catholique de Paris.

Le Père Burgun explique que «le droit canonique motive la distribution des sacrements hors de la messe par “un juste motif” ou “une cause grave” qui empêcherait de les recevoir pendant une célébration.» Ce qui exige un discernement aussi bien du fidèle que du pasteur «sur la juste opportunité de donner et de recevoir ce sacrement dans ces conditions extraordinaires». Il rappelle que «la participation la plus parfaite à l’eucharistie s’accomplit pendant la messe», en raison du lien essentiel entre l’eucharistie et le sacrifice de la croix, et parce que «la célébration des sacrements est, par nature, communautaire».

L’accès privé à l’eucharistie comporte deux risques. Le premier : «dévaluer l’importance de l’unité de toute la célébration, dans laquelle l’eucharistie s’accomplit à travers la liturgie de la parole, l’homélie, la prière eucharistique elle-même et enfin son aspect communautaire.» Le deuxième : «minorer la préparation spirituelle que la réception de ce sacrement nécessite : la démarche pénitentielle, le jeûne eucharistique, la confession en cas de péché grave… Ces conditions-là demeurent pour recevoir l’eucharistie, même si le mode de réception change.»

 

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