Veilleuses de l'affaire McCarrick
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• McCarrick : parution imminente du rapport de la Secrétairerie d’État

Le rapport concernant l’ancien cardinal Theodore Edgar McCarrick (États-Unis) devrait être publié ce mardi 10 novembre 2020, en anglais et en italien, a annoncé le Saint-Siège. Accusé d’abus sexuels sur mineurs et sur des séminaristes adultes, McCarrick a, été exclu du collège des cardinaux le 18 juillet 2018, puis de l’ordre des évêques, et il a été renvoyé de l’état clérical par le pape François le 15 février 2019.

En juin 2018, lorsque l’archidiocèse de New York a annoncé qu’une allégation d’abus sexuel contre lui était «crédible et fondée», des rapports sur des abus sexuels commis par McCarrick ont été rendus publics. Theodore McCarrick fut prêtre, puis évêque auxiliaire dans l’archidiocèse de New York, avant de devenir en 1981 l’évêque de Metuchen, New Jersey, puis l’archevêque de Newark, et enfin l’archevêque de Washington, DC, où il prit sa retraite en 2006. Il fut créé cardinal en 2001, mais démissionna du Collège des cardinaux après qu’il est apparu qu’il avait été accusé de manière crédible d’agressions sexuelles sur mineur. D’autres allégations d’abus sexuels en série sur des mineurs, des séminaristes et des prêtres ont rapidement suivi, et McCarrick a été laïcisé en février 2019.

Le Rapport à venir sur ces agissements, élaboré par la Secrétairerie d’État à la demande du pape François, couvrira les années 1930-2017 et portera sur «la connaissance institutionnelle et le processus décisionnel du Saint-Siège» concernant l’ancien cardinal «accusé de crimes sexuels en série sur des mineurs et des séminaristes» en 2018. Il devrait répondre à des questions sur la façon dont McCarrick a gravi les échelons ecclésiastiques malgré les rumeurs d’inconduite sexuelle qui s’étaient répandues au fil des ans. Il pourrait également aborder les transactions financières de McCarrick avec le Vatican et d’autres hauts responsables de l’Église, ainsi que sa réputation en matière de dons et de participation à la «culture de l’enveloppe» au Vatican. Le Washington Post a révélé en 2019 que l’ancien cardinal aurait versé des centaines de milliers de dollars à des responsables religieux et des personnes chargées d’enquêter sur ses mœurs.

Le rapport pourrait impliquer ceux qui étaient au courant des abus de McCarrick avant 2017. Il existe des preuves que le Vatican a reçu dès 2000, lorsque McCarrick a été nommé archevêque de Washington, une plainte selon laquelle McCarrick partageait son lit avec des séminaristes.

«Peu importe ce que contient le rapport, je vais vivre un deuil aussi profond que tout ce que j’ai vécu pendant ma convalescence. Parce que c’est ce qui est déclenché, et ce rapport va me faire vivre, ainsi qu’à beaucoup de survivants, un enfer… Je vous garantis que les survivants sont déjà dans une profonde tristesse. Nous allons devoir tout recommencer, et tous les catholiques aussi, pas seulement les survivants» a déclaré une victime.

Les conclusions d’une étude du Vatican sur le traitement des cas d’abus sexuels du clergé en Angleterre et au Pays de Galles sont également attendues au moment de la publication du rapport McCarrick (dont Aline Lizotte traitera le 20 novembre).

Sources : Zenit, National Catholic Register

 

• Un cardinal polonais sanctionné

Le 6 novembre dernier, la nonciature de Varsovie publiait un communiqué annonçant que le Vatican avait pris des sanctions à l’encontre du cardinal polonais Henryk Gulbinowicz (97 ans), archevêque émérite de Wroclaw (sud-ouest de la Pologne) depuis avril 2004. Les accusations qui ont conduit Rome à ces sanctions touchent à la fois à ses mœurs et à sa collaboration avec les communistes. Les mesures disciplinaires prises à son encontre sont l’interdiction d’exercer son ministère, de participer à une célébration publique ou à réunion publique, d’utiliser les insignes épiscopaux, d’être enterré dans une cathédrale. Le cardinal Gulbinowicz devra également s’acquitter d’une contribution financière sous forme de don à la Fondation Saint-Joseph, créée par la Conférence épiscopale polonaise pour soutenir les activités de l’Église en faveur des victimes d’abus sexuels et pour la prévention et l’éducation des personnes chargées de la protection des mineurs.

Le communiqué de la nonciature mentionne une «enquête concernant les accusations envers le cardinal Henryk Gulbinowicz» et «d’autres accusations concernant le passé du cardinal» à savoir de non-dénonciation d’abus commis dans l’Église polonaise. Mgr Gulbinowicz aurait protégé un prêtre accusé de pédophilie et n’aurait pas informé le Saint-Siège au sujet d’un autre prêtre condamné pour pédophilie. Selon Radio Vatican en polonais, le cardinal est accusé de harcèlement, d’actes homosexuels, mais aussi de coopération avec le SB, abréviation de Służba Bezpieczeństwa, l’ancien service de renseignement et la police secrète du régime communiste de la République populaire de Pologne.

C’est le troisième cas de ce type au sein de la haute hiérarchie ecclésiastique en Pologne cette année, marquée par la démission de Mgr Edward Janiak, évêque de Kalisz, soupçonné d’avoir couvert des abus sexuels commis sur des enfants par des membres du clergé, et celle de Mgr Slawoj Leszek Glódz, archevêque de Gdansk, réputé pour son train de vie luxueux, accusé l’an dernier par des prêtres de son diocèse de harcèlement psychique quotidien et soupçonné d’avoir gardé le silence sur les agissements présumés de plusieurs prêtres accusés par le parquet polonais de pédophilie, dont l’ex-aumônier catholique du syndicat Solidarité, le père Henryk Jankowski, mort en 2010.

En 2019, l’Église polonaise estimait à près de 400 le nombre de ses membres coupables de pédophilie en trente ans. Mais, pour Piotr Studnicki, du bureau de la protection de l’enfance au sein de l’Église polonaise, ce chiffre «a au moins doublé», du fait que de nombreuses victimes se sont manifestées depuis. La même année, le documentaire du journaliste indépendant Tomasz Sekielski, consacré aux cas de pédophilie dans l’Église polonaise et intitulé Ne le dis à personne, provoquait un scandale national dans ce pays parmi les plus pratiquants d’Europe.

Sources : La Croix, Zenit

 

• France  : une Assemblée plénière extraordinaire en février 2021

L’Assemblée plénière des évêques de France (CEF) réunie cette semaine a de nouveau évoqué le dispositif de lutte contre la pédophilie mis en place dans l’Église, consacrant une journée entière à cette question. Depuis un an, quatre groupes de travail travaillent sur la prévention, l’accompagnement des clercs coupables, le volet financier et le travail de mémoire. Un nouveau rapport édité par la CEF a permis de mesurer l’attention portée aux victimes qui se manifestent auprès des diocèses, ainsi que le devenir des prêtres mis en cause et les dispositifs de prévention mis en œuvre. Mgr Luc Crépy, évêque du Puy-en-Velay et président de la Cellule permanente de prévention et de lutte contre la pédophilie, écrit dans l’introduction que «Si la route demeure encore longue pour faire advenir une Église qui soit une maison sûre pour tous, ce nouveau rapport souligne la ferme détermination des évêques».

211 victimes se sont manifestées auprès de leur évêque en 2017-2018, 320 de fin 2018 à 2020. Vingt diocèses n’ont recueilli aucun témoignage ces deux dernières années. 148 accusés ont été mis en cause en 2018 et 208 en 2020. On enregistre une moyenne de 4 à 5 mises en examen de prêtres par an depuis 2017. 110 signalements ont été faits à la justice par les diocèses depuis septembre 2018, dont 67 portaient sur les faits antérieurs à l’an 2000. 15 diocèses ont signé une convention avec les procureurs de leur ressort pour faciliter les contacts entre l’Église et la justice. La justice ecclésiastique, est intervenue notamment par des mesures provisoires : 49 clercs ont été suspendus dans l’attente des résultats d’enquête en 2017-2018, 57 entre septembre 2018 et septembre 2020. Des peines canoniques définitives sont au nombre de 9 sur la première période, de 13 entre 2018 et 2020.

Quant au travail de prévention, 200 sessions de formation ont eu lieu depuis 2017, 83 cellules d’accueil et d’écoute sont en place, 24 référents diocésains ont été nommés. Plusieurs diocèses ont édité des fiches d’accompagnement, et en juin dernier, les évêques ont reçu un Vade-mecum préparé par le Vatican.

Les décisions concernant le volet financier ne devraient pas être actées à la fin de cette session, les précédentes annonces ayant semé le trouble aussi bien pour les victimes, les fidèles que l’épiscopat. De plus, il faudra trouver les fonds pour le concrétiser : « Notre proposition en novembre 2019 d’un fonds alimenté par les fidèles volontaires pour prendre soin du frère ou de la sœur tragiquement abîmé n’a pas été comprise. Nous prendrons le temps nécessaire pour que cet aspect soit bien compris par les victimes, les évêques et les fidèles» a expliqué Mgr Blanchet.

Le principe d’une Assemblée plénière extraordinaire consacrée à la question des abus sexuels du 22 au 24 février 2021 a été adopté. Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la CEF, a déclaré qu’elle allait permettre «d’approfondir ensemble les questions théologiques liées à ces drames et leurs conséquences pastorales, en particulier la question de la responsabilité». « Nous sommes conscients que notre adoration de Dieu ne peut être vraiment «en esprit et vérité» que si nous assumons en vérité ce qui s’est passé et que si nous accueillons pleinement la lumière que Dieu nous donne pour que nous nous convertissions et pour que nous convertissions nos structures», a-t-il ajouté.

Le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), présidée par Jean-Marc Sauvé, sera remis à l’automne 2021, et viendra compléter le dispositif que la CEF adoptera au printemps.

Source : La Croix

 

• France : l’ancien nonce apostolique jugé pour agressions sexuelles

Le 10 novembre s’est ouvert devant de la 10e chambre correctionnelle du tribunal de Paris le procès de l’ancien nonce apostolique en France de 2009 à 2019, Mgr Luigi Ventura, 75 ans, accusé d’«agression sexuelle» sur quatre hommes. Le prélat, qui nie catégoriquement les faits, ne devait pas comparaître à l’audience mais être représenté par son avocate, qui devait plaider la relaxe. Il réside en Italie et, après consultation de son médecin traitant, il s’est vu refuser l’autorisation de venir en France en raison de son état de santé général et de la pandémie. Il risque une peine allant jusqu’à cinq ans de prison et 75 000 € d’amende.

Selon les plaignants, l’ancien nonce leur aurait agrippé les fesses à plusieurs reprises, et cela de manière délibérée. Les faits se seraient produits en 2018 et/ou 2019. Le 17 janvier 2019, des faits similaires se seraient reproduits lors de la cérémonie de vœux aux autorités civiles et religieuses organisée par Anne Hidalgo à l’Hôtel de Ville de la capitale : Mgr Luigi Ventura aurait, à trois reprises, passé la main sur les fesses d’un jeune cadre de la délégation générale aux relations internationales chargé de l’accueillir. Le 23 janvier, la Mairie fit un signalement auprès du parquet de Paris. Deux jours plus tard, l’employé concerné était entendu par les enquêteurs et portait plainte. Très médiatisée, cette première démarche déclencha une série de nouveaux signalements concernant des faits survenus en différentes occasions. Parmi ces signalements, celui d’un séminariste pour une agression sexuelle qui remonterait au 8 décembre 2018, et se serait produite avant et pendant une messe dans une église de Saint-Maur-les-Fossés.

Entendu par les enquêteurs en avril 2019, Mgr Ventura nie catégoriquement les faits. Les confrontations organisées entre le prélat et les plaignants un mois plus tard ne donnent rien, car chaque partie maintient ses positions. En juillet, le Saint-Siège lève l’immunité diplomatique du nonce, «une mesure extraordinaire qui confirme la volonté exprimée par le nonce lui-même dès le début de cette affaire de collaborer pleinement et spontanément avec la justice française», précisait un communiqué du Vatican. Le prélat présente sa démission au pape en décembre pour raison d’âge. Pendant l’été 2020, il est cité à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris. Avant même la levée de l’immunité, il avait répondu à la convocation des services de police, mais se disait victime d’un complot.

L’hypothèse de troubles liés à une opération au cerveau en 2016 est avancée pour sa défense. Une expertise psychiatrique a conclu que le discernement de l’accusé avait pu être «altéré» en raison d’une «désinhibition» consécutive de «lésions cérébrales orbito-frontales» survenues suite à une intervention en 2016. Lors d’une confrontation avec l’un des plaignants, Mgr Ventura évoquait lui-même «des problèmes de vue».

Selon son avocate, Mgr Ventura «attend avec impatience le procès pour que sa parole soit entendue et que son innocence soit reconnue». Les avocats de partie civile parlent d’un «procès historique» : «C’est la première fois qu’un ambassadeur, et du Saint-Siège a fortiori, va comparaître en France pour des faits de cette nature. L’idée, c’est que cette procédure soit un message adressé à toutes les victimes d’autres personnalités haut placées. Il faut qu’elles sachent qu’il ne se passera pas rien si elles ont le courage de parler», explique l’un d’eux. Ce à quoi l’avocate de Mgr Ventura répond : «Certes, on ne voit pas tous les jours un prélat devant un tribunal. Mais on veut faire de cette audience un procès historique pour faire oublier la faible importance des actes reprochés à Mgr Ventura ! Les plaignants relèvent des gestes relativement mineurs et dont la teneur sexuelle est complètement contestée par mon client.»

Source : Le Figaro

Laure-Marie de Synthe

 

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