Cité du Vatican

C’est une mesure qui donne raison au cardinal George Pell. Les projets de réformes financières qu’il avait entreprises il y a cinq ans en matière de transparence et de responsabilité, alors qu’il était préfet pour les affaires économiques du Saint-Siège, et qui avaient été bloquées pendant ces années par le cardinal Becciu – alors soutenu par le Saint-Père dans son conflit avec le cardinal Pell –deviennent progressivement réalité. L’éviction brutale de l’ancien substitut de la secrétairerie d’État pour suspicion de faute financière en septembre (voir la SRP du 16 octobre 2020), avait a été largement considérée comme une justification des mesures préconisées par le cardinal Pell et annonçait un changement.

La décision par le pape est un véritable séisme pour la Curie romaine. Elle atteint directement le prestige administratif et l’autorité financière de la puissante Secrétairerie d’État, «le dicastère qui soutient de plus près et le plus directement l’action du Saint-Père dans sa mission», selon les mots du pape : la Secrétairerie d’État ne gérera plus elle-même ses finances de manière autonome ; tous les fonds qu’elle administrés jusqu’à présent seront désormais gérés par l’Administration du patrimoine du siège apostolique (Apsa), l’organe de gestion du budget de la Curie.

La nouvelle est tombée dans une déclaration du bureau de presse du Saint-Siège le 5 novembre. Il y est rapporté que le Saint-Père a convoqué une réunion du Secrétaire d’État, le cardinal Pietro Parolin, du nouveau substitut, Mgr Edgar Peña Parra, du président de l’APSA, Mgr Nunzio Galantino,du successeur du cardinal Pell au poste de préfet du Secrétariat à l’économie, le père Juan Antonio Guerrero Alves, et du secrétaire général du gouvernorat de la Cité du Vatican Fernando Vergez.

La réunion a été demandée dans une lettre adressée par le Saint-Père au Secrétaire d’État, le cardinal Pietro Parolin le 25 août. Par cette lettre, le pape François supprime le statut de centre financier indépendant de la Secrétairerie d’État, réforme que le cardinal Pell avait proposé il y a cinq ans. Jusqu’à présent, la Secrétairerie d’État n’était pas tenue de faire des rapports et ne demandait pas d’autorisation pour les actes d’administration extraordinaire, comme le font les autres services curiaux. Cette ère d’autonomie financière est désormais révolue. Elle continuera à être le principal secrétariat administratif de la Curie, mais elle n’aura plus aucune indépendance ni autonomie financière.

La réunion du 5 novembre avait pour but de coordonner la mise en œuvre de cette mesure, qui comporte deux points et doit être réalisée dans un délai de trois mois, un délai très court par rapport au rythme habituel de la bureaucratie vaticane :

  • 1. La Secrétairerie d’État doit transférer tous ses avoirs financiers – biens immobiliers, investissements, réserves de trésorerie – à l’APSA. Elle n’aura plus de source indépendante de fonds ou d’actifs à gérer. La raison donnée par la lettre du Saint-Père est le développement immobilier raté à Londres, qui aurait coûté au Vatican entre 66 et 150 millions de livres sterling (voir la SRP du 5 novembre 2020), même si une partie de cette somme pourrait être récupérée si la valeur du bien immobilier augmente.
  • 2. La Secrétairerie d’État ne fera plus son propre budget et ne surveillera plus son propre fonctionnement. Comme tous les autres services curiaux, elle doit désormais soumettre un budget à l’approbation du Secrétariat d’État à l’économie et à ses procédures de contrôle et d’audit. Une décision prise par le pape au nom du «principe de subsidiarité».

Ces mesures constituent un changement considérable dans le mode de fonctionnement de la secrétairerie d’État, dont les dépenses représentent le premier poste budgétaire du Saint-Siège : en 2019, elle a engagé 109 millions d’euros, soit plus d’un tiers du budget total de l’ensemble des dicastères.

Cette réforme d’une ampleur capitale traduit l’absence de confiance du pape dans la gestion actuelle de la Secrétairerie d’État. Le scandale immobilier de Londres, qui a mis en lumière de graves erreurs systémiques, comme l’avait expliqué Mgr Galantino au journal L’Avvenire (voir la SRP du 5 novembre 2020). Jusqu’à présent, la Secrétairerie d’État n’était pas tenue de faire des rapports et ne demandait pas d’autorisation pour ses actes d’administration extraordinaire, comme le font les autres services curiaux. Selon le journal La Croix, «Pendant des années, la gestion des fonds a été confiée soit à des intermédiaires extérieurs, soit à des fonctionnaires de la Curie, dont les supérieurs n’étaient pas forcément au courant, commente un bon connaisseur de la Secrétairerie d’État. La gestion de cet argent était souvent obscure, échappant à tout contrôle. Le passage du budget sous la coupe de l’Apsa permet de soumettre la Secrétairerie à une éthique commune. C’est aussi une manière, poursuit cette source, de “protéger de toute pression les très hauts responsables de la Secrétairerie d’État”, qui n’auront plus en charge la gestion directe de telles sommes.»

Désormais, les membres de la Secrétairerie d’État devront demander ce dont ils ont besoin, avec le risque de ne pas l’obtenir.

Élisabeth Voinier

 

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