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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Vatican : le remodelage du Sacré Collège continue

Place Saint-Pierre

Le consistoire ordinaire du 28 novembre prochain, au cours duquel seront créés 13 nouveaux cardinaux, sera le septième du pontificat du pape François, qui a déjà créé 88 cardinaux, parmi lesquels 70 sont électeurs. Un record dans l’histoire de l’Église : en vingt-sept ans de règne, Jean-Paul II ne convoqua que 9 consistoires et, en huit ans de pontificat, Benoît XVI en réunit 5. C’est donc un remodelage en profondeur du Collège cardinalice que François – qui aura 84 ans le 17 décembre prochain – mène à bien, en suivant quelques lignes directrices.

Les treize nouveaux cardinaux viennent d’Europe, d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et du Nord. Neuf d’entre eux ont moins de quatre-vingts ans et ont donc le droit de participer à un futur conclave, quatre ont plus de quatre-vingts ans et ne seront donc pas électeurs. Les nouveaux cardinaux électeurs ont une moyenne d’âge de 66 ans, ce qui est plutôt jeune pour l’Église. Six sont Italiens. Trois appartiennent à l’ordre franciscain. Plusieurs sont très engagés auprès des migrants ou des plus pauvres. Lorsqu’ils deviendront officiellement cardinaux, il y aura 128 électeurs cardinaux, soit huit de plus que la limite canonique.

La diversification géographique se poursuit, puisque de nouveaux pays sont représentés, comme le Brunei et le Rwanda. Le temps où les Italiens étaient majoritaires est désormais bien loin. Par ailleurs, on note que le pape s’affranchit de la tradition consistant à créer cardinaux les archevêques de grandes villes : de grands sièges, traditionnellement cardinalices (Turin, Palerme, Los Angeles, Milan, Paris), ne figurent pas dans cette promotion. Notons que l’on n’y trouve aucun Français (les deux derniers à avoir été créés cardinaux sont Mgr Dominique Mamberti en 2015 et Mgr André Vingt-Trois en 2007).

Sur le plan des engagements pastoraux, la diversification n’est pas de mise : «Comme pour ses promotions précédentes, François a une nouvelle fois choisi des hommes exclusivement proches de sa ligne, très engagés dans les combats de pastorale sociale», analyse Le Figaro1. Et, selon la presse italienne, «le fait le plus évident est que le Sacré Collège prend de plus en plus le visage du Pontife».

Arrêtons-nous sur le parcours et sur le profil des nouveaux membres du Sacré Collège.

Deux cardinaux font partie à la Curie romaine et font partie des artisans les plus actifs de la réforme de la Curie, engagée depuis 2013 :

Mgr Mario Grech, originaire de Malte, formé à Rome. En 2011, Benoît XVI l’a nommé évêque de Gozo. En octobre 2019, le pape François l’a nommé pro-secrétaire général du Synode des évêques, puis secrétaire général le 15 septembre 2020. Il est à un poste clef alors que le prochain synode général d’octobre 2022 portera précisément sur la synodalité. Au Synode des évêques sur la famille en octobre 2014, il a déclaré que «la doctrine de la foi est capable d’acquérir progressivement une plus grande profondeur» en référence au divorce, aux secondes unions et à l’homosexualité. Il déplorait que les personnes concernées «se sentent blessées» par le langage de l’Église qui qualifie actuellement l’adultère et les actes homosexuels de péchés. Il a co-écrit avec l’archevêque de Malte, Mgr Charles Scicluna, les directives pastorales des évêques maltais sur Amoris Lætitia, qui donnent accès à la Sainte Communion aux catholiques divorcés et remariés civilement, qui «avec une conscience informée et éclairée […] reconnaissent et croient qu’ils sont en paix avec Dieu». En 2017, Mgr Grech s’est opposé à un groupe de fidèles catholiques maltais qui défendaient le mariage contre les unions homosexuelles.

Mgr Marcello Semeraro, italien. Après avoir enseigné la théologie dogmatique et l’ecclésiologie, il a été nommé évêque du diocèse suburbicaire d’Albano en 2004. Il vient d’être choisi par le pape François comme Préfet de la Congrégation pour la cause des saints, suite à la démission de Mgr Becciu. En 2013, il a été intégré au C 9, le groupe chargé de conseiller le pape sur le gouvernement de l’Église universelle. Sur la question d’Amoris Lætitia, il se situe sur la même ligne que Mgr Grech. Il accueille chaque année à Albano le Forum des chrétiens LGBT italiens, dont le but est de faire accepter pleinement l’homosexualité dans l’Église.

Six cardinaux ont un profil de pasteurs :

Mgr Antoine Kambanda, originaire du Rwanda, est le tout premier électeur potentiel du pape issu de ce pays. Sa famille a été tuée pendant la guerre de 1994, excepté un de ses frères. Ordonné prêtre en 1990 par saint Jean-Paul II, à l’occasion de sa visite pastorale au Rwanda, il a obtenu un doctorat en théologie morale à Rome. En 2013, il fut nommé évêque du diocèse de Kibungo, puis, en novembre 2018, archevêque de Kigali.

Mgr Wilton Daniel Gregory, américain, originaire de Chicago, dans l’Illinois, sera le premier cardinal afro-américain. Ordonné prêtre en 1973 pour l’archidiocèse de Chicago, il y a occupé divers postes, liés à la liturgie, dont il a beaucoup étudié l’adaptation aux communautés noires. Nommé évêque titulaire d’Oliva, auxiliaire de Chicago en 1983, archevêque métropolitain d’Atlanta en 2004, il a été président de la Conférence épiscopale américaine (USCCB) de 2001 à 2004. Le 4 avril 2019, le pape François l’a choisi comme archevêque métropolitain de Washington, pour succéder au cardinal Donald Wuerl, contraint de démissionner après avoir été mis en accusation pour la façon dont il avait traité certains cas d’abus sexuels commis par des clercs. Mgr Gregory est sans doute l’un des prélats les plus en phase avec l’orientation pastorale de l’actuel pontife. Très engagé sur les questions de justice raciale, il s’est plusieurs fois opposé frontalement au président Donald Trump. Il a été à plusieurs reprises une source de controverse en raison de ses opinions, de ses déclarations politiques et de son implication dans la gestion de la crise des abus sexuels par la Conférence des évêques catholiques des États-Unis. En 2017, il a prononcé le discours principal lors de la réunion annuelle de l’une de l’Association dissidente des prêtres catholiques américains. Il y a quelques mois, il a critiqué le sanctuaire national Jean-Paul II pour avoir autorisé la visite du président Trump et de son épouse, provoquant une forte réaction et heurtant les Chevaliers de Colomb, qui entretiennent ce sanctuaire. Mgr Gregory était président de l’USCCB lors de la crise des abus sexuels de 2002. Il a permis au cardinal Theodore McCarrick de participer à l’élaboration de la politique de l’USCCB en matière d’abus sexuels.

Mgr Jose Fuerte Advincula, philippin. Nommé évêque de San Carlos en 2001, il a été membre de la Commission pour la doctrine de la foi et de la Commission pour les peuples indigènes.

Mgr Celestino Aós Braco, espagnol, franciscain. Envoyé au Chili en 1983, il a été nommé évêque de Copiapó en 2014. En 2019, il a été choisi comme administrateur apostolique de l’archidiocèse de Santiago du Chili, dont il fut nommé archevêque le 27 décembre 2019 par le pape François. L’Église chilienne a été dans la tourmente ces dernières années en raison de scandales pédophiles qui avaient provoqué la démission collective des évêques du pays. Mgr Aós a enquêté sur des accusations d’abus portées contre cinq prêtres en 2012, en tant que promoteur de la justice pour le tribunal ecclésiastique de Valparaiso. Selon le magazine Crux, il a rejeté les affaires car «il n’y avait pas assez de preuves pour justifier l’ouverture d’un procès canonique». Depuis lors, un des prêtres est décédé, et les autres ont été suspendus du sacerdoce ou font à nouveau l’objet d’une enquête.

Mgr Augusto Paolo Lojudice, italien. Après son ordination en 1989, il a exercé de nombreuses tâches et ministères pour le diocèse de la capitale italienne. En 2015, il fut nommé évêque auxiliaire de Rome, et fut alors connu comme le «curé des gitans» et des SDF de la capitale italienne. En 2019, le pape François le nomme archevêque de l’archidiocèse de Sienne-Colle Val d’Elsa-Montalcino. Par ailleurs, il est actuellement secrétaire de la Commission épiscopale de la Conférence épiscopale italienne pour les migrations.

Mgr Cornelius Sim, originaire de Brunei, premier prêtre local ordonné dans ce petit royaume à forte majorité musulmane où, en avril 2019, le sultan promut l’introduction d’une législation inspirée de la charia. La communauté catholique y est majoritairement composée de migrants de nationalité philippine. En 2004, Jean-Paul II a élevé la préfecture apostolique de Brunei au rang de vicariat apostolique et l’a nommé premier vicaire apostolique en lui attribuant l’évêché titulaire de Puzia di Numidia.

Pourpre cardinalice

Autre religieux franciscain, le père Mauro Gambetti, italien, originaire de Bologne, qui a fait profession solennelle dans l’Ordre des Frères Mineurs conventuels en 1998 et fut ordonné prêtre en 2000. En 2009, il fut élu supérieur (ministre provincial), puis en 2013 Custode général du Sacré-Couvent de Saint-François à Assise. Élu président de la Fédération inter-méditerranéenne des ministres provinciaux des Frères Mineurs Conventuels, il est l’actuel custode du couvent des Franciscains d’Assise, ville où François a signé – pour la première fois dans l’Histoire en dehors de Rome – sa dernière encyclique.

La nomination des quatre prélats de plus de 80 ans les exclut comme électeurs d’un futur conclave, mais elle n’en revêt pas moins une importance symbolique. Il s’agit de :

Mgr Felipe Arizmendi Esquivel, mexicain. Nommé en 1991 évêque de Tapachula, c’est à cette époque qu’il occupa le poste de secrétaire général du CELAM. En mars 2000, Jean-Paul II le nomme évêque de San Cristóbal de Las Casas, charge qu’il assume jusqu’en novembre 2017. Il s’est distingué par un article publié dans L’Osservatore Romano, dans lequel il avait répondu à la critique des statuettes de la Pachamama, affirmant qu’ «elles sont des symboles de la réalité et de l’expérience amazonienne, avec des motivations non seulement culturelles, mais aussi religieuses, mais non d’adoration, car cela n’est dû qu’à Dieu».

Mgr Silvano Tomasi, italien, membre de la congrégation religieuse des Missionnaires de Saint-Charles (Scalabriniens). Il est, dans les années 1980, le premier directeur du Bureau de la pastorale des migrants et des réfugiés de la Conférence des évêques catholiques des États-Unis. De 1989 à 1996, il est secrétaire du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes déplacées. Après avoir été nonce apostolique en Éthiopie, en Érythrée, et observateur auprès de l’Union africaine, il devient en 1999 archevêque titulaire d’Asolo et l’année suivante nonce apostolique à Djibouti. De 2003 à 2016, il occupe le poste d’observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations-Unies et des institutions spécialisées à Genève, et d’observateur permanent auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le 9 avril 2016, le pape François le nomme membre de l’ancien Conseil pontifical Justice et Paix, devenu aujourd’hui le Dicastère pour le service du développement humain intégral. Son nom a récemment été évoqué pour la succession de Mgr Becciu en tant que délégué spécial de l’Ordre souverain de Malte.

Le père Raniero Cantalamessa, italien, moine capucin. Diplômé en théologie et en littérature classique, il fut membre de la Commission théologique internationale de 1975 à 1981 et, pendant 12 ans, membre de la délégation catholique pour le dialogue avec les Églises pentecôtistes. En 1979, il quitta l’enseignement pour se consacrer à plein temps au ministère de la Parole. Il fut nommé prédicateur de la Maison pontificale par Jean-Paul II en 1980, puis confirmé à ce poste par Benoît XVI en 2005 et par le pape François en 2013. À ce titre, il donne chaque semaine, pendant l’Avent et le Carême, une méditation en présence du Pape, et des membres de la Curie romaine – cardinaux, évêques, prélats et supérieurs généraux des ordres religieux. Ses nombreux livres ont été traduits dans une vingtaine de langues.

Mgr Enrico Feroci, italien. Curé d’une paroisse romaine, il a participé et collaboré étroitement à la réalisation de tous les événements ecclésiaux diocésains, comme le Synode de l’Église de Rome (1987-1992), et la Missione Citadina qui a précédé le Jubilé de l’an 2000. Ancien directeur de la Caritas diocésaine de Rome, il est depuis 2017 recteur du Sanctuaire du Divin Amour, à Castel di Leva (sud-est de Rome).

Le 28 novembre prochain, François remettre à ces treize nouveaux cardinaux – probablement masqués ! – le traditionnel chapeau rouge, la barrette cardinalice. Cette cérémonie de consistoire devra se plier à des normes sanitaires très strictes, ne serait-ce qu’en raison de l’âge élevé des nouveaux promus. Une première aussi au Vatican…

Élisabeth Voinier

Photo : Janaka Pradeep / Wikimedia Commons

Source : Vatican News


1 – Signalons par ailleurs qu’au moins trois des nouveaux cardinaux ont fait des déclarations favorables à la reconnaissance de l’homosexualité dans l’Église. Voir l’article de la Nuova Bussola Quotidiana.

 

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