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Le pape Benoît 16

Benoît XVI : L’Église et le scandale des abus sexuels

La lettre du pape émérite Benoît XVI intitulée L’Église et le scandale des abus sexuels, dont la SRP vous propose ci-après la traduction depuis l’original allemand, a été publiée dans le Klerusblatt, la revue du clergé catholique de Bavière et du Palatinat, le 15 avril 2019. Elle est précédée d’un avant-propos du premier président de l’association du clergé, Mgr Andreas Simbeck, que l’on trouve sur le site du diocèse de Ratisbonne et que nous publions ci-après, avant le texte de Benoît XVI.

Chers lecteurs,

Du 21 au 24 février 2019, le monde entier attendait avec impatience que Rome suive le Sommet sur la protection de l’enfance convoqué par le pape François avec les présidents de toutes les conférences épiscopales. La crédibilité de l’Église semble être en jeu. Avec la conférence de Rome, un premier signal fort devait être donné pour trouver des moyens de sortir de la crise et ouvrir la voie à un nouveau départ dans l’Église. Pour certains, les résultats de la réunion de Rome ont donné à réfléchir : les espoirs et les attentes ont été déçus car, pour certains, les résultats n’ont pas été à la hauteur de leurs espérances.

De manière tout à fait surprenante, j’ai reçu le 11 mars 2019 un appel téléphonique de S. M. Birgit Wansing, assistante de bureau du pape émérite Benoît XVI, me demandant de publier un article du Saint-Père dans notre revue du clergé, dans lequel il commenterait la situation actuelle de l’Église et, en regardant en arrière, essaierait de donner des impulsions pour un nouveau départ. Nous sommes heureux de répondre à sa demande et de vous présenter son texte dans la présente édition. De plus, c’est un grand honneur que le Saint-Père soit venu à l’Association du clergé avec sa demande et, en tant que membre le plus éminent, partage exclusivement ses pensées avec nous, le clergé bavarois.

Les réflexions du pape Benoît XVI ne comportent pas de schéma historique dans lequel il décrirait en détail ce que l’on n’a pas réussi à résoudre dans les cas d’abus au cours des dernières décennies, ou comment un tel abus de pouvoir au sein de l’Église a pu se produire en premier lieu. Il ne s’agit pas non plus d’une description personnelle et émotionnelle des événements dans laquelle le pape nous dirait comment il a perçu les choses en tant qu’archevêque de Munich et de Freising, en tant qu’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, ou en tant qu’ancien chef de l’Église catholique.

Cette contribution est plutôt un essai philosophique et théologique : le Saint-Père écrit de façon poignante et avec un regard clair sur l’essentiel, comme il le faisait déjà en son temps de professeur de dogmatique et de théologie fondamentale.

Avec son article, le pape Benoît XVI couvre une large vision : il se réfère d’abord à la morale de la société et de l’homme ainsi qu’à la théologie morale de l’Église et décrit son évolution et sa décadence, qui ont favorisé les abus de pouvoir. Dans un deuxième temps, il en tire des enseignements importants pour la pratique de l’Église, en particulier pour la formation et le mode de vie des prêtres. Dans une troisième section thématique, le Saint-Père demande une nouvelle compréhension de l’Église et des formes de vigilance, afin qu’elle ne soit plus considérée uniquement comme un appareil administratif rigide.

J’ai remercié le pape Benoît XVI par une lettre personnelle pour la confiance qu’il m’a accordée.

Je vous souhaite, chers lecteurs, de lire l’article avec des lunettes scientifiques.

Avec les meilleurs vœux pour une Pâque bénie, je vous salue chaleureusement.

Mgr Andreas Simbeck

L’Église et le scandale des abus sexuels

Du 21 au 24 février 2019, à l’invitation du pape François, les présidents des conférences épiscopales du monde entier se sont réunis au Vatican pour discuter de la crise de la foi et de l’Église, crise qui a touché le monde entier suite aux révélations choquantes sur les abus de mineurs perpétrés par des clercs. L’ampleur et la gravité des faits signalés ont profondément bouleversé les prêtres et les laïcs, et en ont poussé plus d’un à remettre en cause la foi même de l’Église. Il fallait donner un message fort et rechercher un nouveau départ, afin que l’Église soit à nouveau vraiment crédible en tant que lumière parmi les peuples et en tant que force au service de la lutte contre les forces destructrices.

Comme j’avais moi-même, au moment du déclenchement public de la crise et pendant la période qui l’a précédée, occupé un poste de responsabilité en tant que Pasteur de l’Église, j’ai dû me demander – même si je ne suis plus directement responsable en tant qu’émérite – ce que je pouvais apporter à un nouveau départ dans une perspective rétrospective. Ainsi, pendant la période entre l’annonce et la réunion des présidents des conférences épiscopales, j’ai compilé quelques notes avec lesquelles je peux apporter l’une ou l’autre suggestion pour aider en cette heure difficile. Après des contacts avec le secrétaire d’État, le cardinal Parolin, et le Saint-Père lui-même, il me semble opportun de publier le texte ainsi produit dans le Klerusblatt.

Mon travail est divisé en trois parties. Dans la première partie, j’essaie de présenter très brièvement le contexte social général de la question, sans lequel le problème ne peut être compris. J’essaie de montrer que, dans les années 1960, un événement terrible s’est produit, d’une ampleur sans précédent dans l’histoire. On peut dire qu’au cours des 20 années de 1960 à 1980, les normes jusqu’alors contraignantes en matière de sexualité se sont complètement effondrées, et qu’il en est résulté une absence de normes est apparu, que nous avons essayé de contrecarrer.

Dans la deuxième partie, j’essaierai d’indiquer les effets de cette situation sur la formation des prêtres et sur la vie des prêtres.

Enfin, dans une troisième partie, je voudrais développer quelques perspectives pour une réponse appropriée de la part de l’Église.

I. Le contexte social général de la question

1. L’affaire commence par l’introduction décrétée et soutenue par l’État des enfants et des jeunes dans la nature de la sexualité. En Allemagne, la ministre de la Santé de l’époque, Mme Strobel, a fait réaliser un film dans lequel tout ce qui n’était pas autorisé auparavant à être montré en public, y compris les rapports sexuels, était maintenant montré à des fins éducatives. Ce qui était initialement destiné uniquement à l’éducation sexuelle des jeunes a ensuite été considéré comme une possibilité générale.

Des effets similaires ont été obtenus par le «Sexkoffer» [Une valise controversée de matériel d’éducation sexuelle utilisée dans les écoles autrichiennes à la fin des années 1980, NDLR] publié par le gouvernement autrichien. Les films sexuels et pornographiques sont désormais devenus monnaie courante, au point d’être diffusés dans les cinémas des gares. Je me souviens qu’un jour, en me promenant dans la ville de Ratisbonne, j’ai vu des foules de gens faisant la queue devant un grand cinéma, comme nous n’en avions fait l’expérience qu’en temps de guerre, quand on pouvait espérer une allocation spéciale. Je me souviens aussi de mon arrivée dans la ville le Vendredi Saint de 1970, où j’ai vu tous les panneaux d’affichage recouverts d’une grande affiche montrant deux personnes complètement nues enlacées dans une étreinte rapprochée.

L’une des libertés pour lesquelles la révolution de 1968 a voulu se battre est cette liberté sexuelle totale qui n’accepte plus de normes. La propension à la violence qui a caractérisé ces années est étroitement liée à cet effondrement mental. En effet, les films sexuels n’étaient plus autorisés dans les avions car la violence pouvait éclater dans la petite communauté des passagers. Comme les excès vestimentaires provoquaient également des agressions, les directeurs d’école ont essayé d’introduire des vêtements scolaires favorisant un climat d’apprentissage.

Une partie de la physionomie de la Révolution de 68 était que la pédophilie était désormais également diagnostiquée comme autorisée et appropriée. Au moins pour les jeunes de l’Église, mais pas seulement pour eux, ce fut une période très difficile à bien des égards. Je me suis toujours demandé comment dans cette situation les jeunes pouvaient s’approcher du sacerdoce et l’accepter avec toutes ses conséquences. L’effondrement généralisé de la nouvelle génération de prêtres au cours de ces années et le nombre très élevé de laïcisations ont été une conséquence de tous ces événements.

2. Concomitamment, un effondrement de la théologie morale catholique s’est produit, laissant l’Église sans défense face à ce qui se passait dans la société. Je vais essayer d’esquisser très brièvement le cours de cette évolution.

Jusqu’à Vatican II, la théologie morale catholique était largement fondée sur la loi naturelle, tandis que la Sainte Écriture n’était citée qu’à titre d’arrière-plan ou de justification. Dans les débats du Concile pour une nouvelle compréhension de la Révélation, l’option de la loi naturelle a été largement abandonnée, et une théologie morale basée entièrement sur la Bible a été exigée. Je me souviens encore de la façon dont la faculté jésuite de Francfort a fait préparer par un jeune prêtre très doué (le père Schüller) l’établissement d’une morale entièrement basée sur les Écritures. La belle thèse du père Schüller montre un premier pas vers la construction d’une morale basée sur les Écritures. Le père Schüller a ensuite été envoyé en Amérique pour des études complémentaires, et il est revenu avec la constatation que la morale ne pouvait pas être présentée de manière systématique à partir de la seule Bible. Il a alors tenté une approche plus pragmatique de la théologie morale sans pouvoir donner une réponse à la crise de la morale.

En fin de compte, la thèse selon laquelle la morale ne peut être déterminée que par les buts de l’action humaine a prévalu. L’ancienne expression «la fin justifie les moyens» n’a pas été confirmée sous cette forme grossière, mais son mode de pensée s’est imposé. Par conséquent, il ne pouvait pas y avoir de bien en soi, ni de mal en soi, mais seulement des jugements de valeur relatifs. Il n’y avait plus le bien, mais seulement du mieux relatif, dépendant du moment et des circonstances.

La crise du fondement et de la présentation de la morale catholique a atteint des proportions dramatiques à la fin des années 1980 et dans les années 1990. Le 5 janvier 1989 est parue la Déclaration de Cologne, signée par 15 professeurs de théologie catholique. Elle mettait l’accent sur divers points de crise dans les relations entre le magistère épiscopal et la tâche de la théologie. Les réactions à ce texte, qui au début n’allaient pas au-delà du niveau habituel des protestations, s’est très vite transformé en un tollé contre le Magistère de l’Église, et ont rassemblé d’très visible et audible le potentiel de protestation qui s’est élevé dans le monde entier contre les textes d’enseignement attendus de Jean-Paul II (voir D. Mieth, Kölner Erklärung, LThK , VI3, 196).

Le pape Jean-Paul II, qui connaissait très bien la situation de la théologie morale et la suivait avec attention, a alors commencé à travailler sur une lettre encyclique qui permettrait de remettre les choses en ordre. Publiée sous le titre Veritatis splendor le 6 août 1993, elle a déclenché de très vives réactions de la part des théologiens moraux. Avant cela, le Catéchisme de l’Église catholique avait déjà présenté de manière systématique et convaincante la morale proclamée par l’Église.

Je n’oublierai jamais comment le théologien moral allemand Franz Böckle, alors à la pointe de la théologie, à son retour dans sa patrie suisse après sa retraite, a annoncé, en vue des décisions possibles de l’encyclique Veritatis splendor, que si l’encyclique devait décider qu’il y avait des actions qui devaient toujours et en toutes circonstances être classées comme mauvaises, il la contesterait avec tous les moyens à sa disposition. Le Bon Dieu, dans sa miséricorde, lui a épargné l’exécution de cette résolution ; Böckle est mort le 8 juillet 1991. L’encyclique a été publiée le 6 août 1993 et contenait la détermination selon laquelle il y avait des actions qui ne pouvaient jamais devenir bonnes.

Le pape était pleinement conscient de l’importance de cette décision à ce moment-là, et il avait, pour cette partie de son texte, consulté une fois de plus d’éminents spécialistes qui n’avaient pas participé personnellement à la rédaction de l’encyclique. Il ne pouvait et ne devait laisser aucun doute sur le fait que la moralité de l’équilibre des biens doit toujours respecter une limite ultime. Il y a des biens qui ne sont jamais soumis à des compromis. Il y a des valeurs qui ne doivent jamais être cédées au nom d’une valeur encore plus élevée et qui sont également au-dessus de la préservation de la vie physique. Il y a le martyre. Dieu est plus, et même plus que la survie physique. Une vie qui serait achetée en niant Dieu, une vie basée sur un dernier mensonge, est une non-vie. Le martyre est une catégorie de base de l’existence chrétienne. Le fait que, dans la théorie défendue par Böckle et de beaucoup d’autres, il ne soit plus nécessaire moralement montre qu’ici l’essence même du christianisme est en jeu.

En théologie morale cependant, une autre question était devenue urgente : la thèse s’est largement répandue selon laquelle le Magistère de l’Église ne devrait avoir de compétence finale (l’«infaillibilité») que pour les questions concernant la foi proprement dite ; les questions de morale ne devraient pas faire l’objet de décisions infaillibles du Magistère de l’Église. Il y a probablement quelque chose de vrai dans cette thèse, qui mérite d’être discutée plus avant. Mais il existe un minimum de moralité qui est indissolublement lié au principe fondateur de la foi et qui doit être défendu si l’on veut que celle-ci ne soit pas réduite à une théorie, mais soit reconnue dans sa prétention à guider la vie concrète.

Tout cela montre à quel point l’autorité de l’Église en matière de morale est fondamentalement remise en question. Quiconque refuse à l’Église l’autorité finale pour enseigner dans ce domaine l’oblige à se taire précisément sur la frontière entre la vérité et le mensonge.

Indépendamment de cette question, la thèse a été développée dans de larges cercles de théologie morale selon laquelle l’Église n’a pas et ne peut pas avoir sa propre morale. L’argument était que toutes les thèses morales auraient des parallèles dans les autres religions et que, par conséquent, un proprium chrétien ne pouvait pas exister. Mais la question du proprium d’une morale biblique n’est pas résolue par le fait que l’on peut trouver un parallèle à chaque phrase quelque part dans les autres religions. Il s’agit plutôt de l’ensemble de la morale biblique, qui en tant que telle est nouvelle et différente des parties individuelles.

La sainte Bible

 

L’enseignement moral des Saintes Écritures a pour particularité d’être ancré dans l’image de Dieu, dans la foi en ce Dieu unique qui s’est montré en Jésus Christ et qui a vécu en tant qu’homme. Le Décalogue est une application de la foi biblique en Dieu à la vie humaine. L’image de Dieu et la moralité vont de pair et donnent ainsi naissance à la nouveauté particulière de l’attitude chrétienne envers le monde et la vie humaine. De plus, le christianisme a été décrit dès le début avec le mot hodós [mot grec signifiant «toute» et souvent utilisé dans le Nouveau Testament dans le sens d’un chemin de progrès, NDLR].

La foi est une façon de vivre un chemin. Dans l’Église ancienne, le catéchuménat a été créé face à une culture de plus en plus «dé-moralisée», comme un espace de vie dans lequel les aspects particuliers et nouveaux du mode de vie chrétien étaient pratiqués et en même temps protégés du mode de vie commun. Je pense qu’aujourd’hui aussi, des communautés comme les communautés catéchuménales sont nécessaires pour que la vie chrétienne puisse s’affirmer à sa manière.

II. Les effets de cette situation sur la formation des prêtres et sur la vie des prêtres

Premières réactions ecclésiales
1. Le processus de dissolution de la conception chrétienne de la moralité, préparé de longue date et en cours, a connu, comme j’ai essayé de le montrer, un radicalisme dans les années 1960 qui n’avait jamais existé auparavant. Cette dissolution de l’autorité de l’enseignement moral de l’Église devait nécessairement avoir un impact sur ses différentes réalités. Dans le cadre de la rencontre des présidents des conférences épiscopales du monde entier avec le pape François, la question de la vie sacerdotale est d’un intérêt particulier, tout comme celle des séminaires. En ce qui concerne le problème de la préparation au ministère sacerdotal dans les séminaires, on constate en effet une rupture généralisée avec la forme précédente de cette préparation.

Des clubs homosexuels ont été créés dans différents séminaires, plus ou moins ouverts, ce qui a considérablement modifié le climat dans les séminaires. Dans un séminaire du Sud de l’Allemagne, les candidats au sacerdoce et les candidats au ministère laïc de conseiller pastoral [Pastoralreferent] vivaient ensemble. Lors des repas communs, les séminaristes et les agents pastoraux se retrouvaient ensemble, les laïcs mariés étaient parfois accompagnés de leur femme et de leurs enfants, et parfois les agents pastoraux étaient avec leurs petites amies. Le climat de ce séminaire ne pouvait pas soutenir la préparation à la vocation sacerdotale. Le Saint-Siège était conscient de ces problèmes sans en être précisément informé. Dans un premier temps, une visite apostolique dans les séminaires des États-Unis a été ordonnée.

Les critères de sélection et de nomination des évêques ayant également été modifiés après Vatican II, les relations des évêques avec leurs séminaires étaient également très différentes. Comme critère de nomination des nouveaux évêques, c’était maintenant surtout leur «conciliarité» qui était prise en compte, ce qui, il est vrai, permet de comprendre des choses très différentes. En effet, dans de nombreuses parties de l’Église, la «conciliarité» était comprise comme une attitude critique ou négative envers la tradition, qui devait maintenant être remplacée par une nouvelle relation, radicalement ouverte, avec le monde. Un évêque qui était auparavant recteur de séminaire, avait fait projeter des films pornographiques aux séminaristes, prétendument dans l’intention de les rendre ainsi résistants aux comportements contraires à la foi.

Il y a eu – pas seulement aux États-Unis d’Amérique – des évêques qui ont rejeté la tradition catholique dans son ensemble et ont cherché à former une sorte de nouvelle «catholicité» moderne dans leur diocèse. Il est peut-être utile de mentionner que, dans un certain nombre de séminaires, les étudiants qui étaient surpris à lire mes livres étaient considérés comme inaptes au sacerdoce. Mes livres étaient cachés comme de la mauvaise littérature et ne se lisaient en quelque sorte que sous le manteau.

La visite n’a pas apporté de nouvelles données, car apparemment différentes forces s’étaient unies pour dissimuler la situation réelle. Une deuxième visite a été ordonnée et a apporté beaucoup plus d’informations, mais elle n’a eu aucune conséquence. Néanmoins, depuis les années 1970, la situation des séminaires s’est généralement améliorée. Mais il n’y a eu que des cas isolés d’un nouveau renforcement des vocations sacerdotales, car la situation dans son ensemble avait pris une autre tournure.

2. La question de la pédophilie, pour autant que je m’en souvienne, n’est devenue brûlante que dans la seconde moitié des années 1980. Entre-temps, le problème était devenu public aux États-Unis, de sorte que les évêques ont cherché de l’aide auprès de Rome parce que le droit canonique, tel qu’il est écrit dans le nouveau Code, ne semblait pas suffisant pour prendre les mesures nécessaires. Rome et les canonistes romains ont d’abord eu des difficultés avec ces questions ; à leur avis, la suspension temporaire du ministère sacerdotal devrait suffire à apporter purification et clarification. Les évêques américains ne pouvaient pas accepter cette solution, car les prêtres restaient ainsi au service de l’évêque et étaient donc amenés à lui être directement associés. Le renouvellement et l’approfondissement du droit pénal délibérément lâche du nouveau Code n’a commencé à prendre forme que lentement.

Mais il y avait en outre un problème fondamental dans la conception du droit pénal. Seul le soi-disant «garant» [une sorte de protectionnisme procédural, NDLR] était encore considéré comme «conciliaire». Cela signifie que les droits de l’accusé devaient avant tout être garantis, et ce jusqu’à un point qui excluait en fait toute condamnation. Pour faire contrepoids à la possibilité souvent insuffisante de défense des théologiens accusés, les droits de la défense par le biais de la garantie ont été étendus à un point tel que les condamnations n’étaient guère possibles.
Je voudrais à présent m’autoriser un petit excursus. Au vu de l’ampleur des délits de pédophilie, une parole de Jésus m’est récemment venue à l’esprit, qui dit : «Quiconque fait faire du mal à l’un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on le jette à la mer avec une meule de moulin autour du cou» (Marc 9:42). Dans son sens original, cette parole ne parle pas de la séduction sexuelle des enfants. Dans le langage de Jésus, le mot «les petits» désigne les simples croyants, qui peuvent être confondus dans leur foi par l’arrogance intellectuelle de ceux qui pensent être habiles. Jésus protège ainsi le dépôt de la foi en menaçant de punir ceux qui lui nuisent.

L’utilisation moderne de la phrase n’est pas mauvaise en soi, mais elle ne doit pas permettre d’en obscurcir le sens premier. Il y devient clair, contre tout garant, que le droit de l’accusé n’est pas le seul à être important et à nécessiter une garantie. Les biens élevés tels que la foi sont tout aussi importants. Un droit canonique équilibré, conforme à l’ensemble du message de Jésus, ne doit donc pas seulement apporter une garantie à l’accusé, dont le respect est un bien juridique. Il doit également protéger la foi, qui est également un bien juridique important. Un droit canonique bien construit doit donc contenir une double garantie : la protection juridique de l’accusé, la protection juridique du bien en jeu. Aujourd’hui, lorsque cette vision claire est mise en avant, la question de la protection de la foi tombe généralement dans l’oubli lorsqu’il s’agit de la question de la protection d’un bien juridique. Dans la conscience générale du droit, la foi ne semble plus avoir le rang d’un bien à protéger. C’est une situation alarmante, qui doit être envisagée et prise au sérieux par les pasteurs de l’Église.

En plus des brèves notes sur la situation de la formation sacerdotale au moment du déclenchement public de la crise, je voudrais maintenant ajouter quelques remarques sur le développement du droit canonique en la matière.

La Congrégation pour le clergé est en principe responsable des infractions commises par les prêtres. Mais comme, à l’époque, le garant dominait largement la situation, je suis convenu avec le pape Jean-Paul II qu’il était opportun de confier la compétence sur ces délits à la Congrégation pour la doctrine de la foi, sous le titre Delicta maiora contra fidem. Avec cet arrangement, il y avait la possibilité d’imposer une peine maximale, c’est-à-dire l’exclusion du clergé, ce qui n’aurait pas été possible avec d’autres dispositions juridiques. Ce n’était pas une ruse pour pouvoir imposer la peine maximale, mais cela découle de l’importance de la foi pour l’Église. En fait, il est important de voir de tels cas d’inconduite des clercs portent finalement atteinte à la foi : ce n’est que lorsque la foi ne régit plus les actions de l’homme que de telles infractions sont possibles.

Mais la sévérité de la sanction suppose aussi une preuve claire de l’infraction – cet aspect de la garantie reste valable. En d’autres termes : pour pouvoir imposer légalement la peine maximale, un véritable procès pénal est nécessaire. Mais c’était une exigence trop grande pour les diocèses et pour le Saint-Siège. Nous avons donc formulé une forme minimale de procès pénal et laissé ouverte la possibilité que le Saint-Siège lui-même prenne en charge le procès lorsque le diocèse ou l’administration métropolitaine n’est pas en mesure de le faire. Dans tous les cas, le procès devrait être révisé par la Congrégation pour la doctrine de la foi, afin de garantir les droits de l’accusé. Enfin, à l’assemblée du mercredi (la Feria IV) des membres de la Congrégation, nous avons créé une instance d’appel afin de prévoir la possibilité d’un recours. Comme tout cela dépassait en fait les compétences de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et en raison des retards qui se sont produits et qu’il fallait éviter, le pape François a procédé à de nouvelles réformes.

III. Quelques perspectives pour une réponse appropriée de l’Église

1. Que faut-il faire ? Faut-il créer une autre Église pour que les choses s’arrangent ? Eh bien, cette expérience a déjà été entreprise et a déjà échoué. Seuls l’obéissance et l’amour pour notre Seigneur Jésus Christ peuvent montrer la bonne voie. Essayons donc d’abord de comprendre à nouveau et de l’intérieur ce que le Seigneur a voulu et veut de nous.

Je voudrais tout d’abord suggérer ceci : si nous voulions vraiment résumer très brièvement le contenu de la foi tel qu’il est énoncé dans la Bible, nous pouvons dire : le Seigneur a commencé une histoire d’amour avec nous et veut y soumettre l’ensemble de la création. La contre-force contre le mal qui nous menace et qui menace le monde entier ne peut finalement consister qu’en notre entrée dans cet amour. C’est la véritable contre-force contre le mal. La puissance du mal vient de notre refus d’aimer Dieu. Est sauvé celui qui se confie à l’amour de Dieu. Le fait que nous ne soyons pas sauvés est la conséquence de notre incapacité à aimer Dieu. Apprendre à aimer Dieu est donc la voie du salut pour l’humanité.

Essayons maintenant de développer un peu plus ce contenu essentiel de la révélation de Dieu. Nous pouvons alors dire : le premier don fondamental que la foi nous offre est la certitude que Dieu existe. Un monde sans Dieu ne peut être qu’un monde sans signification. Car d’où vient donc tout ce qui est ? En tout cas, il n’a aucun but spirituel. Il est en quelque sorte simplement là et n’a alors aucun but ni aucun sens. Il n’y a donc pas de normes de bien ou de mal. Seul ce qui est plus fort que l’autre peut s’affirmer. Le pouvoir est alors le seul principe. La vérité ne compte pas, elle n’existe pas. Ce n’est que lorsque les choses ont une raison spirituelle, sont voulues et pensées – seulement s’il y a un Dieu créateur qui est bon et qui veut le bien – que la vie de l’homme peut aussi avoir un sens.

Que Dieu existe comme Créateur et comme mesure de toutes choses, c’est d’abord un besoin primordial. Mais un Dieu qui ne s’exprimerait pas du tout, qui ne se révélerait pas, resterait une présomption et ne pourrait pas déterminer la forme [Gestalt] de notre vie. Pour que Dieu soit vraiment Dieu dans cette création délibérée, nous devons nous attendre à ce qu’Il s’exprime sous une forme ou sous une autre. Il l’a fait de nombreuses manières, mais d’une manière décisive dans l’appel qui a été lancé à Abraham et qui a donné aux personnes en quête de Dieu l’orientation qui mène au-delà de toute attente : Dieu lui-même devient une créature, nous parle à nous, les hommes, en tant qu’homme.

De cette façon, la phrase «Dieu est» devient enfin une véritable bonne nouvelle, précisément parce qu’elle est plus que la connaissance, parce qu’elle crée et est l’amour. Rendre les hommes conscients de cela est la tâche première et fondamentale que le Seigneur nous a confiée.

Une société dans laquelle Dieu est absent – une société qui ne le connaît pas et le traite comme inexistant – est une société qui perd sa boussole. De nos jours, le mot-clé de la «mort de Dieu» a été inventé. Quand Dieu meurt dans une société, celle-ci devient libre, nous a-t-on assuré. En réalité, la mort de Dieu dans une société signifie aussi la fin de sa liberté, car ce qui meurt, c’est le but, qui donne une orientation. Et parce que la boussole qui nous indique la direction à suivre en nous apprenant à distinguer le bien du mal disparaît. La société occidentale est une société dans laquelle Dieu est absent de la sphère publique et n’a plus rien à dire aux hommes. C’est donc une société dans laquelle le but de l’humanité se perd de plus en plus. À certains moments, on a alors l’impression que ce qui est mauvais et qui détruit l’homme est devenu presque une évidence.

C’est le cas de la pédophilie. Il y a peu de temps, elle a été théorisée comme tout à fait légitime, mais elle s’est répandue de plus en plus. Et maintenant, nous sommes choqués de voir que des choses arrivent à nos enfants et à nos jeunes, qui menacent de les détruire. Le fait que cela puisse se propager dans l’Église et parmi les prêtres doit nous ébranler tout particulièrement.

Comment la pédophilie a-t-elle pu atteindre de telles proportions ? En fin de compte, la cause réside dans l’absence de Dieu. Nous aussi, chrétiens et prêtres, nous préférons ne pas parler de Dieu, parce que ce discours ne semble pas être pratique. Après les secousses de la deuxième guerre mondiale, nous avions encore, en Allemagne, expressément placé notre Constitution sous la responsabilité devant Dieu en tant que principe directeur. Un demi-siècle plus tard, il n’était plus possible d’inclure la responsabilité devant Dieu comme principe directeur dans la Constitution européenne. Dieu est considéré comme une affaire de parti pour un petit groupe et ne peut plus être le principe directeur pour la communauté dans son ensemble. Cette décision reflète la situation en Occident, où Dieu est devenu l’affaire privée d’une minorité.

Une première tâche qui doit découler des bouleversements moraux de notre époque est que nous recommencions nous-mêmes à vivre de Dieu et pour Lui. Nous devons surtout réapprendre à reconnaître Dieu comme le fondement de notre vie au lieu de le laisser de côté comme une notion quelque peu irréelle. Je n’oublierai jamais l’avertissement que le grand théologien Hans Urs von Balthasar m’a un jour adressée dans une de ses lettres : «Ne présupposez pas le Dieu trinitaire, Père, Fils et Saint-Esprit, mais présentez-les plutôt !» En effet, en théologie, on suppose souvent que Dieu est une évidence, mais concrètement, on ne s’occupe pas de Lui. Le thème de Dieu semble si irréel, si éloigné des choses qui nous concernent ! Et pourtant, tout change si nous ne présupposons pas Dieu, mais plutôt si nous le présentons. Sans le laisser en arrière-plan, mais en le reconnaissant comme le centre de notre pensée, de nos paroles et de nos actions.

2. Dieu s’est fait homme pour nous. L’homme en tant que créature est si cher à son cœur qu’Il s’est uni à lui et est ainsi entré de façon très pratique dans l’histoire humaine. Il parle avec nous, Il vit avec nous, Il souffre avec nous et a pris la mort sur Lui pour nous. Nous en parlons en détail dans la théologie, avec des mots et des pensées savants. Mais c’est précisément de cette façon que le danger surgit de nous rendre maîtres de la foi au lieu de nous laisser renouveler et dominer par elle.

Considérons cela par rapport à une question centrale, la célébration de la Sainte Eucharistie. Notre façon de traiter l’Eucharistie ne peut qu’éveiller des inquiétudes. Le concile Vatican II a eu le souci, à juste titre, de replacer ce sacrement de la présence du corps et du sang du Christ, de la présence de sa personne, de sa souffrance, de sa mort et de sa résurrection, au centre de la vie chrétienne et de l’existence de l’Église. En partie, cela s’est vraiment produit, et nous voulons en remercier le Seigneur de tout notre cœur.

Mais une attitude assez différente prédomine largement : ce n’est pas une nouvelle révérence pour la présence de la mort et de la résurrection du Christ qui prévaut, mais une manière de traiter avec lui qui détruit la grandeur du Mystère. La diminution de la participation à la célébration eucharistique dominicale montre à quel point nous, les chrétiens d’aujourd’hui, sommes encore peu capables d’apprécier la grandeur du don que constitue sa Présence réelle. L’Eucharistie est dévalorisée en un simple geste cérémoniel lorsqu’elle est considéré comme allant de soi et que la courtoisie exige qu’elle soit donnée à tous ceux qui y sont invités pour des célébrations familiales ou à des occasions telles que les mariages et les funérailles. La façon dont, dans certains endroits, les personnes présentes reçoivent simplement le Saint-Sacrement montre que dans la Communion, beaucoup ne voient qu’un geste cérémoniel. Ainsi, lorsque nous réfléchissons à ce qu’il faut faire, il devient clair que nous n’avons pas besoin d’une autre Église imaginée par nous. Ce qui est nécessaire, c’est en premier lieu le renouvellement de la foi dans la réalité de Jésus Christ donnée dans le Saint-Sacrement.

Au cours de conversations avec des victimes de la pédophilie, j’ai pris de plus en plus conscience de cette nécessité. Une jeune femme qui avait servi comme servante d’autel m’a dit que l’aumônier, son supérieur comme servante d’autel, introduisait toujours l’abus sexuel qu’il commettait envers elle par les mots : «Ceci est mon corps qui est donné pour toi». Il est évident que cette femme ne peut plus entendre les paroles de consécration sans ressentir en elle-même la violence de l’abus qu’elle a subi de façon terrifiante. Oui, il est urgent d’implorer le pardon du Seigneur, et surtout de l’invoquer et de lui demander de nous enseigner à nouveau à comprendre la grandeur de sa souffrance, de son sacrifice. Et nous devons tout faire pour protéger le don de la Sainte Eucharistie contre les abus.

3. Enfin, il y a le Mystère de l’Église. Inoubliable est la phrase par laquelle, il y a presque cent ans, Romano Guardini a exprimé la joyeuse espérance qui s’est alors emparée de lui et de beaucoup d’autres : «Un événement d’une conséquence incalculable a commencé ; l’Église s’éveille dans les âmes». Ce qu’il voulait dire, c’est que l’Église n’était plus seulement vécue et ressentie comme un appareil extérieur, comme une sorte d’autorité, mais elle commençait à être perçue comme présente dans les cœurs eux-mêmes – comme quelque chose qui n’était pas seulement extérieur, mais qui nous nous touche aussi de l’intérieur.

Environ un demi-siècle plus tard, lorsque j’ai reconsidéré ce processus et que j’ai regardé ce qui venait de se passer, j’ai été tenté d’inverser la phrase : «L’Église meurt dans les âmes». En effet, l’Église est aujourd’hui largement considérée comme une sorte d’appareil politique. On en parle presque exclusivement en termes de catégories politiques, et cela vaut même pour les évêques qui formulent leur conception de l’Église de demain presque exclusivement en termes politiques.

La crise provoquée par les nombreux cas d’abus commis par des prêtres nous pousse à considérer l’Église presque comme un objet d’abus, un objet que nous devons maintenant prendre en charge et redéfinir en profondeur. Mais une Église construite par nous-mêmes ne peut constituer un espoir.

Jésus lui-même a comparé l’Église à un filet de pêche dans lequel il y a des bons et des mauvais poissons sont finalement séparés par Dieu Lui-même. On trouve aussi la parabole de l’Église comme un champ de terre arable où pousse le bon grain, que Dieu lui-même a semé, mais aussi l’ivraie qu’un «ennemi» y a secrètement semée. En effet, les mauvaises herbes dans le champ de Dieu, l’Église, sont trop visibles en ce moment, et les mauvais poissons dans le filet montrent aussi leur force. Néanmoins, le champ reste le champ de Dieu, et le filet reste le filet de pêche de Dieu. À tout moment, il n’y a pas que les mauvaises herbes et les mauvais poissons, mais aussi la semence de Dieu et les bons poissons. Proclamer ces deux choses avec la même insistance n’est pas une fausse excuse, mais un service nécessaire à la Vérité.

À cet égard, il est nécessaire de se référer à un texte important de l’Apocalypse de Jean. Le diable y est identifié comme l’accusateur qui accuse nos frères devant Dieu jour et nuit (cf. Ap 12, 10). L’Apocalypse reprend donc une pensée qui est au centre du récit cadre du Livre de Job (Job 1 et 2, 10 ; 42, 7-16). On y raconte que, devant Dieu, le diable a essayé de faire passer la justice de Job pour une chose simplement extérieure. C’est précisément ce que dit l’Apocalypse : le diable veut prouver qu’il n’y a pas d’hommes justes, que toute la justice des hommes n’est manifestée qu’extérieurement. Si l’on pouvait s’en approcher, l’apparence de justice disparaîtrait rapidement.

Le récit commence par une dispute entre Dieu et le diable, au cours de laquelle Dieu avait qualifié Job d’homme vraiment juste. Il doit maintenant servir de test pour savoir qui a raison. Enlevez-lui ses biens et vous verrez qu’il ne reste rien de sa piété, affirme le diable. Dieu lui permet ce test, dont Job sort vainqueur. Maintenant, le diable continue, et il dit : «Peau pour peau ! Tout ce que l’homme possède, il l’abandonnera pour sa vie. Mais étends ta main et touche ses os et sa chair : en vérité, il te maudira en face» (Job 2, 4 f). Ainsi, Dieu accorde au diable un second tour. Il peut également toucher la peau de Job. Mais tuer lui est interdit.

Pour les chrétiens, il est clair que Job, qui est devant Dieu un exemple pour toute l’humanité, est Jésus Christ. Dans l’Apocalypse de saint Jean, le drame de l’homme nous est présenté dans toute son ampleur. Face à Dieu le Créateur, il y a le diable, qui parle en mal de toute l’humanité et de toute la création. Il dit non seulement à Dieu, mais surtout à l’humanité : Regardez ce que ce Dieu a fait. C’est supposé être une bonne création. En réalité, elle est pleine de misère et de dégoût. Le dénigrement de la création est en réalité un dénigrement de Dieu. Il veut prouver que Dieu Lui-même n’est pas bon et nous détourner de Lui.

La pertinence de ce que l’Apocalypse nous dit est ici évidente. Aujourd’hui, l’accusation contre Dieu consiste avant tout à dénigrer son Église dans son ensemble et ainsi à nous en détourner. L’idée d’une Église améliorée par nous-mêmes est en réalité une proposition du diable, avec laquelle il veut nous détourner du Dieu vivant par une logique mensongère dans le piège de laquelle nous tombons trop facilement. Non, même aujourd’hui, l’Église n’est pas seulement composée de mauvais poissons et de mauvaises herbes. L’Église de Dieu existe également aujourd’hui, et elle est l’instrument même par lequel Dieu nous sauve.

Il est très important de confronter les mensonges et les demi-vérités du diable avec toute la vérité : oui, il y a le péché dans l’Église, et il y a le mal. Mais même aujourd’hui, il y a la Sainte Église, qui est indestructible. Il y a aussi aujourd’hui de nombreuses personnes qui croient, qui souffrent et qui aiment humblement, et en qui le vrai Dieu, le Dieu d’amour, se montre à nous. Dieu a aussi aujourd’hui ses témoins (ses «martyrs») dans le monde. Il suffit d’être éveillé pour les voir et les entendre.

Le mot «martyr» est tiré du droit procédural. Dans le procès contre le diable, Jésus Christ est le premier et l’actuel témoin de Dieu, le premier «martyr», qui a été suivi depuis par d’innombrables autres. L’Église d’aujourd’hui est plus que jamais une Église de martyrs, et donc un témoignage du Dieu vivant. Si nous regardons autour de nous et si nous écoutons avec un cœur attentif, nous pouvons trouver partout aujourd’hui, surtout parmi les gens ordinaires, mais aussi dans les hauts rangs de l’Église, des témoins qui défendent Dieu par leur vie et leurs souffrances. C’est par une indolence du cœur que nous sommes conduits à ne pas vouloir les reconnaître. Une des tâches importantes et même essentielles de notre évangélisation est de créer, dans la mesure du possible, des lieux de foi et, surtout, de les trouver et de les reconnaître.

Je vis dans une maison, dans une petite communauté de personnes qui découvrent continuellement de tels témoins du Dieu vivant dans la vie quotidienne et qui me les montrent avec joie. Voir et trouver l’Église vivante est une tâche merveilleuse qui nous renforce et nous rend joyeux dans notre foi.

Au terme de mes réflexions, je voudrais remercier le pape François pour tout ce qu’il fait pour nous montrer, encore et toujours, la lumière de Dieu, qui ne s’est pas éteinte, même aujourd’hui. Merci, Saint-Père !

Benoît XVI, le 11 avril 2019

 

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