Fidélité et chapelle de campagne
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Le porte-cartes est devenu un objet quasi indispensable de notre vie quotidienne. En cause : notre fidélité, acquise à divers magasins moyennant quelque petit avantage. Un peu intéressée, mais aisée à observer dans ce cas, elle est battue en brèche dans bien d’autres domaines où l’éphémère règne en maître, voire en dictateur. Et pourtant… Aline Lizotte nous en rappelle la valeur incomparable en la rattachant à sa racine : la foi.

«Allô, allô James !
Quelles nouvelles ?
Ma jument gris’ morte aujourd’hui !
Expliquez-moi
Valet fidèle,
Comment cela s’est-il produit ?
Cela n’est rien, Madame la Marquise,
Cela n’est rien, tout va très bien1

L’homme fidèle, la femme fidèle, l’ami fidèle, l’employé fidèle, cela existe-t-il encore ? Celui qui est fidèle, n’est-ce pas ce bêta un peu naïf qui ferme les yeux parce qu’il ne veut rien savoir de ce qui est mal, de la faute de l’autre ? Car aujourd’hui, l’homme (ou la femme) averti, adulte, sceptique, veut tout savoir, être informé de tout, juger de tout, se faire sa propre idée, prendre lui-même ses décisions. Qu’importe que ses actes manquent de nuances ! Il doit être au courant ! Il doit agir ! Il doit accuser ! Il doit condamner, et souvent condamner sans faiblesse ! On ne la lui fait plus ! Il est le maître.

Mais qu’est-ce donc que cette fidélité que l’on rencontre partout ? Il y a la carte de fidélité qui vous promet une remise un peu ridicule quand votre commerçant a fini de la poinçonner ! Il y a la fidélité du commerçant qui vous gardera la dernière miche de pain ou la bonne côtelette d’agneau «rien que pour vous» ! Mais il y a de moins en moins de «banquiers» fidèles, qui fermeront les yeux, temporairement, sur votre fin de mois qui ne boucle pas ! De moins en moins de médecins qui se déplaceront et qui auront avant tout le souci de votre santé !

La fidélité devient rare, semble-t-il, même dans les couples, mariés ou non ! Quant aux employés fidèles, ce n’est même plus une qualité qui suscite la confiance, c’est plutôt le signe d’un manque d’initiative, de peur du risque, d’une déficience d’ambition. On ne demeure pas longtemps dans une entreprise, on en sort après quelques années, pour aller faire une expérience ailleurs !

La fidélité, c’est la naïveté, c’est le manque de l’esprit d’aventure !

La fidélité, en vérité

Mais d’où vient le mot de fidélité ?


Seul l’acte divin peut augmenter la foi, comme Lui seul l’a créée en nous.


Il vient du mot latin fides, la foi. Est fidèle celui qui a la foi et qui la pratique. C’est le nom que l’on donne aux chrétiens qui ont reçu la foi à leur baptême et qui, par la «pratique» permet à Dieu Lui-même d’augmenter cette foi. Les fidèles, ce sont ces chrétiens ! Pratiquer sa foi, c’est la voie du fidèle, la voie quotidienne du fidèle. Comme la foi est une vertu, elle se pratique par des actes de foi ! Mais, comme c’est une vertu «infuse», c’est-à-dire créée en nous par Dieu, la foi ne se perfectionne ni ne s’affermit par la «pratique». Seul l’acte divin peut augmenter la foi, comme Lui seul l’a créée en nous.

Et pourtant, si l’on ne la pratique pas, la foi s’étiole, elle n’est plus source de vie. On peut ne plus y avoir recours ! On peut arriver à penser que ce que l’on croyait autrefois, quand on était encore naïf, n’était qu’un conte de fées ou un mensonge clérical ! On peut tout envoyer promener, mais on ne perd pas la foi. Elle marque de son sceau indélébile celui qui l’a reçue. Dieu ne reprend jamais ce qu’Il donne !

La foi rend la volonté fidèle

Quel est l’acte par lequel on «pratique la foi» ? Ce ne sont pas les pratiques pieuses, qui ne sont cependant pas sans importance : elles entretiennent les bonnes habitudes, ce qui n’est pas si mal !

L’acte de foi, c’est de croire ! Et croire, n’est pas un acte de la volonté, c’est un acte de l’intelligence, même s’il est commandé par l’amour de charité ! Croire est un acte qui met l’intelligence dans la certitude «obscure» des actes de Dieu. Une certitude que, souvent, la science théologique n’augmente pas, que même l’oraison ou la contemplation ne nourrissent pas. Les lectures les plus élevées peuvent apporter à la foi une vision raisonnable du divin ou une joie naturelle de participation à une autre intelligence humaine provoquant une découverte qui embellit l’intellect et le perfectionne. Cette joie demeure encore humaine, même si elle nous fait un devoir de la rechercher comme une première nourriture de l’âme.

La foi, c’est bien autre chose ! C’est la certitude de la présence aimante de Dieu. Et c’est tout ! Cette présence certaine se fait souvent silence ! Elle peut même conduire la personne trop avide de sentiments en face d’une sorte de vide. Qui n’a jamais éprouvé, au sein de sa prière, se sentir comme au bord du gouffre, de l’irraisonnable, de l’impossible, du néant ? Dieu est-Il bien là ? Est-ce uniquement un mot insensé ? Et faut-il se replier sur ses bonnes habitudes pour sortir du sentiment du vide ? On s’appuiera alors sur de la paille au lieu de moudre le grain ! Seule la foi dit qu’Il EST là ! La joie de l’intime présence, de l’intime amitié viendra plus tard. Elle réchauffera le cœur fidèle.


La volonté fidèle veille sur l’intelligence anéantie, qui se bat dans l’obscurité.


La foi rend la volonté fidèle. Et la volonté fidèle lui rend le service de l’attente, de la veille. Elle lui permet de briser le découragement, de surmonter la tristesse, de vaincre l’ingratitude. La volonté fidèle se fait servante de la certitude de la foi. Elle est ce béat qui ne veut pas voir ce qui entraînerait le doute, le scepticisme, le déni, le mensonge ! Elle est cet amant naïf qui aime malgré tout ! Elle veille sur l’intelligence anéantie, qui se bat dans l’obscurité. Sans la fidélité de la servante, la foi risque de s’effondrer ! On ne perdra pas la foi ! Elle deviendra ce vieux meuble inutile que l’on peut regarder avec tendresse et qu’une vieille servante n’époussètera plus, car elle est morte !

Au-delà de la foi, il y a Dieu ! Dieu seul est fidèle. Son amour est lumière et la lumière luit dans les ténèbres, les nuits obscures de la foi !

Aline Lizotte

 


1 – Chanson de Paul Misraki, Tout va très bien, Madame la Marquise, 1935.

 

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