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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Intercommunion : Rome s’oppose aux évêques allemands

Le Chemin synodal allemand a repris, limité cependant à des réunions locales en raison de la pandémie. Mais ce n’est pas lui qui a occupé l’épiscopat allemand durant sa réunion d’automne à Fulda, du 22 au 24 septembre. L’actualité de leur agenda était œcuménique.

Espèces consacrées

Le 20 mai dernier, la Conférence épiscopale allemande (DBK) avait en effet envoyé au Vatican un texte intitulé Ensemble à la table du Seigneur. Perspectives œcuméniques dans la célébration de la Cène et de l’Eucharistie, rédigé en septembre 2019 par le Groupe d’étude œcuménique des théologiens protestants et catholiques (ÖAK1). Ce texte de 57 pages prône «l’hospitalité eucharistique réciproque» entre catholiques et protestants, sur la base d’accords œcuméniques antérieurs concernant l’Eucharistie et le ministère. Il affirme que «La participation mutuelle à la célébration de la Cène ou de l’Eucharistie est théologiquement justifiée». Peu de temps après, une première mise en garde romaine était émise, venant du cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, qui soulignait les insuffisances du document : il n’abordait ni le caractère sacrificiel de la messe, ni la question du ministre ordonné.

La réponse de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) vient de parvenir à l’épiscopat allemand. Il s’agit d’un courrier daté du 18 septembre, signé par le cardinal Luis Ladaria, préfet de la CDF, et par Mgr Giacomo Morandi, secrétaire de cette même Congrégation. Le courrier est accompagné d’une note doctrinale de quatre pages et adressé à Mgr Georg Bätzing, évêque de Limbourg sur-la-Lahn et président de la DBK, qui a participé à la rédaction du texte de l’ÖAK et avait récemment annoncé que l’hospitalité sacramentelle mutuelle serait appliquée lors de la troisième réunion œcuménique entre catholiques et protestants (Ökumenischen Kirchentag), prévue à Francfort en 2021. Le préfet de la CDF, le cardinal Luis Ladaria Ferrer, aurait écrit le 18 septembre 2020 à Mgr Bätzing, le mettant en garde contre cette proposition de «communauté de repas eucharistique» qui pourrait notamment nuire aux relations avec les Églises orthodoxes.

La CDF explique dans son refus que «Les aperçus théologiques essentiels et indispensables de la théologie eucharistique du Concile Vatican II, qui sont largement partagés avec la tradition orthodoxe, n’ont malheureusement pas été correctement reflétés dans le texte.» Elle souligne que des différences significatives dans la compréhension de l’Eucharistie et du ministère «subsistent» entre les protestants et les catholiques, des différences doctrinales «encore si importantes qu’elles excluent actuellement la participation réciproque à la Sainte Cène et à l’Eucharistie».

Les «commentaires critiques» de la CDF devraient être «pesés» dans les jours à venir. […] Nous voulons lever les blocages afin que l’Église ait une chance d’évangéliser dans le monde laïque dans lequel nous évoluons», a répondu Mgr Bätzing. Ce qui a fait réagir le cardinal Koch, qui a déclaré que les évêques allemands ne pouvaient pas continuer comme avant, après l’intervention de la CDF sur ce sujet : «Si les évêques allemands devaient donner à une lettre telle que celle de la Congrégation pour la doctrine de la foi une valeur moins élevée qu’à un document d’un groupe de travail œcuménique, alors quelque chose ne serait plus correct dans la hiérarchie des critères des évêques».

Au sein de la DBK, certains considèrent la lettre du Vatican comme une «gifle retentissante» pour les évêques allemands et leur président. Christoph Böttigheimer, professeur à l’université catholique d’Eichstätt se demande ainsi : «Le ministère ordonné est-il absolument lié à la célébration de l’Eucharistie ?» Il ajoute : «Il n’est pas possible qu’une lettre du Vatican rende inutile la prise de décision au sein des conférences épiscopales. […] La CDF n’est qu’une voix parmi tant d’autres dans le discours théologique».

Le 24 septembre, au cours de la présentation des conclusions de l’assemblée de Fulda, Mgr Bätzing informait que «au lieu de traiter du contenu de la lettre, la Conférence des évêques a accepté de confier à ses commissions pour l’œcuménisme et la foi un “examen et une appréciation des remarques du Magistère”. En outre, l’ÖAK doit lui-même préparer une réponse».

Il sera difficile de calmer les esprits surchauffés d’outre-Rhin, qui semblent de plus en plus prêts à se rallier au slogan protestant : Los von Rom ! (Loin de Rome !)

Élisabeth Voinier

Source : La Croix


1 – L’ ÖAK, groupe de travail des théologiens évangéliques et catholiques, existe depuis 1947. Il ne dépend pas de la conférence épiscopale allemande (DBK), mais il est patronné, du côté catholique, par un évêque. Depuis quelques années, il s’agit de Mgr Georg Bätzing, évêque de Limbourg et président de la DBK.

 

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