Facebook Twitter Linkedin Whatsapp

Bouton de la Rubrique Grand Angle

CDF : Samaritanus bonus, une lettre contre la culture de mort

«Reconnaître l’impossibilité de guérir ne signifie pas la fin de l’action médicale. […] Toute personne souffrant d’une maladie entrée dans sa phase terminale a le droit d’être accueillie, soignée, entourée d’affection.» L’Église s’oppose à l’acharnement thérapeutique mais réaffirme, comme «enseignement définitif», que «l’euthanasie est un crime contre la vie humaine», que «toute coopération formelle ou matérielle immédiate à un tel acte est un péché grave» et qu’aucune autorité «ne peut légitimement» l’imposer ou l’autoriser. Tel est l’essentiel du contenu de la lettre Samaritanus bonus, publiée le 22 septembre 2020, après avoir été approuvée par le pape François en juin dernier.

La publication de ce texte a été jugée nécessaire en raison de la multiplication des cas relatés dans les médias, mais également en raison de l’avancement de la législation qui, dans un nombre croissant de pays, autorise l’euthanasie et le suicide assisté pour les personnes gravement malades, pour les personnes isolées ou celles qui sont affectées de problèmes psychologiques.

Soigner, même lorsque la personne est incurable

Soins palliatifs

«Guérir si possible, toujours prendre soin», affirmait Jean-Paul II dans Centesimus annus. «L’incurable n’est jamais insoignable», déclare Samaritanus bonus. Prendre soin de la personne malade jusqu’au bout, l’accompagner en l’écoutant, lui faire sentir qu’elle est aimée et désirée, cela aide à éviter la solitude, la peur de la souffrance et de la mort, et le découragement qui en découle… Autant d’éléments qui sont aujourd’hui parmi les principales causes des demandes d’euthanasie ou de suicide assisté. Il est également souligné que «des abus sont fréquemment signalés par les médecins au sujet de personnes dont on a supprimé la vie alors qu’elles n’auraient jamais souhaité pour elles-mêmes l’application de l’euthanasie».

La lettre rappelle le sens de la douleur et de la souffrance à la lumière de l’Évangile et du sacrifice de Jésus : «la douleur n’est existentiellement supportable que là où il y a l’espérance. L’espérance que le Christ transmet aux souffrants et aux malades est celle de sa présence, de sa réelle proximité». Les soins palliatifs ne suffisent pas «si personne ne “se tient” aux côtés du malade, et ne témoigne de sa valeur unique et irremplaçable».

La valeur inviolable de la vie

«La valeur inviolable de la vie est une vérité fondamentale de la loi morale naturelle et un fondement essentiel de l’ordre juridique», affirme la lettre. «Supprimer un malade qui demande l’euthanasie ne signifie pas « reconnaître son autonomie et la valoriser », mais au contraire, cela signifie « ignorer la valeur de sa liberté, fortement conditionnée par la maladie et la douleur, et la valeur de sa vie». Ce faisant, on «décide à la place de Dieu le moment de la mort». Pour cette raison, souligne la lettre, «l’avortement, l’euthanasie et même le suicide délibéré […] corrompent la civilisation, déshonorent ceux qui s’y livrent plus encore que ceux qui les subissent et insultent gravement à l’honneur du Créateur».

Le texte cite plusieurs éléments qui limitent la possibilité de saisir la valeur de la vie. En premier, une utilisation équivoque du concept de «mort digne» par rapport à celui de «qualité de vie», dans une perspective anthropologique utilitaire. La vie n’est considérée comme «digne» qu’en présence de certaines caractéristiques psychiques ou physiques. La compassion véritable «ne consiste pas à provoquer la mort, mais à accueillir le malade, à le soutenir» en lui offrant de l’affection et des moyens pour soulager sa souffrance. Un individualisme croissant est à la racine de la «maladie la plus latente de notre temps : la solitude».

Dans un contexte de lois légalisant les pratiques euthanasiques, «des dilemmes parfois infondés» se posent «sur la moralité d’actes qui, en réalité, ne sont rien d’autre que des actes dus aux simples soins de la personne, par exemple hydrater et nourrir un malade dans un état d’inconscience sans perspective de guérison».

L’enseignement de l’Église

Alors que les protocoles médicaux de fin de vie se répandent, la CDF s’inquiète de «l’abus largement répandu d’une perspective euthanasique» sans consultation du patient ou des familles». Elle réaffirme comme «enseignement définitif» que «l’euthanasie est un crime contre la vie humaine», un acte «intrinsèquement mauvais quelles que soient l’occasion ou les circonstances». Toute coopération immédiate, formelle ou matérielle, est un grave péché contre la vie humaine qu’aucune autorité ne «peut légitimement» imposer ou autoriser. «Ceux qui adoptent des lois sur l’euthanasie et le suicide assisté se rendent donc complices de péchés graves» et sont «coupables de scandale, car ces lois contribuent à déformer la conscience, même celle des fidèles».

Apporter son aide à une personne suicidaire est «une collaboration indue à un acte illicite». L’acte d’euthanasie est inadmissible, même lorsque le désespoir ou l’angoisse peuvent diminuer ou rendre insuffisante la responsabilité personnelle des personnes qui le demandent. «Il s’agit donc toujours un choix erroné», et le personnel soignant ne peut jamais «se prêter à pratiquer l’euthanasie ni à la demande de la personne concernée, et encore moins de ses proches». Les lois qui légalisent l’euthanasie sont injustes. «Les supplications des très grands malades demandant parfois la mort ne doivent pas être comprises comme l’expression d’une vraie volonté d’euthanasie», mais comme une demande d’aide et d’affection.

Non à l’acharnement thérapeutique

«Protéger la dignité de la fin de vie signifie exclure à la fois l’anticipation de la mort, mais aussi son report par ce qu’on appelle un “acharnement thérapeutique”», rendu possible par la médecine, qui peut «retarder artificiellement la mort, sans que le patient ne reçoive un réel bénéfice dans certains cas». Dans l’imminence d’une mort inévitable, «il est légitime de prendre la décision de renoncer aux traitements qui ne feraient qu’apporter une prolongation précaire et douloureuse de la vie», mais sans interrompre le traitement normal dû à la personne malade. Renoncer à des moyens extraordinaires et disproportionnés, c’est accepter la condition humaine face à la mort. Mais dans tous les cas, nourriture et hydratation doivent être correctement assurées, car «un soin de base dû à chaque homme consiste à administrer la nourriture et les fluides nécessaires».

De même, les soins palliatifs sont «un outil précieux et indispensable» pour accompagner le patient. On constate que procéder à ces soins réduit considérablement le nombre de personnes demandant l’euthanasie. Parmi ces soins palliatifs la lettre inclut l’assistance spirituelle au patient et à ses proches.

Lors du traitement, il est essentiel que le patient ne se perçoive pas comme un fardeau, mais qu’il ressente au contraire «la proximité et la considération de ses proches». Pour cela, la famille a besoin d’aide. Il faut donc que les États «reconnaissent la fonction sociale première et fondamentale de la famille et son rôle irremplaçable, également dans ce domaine, en lui fournissant les ressources et les structures nécessaires pour la soutenir».

Soins prénataux et pédiatriques, sédation profonde, état végétatif et état de conscience minimale

Les enfants atteints de malformations ou de pathologies de tous types «sont de petits patients que la médecine d’aujourd’hui est toujours capable d’assister et d’accompagner en respectant la vie». En cas de «pathologies prénatales […] qui conduiront certainement à la mort dans un court laps de temps, et en l’absence de thérapies capables d’améliorer l’état de santé de ces enfants, il ne faut en aucun cas les abandonner en termes de soins, mais les accompagner comme tout autre patient jusqu’à ce que survienne la mort naturelle», sans suspendre la nutrition ou l’hydratation. Le «recours parfois obsessionnel au diagnostic prénatal» et «l’émergence d’une culture hostile au handicap qui conduit souvent au choix de l’avortement -qui « n’est jamais légal »» sont condamnés.

Pour soulager la douleur, la thérapie analgésique recourt à des médicaments qui peuvent provoquer une suppression de la conscience. L’Église affirme «la licéité de la sédation dans le cadre des soins qui sont offerts au patient, afin que la fin de la vie se fasse dans la plus grande paix possible et dans les meilleures conditions intérieures. Cela est également vrai dans le cas des traitements qui rapprochent le moment de la mort (sédation palliative profonde en phase terminale), toujours si possible avec le consentement éclairé du patient». Mais la sédation est inacceptable si elle est administrée pour «causer directement et intentionnellement la mort».

Il est «toujours trompeur» de penser que l’absence de conscience minimale chez des sujets qui respirent de façon autonome «soit le signe que le malade a cessé d’être une personne humaine avec toute la dignité qui lui est propre». Même dans ces états végétatifs et de conscience minimale, la personne malade «doit être reconnue dans sa valeur et assisté par des soins appropriés», l’hydratation et la nourriture.

Objection de conscience

Les lois approuvant l’euthanasie «ne créent pas d’obligations pour la conscience», mais elles entraînent «une obligation sérieuse et précise de s’y opposer par l’objection de conscience». Le médecin «n’est jamais un simple exécutant de la volonté du patient» et «conserve le droit et le devoir de se soustraire à des volontés s’opposant au bien moral tel que sa propre conscience le perçoit». Il n’existe «aucun droit de disposer arbitrairement de sa vie, de sorte qu’aucun agent de santé ne peut devenir le tuteur exécutif d’un droit inexistant».

Les médecins et tous les membres du personnel de santé doivent être formés à l’accompagnement chrétien des mourants. Pour ceux qui demandent l’euthanasie, «même lorsqu’une personne n’est pas en condition objective pour recevoir les sacrements, une proximité qui invite toujours à la conversion est nécessaire», mais «aucun geste extérieur pouvant être interprété comme une approbation de l’euthanasie, tel que rester présent au moment de sa réalisation, n’est admissible. Une telle présence ne peut être interprétée que comme une complicité».

Élisabeth Voinier

Source : Vatican News

 

>> Revenir à l’accueil