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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Rébellion d’un prêtre irlandais contre la CDF

Croix irlandaise

En 2012, l’affaire avait suscité un vif émoi en Irlande : le Père Tony Flannery, un religieux rédemptoriste irlandais de 73 ans, fondateur de l’Association des prêtres catholiques irlandais (qui représente environ 20 % des 4 000 prêtres irlandais et met en avant la «primauté de la conscience individuelle», en militant pour une refonte du ministère dans l’Église), connu pour ses positions libérales en matière de contraception, d’homosexualité, d’accès des femmes au sacerdoce et de théorie du genre, a été sanctionné par Rome. Il s’est vu interdire de poursuivre la rubrique qu’il tenait depuis 14 ans dans le magazine Réalité des Rédemptoristes. Faisant l’objet d’une enquête ouverte contre lui par la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), il a affirmé en janvier 2013 être sous la «menace d’une excommunication» de la part des autorités romaines. Il n’exerce plus de ministère depuis 2012.

Une lettre des Rédemptoristes d’Irlande demandait depuis que ce prêtre très populaire dans son pays soit réintégré dans son ministère sacerdotal. Dans une correspondance adressée à son supérieur général, le père Michael Brehl, le secrétaire de la CDF, Mgr Giancomo Morandi, écrit : «Après avoir soigneusement réfléchi à votre demande, la Congrégation a décidé que le père Flannery ne devrait pas retourner au ministère public avant d’avoir soumis une déclaration signée concernant ses positions sur l’homosexualité, les unions civiles entre personnes du même sexe et l’admission des femmes à la prêtrise».

Après avoir exposé l’enseignement de l’Église dans chacun des quatre domaines, la lettre de la CDF poursuit : «Le provincial irlandais devra demander au Père Flannery de donner son accord à la déclaration en apposant sa signature à chacun des endroits indiqués.» Ce n’est qu’après que le Père Flannery aura signé et donné son assentiment à l’enseignement qu’une «réadmission progressive» à l’exercice du ministère public sera possible par le biais d’un accord avec la Congrégation. La lettre conclut : «En outre, étant donné qu’il a déclaré à de nombreuses reprises qu’il n’est pas théologien, il devra être prié de ne pas s’exprimer publiquement sur les sujets susmentionnés qui ont causé des problèmes dans le passé».

Réagissant à la lettre de la CDF, le Père Flannery a déclaré au journal The Tablet qu’il était «assez ébahi» par son ton, «tellement évocateur du XIXe siècle». Il a souligné qu’il ne pouvait pas signer les propositions telles qu’elles étaient présentées : «Pour moi, signer un document qui, selon moi, affirme que les femmes ne peuvent jamais être ordonnées prêtres dans l’Église catholique serait un mensonge total. Je ne pourrais tout simplement pas vivre avec moi-même si je signais ce document. Il y a des évêques – les évêques allemands par exemple – dont beaucoup se sont prononcés en faveur de l’ordination des femmes. C’est une question qui reste ouverte dans l’Église aujourd’hui».

Critiquant la façon dont le CDF avait traité son cas, le Père Flannery a déclaré : «On souhaiterait qu’ils aient la décence de me traiter comme un être humain et de correspondre directement avec moi et de me donner une chance d’exposer ma situation, mais ils ne font pas ce genre de choses». Il a ajouté : «Je vois cela comme la fin du chemin pour moi et le ministère. Car dans ce qu’il reste de ma vie, il n’y a aucune possibilité d’une quelconque forme de ministère sacerdotal officiel et je dois juste vivre avec cela».

Se déclarant surpris par le ton de la réponse du CDF à un moment où le pape François appelle à une Église de miséricorde et d’ouverture, le Père Tony Flannery a déclaré : «Je pense que la grande erreur a été commise par Michael Brehl, le supérieur général des Rédemptoristes. Il aurait dû contourner le CDF. En allant vers eux avec la lettre qu’il a reçue des Rédemptoristes irlandais, il leur rendait en fait le pouvoir. D’après le peu que je sais du Vatican, la CDF est contournée partout. Mais Michael Brehl ne voulait pas faire cela, et j’étais très déçu qu’il ne le fasse pas».

«Nous avons fait tout ce qui était possible pour dialoguer avec le Père [Tony] Flannery. Ça n’a pas toujours été facile. Nous avons fait notre possible. À certains moments, nous avons dû procéder à des sanctions […]. C’est une responsabilité très désagréable de la CDF, mais c’est notre responsabilité : ce serait un manquement à notre devoir si nous ne l’exercions pas. Nous n’avons pas manqué au devoir qui nous a été confié par l’Église : celui de servir de tuteur à la foi et d’indiquer que telle ou telle chose n’est pas conforme», a déclaré le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Mgr Luis Ladaria le 22 septembre 2020. «Il ne nous revient pas de juger du Père Flannery en tant que personne, cela revient à notre Seigneur. En revanche, nous devons nous occuper de ses enseignements ou ses comportements», a-t-il ajouté précisant avoir toujours cherché à agir respectueusement pour le Père Flannery, notamment en gardant privés les échanges entre la congrégation et lui.

Élisabeth Voinier

Source : The Tablet

 

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