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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Liban : l’agonie de Beyrouth

La catastrophe qui s’est produite le 4 août dernier dans la capitale du Liban était facile à éviter : 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, déchargées d’un pétrolier russe abandonné à destination du Mozambique, avaient été mal stockées par les autorités libanaises pendant six ans. On ne sait pas encore comment il s’est enflammé, mais l’explosion fut si importante qu’elle a été enregistrée comme un tremblement de terre de magnitude 3,3 sur l’échelle de Richter et a pu être ressentie jusqu’à Chypre, à 150 miles de distance.

Explosion à Beyrouth

La tragédie n’aurait pas pu survenir à un pire moment pour le Liban, déjà confronté à des troubles civils dus à la corruption politique et au sectarisme religieux. Si l’on ajoute au mécontentement généralisé à l’égard du gouvernement la crise des réfugiés qui sévit actuellement dans la Syrie voisine (près d’un cinquième de la population libanaise est désormais constituée de réfugiés syriens), la dévaluation de la lire libanaise et les mesures de verrouillage strictes imposées pour endiguer la pandémie, on comprend que de nouvelles vagues de colère s’expriment. Les manifestations de masse ont forcé la démission du cabinet libanais, laissant le pays dans un flou politique.

Le président Michel Aoun a promis de lutter contre la corruption politique et d’enquêter pleinement sur les causes de l’explosion, mais des questions plus immédiates restent sans réponse. On ne sait pas encore quand de nouvelles élections auront lieu, ni qui sera chargé de la distribution de l’aide et de la reconstruction à Beyrouth, où beaucoup sont maintenant démunis.

Michel Aoun et les commentateurs des médias ont attribué l’explosion à la «négligence» du gouvernement. Des signes d’alerte étaient présents dès le début : les responsables portuaires libanais avaient plaidé auprès des autorités gouvernementales et des tribunaux pour que le stock de nitrate d’ammonium soit enlevé en 2016, mais rien n’a été fait. La même année, un entrepreneur militaire américain a également alerté le Département d’État américain du danger, sans résultat. Comme le dit un médecin dont la fille a été blessée dans l’explosion, «la négligence est un mot trop faible» pour décrire les actions du gouvernement.

La solidarité qui s’est exprimée dans le monde entier pour le peuple libanais ne doit pas faire oublier les leçons politiques de l’événement. Il ne devrait pas falloir qu’un accident catastrophique se produise pour alerter sur la corruption et la négligence du gouvernement. La question est maintenant de savoir ce que le peuple libanais va pouvoir encore supporter et pendant combien de temps.

Élisabeth Voinier

Photo : Freimut Bahlo / Wikimedia Commons

Source : Common Weal Magazine

 

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