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Bouton de la Rubrique Grand Angle

États-Unis : Amy Coney Barrett bientôt à la Cour suprême ?

Donald Trump a déclaré vouloir nommer une femme à la Cour suprême des États-Unis, en remplacement de la juge Ruth Bader Ginsburg, icône du féminisme et ardent défenseur de toutes les causes progressistes, décédée le 18 septembre dernier. Sa succession constitue un enjeu politique majeur pour l’élection présidentielle du 3 novembre et, au-delà, pour la démocratie américaine, car la Cour suprême joue un rôle décisif sur les questions-clés qui divisent profondément la société américaine : avortement, contraception, justice «raciale», immigration, climat, assurance médicale, contrôle des armes, etc. Le choix de ses membres, nommés à vie, a un impact considérable sur la direction politique du pays. Actuellement, avec la vacance du siège de Madame Ginsburg, la Cour comprend cinq conservateurs et trois progressistes. Mais un des juges conservateurs, le sénateur Brett Cavanaugh, nommé en octobre 2018 par D. Trump, est fragilisé par une campagne de diffamation.

Amy Coney Barrett

Madame Amy Coney Barrett, magistrat, était déjà sur la liste des favoris pour remplacer Anthony Kennedy, un des rares juges de la Cour suprême à avoir démissionné (en 2018, pour raison personnelle), et dont la position était ambivalente. Mère de famille de sept enfants (cinq biologiques et deux adoptés venant d’Haïti), elle est née et a grandi à la Nouvelle-Orléans. Elle est mariée à Jesse Barrett, un ancien procureur adjoint de l’Indiana.

Comme juriste, elle a la réputation d’être brillante. «Son conservatisme est ancré dans ses engagements méthodologiques et jurisprudentiels, et non dans un quelconque engagement envers un résultat politique particulier», a déclaré Jonathan H. Adler, professeur de droit à la Case Western Reserve University. «En tant qu’érudite et juge, elle s’est montrée très prudente et réfléchie, soucieuse d’obtenir la bonne réponse, qu’elle soit populaire ou non». Ses pairs la décrivent comme une «textualiste» : elle interprète la loi en se basant sur ses mots, par opposition à un juge dont l’interprétation cherche à accomplir l’objectif de la législature et qui se comporte de façon partisane. Ils la considèrent comme une «originaliste», c’est-à-dire un juge qui interprète la Constitution selon l’intention de ceux qui l’ont rédigée et ratifiée, et non selon les courants idéologiques qui ont cours dans la société américaine.

Catholique, Amy Coney Barrett est membre d’un mouvement chrétien appelé «People of Praise», issu du mouvement de renouveau charismatique catholique et rassemblant des catholiques et des protestants. Elle a toujours dit son opposition à la décision historique Roe vs Wade, qui a légalisé l’avortement aux États-Unis en 1973. «Elle est la combinaison parfaite d’une juriste brillante et d’une femme qui apporte à la cour des arguments potentiellement contraires à l’opinion des femmes juges en exercice», a déclaré Marjorie Dannenfelser, présidente de la Susan B. Anthony List, un groupe politique qui a pour but de soutenir les personnalités politiques pro-vie, avant tout les femmes politiques. À seulement 48 ans, elle serait la plus jeune juge du tribunal et pourrait marquer durablement de son influence la Cour suprême des États-Unis.

Auditionnée lors de sa nomination à la septième cour d’appel de Chicago en 2016, Amy Coney Barrett a été inquiétée sur sa foi catholique très affirmée. «Vous avez une longue histoire de croyance que vos croyances religieuses doivent prévaloir», lui a dit le sénateur Dianne Feinstein, démocrate de Californie. «Le dogme vit bruyamment en vous.» Cette expression, «Le dogme vit bruyamment en vous», a été depuis apposée sur des tasses et des T-shirts dans les cercles catholiques comme une marque de fierté et comme un défi à ce que beaucoup ont considéré comme du sectarisme anti-catholique. Elle est intervenue dans le cadre du Blackstone Legal Fellowship, un programme de formation d’étudiants en droit chrétiens géré par l’Alliance pour la défense de la liberté, cabinet d’avocats chrétiens qui a représenté avec succès des conservateurs religieux à la Cour suprême, notamment le boulanger du Colorado qui avait refusé de créer un gâteau de mariage pour un couple homosexuel et à qui la Haute Cour avait donné raison.

Ceux qui connaissent le juge Barrett disent que ce n’est pas une idéologue partisane, ni une personnalité intransigeante. Tous les membres de la faculté de droit de Notre-Dame où elle enseignait ont soutenu son élévation à la cour d’appel, précisant qu’ils l’ont fait en dépit de leurs différentes convictions politiques. Un de ses anciens étudiants a déclaré qu’en cours, elle ne savait pas que Mme Barrett était catholique, et qu’elle ne commençait pas les cours par une prière ou le signe de la croix comme les autres professeurs de Notre-Dame.

Madame Barrett est devenue le symbole du type d’influence culturelle que de nombreux conservateurs veulent voir dans le gouvernement américain : un leadership qui se tourne vers une puissance supérieure. «Si vous pouvez garder à l’esprit que votre but fondamental dans la vie n’est pas d’être avocat, mais de connaître, d’aimer et de servir Dieu, a-t-elle déclaré, vous serez vraiment un avocat d’un genre différent».

Deux autres femmes au profil conservateur sont dans la course : Barbara Lagoa, première femme hispano-américaine nommée à la Cour suprême de Floride, que D. trump a hissée à la onzième cour d’appel en 2019, et Allison Rushing, nommée à l’âge de 35 ans à la quatrième cour d’appel de Richmond (Virginie), en 2018.

Donald Trump a annoncé qu’il donnera le nom de son candidat samedi. Sera-t-il dans les temps pour une nomination avant l’élection ? La durée moyenne des auditions au Sénat pour les juges à la Cour suprême est presque le double de jours qui restent avant l’échéance. Mais Mitch McConnell, le chef de file des républicains au Sénat, est prêt à accélérer le processus. Celui-ci peut d’ailleurs être raccourci par le fait que les deux principales candidates sont des juges d’appel nommées par Donald Trump et qui se sont donc déjà récemment expliquées devant le Sénat.

Élisabeth

Photo : Rachel Malehorn / Wikimedia Commons

Source : New York Times

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