Conséquence du réchauffement climatique
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À la suite des incendies de cet été aux États-Unis et à quelques semaines de l’élection présidentielle américaine, l’impact du réchauffement climatique fait la une des journaux outre-Atlantique, où le débat sur ce sujet est beaucoup plus ouvert qu’en France. Si la question écologique – usage des ressources naturelles, pollution de l’air, préservation de l’environnement et de la biodiversité – fait l’objet d’un consensus, celle du réchauffement climatique et de ses conséquences est de plus en plus discutée. Quel statut donner à un discours faisant largement appel à la peur, et quels objectifs peut-il poursuivre ?

À l’instar de nombreux médias, un article paru en janvier/février 2020 dans la revue Foreign affairs pose la question du réchauffement climatique en ces termes :

«En supposant que les tendances actuelles se poursuivent, les dommages aux côtes, l’augmentation des dépenses d’électricité et la perte de productivité due aux maladies liées au climat devraient consommer environ 500 milliards de dollars par an au moment où un enfant né aujourd’hui prendra sa retraite. D’autres estimations suggèrent que l’économie américaine perdra environ 1,2 % du PIB par an pour chaque degré Celsius de réchauffement, ce qui réduira de moitié la croissance annuelle du pays.

Le changement climatique menace également d’effilocher le tissu social des États-Unis… Dans un contexte d’inégalités économiques déjà fortes, ces effets aggraveront encore les clivages politiques et régionaux des États-Unis. D’ici 2100, environ 3,4 millions de foyers dans tout le pays pourraient être régulièrement inondés…

Pourtant, une grande partie de ces futurs dommages est évitable. La meilleure approche est également la plus évidente : réduire les émissions de gaz à effet de serre pour arrêter la hausse des températures.»

Hypothèse ou réalité

Ces perspectives inquiétantes, amplement partagées dans les milieux de l’écologie politique et soutenues par le GIEC, reposent sur des hypothèses scientifiques critiquées par de très nombreux spécialistes. Contrairement à ce qui est dit en France sur le consensus scientifique, les études et les publications discutant ou interrogeant les modèles d’analyses et les conclusions du GIEC sont aujourd’hui plus nombreuses que celles qui soutiennent les modèles et les conséquences alarmistes retenus par celui-ci. Ce sont des milliers d’articles ou de publications émanant de chercheurs ou d’instituts dont la compétence scientifique ne peut être mise en doute.

Sans entrer dans un débat scientifique pour un public spécialisé, quelques points de méthode sont faciles à comprendre par tous. Par exemple, de très nombreux travaux mettent en doute la réalité de l’augmentation de la température et les modèles utilisés pour la calculer. Notamment, ils déplorent que les scénarios n’incorporent que les projections de l’activité humaine (CO2 = dioxyde de carbone, aussi appelé gaz carbonique ou anhydride carbonique, et autres gaz) et oublient les facteurs naturels (variations de l’irradiation solaire, activité des volcans, changements décennaux de la température des océans, etc.). C’est un peu comme si, pour calculer la route d’un bateau ou d’un avion, le pilote ne s’occupait pas de la vitesse du courant ou du vent. Autre exemple de biais méthodologique, la confusion entretenue dans le public entre les phénomènes qui relèvent de la météo et ceux qui relèvent du climat. Voici ce que déclarait Richard S. Lindzen, membre de l’Académie américaine des sciences, professeur en sciences de l’atmosphère au MIT, dans une conférence donnée à Paris le 19 octobre 2018 par l’association des climato-réalistes :

«Le mot “réchauffement global” renvoie au réchauffement très bénéfique de 1°C observé depuis la fin du petit âge de glace il y a 150 ans environ.

Mais les événements météorologiques extrêmes sont liés à des changements de température de l’ordre de 20°C. Ces grandes variations, caractéristiques de la météo, ont une origine complètement différente de celle du global warming. Elles sont, en termes simples, l’effet des vents qui transportent de l’air ou très froid ou très chaud depuis des zones éloignées qui sont ou très froides ou très chaudes. Ces vents sont des sortes de vagues dont la force dépend de la différence des températures entre les Tropiques et l’Arctique ; des différences plus fortes font des vents plus forts.

Les modèles qui servent aux prédictions d’un réchauffement global prédisent tous une diminution de cette différence des températures entre Tropiques et Arctique. Un accroissement des événements météorologiques à températures extrêmes serait la marque d’un refroidissement global, pas d’un réchauffement !… Ça a aussi été le cas avec le niveau des mers qui, depuis deux siècles, a crû d’environ 20 centimètres par siècle ; nous avons de toute évidence été capables de faire avec. Mais, pour promouvoir des terreurs, sont seuls invoqués ces modèles qui prédisent des croissances bien supérieures.»


Le gaz carbonique n’est pas un gaz toxique. Il ne le deviendrait que s’il atteignait des concentrations 30 fois supérieures.


Or ces modèles donnent pour cause principale de l’augmentation de CO2 l’activité humaine. Personne ne nie que trouver des sources d’énergies non carbonées et facilement renouvelables ne soit à terme un objectif raisonnable et un progrès. En revanche, la nocivité du gaz carbonique et son influence sur le climat sont largement contestés par de très nombreux chercheurs.

Le gaz carbonique n’est pas un gaz toxique. Il est en très petite quantité dans l’air. Il ne deviendrait toxique que s’il atteignait des concentrations 30 fois supérieures. Personne ne le prévoit. La combustion des ressources fossiles (charbon, pétrole, gaz de schiste) a contribué a augmenté son taux de 0,03 % à 0,04 %, soit de 3 molécules pour 10 000 molécules d’air à 4 pour 10 000 (dans 10 000 molécules d’air, il y a 7 808 molécules d’azote, 2 096 d’oxygène, 92 atomes d’argon considéré comme un gaz rare et 4 molécules de CO2, auxquels peuvent s’ajouter environ 500 molécules d’eau dans un air chaud).

Cette augmentation du CO2 pourrait même être bénéfique. À ce propos, François Gervais1, dans son dernier essai intitulé L’Urgence climatique est un leurre, cite dans la revue Nature un article intéressant sur les effets positif du CO2 pour l’humanité2. Selon lui, cette augmentation du CO2 aurait enrichi en 33 ans la planète d’un sixième continent vert de 18 millions de km2, soit 33 fois la superficie de la France métropolitaine, et compensé partiellement la déforestation. Les mesures faites par satellites corroborent ces données. Elles montrent un verdissement global de la planète de 14 %. Le bénéfice de ce fertilisant vert a aussi une action sur la production de plancton des océans et limite l’acidification des océans. En termes économiques, le bénéfice global aurait été, de 1961 à 2011, de 3 000 milliards d’euros3.


Trop souvent, «l’empreinte écologique» est confondue avec «l’empreinte carbone», deux notions totalement distinctes.


Cela ne signifie pas que, dans les grandes villes, l’air ne contienne pas de nombreux polluants, des particules, des fumées, de l’acroléine4 ou des monoxydes de carbone, des hydrocarbures aromatiques, etc. Mais il ne s’agit pas de CO2. Ne mélangeons pas tout. Trop souvent, par exemple, «l’empreinte écologique» est confondue avec «l’empreinte carbone», deux notions totalement distinctes. Ces considérations sur le gaz carbonique peuvent également être faites sur le méthane, dont l’augmentation serait en net ralentissement depuis quelques années, et dont les effets sur le climat sont, pour beaucoup de scientifiques, indiscernables de sa variation naturelle.

Parler de «consensus scientifique» dans ces conditions relève de la désinformation. La climatologie est une science jeune et balbutiante. Prévoir l’avenir du climat et la menace qu’elle ferait peser sur l’homme, affirmer que l’activité humaine, en particulier les émissions de carbone, ont une incidence sur lui sont autant de points de vue hautement hypothétiques selon les critères de la méthode scientifique expérimentale.

De «savantes» manipulations

Pour donner une idée du genre de manipulation à laquelle se livrent certains, François Gervais raconte une histoire peu banale. La voici :

Le 6 mars 1975, la revue Nature expliquait dans un article sur le changement climatique : «Après trois quarts de siècle de conditions climatiques extraordinairement douces, la terre semble se diriger vers un refroidissement. Les météorologues ne s’entendent pas sur les causes et l’étendue de ce refroidissement, ainsi que sur son impact sur la météorologie locale. Mais ils sont presque tous unanimes sur l’impact négatif qu’aura ce refroidissement mondial sur la production agricole, pour la fin du siècle.»

Peu avant, en 1971, Rasool et Schneider écrivaient dans la revue Science : «La menace climatique pourrait être aussi terrifiante que tout ce à quoi nous pourrions être confrontés. Des actions massives et mondiales doivent être envisagées pour se préserver de cette menace5». Mais la menace était… le refroidissement climatique. Évidemment, il ne s’est pas produit ! En revanche, l’auteur de ces lignes alarmantes a reçu de larges subventions pour ses recherches. Quand l’évolution de la température s’est inversée, le même rédacteur s’est mis à alerter contre le risque de réchauffement. Une révolution copernicienne qui lui a permis de recevoir des fonds encore plus abondants.

Voilà ce qu’écrit encore celui qui, après avoir soufflé le froid, a soufflé le chaud, pour devenir l’auteur principal du troisième rapport du GIEC : «Nous aimerions voir un monde meilleur, ce qui implique que nous travaillions à réduire les risques d’un changement climatique potentiellement catastrophique. Pour cela, nous avons besoin d’un support solide pour capter l’imagination du public en assurant une couverture médiatique. Nous devons lui offrir des scénarios d’épouvantes, asséner de visions dramatiques simples et minimiser les doutes6». Nous y sommes !

Des peurs très coûteuses

Dans ces conditions, Judith Curry, ancienne Présidente des Sciences de l’Atmosphère et de la Terre au Georgia Institute of Technology, paraît crédible quand elle met en garde ses pairs à l’occasion de la COP 21 : «En ce qui concerne l’évolution du climat au cours du XXIe siècle, que les modèles du climat soient corrects ou que la variabilité naturelle soit dominante, il apparaît que l’Accord de Paris sur le climat7 sera excessivement coûteux, mais n’aura finalement qu’un impact insignifiant sur le climat8


De scientifique et d’économique, la question devient ainsi politique et même idéologique, au plus mauvais sens du terme.


Le devis est en effet exorbitant. Alors que la dette mondiale atteignait fin 2019 de nouveaux records, dépassant 255 000 milliards de dollars (32 500 dollars pour chacun des 7, 7 milliards d’habitants de la terre), selon la Banque mondiale, «au cours des 15 prochaines années, l’économie mondiale nécessitera environ 89 billions de dollars d’investissements dans les infrastructures dans les villes, l’énergie et les systèmes d’utilisation des terres, et 4,1 billions de dollars d’investissements supplémentaires pour la transition à faible émission de carbone pour rester dans la limite convenue au niveau international d’une augmentation de la température de 2 degrés Celsius. En outre, les pays développés s’efforcent de respecter l’engagement pris en 2010 de mobiliser 100 milliards de dollars par an auprès de sources publiques et privées d’ici 2020 pour l’atténuation et l’adaptation au changement climatique dans les pays en développement. Montrer les voies menant à cet engagement de 100 milliards de dollars sera important pour instaurer la confiance autour des négociations de Paris sur le climat, qui devraient aboutir à un nouvel accord international plus tard cette année.»

Évidemment, cet argent prélevé par de nouvelles taxes ne sera pas perdu pour tout le monde. Des lobbys puissants ont tout intérêt à capter cette manne. De scientifique et d’économique, la question devient ainsi politique et même idéologique, au plus mauvais sens du terme.

Une idéologie millénariste

Christina Figueres, alors secrétaire exécutif de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique, affirmait ceci : «C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que nous nous fixons nous-même la tâche de changer, en un peu de temps, le modèle de développement économique qui a prédominé depuis 150 ans, depuis la révolution industrielle». Elle ajoutait : «Cela implique une gestion centralisée de la totalité du système Terre, biosphère, climat et société, et pourrait comporter la décarbonisation de l’économie globale, le renforcement des puits de carbone de la biosphère, des changements des comportements des hommes, des innovations technologiques, de nouveaux systèmes de gouvernement et une modification de toutes nos valeurs sociales9».

Une doxa reprise en boucle, y compris parfois dans l’Église catholique : «L’idéologie autour des sujets liés à l’environnement est trop liée à un capitalisme qui ne veut pas cesser de ruiner l’environnement parce qu’il ne veut pas abandonner ses profits», déclarait ainsi le cardinal Oscar Rodríguez Maradiaga au moment de la sortie de l’encyclique Laudato si’.

Un tel changement structurel nécessite en effet plus d’interventions étatiques, plus de prélèvements fiscaux, une économie beaucoup plus distributive, favorisant les grands investisseurs, et un contrôle accru des populations et des petits États. Mais ce projet planétaire ne peut se réaliser sans être porté par l’espérance millénariste en «un monde meilleur» et sortir du champ strictement scientifique.


Tous ceux qui élèvent la question du réchauffement climatique au niveau d’un dogme sont dans la foi et non plus dans la science.


La science expérimentale repose sur la capacité de douter. La foi traverse le doute sans l’exclure, mais elle est un choix qui élève l’une des alternatives en certitude. Tous ceux qui élèvent la question du réchauffement climatique au niveau d’un dogme sont dans la foi et non plus dans la science, ni même dans la politique, qui est un art extrêmement contingent. Leurs convictions relèvent d’une forme de foi temporelle, millénariste, qui bien souvent devient intolérante et diabolise ses adversaires. Ceci explique sans doute, plus encore que les intérêts économiques et politiques, l’âpreté des débats hautement passionnels sur le réchauffement climatique, alors que factuellement, nous n’en savons rien ou encore très peu.

Pour revenir à la question des prochaines élections présidentielles américaines (mais ce sera bientôt notre tour), il est facile de comprendre pourquoi, dans ces conditions, le réchauffement climatique participe de la guerre culturelle qui se livre outre-Atlantique. Il s’ajoute à d’autres sujets comme l’avortement, le contrôle des armes, les soins médicaux, les questions raciales ou encore la question du gender, des droits des femmes, du véganisme et de l’antispécisme.

Cette situation explique le clivage très important entre la gauche progressiste démocrate et les républicains conservateurs sur un sujet qui concerne le modèle de la société future et le genre de vie des citoyens. Pour 83 % des démocrates, le changement climatique est une menace majeure, alors qu’il ne l’est que pour 27 % des Républicains. Entre la personnalité de Trump et celle de Joe Biden, les Américains n’arbitreront pas seulement entre des hommes. Ils feront aussi un choix culturel pour les années qui viennent.

Thierry Boutet

 


1 – François Gervais est professeur émérite à l’université de Tours, expert reviewer du rapport AR5 du GIEC et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, dont L’urgence climatique est un leurre, paru aux éditions de l’Artilleur en octobre 2018. Voir le compte-rendu dans Conflits.

2 – François Gervais, L’urgence climatique est un leurre, L’Artilleur, 2018, p. 18.

3Ibid., p. 21.

4 – L’acroléine (ou propénal) est une substance chimique de formule brute C3H4O. Les limites d’exposition atmosphérique de l’acroléine vont de 20 ng/m312 à 0,4 µg/m313. C’est un irritant majeur présent dans la fumée de cigarette. Elle a pour origine la combustion de matières plastiques, les fruits pourrissants, la décomposition de graisses. Elle contribue au parfum des caramels préparés par chauffage en décomposition partielle du saccharose.

5 – S.I. Rasool, S.H. Schneider, «Atmospheric carbon dioxyde and aerosols : effects of large increases on global climate», Science, 9 Jul 1971, Vol. 173, Issue 3 992, pp. 138-141.

6 – Cité par François Gervais, ibid. p. 7.

7 – L’Accord de Paris est le premier accord universel sur le climat et le réchauffement climatique. Il fait suite aux négociations qui se sont tenues lors de la Conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques (COP21) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Il est entré en vigueur le 4 novembre 2016. Il s’agit d’une déclaration d’intention, sans aucune mesure coercitive. Il représente une obligation à laquelle chaque pays aura à se plier en soumettant régulièrement ses objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre (GES) à des grilles de renseignements et d’analyses partagées. Il prévoit de contenir d’ici à 2100 le réchauffement climatique «nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C». L’article 2 fait référence au désinvestissement des énergies fossiles : «Le présent Accord […] vise à renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques, […] notamment en […] rendant les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques.» L’objectif d’atteindre la neutralité carbone est affirmé à l’article 4 : «les parties cherchent à parvenir au plafonnement mondial des émissions de gaz à effet de serre dans les meilleurs délais […] et à opérer des réductions rapidement par la suite […] de façon à parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle».

8Ibid., p. 216.

9 – Cité par Richard Lindzen, physicien, membre de l’Académie américaine des sciences, dans sa conférence du 19 octobre 2018, «L’alarmisme est-il justifié au regard de la science du climat ?»

 

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