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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Le cardinal Sarah s’inquiète du difficile retour des catholiques à la messe

L'eucharistie

C’est un constat assez général : la crise sanitaire a eu un impact direct sur la présence des fidèles à la messe et sur les forces vives des paroisses. Début juillet, près de Nantes, le curé d’une paroisse rurale à la population plutôt vieillissante expliquait : «Depuis la fin du confinement, nous en avons retrouvé la moitié. Les plus âgés, qui ont goûté aux joies de la messe à la télévision, ne reviendront pas car ils ne peuvent plus se déplacer. […] D’autres sont encore confinés dans leur tête et craignent toujours le virus.» Des abandons sont également constatés parmi les bénévoles engagés dans divers services paroissiaux : «Pour eux, c’est comme si un ressort s’était détendu», commentait ce même curé. La situation n’était guère différente dans le centre-ville de Nantes, à la démographie plus dynamique : «Nous n’avons toujours pas retrouvé les assemblées d’avant la mi-mars», déplorait un aumônier d’étudiants et prêtre de paroisse. Le 15 août, Mgr Patrick Chauvet, recteur de la cathédrale N-D. de Paris, affirmait qu’un tiers des fidèles n’étaient pas retournés à l’église depuis la fin du confinement, se contentant maintenant des diffusions sur YouTube. Depuis, la crainte d’une reprise de l’épidémie, ajoutée aux nouvelles habitudes, n’a guère amélioré la situation.

La France n’est pas la seule concernée et, d’une façon générale, l’inquiétude augmente dans les diocèses. Une inquiétude partagée par les responsables de l’Église jusqu’au plus haut niveau, au point d’amener le cardinal Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, à envoyer début septembre une lettre, intitulée «Retournons avec joie à l’Eucharistie», à tous les présidents des conférences épiscopales. Dans ce texte, il affirme la nécessité de revenir à la normalité de la vie chrétienne, avec la présence physique des fidèles à la messe.

«La pandémie due au nouveau coronavirus, écrit le cardinal Sarah, a provoqué des bouleversements non seulement dans les dynamiques sociales, familiales […], mais aussi dans la vie de la communauté chrétienne, y compris dans la dimension liturgique». Il rappelle que «la dimension communautaire a une signification théologique : Dieu «se met en relation avec l’homme et la femme et les appelle à son tour à une relation avec Lui», et «la maison du Seigneur suppose la présence de la famille des enfants de Dieu».

«La communauté chrétienne n’a jamais recherché l’isolement et n’a jamais fait de l’église une ville à huis clos. Formés dans la valeur de la vie communautaire et dans la recherche du bien commun, les chrétiens ont toujours cherché l’insertion dans la société». «Et même dans l’urgence pandémique, un grand sens des responsabilités a émergé : à l’écoute et en collaboration avec les autorités civiles et avec les experts, les évêques et leurs conférences territoriales ont été prompts à prendre des décisions difficiles et douloureuses, jusqu’à la suspension prolongée de la participation des fidèles à la célébration de l’Eucharistie», rappelle-t-il.

«Cependant, dès que les circonstances le permettent, il est nécessaire et urgent de revenir à la normalité de la vie chrétienne, qui a le bâtiment de l’église pour foyer et la célébration de la liturgie, en particulier l’Eucharistie, comme “le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et en même temps la source d’où émane toute sa force” (Sacrosanctum Concilium, 10). Conscients du fait que Dieu n’abandonne jamais l’humanité qu’il a créée, et que même les épreuves les plus dures peuvent porter des fruits de grâce, nous avons accepté l’éloignement de l’autel du Seigneur comme un temps de jeûne eucharistique, utile pour nous en faire redécouvrir l’importance vitale, la beauté et la préciosité incommensurable.

Il l’explique ensuite que «bien que les médias rendent un service apprécié aux malades et à ceux qui ne peuvent pas aller à l’église, et ont fourni un grand service dans la transmission de la Sainte Messe au moment où il n’y avait aucune possibilité de célébrer d’une manière communautaire, aucune transmission n’équivaut à une participation personnelle ou peut la remplacer. En effet, ces transmissions, à elles seules, risquent de nous éloigner d’une rencontre personnelle et intime avec le Dieu incarné qui s’est donné à nous non pas de manière virtuelle, mais réellement, en disant : “Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui” (Jn 6, 56). Ce contact physique avec le Seigneur est vital, indispensable, irremplaçable. Une fois que les mesures concrètement réalisables ont été identifiées et adoptées pour minimiser la contagion du virus, il faut que tous reprennent leur place dans l’assemblée des frères», en encourageant ceux qui sont «découragés, effrayés, et depuis trop longtemps absents ou distraits».

La lettre suggère également «quelques lignes d’action pour promouvoir un retour rapide et sûr à la célébration de l’Eucharistie. Une attention particulière aux normes d’hygiène et de sécurité ne peut pas conduire à la stérilisation des gestes et des rites», met-il en garde. Il compte sur «l’action prudente mais ferme des évêques pour que la participation des fidèles à la célébration de l’Eucharistie ne soit pas déclassifiée par les autorités civiles comme un “rassemblement”, et ne soit pas considérée comme comparable ou même subordonnée à formes d’agrégation récréative. Les normes liturgiques ne sont pas une matière sur laquelle les autorités civiles peuvent légiférer, seules peuvent le faire les autorités ecclésiastiques compétentes (cf. Sacrosanctum Concilium, 22)».

Le cardinal Sarah exhorte à «faciliter la participation des fidèles aux célébrations», «mais sans expériences rituelles improvisées et dans le plein respect des normes contenues dans les livres liturgiques qui régissent leur déroulement», et en reconnaissant «aux fidèles le droit de recevoir le Corps du Christ et d’adorer le Seigneur présent dans l’Eucharistie de la manière prévue, sans limitations allant même au-delà de ce qui est prévu par les règles d’hygiène édictées par les autorités publiques ou par les évêques».

Sur ce point, il donne une indication précise : «L’obéissance est un principe sûr pour ne pas commettre d’erreur. Obéissance aux normes de l’Église, obéissance aux évêques. En période de difficulté (par exemple on pense aux guerres, aux pandémies), les évêques et les conférences épiscopales peuvent donner des règlements provisoires auxquels il faut se conformer. L’obéissance sauvegarde le trésor confié à l’Église. Ces mesures dictées par les évêques et les conférences épiscopales expirent lorsque la situation revient à la normalité».

Il termine en disant que l’Église protège la personne humaine «dans sa totalité», et qu’«à la préoccupation nécessaire pour la santé publique », elle «unit l’annonce et l’accompagnement des âmes vers leur salut éternel».

Rédaction SRP

Source : Catholic Herald

 

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