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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Accord secret Vatican-Chine : une reconduction problématique

Monseigneur Pietro Parolin

Mgr Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican, déclarait le 14 septembre que le Vatican prévoyait de renouveler son accord intérimaire avec la Chine sur la nomination des évêques1, dans le cadre des efforts visant à «normaliser» la vie de l’Église catholique en Chine : «Avec la Chine, notre intérêt actuel est de normaliser la vie de l’Église autant que possible, afin que l’Église puisse vivre une vie normale, ce qui pour l’Église catholique est aussi d’avoir des relations avec le Saint-Siège et avec le Pape», ajoutant que cet objectif devrait également se dérouler «dans un contexte de coexistence pacifique, de recherche de la paix et de dépassement des tensions». En réponse à des questions de journalistes, il a également déclaré que l’intention du Vatican «est que [l’accord] soit prolongé, que nous continuions à l’adopter ad experimentum». Qualifiant les résultats de l’accord provisoire depuis deux ans de «pas particulièrement excitants», il s’est vu demander si «il y a la même intention de leur part aussi», et il a répondu : «Je pense et j’espère que oui».

Au nombre des résultats qualifiés de «peu excitants», on peut citer plusieurs faits. Suite à l’accord Vatican-Chine de 2018, les fonctionnaires de l’État dans différentes régions de Chine ont continué à enlever des croix et à démolir des bâtiments d’église, et les catholiques et le clergé clandestins continuent de signaler des cas de harcèlement et de détention. Pendant la pandémie de coronavirus, l’Association patriotique catholique chinoise affiliée à l’État et le Comité d’administration de l’éducation catholique chinoise de la province du Zhejiang ont publié de nouveaux règlements sur la réouverture des églises, exigeant que le «patriotisme» chinois soit ajouté à la célébration de la liturgie. Dans certains diocèses, les prêtres et les évêques doivent s’engager à ne pas évangéliser en dehors de leur territoire paroissial, et ils sont contraints de s’inscrire à l’association patriotique des catholiques chinois. Le Père Bernardo Cervellera, responsable à Rome du portail d’informations Asia News, a déclaré à ce sujet : «Le fait que cet accord reste secret est un réel problème, car les autorités chinoises peuvent se prévaloir d’une caution du Vatican pour mener ces actions.

Côté chinois, le bilan est jugé plutôt positif : un porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois a déclaré le 10 septembre que l’accord intérimaire de la Chine avec le Vatican a été «mis en œuvre avec succès». Il a ajouté que le Vatican et la Chine avaient «accumulé plus de confiance mutuelle et de consensus grâce à une série d’interactions positives» depuis le début de 2020, citant le soutien mutuel lors de la pandémie de COVID-19.

L’accord a été très critiqué depuis sa signature. Si ses partisans affirment qu’il s’agissait d’un «pari compréhensible» et que le Vatican «n’avait pas le choix» pour assurer la survie de l’Église en Chine face à la diminution du nombre de prêtres et d’évêques, des opposants tels que le cardinal Joseph Zen Ze-kiun, évêque émérite de Hong Kong depuis 2009, l’ont qualifié non seulement de «trahison» de l’Église clandestine, mais aussi d’inopportun à un moment où Pékin mène une politique de répression violente contre la liberté religieuse et accélère son processus de sinisation. Le gouvernement chinois est en effet en train de mettre en œuvre un «plan de sinisation» (consistant à faire passer les religions non chinoises sous l’influence de la culture chinoise) de cinq ans pour les religions du pays. L’Islam est confronté à une persécution accrue, avec au moins 900 000 musulmans ouïghours détenus dans des camps d’internement. Les survivants de ces camps ont déclaré avoir subi des tortures, de l’endoctrinement, des stérilisations et des travaux forcés, ainsi que d’autres abus. Un certain nombre de publications ont critiqué le silence du pape et du Vatican face à cette répression, l’interprétant comme la volonté de préserver les relations diplomatiques pour préserver l’accord.

Le 15 septembre, le journal La Croix annonçait que, selon une source proche des négociateurs, l’accord était reconduit : «L’accord sino-vatican sera prorogé de deux ans, et conservera exactement les mêmes termes que celui signé en 2018 entre Rome et Pékin», écrit le journal.

Élisabeth Voinier

Photo : Government of Spain / Wikimedia Commons

Source : CNA


1 – Il y a actuellement plus de 50 diocèses sans évêques sur le continent chinois.

 

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