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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Georges Soros et la «société ouverte»

Évoquer George Soros, c’est évoquer un activiste dont la puissance financière privée lui donne une capacité d’influence au niveau supra-étatique. Pour 2020, le budget de son Open Society Foundations, qui a de multiples ramifications, s’élève à 1,2 milliard de dollars. Son principal outil de lobbying, l’Open Society Policy Center, était en 2019 la deuxième source de lobbying fédéral en Amérique, plus importante que celle des groupes de lobbying des industries pharmaceutiques ou manufacturières. Le groupe de Soros a ainsi multiplié par trois la pression exercée par des lobbyistes du calibre d’Amazon, de Boeing et de Lockheed. Une pression mise au service de causes très orientées, unifiées sous le concept de «société ouverte». Au total, entre 2000 et 2018, les fondations Soros ont dépensé près de 8,9 milliards de dollars. Cette année, elles ont prévu de consacrer 220 millions de dollars à la «justice raciale» aux États-Unis. Dans le cadre des concours pour l’élection des procureurs locaux de 2015 à 2019, Soros a dépensé au moins 17 millions de dollars pour soutenir ses candidats préférés dans des États comme la Pennsylvanie, la Virginie et l’Arizona, des champs de bataille clés pour les sièges, les votes et les gouverneurs démocrates.

George Soros

Plusieurs lignes de force se dégagent de cette interview de Georges Soros. La première est son engagement obstiné pour éliminer Donald Trump, qu’il qualifie de «charlatan» minant la démocratie de l’intérieur, et dont il s’est ingénié à saper la présidence par toutes sortes d’actions, subventionnant généreusement de nombreux mouvements, tels Planned Parenthood (qui promeut la libéralisation totale de l’avortement), l’Aclu (American Civil Liberties Union, l’Union américaine pour les libertés civiles, qui se propose de «défendre et préserver les droits et libertés individuelles garanties à chaque personne par la Constitution et les lois des États-Unis» en ayant recours aux poursuites judiciaires, au lobbying législatif et à l’éducation civile communautaire), les défenseurs des droits LGBTQ+, etc.

Trump n’est pas son seul ennemi. Soros mène un combat acharné contre des hommes politiques qui, selon lui, mettent en péril la démocratie et la société libérale en Europe : jusqu’à présent, il s’agissait principalement de Viktor Orbán en Hongrie et de Jaroslaw Kaczynski en Pologne, deux chefs d’État qui encouragent la vie humaine, la croissance démographique et des mesures concrètes en faveur des familles naturelles, tout en défendant la culture chrétienne, nationale et européenne. Sa «plus grande préoccupation», c’est maintenant l’Italie, où le leader anti-européen Matteo Salvini a été remplacé par Giorgia Meloni, des Fratelli d’Italia, promoteur de la vie et de la famille, qui défend les racines chrétiennes de son pays. Inquiet des sondages d’opinion montrant que le nombre de partisans de l’Europe et le souhait de rester dans la zone euro diminuent en Italie, Soros ne peut «pas imaginer une Union européenne sans l’Italie. La grande question est de savoir si l’UE sera en mesure (de lui) apporter un soutien suffisant».

Le concept de «société ouverte» apparaît comme le leitmotiv des analyses de Soros et la clef de voûte de son action militante. Sa réponse à la question : «Qui sont les ennemis de l’Europe à l’extérieur de l’Union ?» en est l’illustration : «Ils sont nombreux, mais ils ont tous un point commun : ils sont opposés à l’idée d’une société ouverte. Je suis devenu un fervent partisan de l’UE que je considère comme l’incarnation de la société ouverte à l’échelle européenne. La Russie était autrefois le plus grand ennemi, mais récemment la Chine l’a dépassée. La Russie dominait la Chine jusqu’à ce que le président Nixon comprenne que l’ouverture et le développement de la Chine affaibliraient le communisme, y compris en Union soviétique. Oui, il a été destitué, mais Kissinger et lui étaient de grands penseurs stratégiques. Leurs décisions ont conduit aux grandes réformes de Deng Xiaoping. Aujourd’hui, les choses sont bien différentes. La Chine est un leader dans le domaine de l’intelligence artificielle. L’intelligence artificielle produit des instruments de contrôle qui sont utiles à une société fermée et représentent un danger mortel pour une société ouverte. Cela fait pencher la balance en faveur des sociétés fermées. La Chine d’aujourd’hui représente une menace bien plus grande pour les sociétés ouvertes que la Russie. Et aux États-Unis, il existe un consensus bipartite pour déclarer la Chine comme un rival stratégique.»

Mais en quoi consiste cette «société ouverte» que George Soros appelle de ses vœux et pour laquelle il ne ménage pas ses efforts ? Voici la description qu’il en fait : «Toutes les relations sont contractuelles… Aucun des liens existants n’est définitif, les rapports entre l’individu et la nation, la famille et ses proches dépendent entièrement de sa propre décision… La structure organique de la société a été désintégrée au point où ses atomes, les individus, flottent sans entraves1». Cette «société ouverte» n’est-elle pas en réalité le contraire d’une société, où tous les obstacles à la domination du monde par le marché ont été détruits, où l’homme, pour le plus grand profit des firmes mondialisées et de la super-classe mondiale, est réduit à l’état d’individu-atome et devient lui-même une marchandise ? Ce concept permet à ses propagateurs de s’attaquer à tout ordre social, en propageant partout le chaos : c’est en son nom que l’on préconise la dépénalisation de l’usage des drogues, le laxisme pénal et éducatif, l’avortement et l’euthanasie pour tous, le droit des immigrants à s’installer où ils veulent, la légalisation de toutes les pratiques sexuelles, etc. Et l’on ne se borne pas à le préconiser, mais on le favorise à grand coup de subventions.

Photo : Niccolò Caranti / Wikimedia Commons

Source : La Nuova Bussola Quotidiana


1 – Voir le site de Pierre-Antoine Plaquevent .

 

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