Civilisation de la passion
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Dans ce deuxième article sur la pédophilie, Aline Lizotte essaye de comprendre le contexte social de l’après-guerre, surtout la période de 1960 jusqu’au XXIe siècle, qui marque si profondément notre vécu actuel : pourquoi l’attentat dit «pédophile» est-il devenu un fait social si obsédant à l’heure actuelle, alors qu’au XIXe siècle, il était considéré comme le fait d’hommes tarés que l’on envoyait aux travaux forcés pour s’en débarrasser ? Sans prétendre à une étude exhaustive, qui dépasserait de loin le cadre de cet article, elle analyse quatre courants : l’effondrement du puritanisme américain en matière de comportement moral, le libéralisme sexuel, la montée du féminisme, la pénétration des spiritualités orientales et des nouvelles psychotechniques.

Dans l’article de la semaine dernière, nous avons vu l’évolution du Droit pénal concernant les délits et les crimes sexuels sur mineurs. Avant 1830, deux chefs d’accusation étaient retenus : le viol et l’attentat à la pudeur. La réforme du Code de Droit pénal concernant ces matières amena des changements importants. Pouvait être reconnue comme «viol» non pas uniquement la pénétration d’un pénis dans un vagin, mais la violence qui devait l’accompagner. Reconnaître cette violence ne tenait plus uniquement au traumatisme corporel objectivement constaté, mais à l’âge de la «victime».

On en vint à fixer comme critère une «majorité sexuelle» indiquant qu’en deçà de cet âge légalement déterminé, l’enfant ne pouvait pas consentir. Au-delà, on constatait un attentat sans violence. On passait ainsi de l’objectif au subjectif et, en même temps, d’un nombre restreint de cas à une explosion de cas en l’espace d’une dizaine d’années : de 140 cas annuels à plus de 700. Nous savons aussi que, dans la période de l’après-guerre, de 1950 à 1990, il y eut une évolution considérable des plaintes concernant l’agression sexuelle sur mineurs. Il semble que les cas déclinent après 1990, c’est-à-dire à l’orée du XXIe siècle.

Mais pourquoi ce soudain déploiement d’agressions sexuelles sur mineurs ? Est-ce une question de statistiques ? D’informations médiatiques ? Un véritable changement de mœurs ? Y a-t-il plus de pédophiles qu’avant ou sont-ils mieux connus ? Qu’appelle-t-on «comportement pédophile» : des comportements autrefois classés comme attentats à la pudeur ? Des viols d’enfants ? À vrai dire, nous ne le savons pas trop.

Le but de cet article est d’essayer de comprendre le contexte social de l’après-guerre, surtout la période de 1960 jusqu’au XXIe siècle, qui marque si profondément notre vécu aujourd’hui. Pourquoi l’attentat dit «pédophile» est-il devenu le fait social si obsédant à l’heure actuelle, alors qu’au XIXe siècle, il était demeuré dans l’ombre des délits d’hommes tarés que l’on s’efforçait d’envoyer aux travaux forcés pour s’en débarrasser ?

J’essayerai d’analyser quatre courants, sans pour autant prétendre à une étude exhaustive, qui dépasserait de loin le cadre de cet article :

  • l’effondrement du puritanisme américain en matière de comportement moral ;
  • le libéralisme sexuel ;
  • la montée du féminisme ;
  • la pénétration des spiritualités orientales et l’introduction des nouvelles psychotechniques.

L’effondrement du puritanisme américain

Le puritanisme n’est pas un courant né aux États-Unis. Il apparaît en Angleterre, sous Jacques Ier, d’abord nommé Jacques VI d’Écosse, après que sa mère Marie Stuart fut contrainte d’abdiquer, alors qu’il n’avait qu’un an. En 1603, il succède à Elisabeth Ière, dernière représentante de la Maison des Tudor sur le trône des royaumes d’Angleterre et d’Irlande, contribuant ainsi à l’union de l’Écosse, et donc à l’union des couronnes. Désormais, le souverain est roi de la Grande-Bretagne.


Les protestants de retour d’exil veulent une Église purifiée, exempte de toute corruption. On les nomme les «Purs» ; ils devinrent les «Puritains».


Après les persécutions sanglantes que Marie Tudor fit subir aux protestants, Elisabeth, deuxième fille d’Henri VII, tente de rétablir une synthèse. Mais beaucoup de protestants ont quitté leur île pour trouver refuge dans les villes d’Europe, notamment à Genève, où ils peuvent vivre et pratiquer leur foi. Après la mort de Marie Tudor en 1558, ces exilés retournent dans leur patrie, avec un «nouveau projet1» : poursuivre la Réforme anglaise selon les visions et les instructions de Jean Calvin et épurer l’anglicanisme de toute référence à la foi catholique. Il n’est plus question d’observer les cérémonies liturgiques des catholiques, de prolonger la gouvernance de l’Église en gardant une hiérarchie, de s’en tenir au Livre de Prière, fondement de la pratique anglicane. Ils veulent une Église purifiée, exempte de toute corruption. On les nomme les «Purs» ; ils devinrent les «Puritains».

Jacques VI d’Écosse, sacré le 25 juillet 1603 par l’archevêque de Cantorbéry, John Whitgift, tenta de rétablir l’anglicanisme comme seule Église, dont il se proclama le chef absolu en tant que monarque de droit divin. Il prit alors le nom de Jacques Ier roi de Grande-Bretagne. Mais son absolutisme, qu’il transmit à son fils Charles Ier, conduisit à la première révolution anglaise opposant le Parlement et la monarchie2. Peu à peu se forma une opposition au gouvernement royal sous la conduite de bourgeois régulièrement élus au Parlement, John Eliot (1592-1612), John Pym (1584-1643) et John Hampden (1595-1643).

La crise se durcit en débat politique autour de la religion. On rejetait l’autorité de l’Église anglicane au même titre que l’on rejetait l’absolutisme royal de Jacques, comme celui de Charles. Les Presbytériens d’Écosse et les Puritains d’Angleterre s’agitaient. Le roi tenta de contrôler les rébellions en Écosse, mais le Parlement lui refusa les crédits. Les turbulences augmentèrent à Londres et, finalement, ce fut la guerre civile. Apparut alors un obscur député, Oliver Cromwell, sortant de l’anonymat et imposant en 1645 une grande réforme militaire. Il rejetait autant la dictature royale que l’absolutisme puritain.

Cromwell tenta de négocier avec Charles Ier, qui finassait. Celui qu’on nommera le «Lord Protector» décida d’en finir. Le roi fut jugé pour trahison et, le 13 janvier 1649, il fut décapité sur un échafaud monté devant le palais londonien de Whitehall. La monarchie fut abolie, la République fut proclamée. Elle ne durera pas longtemps. Cromwell la gouverna jusqu’à sa mort le 10 décembre 1658. Son fils Richard lui succéda, mais le 25 mai 1659, il démissionna. Le Parlement appela Charles II, le fils aîné de Charles Ier, et la monarchie fut rétablie. Elle vit encore.

L’odyssée puritaine en Amérique

Les événements politiques en Grande-Bretagne firent comprendre aux Puritains qu’ils n’y avaient pas d’avenir. C’est alors qu’ils décidèrent d’émigrer vers les nouvelles colonies commerciales d’outre-Atlantique, qui s’ouvraient à eux comme une nouvelle Jérusalem. L’Angleterre avait déjà installé des comptoirs commerciaux sur les rives du nouveau continent3. Dès 1589, Richard Hakluyt plaida pour ouvrir des comptoirs américains, pour développer la marine, combattre le paupérisme et importer en Angleterre des matières premières variées. «De surcroît, les indigènes bénéficieront enfin des lumières de l’Évangile et ne seront plus exposés aux sollicitations perfides des missionnaires catholiques4». Plymouth fut fondée en 1620, Massachusetts Bay en 1630, Rhode Island (Providence) en 1636, New-Haven en 1638, New Hampshire & Maine à partir de 1623.


Les événements politiques en Grande-Bretagne firent comprendre aux Puritains qu’ils n’y avaient pas d’avenir. C’est alors qu’ils décidèrent d’émigrer vers les nouvelles colonies commerciales d’outre-Atlantique.


Mais l’Angleterre était déjà présente en Virginie dès 1584. Elle envoya une deuxième expédition dans la baie de Chesapeake en 1586. Une première colonie dite «Jamestown» se fonda en 1607. Et déjà des «contrats» étaient signés avec les Indiens pour l’exportation des marchandises. C’est en 1620 qu’un groupe de Puritains demanda une concession foncière au gouvernement royal, la Plymouth Company, et affréta un navire, le Mayflower, qui transporta 102 passagers, dont 37 étaient des «dissidents», des Puritains qui quittaient la Patrie pour fonder une nouvelle Cité de Dieu. Ce furent les «Pères fondateurs».

Le bateau jeta l’ancre dans la baie en vue du Cap Cod, à l’embouchure de l’Hudson et, avant de quitter le navire, 41 hommes signèrent la Déclaration du Mayflower, par laquelle ils s’engageaient à respecter les «lois justes et égales pour tous» qu’adopteraient leurs dirigeants pour un gouvernement provisoire (Civil Body Politic) de la Colonie de Plymouth, appelé «Colonie de la Grande Baie». Le puritanisme avait pris racine en cette partie du monde qu’était la Nouvelle Angleterre.

Les principes du puritanisme

Ils sont au nombre de cinq, et ils forment une alliance (convent) entre l’homme et Dieu, dans laquelle on retrouve l’influence de Luther, de Martin Bucer, d’Ulrich Zwingli, de Jean Calvin. C’est surtout ce dernier qui influença le puritanisme américain.

Voici ces cinq principes :

  • L’homme hérite du péché originel d’Adam non seulement le châtiment, mais pareillement la corruption, qui est cause du châtiment. Ainsi donc, la volonté de l’homme, essentiellement pervertie, ne saurait tendre au bien et coopérer à son propre salut. Les bonnes œuvres n’appartiennent pas au sujet, qui en est le réceptacle et non l’initiateur.
  • Les élus sont sélectionnés par Dieu seul, puisque l’homme en son état présent est privé de libre arbitre et réduit à un esclavage misérable.
  • Le Seigneur commence et achève en nous ses bonnes œuvres ; le mérite ne saurait donc en être imputé au chrétien, fût-il élu, ni contribuer à son élection. Le Christ n’est mort que pour les élus.
  • La grâce est irrésistible parce qu’elle est la substance même émanée de Dieu et à ce titre inaltérable. De même qu’il est impossible à un non-élu d’accéder au salut éternel, l’élu ne peut se dérober à son salut éternel.
  • Nous devons cependant nous croire élus, et la conversion est cette certitude qui nous est donnée gratuitement par Dieu. Douter de son salut est une tentation du diable, affirme Calvin.

Un point d’achoppement théologique demeure : quelle est la certitude de l’élection divine ? Comnt pouvons-nous savoir si nous sommes sauvés ou damnés ? La conversion en est la certitude intérieure, mais elle se prépare. L’âme peu à peu se sent privilégiée par Dieu, et en elle apparaît un désir irrésistible de Dieu, qui se découvre ainsi à ceux qui Lui appartiennent. L’âme se propose ainsi à Dieu et présume de sa miséricorde. Alors Dieu, quand cela est de son intention, découvre par l’intermédiaire de son Esprit qu’Il est nôtre. Il s’ensuit que nous nous reposons en Lui5.

Les Pères fondateurs ont fondé un peuple d’élus, dont les signes sont la prospérité, le travail et l’égalité.

Les valeurs américaines et le signe des certitudes

In God we Trust. Dieu fait tout ! Et l’homme sait ce que Dieu fait et veut en lisant la Bible, car la Bible doit non seulement fonder la doctrine, mais dire ce que l’homme doit faire. Aucune autre autorité ne doit s’interposer entre la conscience et l’Écriture. Cette liberté de conscience, et donc d’interprétation, est l’origine de la séparation puritaine d’avec l’autorité royale. Le pays américain, même encore aujourd’hui, est un grand diffuseur de la Bible, que l’on trouve partout, même dans chaque chambre de l’hôtel ou du motel où l’on s’arrête pour la nuit. Mais des contrastes existent aussi. L’Amérique est le peuple diffuseur de la Bible, mais c’est aussi en Amérique que les lois les plus contraires à la vie humaine ont été votées et promulguées, se répandant partout dans le monde : contraception, avortement, libéralisme sexuel. Dieu parle à toute conscience, mais il semble qu’Il parle de façon différente à chacun. C’est au nom de la liberté privée de la personne que l’interdiction de l’avortement dans l’État de New-York, dans la célèbre affaire Roe vs Wade, fut déclarée illégale !


Le pays américain, même encore aujourd’hui, est un grand diffuseur de la Bible, que l’on trouve partout, même dans chaque chambre du motel où l’on s’arrête pour la nuit.


Ce Dieu qui fait tout et qui conduit tout est le Dieu de l’alliance. Dieu fait alliance avec l’homme par la création, qu’Il introduit dans son commerce avec les hommes. Les Pères fondateurs ont partout créé des alliances (convents), et c’est à cette assemblée que tous obéissent. Par le fait même, ils rejettent le pouvoir d’une autorité personnelle. Autant dans l’Ancien Régime la personne du roi était sacrée, autant dans les villes fondées en Nouvelle-Angleterre l’assemblée fondatrice gouverne, et sa force vient de l’alliance créée par les volontés humaines, signe de la volonté divine. C’est pourquoi partout le système de gouvernance à l’américaine est assis sur le pouvoir et le contre-pouvoir : Sénat et Assemblée des Représentants, ayant des pouvoirs de délibérer et surtout de refuser les propositions de l’exécutif ; pouvoir de la Maison Blanche sur l’Assemblée et le Sénat. Chaque citoyen est égal à l’autre, et aucun ne peut dire qu’il jouit d’un privilège d’être plus élu qu’il ne l’est lui-même.

L’ordre de la Cité est assuré par le travail. Le travail n’est pas seulement l’occupation qui permet de gagner sa vie. C’est l’ascèse propre à l’homme pécheur devant Dieu. Le profit (du travail) est le signe moral qui manifeste l’élection divine. Enfin, disons que l’égalité devant la loi est absolue. Tout homme, qu’il soit président du pays ou simple travailleur, peut être cité en justice et, s’il est trouvé coupable, ou bien il négocie sa peine par une entente monétaire ou bien il l’expie en prison.

Ce moralisme calviniste s’est trouvé profondément mis en cause après la dernière guerre. Il ne reposait pas uniquement sur les relations du travail et sur les institutions politiques, il gouvernait la vie entière. Il fallait vivre avec sobriété, ne pas être porteur de signes ostentatoires de richesse, avoir une vie sexuelle bien réglée, ne pas porter de perruque. Les femmes devaient voir dans leur père ou leur mari un protecteur. Tel était le signe de l’élection divine. Autrement dit, le péché public devenait le signe de la non élection divine !

C’est ce moralisme protecteur de certitudes qui s’est effondré après la Deuxième Guerre mondiale.

La perte des certitudes

Un soir d’hiver de l’an 1950, Margaret Sanger arrive à New York. Elle a rendez-vous avec Gregory Pincus, un génie scientifique de douteuse réputation. Avec son associé Chang, un jeune Chinois, il travaille sur les questions biologiques de la reproduction. Les deux hommes tentent de comprendre les mécanismes de la progestérone, de l’extraire, afin de pouvoir l’inoculer pour guérir les problèmes de fertilité. Pincus s’est résolu à créer cette fondation car, bien qu’il fût professeur à Harvard, l’université ne voulait rien entendre de ses recherches, les trouvant trop dangereuses biologiquement, politiquement et religieusement.

De son côté, Margaret Sanger, fondatrice de Planned Parenthood devenue un institution internationale, cherche un contraceptif «que les femmes pouvaient prendre comme du chocolat, avaler le matin avec un jus d’orange, un contraceptif qui leur permettrait des relations sexuelles spontanées, de connaître l’amour». Bref, une drogue qui rendrait la femme maîtresse de son propre corps. Margaret Sanger est une femme de lutte. En 1914, elle édita sa première revue, The women rebel, et ouvrit sa première clinique de Birth Control à Brooklyn, N.Y. On était encore au temps où l’Amérique toute entière repoussait toute forme de contrôle des naissances. La seule pensée de cette «obscénité» soulevait le dégoût. En 1873, le Congrès avait approuvé la loi Comstock, qui qualifiait d’ «obscène» toute distribution de littérature, d’instruments, d’articles qui pourraient empêcher la naissance ou la contribution à quelque forme d’avortement. Arrêtée et emprisonnée comme contrevenante à la loi Comstock, Sanger, une fois relâchée, n’en continua pas moins son activité. L’un des fondements de la nation, le puritanisme, était en train de s’effondrer.

Au lendemain de son entretien avec Margaret, Gregory Pincus rentra gaillardement chez lui, dans le Massachusetts. Il travaillerait à ce contraceptif. Ce serait le sommet de sa carrière. Le contraceptif fut prêt en 1956. Avec l’aide d’un médecin catholique, on obtint la permission de sa diffusion publique en 1957, sous le titre de «médicament contre l’infertilité». Le 23 juin 1960, il fut permis d’en faire la publicité contre «contraceptif».


Les Églises protestantes s’efforcèrent de résister et, finalement, se soumirent à cette nouvelle façon d’envisager la liberté de conscience en lui permettant d’enfreindre la Loi divine.


Dans cette Amérique qui avait fondé son histoire et son avenir sur une alliance avec le Dieu créateur et sauveur des «élus», au nom de la liberté de conscience, on introduisait en vente libre l’un des signes les plus évidents de la contre-volonté de Dieu : l’intervention de l’homme contre sa loi qui commande à celui-ci de «croître et se multiplier». La Bible ne suffisait plus, et la loi politique prenait le pas sur elle. C’était le commencement du libéralisme sexuel. Tout y passa : la contraception, l’avortement, la dépénalisation de l’homosexualité, les diverses formes d’échanges sexuels. Les Églises protestantes, les unes après les autres, s’efforcèrent de résister et, finalement, se soumirent à cette nouvelle façon d’envisager la liberté de conscience en lui permettant d’enfreindre la Loi divine. Où était donc le puritanisme fondateur ? Il venait de s’effondrer !

Seule l’Église catholique tint bon. Mais à quel prix ? Une crise théologique profonde entre les tenants de la liberté de conscience interprétée à l’aune des Églises de la Réforme, principalement le calvinisme, et l’enseignement traditionnel de la théologie morale que représentait Humanæ Vitæ ébranla profondément les catholiques. Qui fallait-il suivre ? Sa conscience ou l’Église ?

La montée du féminisme

Après la Deuxième Guerre mondiale, le mouvement qu’avait lancé Margaret Sanders reprit avec plus de force et d’audace. En plein baby-boom, il fallait libérer la femme des charges de la maternité, c’est-à-dire séparer la sexualité de son lien avec la procréation. Ce fut la tâche que se donnèrent les féministes de la seconde vague.

Betty Friedan, née Golstein le 4 février 1921 de parents juifs émigrés de Hongrie, fut dans son enfance une militante marxiste et une partisane forcenée des cercles juifs qui luttaient contre l’antisémitisme. Elle fréquenta le Smith College, qui n’était ouvert qu’aux femmes, et termina ses études en 1943 à l’Université de Berkeley (Californie), où elle fit la connaissance de Milton Erikson. En 1966, elle fonda la National Organization for Women (NOW), dont elle devint la première présidente jusqu’en 1970. En 1957, pour le Smith College, elle organisa une large enquête dans tous les États-Unis. Cette enquête lui donna les fondements de son livre The Feminine Mystique. Vendu à plus de 3 millions d’exemplaires et traduit en plusieurs langues, il marqua le point de départ du féminisme.

La femme, enseigne ce livre, est un mythe dans la tête des hommes. Ils la considèrent heureuse quand elle vit au foyer, bonne ménagère au milieu de ses enfants, mais comme épouse, elle n’est jamais son égale, elle est asservie à une vie infantile et d’arrière-plan. À l’époque, en Amérique, The Feminine Mystique fut un moment choc dans l’histoire du féminisme. Rien ne fut plus pareil après la parution du livre de Betty Friedan.

Après Betty Friedan apparut Kate Millet (1936-2001), dont le livre Sexual politics (La Politique du mâle) introduisit la notion de gender. Ce livre est une critique de la société occidentale, une dénonciation de son «pouvoir patriarcal» entraînant la négation du corps féminin à tous les niveaux : idéologique, sociologique anthropologique, politique. Dans le même sillage, on vit apparaître Germain Greer (1939…) qui, avec son livre The Female Enuch (La femme eunuque), appelait à la révolution des femmes parce que, dit-elle, «les femmes ne se rendent pas compte jusqu’à quel point les hommes les détestent et que de plus en plus on leur apprend à les haïr. Ce sont les femmes elles-mêmes qui ont été coupées de leur libido, de leur capacité de désirer, de leur sexualité».

Les recherches d’Alfred Kinsey

Tout ce féminisme s’inscrit dans les suites du Rapport Kinsey, qui prétendit étaler au grand public la vie sexuelle des Américains, hommes et femmes. Alfred Charles Kinsey était né le 23 juin 1894 à Hoboken (New Jersey). Dans sa jeunesse, il fit partie du Purity Movement, qui lutta contre l’esclavage des femmes blanches, la prostitution, la pauvreté. Il chercha à protéger le mariage et à rendre meilleure la vie des femmes, des enfants et des familles. Il fit ses études à l’Université de l’Indiana, puis à Harvard’s Bussey Institution. Au cours de sa formation, il s’éprit des idées de Darwin et de Thomas Huxley, et se tourna vers les théories de l’eugénisme.

Peu à peu, Kinsey sentit monter en lui des tendances homosexuelles. À 26 ans, il épousa Clara Braken Mc Millen, une brillante chimiste. En 1938, il commença à s’intéresser à la sexologie et fit des recherches sur le mariage. Aidé et subventionné par The Rockfeller Foundation, il poursuivit ses recherches sur les comportements sexuels. Son premier livre, Sexual Behavior in The Human Male, parut en 1948. Il fut suivi d’un autre livre, Sexual Behavior in the Humain Female, publié en 1953. Les données statistiques de son rapport bouleversèrent l’Amérique : 10 % de la population américaine serait homosexuelle, 46 % des hommes auraient éprouvé une attraction sexuelle face à un autre homme, et 32 % auraient eu une expérience homosexuelle. Il y aurait quelque chose de semblable pour les femmes. Ce qui lui permettait de conclure que ces orientations ne sont pas opposées, mais qu’elles sont complémentaires dans la vie sexuelle de plus de la moitié de la population américaine.

Quant à la vie sexuelle des hommes et des femmes mariés, le bilan était sombre : 50 % des hommes avaient eu au moins une ou plusieurs relation(s) sexuelle(s) extra-conjugale(s). Pour les femmes, 26 % dans la quarantaine avaient eu des relations sexuelles hors mariage. Enfin, 12 % des femmes et 22 % des hommes avaient eu des relations sexuelles sadomasochistes.

Les «révélations» du Rapport Kinsey ont été souvent contestées quant à la méthode et quant aux personnes interrogées, souvent des prisonniers. Certains, comme Judith A. Reisman, Ph. D., ont démoli toutes les conclusions de ce Rapport. Ce qui a heurté profondément Reisman, c’est ce qu’affirme Kinsey au sujet de la sexualité des enfants tout jeunes, et même des bébés. Pour ce chercheur, les bébés garçons ont non seulement la capacité d’érection, mais sont souvent en recherche de l’orgasme sexuel dès leur plus jeune âge. Les pleurs et les convulsions exprimés par l’enfant sont le signe d’un désir orgasmique6. Chez les filles, le désir et la capacité d’orgasme s’éveillerait vers l’âge de 5 ans. Si cela est exact, on ne peut plus parler de crime de pédophilie, l’enfant étant sexuellement capable d’excitations érotiques dès son plus jeune âge.

Reisman accusa violemment Kinsey d’avoir voulu démolir la tradition judéo-chrétienne de l’Amérique et, comme le voulait le nazisme, de changer les fondements d’une société conçue comme une réponse à la Volonté divine en une société menée par les lois biologiques de l’eugénisme et de la liberté sexuelle. In God we Trust ! Certes, dira-t-elle, pourvu que nous mettions notre vraie confiance en Dieu. Reisman n’était pas chrétienne, elle était juive de naissance.

De l’autre côté de l’Amérique, en Californie

Alors qu’en Nouvelle Angleterre, le puritanisme disparaissait, à l’autre bout du pays, en Californie, naissait un centre de pensées et de renouveau psychologique complètement différent de ces valeurs qui avaient bâti le pays : la certitude de l’élitisme divin, l’ascèse du travail, la sobriété de vie, la confiance en soi.

Vers 1952, dans un petit village, un groupe de chercheurs se regroupa et forma une nouvelle école de psychologie, qui s’appellera «Palo Alto» (les Hauts Bois). Cette école tient son nom d’une petite ville de Californie où fut fondé le Mental Research Institute (MRI). Parler de Palo Alto, c’est faire état de plusieurs courants scientifiques, psychologiques, sociologiques, anthropologiques, qui se sont regroupés autour de Gregory Bateson et qui ont contesté les approches traditionnelles de la psychiatrie, principalement de la psychanalyse. Ce courant est notamment à l’origine de la thérapie familiale et de la thérapie brève. Parmi ses principaux fondateurs, on trouve Gregory Bateson, Donald D. Jackson, John Weakland, Jay Haley, Richard Fisch, William Fry et Paul Watzlawick. Mais, derrière eux, on retrouve tout un courant de pensées.

L’initiateur, Gregory Bateson7, fortement influencé par la cybernétique, développe une nouvelle théorie de la communication, qu’il appelle «écologie de l’esprit». Pour lui, l’Idée est un cadre vide qui donne un contexte à toutes les perceptions de l’esprit. Elle est essentiellement «relation symétrique». Elle implique non une connaissance des choses, mais un processus de construction dans un contexte culturel. La «culture» n’est pas non plus un réseau institutionnel. Il ne s’agit pas de voir comment, par exemple, les individus d’une culture donnée vivent leur vie sexuelle, leur religion, leur économie, comment ils éduquent leurs enfants, quels sont les rites du mariage, etc. Cela présupposerait que «religion», «économie», «mariage» soient des institutions stables que l’on puisse traiter comme des choses. Or, pour Bateson, il n’en est rien. Ces choses ne sont que des abstractions et non des subdivisions réelles ; elles dépendent avant tout de l’interaction entre les individus, une interaction qui crée un contact et qui contient en même temps un éloignement, une division. Bref, il ne peut plus y avoir de pensée vraie ni de pensée fausse, il n’y a dans l’esprit que des modèles de transmission, des règles logiques. Les connaître et les appliquer permet de faire passer à l’autre n’importe quel message où à rectifier n’importe quelle «erreur» qui réside non dans ce qui est dit, mais essentiellement dans le contexte logique de ce qui est transmis.


De l’école de Palo Alto émergeront toutes les formes de thérapies brèves dans le domaine de la psychologie remplaçant la psychanalyse freudienne.


De cette école de Palo Alto émergeront toutes les formes de thérapies brèves dans le domaine de la psychologie remplaçant la psychanalyse freudienne. Ainsi, l’on a vu naître les thérapies cognitives du Dr Arnold Beck, la logothérapie de Frankl, la thérapie du Dasein de Binswanger, la Gestaltthérapie de Frederick S. Perls., les théories de Milton Erickson8, qui consistent à aller chercher dans la personne des énergies «inconscientes» qu’elle possède à l’état potentiel et à lui permettre de les utiliser pour résoudre elle-même ses problèmes.

Derrière toutes ces thérapies, qui sont de véritables défis à la conception freudienne de la personnalité, va disparaître l’un des éléments de la topologie du maître viennois, la conception du surmoi et, avec cette disparition, la théorie de la culpabilité. L’homme devient un «créateur d’énergie» qui n’est plus refoulé par aucun sentiment d’une faute. C’est lourd de signification !

Comme il n’y a plus de vérité, il n’y a pas plus de mal. L’homme américain – et par influence l’homme européen – est passé de l’élu qu’il était au self made man. In God we Trust est devenu In us we trust !

Le corps anéanti

Comme le dit Batson, l’affirmation de la relation entraîne la contradiction, et l’homme doit apprendre à gérer les relations complexes. Tout à côté de Palo Alto, il y a Esalen. Le fondateur d’Esalen est Michael Murphy. Passionné par l’hindouisme et la contre-culture, il part étudier dans un ashram en Inde. De retour d’Asie, et ayant hérité d’une ferme à Big Sur (Californie), Murphy décide de mettre sur pied Esalen Institute. Le Centre tire son nom de celui de la tribu indienne ancestralement propriétaire du territoire où se trouve Big Sur. Situé à mi-chemin entre Los Angeles et San Francisco, le site, surplombant le Pacifique, jouit d’un climat idéal à longueur d’année.

L'institut d'Esalen
L’institut d’Esalen – Photo Callaban / Wikimedia Commons
 

La première activité du nouveau centre de «contre-culture» se tient en 1962. Il s’agit d’une série de conférences données par Alan Watts et Aldous Huxley sur le thème «Une vision en expansion». Watts est le plus célèbre vulgarisateur du Zen et des philosophies orientales. Huxley, pour sa part, est à cette époque l’apôtre du «potentiel de l’homme». Par la suite, Esalen aura recours aux grands noms des nouvelles thérapies, techniques corporelles et des courants mystiques influencés par l’Orient.

Esalen est devenu pour les USA et, partant, pour toute l’Europe, le modèle de diffusion d’une autre spiritualité, celle du Bouddhisme9. Il est impossible de résumer en quelques lignes cette spiritualité qui, aujourd’hui, séduit tellement de personnes. Tel qu’il est perçu, le bouddhisme est :

  • Une spiritualité de délivrance : il y a deux manières principales d’obtenir la délivrance. La première est gnostique : arriver à connaître son atman ou l’étincelle de vie qui est au fond de chacun et qui est une parcelle de cet absolu situé au fond de toute existence, de l’incréé qui enveloppe toutes les choses visibles et invisibles, de quoi tout procède et à quoi tout retourne. Cet absolu, c’est le brahman. La délivrance se produit quand le fidèle, grâce à sa prière méditative a réalisé que l’atman est en fait identique au brahman, c’est-à-dire au mystère dont tout l’être est imprégné. Une fois cette prise de conscience opérée, tout est dépassé, et les limites du monde phénoménal sont elles-mêmes dépassées. «Cette idée de l’unité de toute chose dans l’absolu impersonnel représente certainement la doctrine la plus importante de la pensée mystique de l’époque qui nous concerne10». La seconde manière est ascétique. Elle se fonde sur la dynamique du karma. C’est une discipline qui entraîne la personne à ne plus produire de karma, donc à éviter toute action capable de produire un fruit bon ou mauvais. De cette manière, les fruits antérieurs peuvent s’épuiser, et des fruits nouveaux ne peuvent être créés. Le tout est d’arriver à sortir de la prison du samsāra11.
  • Une spiritualité qui combat le désir : «Voici ô moine , la noble vérité sur la cause de la souffrance. C’est le désir qui produit la ré-existence et le re-devenir, qui est lié à une avidité passionnée et qui trouve une nouvelle jouissance tantôt ici, tantôt là, c’est-à-dire la soif des plaisirs des sens, la soif de l’existence et du devenir, et la soif de la non existence». Le désir est d’abord une soif, cette soif est celle des sensations, elle n’est qu’une excitation des organes sensoriels. La deuxième soif est celle de l’immortalité. La troisième est celle de l’anéantissement ; c’est celle qui pousserait l’homme à renier la loi karmique, ce qui est très grave et très dangereux, car cela pousserait l’homme à une suite d’actes qui le conduiront à des renaissances pénibles. Toutes ces soifs prennent appui sur une illusion, celle de satisfaire un moi insatiable. Or cette illusion est grave, car elle suppose que le «soi» existe. C’est cette illusion de l’existence du «soi» qui est la source du désir, et donc de la souffrance
  • Une spiritualité qui nie l’existence de la personne et principalement du corps. Dans cette conception, aucun individu n’est une substance, et la notion de substance n’existe pas12. L’individu de n’importe quelle nature n’est qu’un ensemble d’agrégats qui se conditionnent les uns les autres, et qui donnent l’illusion d’une apparence stable. Ce qui est propre à l’individu, c’est l’ACTE, c’est lui qui conditionne les agrégats à fonctionner ensemble, à être toujours changeants tout en étant toujours mêmes. L’acte est toujours lié à ce qui s’appelle «la volition mentale de ré-existence». Cette volition, qui englobe la volonté de vivre et d’exister, se manifeste dans des actions bonnes ou mauvaises du corps, de la parole et de l’esprit ou de la pensée. Seul l’acte volontaire joue dans la dynamique de la production conditionnée, car seul il produit un «fruit de rétribution». Ce fruit de rétribution se manifeste d’abord dans des sensations agréables ou pénibles. Les fruits mauvais engendrent des sensations pénibles et doivent nécessairement avoir un organisme pour les produire. Comme les fruits viennent des actes antérieurs, les organismes en viennent nécessairement. Dans le monde du samsāra, il y a un mécanisme qui lie indissolublement le désir à l’acte et l’acte à des renaissances. Cette production est faite sous l’influence de douze maillons, chaque maillon étant conditionné par celui qui le précède. Cela est exprimé par cette formule «ceci étant, cela sera». Et, pour éviter de voir qu’il y a un commencement, on représente l’enchaînement de ces douze maillons par la figure d’une roue.
  • Une spiritualité du nirvāna. Le Bouddha offre à l’homme l’espérance de pouvoir véritablement se délivrer de sa souffrance, de pouvoir se libérer du samsārā. Ce que le bouddhiste doit viser, selon cette vérité, c’est la réalisation de l’état de nirvāna. On peut selon l’enseignement du Bouddha arriver à vaincre toute passion pendant la vie. C’est l’idéal du saint, de celui qui est arrivé à l’arhat, c’est-à-dire d’un homme digne de vénération parce qu’il accompli tout ce qu’il fallait pour éteindre ses passions. S’il vit encore sur terre, c’est qu’il doit avoir le temps nécessaire pour que ce qui reste de fruit karmique s’épuise. Au moment de la mort d’un arhat, toute trace de karma ayant été épuisée, les agrégats se séparent définitivement, éliminant ainsi toute possibilité de retomber dans l’existence. C’est cet état qui s’appelle le nirvāna parfait. Le nirvāna devient donc la liberté totale, puisque c’est l’affranchissement de toute limite.
  • Une éthique, le chemin octuple. Cette vie éthique doit conduire l’homme à une vision juste de ce qu’il est. Elle commence par l’attention au corps, qui est la méditation sur son corps : le pratiquant essaie de voir comment le corps se forme, comme il se défait. Il essaie de devenir conscient de son corps en passant par l’intermédiaire illusoire du soi. Il contemple ainsi les impuretés du corps, fixant son regard sur tous les éléments du corps, cheveux, peau, ongles, sang, mucus, urine, excréments. Cela afin de se détacher complètement du corps comme étant le sien. Il arrive donc à pénétrer la vraie nature de son corps. Il y a dans ce corps… tout ce qu’il contemple, mais il n’y a pas de corps… et surtout il n’y a pas «mon corps».

Et le pédophile, où est-il ?

Il faut se départir d’une idée trop simpliste. Le pédophile contemporain n’est pas ce rustaud campagnard qui viole les petites filles dans les fermes. Celui-là existe encore, et il existera toujours, mais de moins en moins, parce que l’on sait prendre des moyens pour s’en protéger. Le pédophile ce n’est pas non plus celui qui guette les enfants à la sortie des classes, espérant trouver, selon ses tendances naturelles – hétéro ou homosexuelles – l’enfant dont il deviendra l’«ami» et avec lequel il satisfera un besoin de tendresse infantile, incapable d’assumer la responsabilité de sa propre sexualité.


Le pédophile contemporain, c’est le pur produit d’une déchristianisation totale de la société, d’une société que nous avons engendrée.


Le pédophile contemporain, c’est Gide, Montherlant, Cohn Bendit et d’autres. C’est le pur produit d’une déchristianisation totale de la société, d’une société que nous avons engendrée. C’est le produit de la révolte contre toutes les valeurs éthiques qu’une société, qu’elle soit américaine ou européenne, avait construites. Une société qui rejette la responsabilité de la sexualité et qui la nie comme une réalité propre à la personne, comme le fait la théorie du gender. Une société qui méprise la valeur ascétique du travail et sa responsabilité du Bien commun. Une société qui fait de l’enfant un objet de jouissance non seulement sexuelle, mais une compensation à la tristesse et à la solitude. Une société qui réduit l’enfant à devenir victime universelle. Et, surtout, une société qui nie la vocation du corps ! Bien sûr, ce corps, on en prend soin esthétiquement, on l’enduit d’huile, on le baigne, on le bronze, on le soigne, on le dessine. Mais on le drogue ! Il est devenu le masque du vide de la personne. La personne est entrée dans le nirvāna du Zen. Il ne lui reste qu’un medium, le corps, pauvre signe d’une existence dépourvue de sens. Alors on se tourne vers l’enfant, on lui emprunte, on lui vole sa joie, on a besoin de sa tendresse, on le cajole sexuellement ou charnellement. On le fabrique à sa guise. On lui enlève ses droits à la paternité.

Il n’y a pas que le pédophile qui abuse de l’enfant. Toutes les lois bioéthiques que nos gouvernements sont en train de voter sont toutes des lois qui nient les droits de l’enfant et qui sont coupables vis-à-vis de lui, des abus de droits. Car l’enfant n’a pas seulement le droit de vivre et le droit au biberon, il a aussi le droit la vérité de l’intelligence, à l’éthique du bien et du mal objectifs, à la transcendance spirituelle et religieuse. C’est le sens que l’on doit donner à ces mots de Judith Reisman : nous sommes en voie de former une société de pédophiles ! Une société qui viole les droits de l’enfant !

L’Église catholique, qui a tenu le coup devant ces attaques qui ont convergé de toutes parts dans des sociétés devenues païennes, est aujourd’hui attaquée dans ses propres membres : le petit nombre de prêtres abuseurs que révèlent l’une après l’autre les commissions «indépendantes». Elle cède à l’horreur et multiplie les sanctions de plus en plus sévères, quitte à frôler l’injustice. On ne peut lui reprocher ! Mais n’a-t-elle que cela à faire ? Protéger l’enfant, est-ce uniquement l’empêcher de tomber dans les mains des prédateurs sexuellement déséquilibrés ? Qu’enseigne-t-elle dans ses propres écoles ? Dans ses propres universités ? De quelle vérité est-elle le témoin ? Qu’est-ce qu’elle exige de ceux qu’elle forme au sacerdoce ministériel ? Les enfants d’aujourd’hui, qui deviendront les pasteurs de demain, comment les forme-t-elle à aimer leur corps comme temple de l’Esprit Saint, à recevoir leur sexualité comme une énergie de don de soi. Ce n’est pas tout de donner un cours de sexologie pour former la chasteté de la vie apostolique sacerdotale. L’Église catholique a d’autres défis à relever que de se contenter de prémunir contre les attaques injustes qui voudraient en faire un «nid caché de pédophiles». Elle est, à l’heure d’aujourd’hui, la seule Voie qui reste pour nous indiquer où est le salut. Sa première mission n’est pas seulement de lutter contre le cléricalisme. Elle est d’enseigner TOUT ce que le Christ lui demande de nous apprendre.

In Christ we Trust !

Aline Lizotte

 


1 – Sébastien Fath, L’influence de Calvin aux États-Unis, des Pères pèlerins à l’affaire Lewinski, in La Revue réformée, n° 213.

2 – Michel Duchein, Le puritanisme aux États-Unis, du Mayflower aux télévangélistes, Clio, 2002.

3 – En 1583, la reine Elisabeth Ière donna à sir Humphrey Gilbert, navigateur et soldat anglais, des lettres patentes lui conférant le droit de coloniser les «territoires païens et barbares» du Nouveau Monde.

4 – Jean Pierre Martin, Le Puritanisme américain en Nouvelle Angleterre, 1620-1693, Presses universitaires de Bordeaux, 1989, p. 22.

5 – Jean Pierre Martin, op. cit., pp. 78-80.

6 – Judith A. Reisman, Kinsey Crime & Conséquences, second edition, The Institute for Media Education, chap. 7, pp. 132 ss.

7 – Né le 9 mai 1904 à Grantchester (Royaume-Uni), mort le 4 juillet 1980 à San Francisco, Gregory Bateson est un anthropologue, psychologue et épistémologue américain. Influencé par la cybernétique, la théorie des groupes et celle des types logiques, il s’est beaucoup intéressé à la communication (humaine et animale), mais aussi aux fondements de la connaissance des phénomènes humains. Il est à l’origine de ce que l’on appelle «l’école de Palo Alto».

8 – Milton Hyland Erickson, né le 5 décembre 1901 à Aurum (Nevada) et mort le 25 mars 1980 à Phoenix (Arizona), est un psychiatre et psychologue américain qui a joué un rôle important dans le renouvellement de l’hypnose clinique et a consacré de nombreux travaux à l’hypnose thérapeutique. Son approche innovante en psychothérapie repose sur la conviction que le patient possède en lui les ressources pour répondre de manière appropriée aux situations qu’il rencontre : il s’agit par conséquent d’utiliser ses compétences et ses possibilités d’adaptation personnelles. Atteint de poliomyélite à l’âge de dix-sept ans, Erickson a été une figure emblématique du «guérisseur blessé», expérimentant sur lui-même, lors de sa rééducation, certains phénomènes qu’il mit ensuite en application dans l’hypnose thérapeutique. Au cours de sa carrière, Erickson a collaboré notamment avec Margaret Mead, Gregory Bateson, Lawrence Kubie, Aldous Huxley, John Weakland, Jay Haley et Ernest Rossi. Il est considéré comme le père des thérapies brèves. Ses travaux ont inspiré plusieurs approches thérapeutiques, dont l’hypnose ericksonienne, la thérapie brève de Palo Alto, la programmation neurolinguistique et diverses autres techniques de traitement. Parmi ses élèves les plus connus figurent Stephen Gilligan, William O’Hanlon, Stephen Lankton et Jeffrey Zeig.

9 – On ne peut que recommander le livre de Dennis Gira, Comprendre le Bouddhisme, Bayard, Centurion, qui donne une connaissance simple mais complète de cette pensée.

10 – Dennis Gira, op. cit., p. 21.

11 – Ce mot veut dire «écoulement circulaire» Selon cette idée, tous les êtres vivants, y compris les dieux, sont engagés dans un cycle incessant de naissances et de morts. Cet enchaînement n’a ni commencement ni fin. Selon la qualité des actes posés pendant une vie donnée, il renaît dans une situation plus ou moins heureuse au cours de ses vies ultérieures. Il peut renaître comme animal, comme esprit malfaisant, ou encore dans des enfers terrifiants. La longueur de cette vie, dans ces états, est toujours limitée, même si elle varie beaucoup.

12 – Il faut comparer cette pensée avec celle d’Héraclite (576, Éphèse-v. 480 av. J.-C.) qui, sans lui être contemporain, appartient à la même époque. Le Bouddha naquit en 250 avant notre ère.

 

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