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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Sainte-Sophie : la grande douleur du pape

La basilique Sainte-Sophie

La basilique Sainte-Sophie a été construite à Constantinople (Istanbul) par l’empereur byzantin Justinien sur le site de deux églises antérieures. Quand elle fut inaugurée le jour de Noël 537, elle était la plus grande église chrétienne du monde. À la suite du schisme entre l’Église romaine et l’Église orthodoxe orientale en 1054, elle devint le siège de cette dernière. Les souverains ottomans transformèrent Sainte-Sophie en mosquée en 1453, lorsqu’ils conquirent Constantinople. En 1935, Mustafa Kemal Ataturk, le fondateur de la Turquie moderne, prônant une vision laïque de l’État, transforma Sainte-Sophie en un musée ouvert à toutes les confessions et n’appartenant à aucune d’entre elles. Elle devint le musée le plus visité du pays, avec plus de 3 millions de visiteurs en 2019. Elle fut visitée parles papes Paul VI, Jean Paul II, Benoît XVI et par François (en novembre 2014).

Le président Erdogan a signé le 10 juillet un décret remettant Sainte-Sophie à la présidence turque des affaires religieuses, décision faisant suite à un arrêt du Conseil d’État, le plus haut tribunal administratif de Turquie, annulant le statut de musée du bâtiment et jugeant que la décision de 1934 «qui a mis fin à son utilisation comme mosquée et l’a définie comme musée n’était pas conforme aux lois» du règlement pris par la fondation qui gérait les biens du sultan ottoman Mehmet II, le conquérant de Constantinople en 1453, qui transforma la basilique en mosquée.

Si les évêques catholiques de Turquie ont prudemment déclaré à la mi-juin qu’ils considéraient la question de Sainte-Sophie comme une question de souveraineté nationale, la décision d’Erdogan a suscité une résistance de la part des forces laïques du pays et les vives protestations des dirigeants de l’Église orthodoxe chrétienne en Turquie, en Grèce, à Chypre et en Russie. Le patriarche œcuménique Bartholomée Ier a ainsi averti que «la conversion potentielle de Sainte-Sophie en mosquée va retourner des millions de chrétiens dans le monde contre l’Islam». Le métropolite Hilarion, chef du département des relations extérieures de l’Église pour le Patriarcat de Moscou, a déclaré que «toute tentative de modifier le statut de musée de la cathédrale Sainte-Sophie conduira à modifier et à violer les fragiles équilibres interconfessionnels existant aujourd’hui. […] Cette église est un symbole de Byzance et un symbole de l’orthodoxie pour des millions de chrétiens dans le monde entier, en particulier pour les croyants orthodoxes».

De nombreuses autres protestations se sont élevées. Si le secrétaire d’État américain Mike Pompeo avait déjà déclaré le mois dernier que le monument devrait rester un musée pour servir de pont entre les religions et les cultures, Washington s’est avoué «déçu» par cette décision. L’Unesco avait elle aussi exhorté la Turquie à ne pas modifier son statut sans consultation, étant donné qu’elle avait reconnu le bâtiment comme un site du patrimoine mondial. Sa directrice a déploré la décision des autorités turques, regrettant vivement une décision prise sans dialogue préalable et fait part de sa profonde préoccupation à l’ambassadeur de Turquie auprès de l’Unesco. La ministre grecque de la Culture a dénoncé une «provocation envers le monde civilisé». La France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, a dit «déplorer» cette décision qui remet en cause «l’un des actes les plus symboliques de la Turquie moderne et laïque».

Quant au pape François, lors de l’Angélus du 10 juillet, Dimanche de la mer, il est sorti de son texte pour prononcer ces quelques mots : «La mer amène ma pensée un peu plus loin : à Istanbul. Je pense à Sainte-Sophie et je ressens une grande douleur.»

Source : America Magazine, Vatican News

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