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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Accord Vatican-Chine : une mystérieuse omission

Au Vatican, les discours prononcés par le pape sont distribués par avance sous embargo aux journalistes accrédités. Les médias ne peuvent les citer qu’après que le Saint-Père les a prononcés. Cette règle est très stricte, et il est déjà arrivé que des journalistes l’ayant enfreinte aient perdu leur accréditation.

Saint-Pierre de Rome

Les spécialistes des questions chinoises au Vatican s’interrogent sur un petit incident récent. Un discours que le pape François devait lire le 5 juillet et qui avait été communiqué à la presse sous embargo comprenait un passage dans lequel le Souverain Pontife exprimait son soutien à Hong Kong. Le texte italien comprenait en effet le paragraphe suivant : «J’ai suivi avec une attention particulière et non sans inquiétude l’évolution de la situation complexe de Hong Kong ces derniers temps, et je voudrais tout d’abord exprimer ma proximité cordiale à tous les habitants de ce territoire. Dans le contexte actuel, les questions abordées sont sans aucun doute sensibles et touchent la vie de chacun, il est donc compréhensible qu’il y ait une sensibilité marquée à leur égard. J’espère donc que tous les acteurs concernés seront en mesure d’aborder les différents problèmes dans un esprit de sagesse prospective et de dialogue authentique. Cela exige du courage, de l’humilité, de la non-violence et le respect de la dignité et des droits de tous. Je fais également le vœu que la vie sociale, et surtout la vie religieuse, s’exprime en toute liberté, comme le prévoient divers documents internationaux. Avec ma prière constante, j’accompagne toute la communauté catholique et les personnes de bonne volonté à Hong Kong, afin qu’ensemble, ils puissent construire une société prospère et harmonieuse».

Lorsqu’il a lu le texte du discours en public le 5 juillet, le pape François a omis ce passage. Un texte au ton plutôt mesuré, même si l’allusion à la «liberté pleine et authentique» et aux «documents internationaux» que la Chine est tenue de respecter – mentions pouvant être interprétées comme critiques, mais contrebalancées par l’allusion à une «société harmonieuse», expression que le président Xi Jinping utilise fréquemment – aurait pu être une cause d’irritation pour les Chinois.

Comment interpréter cette «omission» ? Certains commentateurs affirment que, dans le laps de temps entre la distribution du texte sous embargo aux médias et le discours, la Chine serait intervenue. Mais cela suppose une intervention tellement rapide de la part de Pékin que sa probabilité est très faible. Un observateur a émis une autre hypothèse : le Vatican aurait laissé circuler le texte complet pour avertir Pékin de ce que le pape pourrait dire si le régime ne se fixait pas certaines limites.

Quoi qu’il en soit, il faut situer cet événement dans un contexte où le silence du pape sur les menées chinoises à l’égard de Hong Kong a souvent été critiqué (et très violemment à plusieurs reprises par le cardinal Zen) et où l’on s’interroge sur le renouvellement prévu pour septembre 2020 de l’accord passé en 2018 entre le Saint-Siège et la Chine, dont le texte de 2018 reste secret.

À différentes reprises, le pape François a demandé une profonde réforme du modus operandi des organes du Vatican et recommandé un climat de transparence dans les actions. Or, il semble que très peu de personnes aient eu directement connaissance du contenu de l’accord Vatican-Chine, même au sein du Vatican, a fortiori parmi les responsables de l’Église catholique chinoise, et ce qui se passe actuellement en Chine ne s’apparente pas à une pacification des relations : les prêtres et les évêques qui ne font pas preuve d’une soumission complète au régime y compris, dans ses exigences les plus contraires à leur mission pastorale – et parfois même ceux qui ne le font pas –, ne cessent d’être persécutés. De même pour les fidèles. Sans compter les destructions partielles ou totales des bâtiments de culte.

D’où la suggestion de certains commentateurs : ne serait-il pas opportun sinon de rendre public le texte de l’accord, du moins d’en donner connaissance aux cardinaux et aux évêques, afin de clarifier la situation et de protéger le pape des critiques les plus vives ?

Source : Bitter Winter

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