Champ des gestes déplacés
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Une enquête menée en 2019 sur le harcèlement sexuel à l’Assemblée nationale interrogeait les collaboratrices parlementaires sur d’éventuels «gestes déplacés» dont elles auraient été victimes. Dans le détail des réponses, on découvre que l’expression recouvre bien des réalités, depuis des regards gênants jusqu’à des touchers corporels, voire des avances sexuelles. L’expression fait pourtant florès dans les nombreux articles, rapports de commissions et autres lieux traitant des abus sexuels, suffisant parfois à condamner celui à qui ils sont attribués. Il est donc impératif de lui donner un sens précis. C’est ce que fait Aline Lizotte dans cet article.

Nous vivons, en Église, dans un climat de peur provoqué par des dénonciations et des menaces d’accusation permanentes. Tout prêtre, et même tout évêque, en mission pastorale se sait menacé d’une plainte possible de «gestes déplacés» vis-à-vis d’un ou d’une mineure. L’accusation lancée, le verdict médiatique suit. Comme il n’y a pas de «fumée sans feu», dit-on, l’accusation fumante est signe infaillible de culpabilité. Pour préserver le prêtre, son évêque le déplace dans un lieu obscur, il devient aumônier d’un EHPAD ou assistant d’une paroisse lointaine, où il est prié de ne pas avoir de ministère auprès des jeunes. Les jours passent, on lance peut-être une enquête canonique, mais pas toujours, et ce prêtre, vis-à-vis duquel il n’y a eu aucun jugement pénal de la société civile ou en droit canonique, pourrit lentement dans son lieu protecteur. Socialement mort, il lui faut une force spirituelle d’une rare foi pour tenir le choc. Rarement innocenté, il entre dans le silence d’un cloître monastique ou il retourne à la vie laïque.

S’il est déjà mort, il n’appartient heureusement plus au jugement des hommes ! Mais sa mémoire y appartient ! Et on s’acharnera à détruire sa mémoire ! On enquête sur des cas passés, sur des témoignages vécus, sans s’apercevoir que ce ne sont pas les faits que l’on recueille, mais les émotions sur des faits qui forment un réseau complexe avec l’histoire et le vécu psychologique de la personne, la «victime». Plus les faits sont lointains, et moins les enquêteurs sont compétents en cette matière, plus la personne dira ses «souffrances», ses «révoltes», qui sont bien réelles, tout en les rattachant à un acte dont l’objectivité est difficilement cernable. La victime ne ment pas ! Elle dit sa souffrance.


La souffrance de la victime, que l’on doit respecter, n’est pas suffisante à constituer, selon le Droit, la réalité formelle du comportement délictueux.


Cette souffrance, que l’on doit respecter, n’est pas suffisante à constituer, selon le Droit, la réalité formelle du comportement délictueux. Rappelons-nous ces paroles de l’avocat général, Maître Joël Sollier, au procès du cardinal Barbarin, le 28 novembre 2019 : il déclarait que le Droit ne peut se constituer à partir de tous les symboles que font naître les émotions et les opinions vis-à-vis d’actes qui engendrent la compassion, la colère, ou la vengeance. «Qui peut souscrire à un tel système ? Qui peut vouloir créer une telle chimère dont le comportement n’obéirait à aucune limite et ne répondrait qu’à un impératif idéologique, dont les conséquences dévastatrices n’ont, à l’évidence, pas été suffisamment pensées ?»

Mais il y a plus : exploiter de façon médiatique la souffrance des victimes pour poursuivre d’autres buts que la réparation qui leur est due, par exemple pour salir l’Église ou penser l’amener à renier ses traditions et sa doctrine les plus sacrées, n’est pas uniquement injuste. C’est odieux.

La police et s’il y a lieu les «juges d’instruction» constatent et savent bien qu’en matière de sexualité, il est souvent difficile de rendre compte de la vérité objective. Mais les juges d’instruction, en plus d’être compétents, n’interrogent pas les morts et, quand ils interrogent les vivants, non seulement ils ont la formation et la compétence requise, mais il s’y ajoute la connaissance et la méthode processuelle pour mener une enquête conduisant à l’opportunité d’un procès. Cependant, il faut bien se rendre compte que le juge d’instruction a comme matériel les données de l’enquête préliminaire faite par la police, qui procède à des investigations précises tenant compte de la psychologie de l’enfant, voire de celui qui se plaint. Cela peut être le cas vis-à-vis des plaintes concernant les enfants avec une pression médiatique qui peut influencer. A priori et par résistance sociale, on affirme qu’un enfant ne ment jamais et que ce qu’il dénonce doit être toujours «cru». Il est prudent de penser qu’un enfant ne ment pas, mais il est aussi imprudent de penser qu’il interprète toujours objectivement un geste affectueux ou une simple manifestation de tendresse. Et encore plus imprudent de penser qu’un geste dénoncé quarante ans plus tard correspond à la réalité objective d’un acte1 qui s’est produit alors que l’enfant n’avait que sept ou huit ans.

Le juge d’instruction ne conclut pas son instruction en proclamant la culpabilité de celui qu’il a interrogé. Pour lui, ce prévenu est toujours innocent, bien qu’il y ait dans ses actes une matière suffisante qui incite à chercher et à prouver la vérité formelle de sa culpabilité quant aux actes délictueux : l’appréciation des circonstances et l’intention responsable d’accomplir un acte interdit.

Cette enquête de la police judiciaire, dont peut avoir connaissance le juge d’instruction si le suspect est mis en examen, est loin de ressembler à celle de ces commissions indépendantes qui, fortes de leur bonne volonté et de leur souhait de transparence, ne peuvent – au mieux – qu’arriver à cerner la réalité matérielle d’un acte d’agression sexuelle que l’on habille maintenant du nom pudique de «gestes déplacés». Il leur est difficile d’en établir la réalité formelle, et donc la vérité morale. Ces commissions confiées à des personnes extérieures à l’Église, constituées certes de personnes compétentes en diverses matières, n’en font pas des enquêteurs judiciaires. Ces commissions sont nées de ce fameux Rapport du Grand Jury de Pennsylvanie, dont la principale source d’information a été fournie par l’examen des lettres des évêques qui expliquaient dans un langage convenu et discret pourquoi ils se devaient de déplacer un prêtre d’une paroisse à une autre. Comment a-t-on pu donner une telle audience mondiale et même ecclésiale à une telle «enquête» qui ne reposait que sur des interprétations a priori malveillantes, n’ayant d’autres fondement que celui d’induire que si l’évêque déplace tel prêtre, cela montre qu’il est coupable d’abus sexuels» ?

Pourquoi en est-il ainsi ?


Un acte moral n’est pas uniquement ce qui est fait, mais il dépend de la raison qui le commande, des circonstances et de l’intention de la fin.


Il en est ainsi parce que, en matière de jugement externe sur les faits qui sont des actes du «toucher», les fameux «touchers au corps», la matière de l’acte – son objectivité – ne dépend pas uniquement du comportement observable ou dénoncé, mais d’une part de la raison de l’acte et d’autre part de l’intention de l’agent – ce qu’il veut faire –, c’est-à-dire de sa finalité. Un acte moral n’est pas uniquement ce qui est fait, mais il dépend de la raison qui le commande, des circonstances qui le personnalisent et de l’intention de la fin – bonne ou mauvaise.

Toucher au corps n’est pas en soit mauvais : on touche au corps pour se laver ou pour laver l’autre, s’il a besoin d’aide ; on touche au corps pour marquer une convivialité (on se sert la main, on s’embrasse) ; on touche au corps pour le soigner, pour aider l’autre ; on touche au corps dans les comportements sportifs. Et l’on est touché au corps chaque fois où, à Paris, surtout aux heures de pointe – sauf en période de déconfinement – on prend le métro !

C’est un truisme de dire que le toucher au corps implique le sens du toucher, l’un des cinq sens et l’un des plus certains tout en étant «confus», c’est-à-dire imprécis. Si je ferme les yeux et que l’on me fait toucher un objet rond, je peux ressentir une pomme ou une poire ou une balle, mais je percevrai à coup sûr quelque chose de rond, de lisse, et qui roule ! Quand il s’agit de toucher le corps d’une façon qui provoque un sentiment de tendresse, de sensualité ou un plaisir sexuel, y a-t-il des différences entre ces trois façons de toucher le corps ?

La tendresse

La tendresse peut s’exprimer par la parole, mais elle appartient surtout au langage du corps. Elle est différente selon les personnes auxquelles elle s’adresse. La tendresse de la mère pour son bébé prolonge l’union corporelle primordiale de l’enfant, qui ressent les bras de la mère et tout son corps comme «notre petite maison2», le lieu de la sécurité et de la chaleur de l’amour.

Dans leur tendresse vis-à-vis des enfants qui grandissent, les parents leur donnent, dans la discrétion des gestes – plus prononcés chez le père – la certitude qu’ils sont toujours aimés. La tendresse du père pour son fils – la main qui enserre l’épaule – transmet un encouragement, un confiance en l’avenir. La tendresse de la mère, son instinct d’écoute, l’encouragement du regard, la chaleur de la main qui donne autant qu’elle s’appuie, sont pour l’adolescent qui devient le jeune homme l’approbation de la maturité qui se dessine. L’adolescente qui refuse d’être un bébé, tout en recherchant encore la caresse maternelle, cisèle l’affectivité qui a encore besoin de recevoir tout en apprenant à donner. La tendresse conjugale, bien spéciale dans les exigences des corps qui se donnent l’un à l’autre, plus exigeante dans l’authenticité des gestes, tisse chaque jour, non seulement pour l’aujourd’hui, la parité des sentiments, mais assure que ces sentiments sont toujours non seulement les mêmes, mais qu’ils sont devenus plus forts. Toutes ces marques de tendresse sont nécessaires et indispensables à chacun de nous pour grandir en humanité et pour assumer la vérité de l’être homme.


Le prêtre a besoin d’une tendresse, d’une amitié forte, aussi bien féminine que masculine, d’une tendresse que Jean Paul II qualifierait d’exigeante.


Le prêtre, l’homme de Dieu, celui qui lui est lié par le célibat sacerdotal, a-t-il besoin de tendresse ? Peut-il donner de la tendresse ? Il a, certes, besoin de tendresse, non seulement de la part de sa mère et de son père, de ses frères et sœurs, mais aussi de certaines personnes qui l’entourent. Il a besoin d’une tendresse, d’une amitié forte, aussi bien féminine que masculine, d’une tendresse que Jean Paul II qualifierait d’exigeante, et qui, pour emprunter son langage, ne laisse aucune place à la concupiscence, c’est-à-dire à la captation de la sensualité. Mais il a aussi besoin de la tendresse d’un enfant, fille ou garçon, qui se jette avec sécurité dans ses bras, qui s’assoit sur ses genoux, qui lui raconte ses jeux et ses bêtises. La tendresse de l’accueil apprivoise l’enfant qui, peu à peu découvre le mystère d’une autre paternité, témoin d’une autre relation. Le prêtre n’est pas son papa, il lui apprend autre chose. À travers le babillage de l’enfant, il guide avec délicatesse la conscience qui s’éveille à la réalité, du bien et du mal, devant Dieu. Peut-être l’enfant était-elle assise sur ses genoux, peut-être a-t-il déplacé apparemment sans convenance sa main sur sa cuisse, geste plutôt paternel. Ce qui est important, c’est le souci spirituel d’une véritable éducation de la conscience à la vérité et à la tendresse de Dieu, loin de toute culpabilité morbide ou de scrupule délétère.

Priver le prêtre et l’enfant de toute tendresse humaine, c’est faire souvent du prêtre une sorte de Lustucru qui corrige et enseigne, mais qui n’aime pas. À travers les paroles du Christ «Laissez venir à moi les enfants», le prêtre doit accueillir l’enfant sans visière et être maître de sa sensibilité et de son besoin de tendresse, lui donner le témoignage de l’infinie Bonté divine sans édulcorer les exigences de son amour3.

La sensualité

La tendresse sans exigence et sans un profond respect de l’autre conduit à la sensualité, et cette dernière, bien qu’elle soit «difficile à maîtriser», constitue une véritable richesse pour la personne4. Qu’est-ce que la sensualité ?

Avant d’entrer dans son analyse, il faut méditer ce court passage de l’Évangile selon Luc (Lc 7, 36-39) :

Un pharisien l’invita à manger avec lui ; il entra dans la maison du pharisien et se mit à table. Et voici une femme, qui dans la ville était une pécheresse. Ayant appris qu’il était à table dans la maison du pharisien, elle avait apporté un vase de parfum. Et se plaçant par derrière, à ses pieds, tout en pleurs, elle se mit à lui arroser les pieds de ses larmes ; et elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers, les oignait de parfum.

Prise en elle-même, cette scène de l’Évangile selon Luc est profondément sensuelle : étendu à la romaine sur un des lits qui entourent une table, Jésus a les pieds vers l’extérieur, facilement accessibles à ceux qui veulent les toucher. Une femme entre, on la laisse faire ; elle s’agenouille, et son visage arrive à la hauteur des pieds de Jésus. Elle se met à les arroser de ses larmes et à les oindre d’un parfum de haute qualité. Qui à notre époque ou même avant notre époque se laisserait faire ? Même le plus saint serait gêné devant une telle démonstration de sensualité. Tous se diraient au fond d’eux-mêmes : que fait-elle là ? Surtout elle ! Jésus, lui, ne fait pas un geste ! Il ne se soustrait pas à ces actes pour le moins déplacés. Que ressent-il en lui-même ? Il a tout de même un corps ! L’hôte, lui, est dans un certain malaise ! Il n’ose chasser cette intruse qui, dans sa propre maison, exécute ces gestes sensuels qui dépassent la mesure. On sait qui est cette pauvre femme ! Tous la connaissent. Certains parmi ces pharisiens l’ont peut-être fréquentée. En secret, bien sûr ! Mais lui, celui qui a la réputation d’être un homme de Dieu, un prophète, pourquoi la laisse-t-il faire ? Il a bien eu raison, se dit le pharisien5, de ne pas l’accueillir comme un homme de sa caste, comme un rabbi.

Jésus connaît bien le cœur de cet homme qui l’a invité pour le mettre à l’épreuve, mais qui ne lui a pas lavé les pieds, ne lui a pas donné de baiser, n’a pas répandu d’huile sur sa tête. Mais il voit aussi le cœur de cette femme. À travers ses «gestes déplacés», Jésus voit la vérité de sa sensualité qui brave tous les rejets, il voit son amour et la force de cette misère qui demande le pardon de tous ses péchés. Jésus voit la grandeur et la vérité des gestes. Oui, elle baigne les pieds de Jésus, les oint de parfum, les baise d’un baiser de sa bouche. Et, à tant d’amour, Jésus répond par un amour encore plus fort : «Tes péchés sont remis, Ta foi t’a sauvée, va en paix !» Rendue à elle-même, purifiée par l’Amour, elle sort la tête haute et laisse ce pauvre Pharisien complètement perdu entre son mépris, son ignorance et sa honte !

Qu’a fait Jésus ? Il a, certes, pardonné, mais en plus il a replacé la sensualité dans sa vérité : être la force de la Vie et de l’Amour !

Jésus et les gestes de la pécheresse
 

Qu’est-ce qu’un geste sensuel ?


Une perception sensorielle n’est jamais constituée du seul fait brut de la perception du sensible extérieur.


La sensualité est souvent été traitée avec méfiance. Dans une certaine casuistique morale, on l’assimilait non sans raison au plaisir sexuel éprouvé hors des actes conjugaux et même chez ces derniers, lorsqu’ils étaient accomplis en les séparant de leur finalité procréative naturelle. Bien qu’il ne soit pas faux que la sensualité soit impliquée dans ces sortes de comportements, il est difficile de ne l’impliquer que présidant à ces derniers et en conséquence de la concevoir comme fondamentalement péjorative, comme le lit de la concupiscence.

Les notions élémentaires de la sensualité

La sensualité est évidemment reliée à la sensorialité comme à sa cause efficiente. Elle émane de la perception du sensible, mais de façon accidentelle, dans la mesure où la perception de l’objet propre du sens [le chaud/le froid, le lourd/le léger, le doux/ le rude (toucher), les saveurs (goût), les odeurs (odorat), les sons (ouïe), les couleurs (vue)] est accompagné d’une émotion (sensation). Ces sensations sont très différentes chez l’homme et chez l’animal. Chez l’homme, non seulement elles font appel à tout l’appareil de la sensation interne – imaginaire, mémoire, cogitative (interprétation appréciative de ce qui est perçu) – mais, en plus, à la raison universelle. Il en résulte qu’une perception sensorielle n’est jamais constituée du seul fait brut de la perception du sensible extérieur.

La sensualité résulte donc de la perception de l’objet sensible et du faisceau complexe des émotions et des interprétations individuelles (cogitative) et raisonnable (intelligence). La sensualité ne dépend pas d’un seul sens – le toucher –, bien qu’il semble le plus concerné ; elle dépend de tous les sens : le goût (les habitudes alimentaires, auxquelles s’ajoutent les extras d’une cuisine raffinée), l’odorat (les odeurs naturelles et les parfums sophistiqués), les sons (le bruit, mais aussi la musique, la voix, véhicule de toutes les passions – séduction, colère, violence, etc.), les couleurs (les formes qu’elles révèlent, les paysages, les visages, etc.).

À tous ces éléments «matériels» de la sensualité s’ajoute un élément formel : le plaisir et, par conséquent, ce qui le précède : l’amour sensible, c’est-à-dire une connaturalité avec ce qui paraît bon, dont le contraire est la haine naturelle, le rejet de ce qui ne convient pas et ce qui suit, le désir de possession du bien et la fuite de ce qui est mal.

Compte tenu de tous ces éléments, on peut dire que la sensualité est, pour l’animal humain qu’est l’homme, un état de délectation qui envahit tout le corps et que l’on appelle le plaisir. Le corps éprouve un plaisir sensible, unifiant, envahissant, apaisant, reconstituant des énergies psychiques.


Si le plaisir constitue certains éléments du bonheur, il n’apporte pas le bonheur, lequel exige un agir humain total.


Cependant, dans l’unité organique et spirituelle qui constitue l’individu humain – la personne – le plaisir n’est jamais une finalité. S’il constitue certains éléments du bonheur, il n’apporte pas le bonheur, lequel exige un agir humain total, c’est-à-dire un agir qui apporte à l’homme la perfection de ce qu’il est. Le plaisir ne doit pas être objet de mépris, car il ordonné à faciliter les actes vitaux dont l’homme n’est pas dispensé. S’il n’y avait aucun plaisir à manger, on ne mangerait pas ou très peu ! S’il n’y avait aucun plaisir à poser les actes de la procréation, l’être humain ne se multiplierait pas et si, dans les relations conjugales, il n’y avait aucun plaisir sensuel, l’homme et la femme ne chercheraient pas à s’unir corporellement pour trouver un instant de volupté qui chasse les tristesses et redonne le courage de vivre. Et s’il n’y avait pas la joie de découvrir la vérité, la joie d’accomplir un vrai travail, qui étudierait, qui travaillerait ?

L’homme ne vit pas seulement de pain ! Mais il ne vit pas non plus seulement de joies spirituelles ! Il a besoin des joies sensibles, dont l’ensemble forme la sensualité6.

L’ambiguïté du geste sensuel

Les gestes sensuels concernent surtout les deux sens du toucher et de la vue. À un moindre effet et souvent comme créateur d’ambiance ou rappel d’un souvenir, l’ouïe est sollicitée : la musique (certaines musiques réveillent des souvenirs sensuels ou préparent à des gestes sensuels, et les parfums peuvent avoir un effet souvent efficace pour exciter la sensualité. Mais à tout prendre, ce qui est terminal, c’est le toucher du corps.

Le geste sensuel n’est pas en lui-même une agression sexuelle, ni même un acte sexuel, mais ils peuvent l’y préparer. Ils ne sont pas toujours interdits ou déplacés, parce qu’ils seraient défendus aux époux et même aux fiancés ! Même légitimes et naturels, comme les caresses que prodigue une maman à son bébé, ils peuvent être, s’ils sont excessifs, mauvais pour l’enfant. Entre des personnes consacrées, certains gestes sensuels sont imprudents. Entre des adultes non mariés, ils peuvent être équivoques. Pour un prêtre et pour toute personne adulte vis-à-vis des enfants, des adolescents et même des adultes, ils sont toujours interdits dans la mesure où ils visent une excitation sexuelle. Mais ils sont pas des agressions sexuelles. Quelle est la différence ?

Ils ne ciblent pas une partie du corps

Un geste n’est pas sensuel par la partie du corps sur laquelle il opère. Il n’est pas sensuel parce qu’on touche la cuisse, de sorte que si l’on descend aux genoux, il devient autre. Il n’est pas sensuel parce qu’il effleure les seins, les fesses, etc., la nuque ou les épaules et les organes génitaux. La partie du corps a une certaine importance, mais ce n’est pas ce qui rend ce geste sensuel.

Pour mieux comprendre : un homme peut caresser la main d’une femme d’une façon très sensuelle : il commence par le dessus, tourne ensuite sa paume contre celle de la femme, lui caresse les doigts un a un, monte un peu vers le poignet, redescend vers la paume. Si la femme n’a pas retiré brusquement ou gentiment sa main, il comprend qu’elle y prend un plaisir et qu’elle accepte. Encouragé, il continue, et il sent qu’il brise une à une les défenses de la femme. Plus elle se laisse faire, plus l’avant-bras, le bras, le cou, la nuque deviendront des cibles de ses gestes. Et, peu à peu, les regards se croisent, les bisous deviennent des baisers, les mains affleurent les seins et, aujourd’hui ou demain, le reste suit ! Quelle est l’intention de ce charmeur ? Créer chez la femme, celle qu’il courtise, un climat sensuel qui lui fait perdre la maîtrise d’elle-même, afin de lui permettre de procéder à des gestes plus directement sexuels. Et pourtant, au point de départ, il n’y a que la main – qui n’est pas un organe génital – qui est engagée !

Les gestes qui touchent le corps sont sensuels


Les gestes qui s’adressent au corps en vue de donner un plaisir qui chasse la tristesse sont tous des gestes sensuels puisqu’ils viennent d’une perception sensible.


Le comportement que je viens de décrire est celui d’un geste sensuel à finalité érotique. Je définirai le terme «érotique» un peu plus loin. Les gestes qui s’adressent au corps en vue de donner un plaisir qui diminue ou chasse la tristesse, c’est-à-dire la souffrance sensible intérieure sont tous des gestes sensuels puisqu’ils viennent d’une perception sensible et agissent sur les sens en vue de provoquer un plaisir sensible. Ce plaisir peut être la certitude d’une présence et donner un sentiment de sécurité ; il peut être une consolation, une amitié affectueuse, une marque d’attention, un encouragement, une caresse, ou une demande. Ils peuvent aussi préparer le corps à une excitation sexuelle. En soi, moralement, ils sont neutres.

Ils acquièrent cependant une valeur morale très importante selon l’intention de la personne qui les pose et l’acceptation plus ou moins consciente de celle qui les reçoit. Ainsi, par exemple, poser sa main sur la cuisse d’une enfant de 7 ou 8 ans peut-être un authentique geste paternel ou grand-paternel. C’est une marque d’affection privilégiée qui ne sera pas celle que le même papa donnera à son fils du même âge. Faire le même geste à une jeune fille de 18 ans, si elle est sa fille, peut demeurer encore un geste d’affection selon le degré d’intimité qu’il y a entre elle et son père, mais devient véritablement inconvenant et provocateur si c’est l’amie de sa fille. On ne peut donc pas à la seule observation d’un geste sensuel déterminer quelle est sa valeur morale et même ce qu’il est. Parler d’un «abus sexuel», et même d’un «harcèlement sexuel» parce qu’il y a eu un «toucher au corps» devient un véritable abus de langage. Une main sur la cuisse n’est pas un abus sexuel.

Par contre, l’habitude de gestes sensuels qui sont voulus pour provoquer chez l’autre, homme ou femme, un climat intérieur de désir d’excitation sexuelle ou entretenir en soi par des images, des lectures, des films ou d’autre moyens visuels ce même désir, cela provoque une sensualité désaxée qui, selon l’expression de Jean Paul II, «fait le lit de la convoitise de la chair», selon l’expression employée dans la première épître de Jean (1Jn 2, 16) et que Jean Paul II appelle, une «attitude de jouissance camouflée dans la volonté7». Ce n’est pas la sensualité en tant que telle qui conduit à ce désordre grave, c’est l’égoïsme moral de l’homme. Il s’agit d’une trahison des valeurs morales, et non d’un comportement propre à l’affectivité. Dans l’ordre de l’agir humain, la sensualité n’est pas un désordre ni un péché, elle est une force dont l’accomplissement est le véritable amour humain qui atteint sa perfection dans l’acte mutuel des époux, dont l’amour se traduit par l’un des actes les plus nobles de la personne humaine : le don de la vie.


Même pour les personnes consacrées, la sensualité devient une véritable force de l’amour quand elle les dispose à des actes qui ne peuvent se faire sans l’élévation des émotions et des passions.


Au contraire, même pour les personnes consacrées, la sensualité devient une véritable force de l’amour quand elle les dispose à des actes qui ne peuvent se faire sans l’élévation des émotions et des passions. On ne console pas avec froideur ; on pardonne pas avec indifférence ; on ne secourt pas sans compassion ; on n’enseigne pas sans ardeur et admiration ; on n’aime pas Dieu si l’on n’en jouit pas !

Qu’est-ce qu’un geste d’abus sexuel ?

Les désordres, qui peuvent être graves, de la sensualité conduisent à des abus sexuels de toute sorte et non seulement à des abus sexuels sur mineurs. Mais avant d’aborder cette question, il faut d’abord montrer le lien normal entre sensualité et sexualité.

Qu’est-ce que l’acte sexuel ?

L’acte sexuel implique une union physique entre le corps de l’homme et celui de la femme, acte dont la nature est formellement procréative. Cet acte est véritablement sexuel lorsqu’il n’a pas été mutilé par la volonté humaine, c’est-à-dire rendu infécond par un processus extérieur quel qu’il soit. Cet acte sexuel a des conditions particulières pour que sa valeur morale soit parfaitement sauvegardée :

  • 1° C’est un acte exclusivement réservé aux époux.
  • 2° Ce doit être un acte d’amour, c’est-à-dire qu’il doit venir d’un don libre et responsable de la part de l’homme et de la femme.
  • 3° C’est un acte du corps et, par conséquent, il implique une vraie disposition des corps, dispositions qui est à la «charge» de la sensualité, c’est-à-dire à tous les actes qui permettent cette heureuse union des corps en vue de devenir une seule chair.

Les désordres de l’acte sexuel

Ces désordres sont très nombreux et souvent bien connus, tout en étant de plus en plus niés. Les cas d’abus ou d’agression sexuelle ne se présentent pas que vis-à-vis des mineurs. L’homme masculin peut abuser de la femme, et même de la sienne ! La femme aussi, d’une autre manière, peut mépriser la sexualité de son mari ou la provoquer outre mesure. Le but de cet article n’est pas de traiter de tous ces abus. Ni même de traiter de l’adultère, qui n’est pas une faute contre le sixième commandement, mais contre la justice, une trahison de la fidélité et de la parole donnée.

Regardons les actes de la sensualité qui conduisent à l’abus sexuel.

Les actes sexuels d’abus sur mineurs

Le comportement «normal» d’une relation sexuelle commence par la perception dans le corps de l’un et de l’autre d’une excitation sexuelle. Si le signe est évident pour l’homme quand il sent monter en lui la tension érectile ; il lui faut l’accepter et la maintenir. Et cela ne dépend pas du taux hormonal, mais, dans le comportement de l’homme en bonne santé, de son consentement à cette excitation. En ce qui concerne la femme, le signe réel du consentement du corps est la lubrification du vagin8. Cette distinction est importante non seulement pour aider les couples à vivre sa vie conjugale, mais, ici, pour comprendre la différence entre un geste sensuel et un attaque sexuelle.


Une agression sexuelle signifie que celui qui, au travers des attouchements qu’il prodigue, cherche à provoquer chez l’autre les premiers signes de l’excitation sexuelle.


Une agression sexuelle signifie que celui qui abuse d’une autre personne, mineure ou majeure, doit au travers des attouchements qu’il prodigue, chercher à provoquer chez l’autre les premiers signes de l’excitation sexuelle et non seulement le plaisir vague qui accompagne l’éveil de la sensualité. Encore faut-il que la personne soit pubère et qu’elle soit devenue suffisamment consciente de ce qui se passe dans son corps. Cependant, surtout chez la jeune fille, encore peu expérimentée au sujet des réactions corporelles, il peut y avoir cette lubrification du vagin sans qu’elle l’identifie comme signe d’une excitation sexuelle. Ou encore des érections spontanées chez l’adolescent qui ne sait pas toujours interpréter le phénomène alors qu’il ne se sent pas stimulé sexuellement. Cette ignorance ne signifie pas l’absence du signe, mais l’absence d’une éducation sexuelle adéquate qui empêche de réagir alors qu’il est encore temps ! On ne dira jamais assez jusqu’à quel point une vraie et complète éducation de la sexualité est nécessaire pour les pré-adolescents.

Mais si cela est, qu’en est-il de l’acte du pédophile qui s’attache principalement à des enfants pré-pubères et qui, même après une relation constante avec cet enfant, le laisse tomber dès les premières éjaculations ou dès l’apparition des règles. De plus en plus, on le sait, la relation du pédophile à l’enfant pré-pubère n’est pas une relation sexuelle, même si les organes de la génitalité sont intéressés. Cela ne veut pas dire que ce n’est pas grave ! C’est sérieusement très grave ! On ne sait pas encore quelle est la motivation profonde qui pousse le pédophile à chercher dans l’enfant non une complicité sexuelle, mais un plaisir sensuel dénaturé. Mais, pour nous, cela nous engage à modifier nos jugements. La pédophilie est une paraphilie qui pousse un adulte à rechercher une jouissance sensuelle génitale dénaturée avec un enfant pré-pubère. Mais les relations sexuelles réelles avec un adolescent pubère, une fille qui a ses règles et qui est capable de lubrification du vagin, un garçon qui est capable d’une éjaculation, cela n’est pas une relation de type pédophile. C’est une agression sexuelle sur mineur, laquelle peut être homosexuelle, incestueuse, masturbatoire. Il faudrait cesser d’appeler pédophile une relation avec un jeune auquel la loi ne reconnaît pas la maturité sexuelle, c’est-à-dire la responsabilité d’un consentement, pour se dispenser d’appeler par leur nom toutes ces formes d’agressions sexuelles qui se produisent même avec des adultes.

Les actes d’abus sexuels ne sont pas érotiques

L’acte sexuel entre adultes ne donne pas lieu à des gestes uniquement sensuels, ni même uniquement sexuels. Ce sont des actes d’une joie spéciale qui est «érotique». Autrement dit, ce sont des actes d’amour qui sont consentis, voulus et acceptés par des personnes libres et responsables, et qui ont pour but le don mutuel de l’une à l’autre dans la joie du don de leur propre corps. C’est le sens de l’Éros, de cet amour qui sort de soi-même pour aller vers l’autre, l’enrichir du don de sa personne, l’aimer plus que la jouissance qu’elle provoque, le rendre plus parfait.

Dans sa première encyclique, Deus Caritas est, Benoît XVI avait parlé de cet Éros comme le sens fondamental et parfait de l’amour humain : «Mais ce n’est pas seulement l’esprit ou le corps qui aime : c’est l’homme, la personne, qui aime comme créature unifiée, dont font partie le corps et l’âme. C’est seulement lorsque les deux se fondent véritablement en une unité que l’homme devient pleinement lui-même. C’est uniquement de cette façon que l’amour – l’Éros – peut mûrir, jusqu’à parvenir à sa vraie grandeur9». Cet Éros trace la limite entre la sensualité et la grandeur de la sexualité.


La sexualité humaine doit dépasser cette sensualité, non pour s’en affranchir, ni pour la sublimer, mais pour un acte sexuel profondément humain.


La sensualité est une force, mais elle demeure une disposition du corps. La sexualité humaine doit dépasser cette sensualité, non pour s’en affranchir, ni pour la sublimer, mais pour un acte sexuel profondément humain. Il doit devenir «don», Éros, qui se livre à l’être aimé non pour en jouir, mais pour le rendre plus grand, meilleur. C’est là le véritable sens de l’acte sexuel conjugal, sens qu’exprime encore confusément la Genèse lorsqu’elle intime aux «premiers parents» de croître et de se multiplier en devenant une seule chair (cf. Gn 2, 24). Si l’acte sexuel, même légitime, ne dépasse pas les limites de la sensualité, s’il ne devient pas érotique au sens d’une plénitude de l’amour, il se replie souvent sur de multiples recherches de jouissances sensuelles et perd peu à a peu sa qualité d’union des sexes, comme la recherche d’un certain «divin».

Il est évident qu’aucun acte d’abus sexuel sur mineur ou même sur majeur n’atteint cette dimension de l’amour érotique. Si l’acte dépasse l’unique sensualité pour devenir sexuel, le sexuel seul, le sexuel sans l’Éros, devient une véritable agression, une caricature, une trahison. Ce n’est pas uniquement entre un adulte et un enfant pré-pubère ou pubère, comme si, une fois passé l’âge de 18 ans, on pouvait consentir à des actes qui détruisent la vraie sexualité. C’est dans l’acte lui-même, consenti ou imposé, que se trouve la véritable destruction de la sexualité.

Qu’on attaque un enfant ou un mineur, c’est un crime. Mais plus on détruira la vérité de la sexualité, plus on détruira la qualité de l’Éros entre l’homme et la femme, plus on attaquera l’être humain qui, de sa petite enfance jusqu’à l’âge adulte n’aura jamais été témoin et sujet d’un amour véritable et généreux entre ceux qui l’ont appelé à vivre et qui souvent l’on fait, pour eux, pour profiter de sa tendresse, plus on créera des demandes de cette vérité de l’Éros chez des adultes qui régressent vers l’enfant pour trouver ce qui leur a si cruellement manqué quand ils étaient encore ce petit être qui demandait à être aimé pour lui-même. Mais cette quête d’un Éros absent est vouée à l’échec. Et cet échec n’est pas uniquement celui du pédophile, encore moins celui de l’Église. Cet échec est le crime de l’humanité maintenant !

Aline Lizotte

 


1 – Il faut lire le livre de Paul Bensussan et Florence Rault, La dictature de l’émotion, éditions Belfond, 2002.

2Cf. Jean-Marie Delassus, Penser la naissance, Dunod, 2011, chap. 11, pp. 762-769.

3 – «Devant la prolifération des accusations contre les prêtres et les professeurs, on en arrive à considérer comme règle de prudence ces conseils donnés aux professeurs : à l’heure actuelle, le seul moyen de ne pas s’exposer est sans doute de rester très en retrait. En ces temps de soupçon permanent et généralisé, il est préférable rester «poliment distant» et de ne pas trop s’investir. Les enseignants commencent à intégrer ces principes de «prudence». Ils hésitent aujourd’hui à consoler un enfant qui pleure ou à lui prodiguer des marques de tendresse. Ceux qui tombent en cours d’éducation physique se relèvent tout seuls. La familiarité et l’affection, parce qu’elles risquent d’être mal interprétées, ne sont plus de mise. Il est recommandé de ne pas s’occuper des élèves en dehors des cours, ni de leurs familles, même si celles-ci sont défaillantes auprès de leurs enfants. Mieux vaut ne pas retenir un élève après la classe et éviter de rester seul avec l’un d’entre eux. Les jours de congé, il est préférable de profiter de son temps libre plutôt que de se consacrer à ses élèves, au risque d’être soupçonné d’un intérêt qui dépasse celui de la stricte pédagogie.» (La dictature de l’émotion, op. cit., pp.54-55)
On s’inspire de ces conseils pour imposer une règle de comportement aux prêtres. Mais si l’enfant n’a plus aucune communication de tendresse de la part du prêtre, comment celui-ci pourra-t-il devenir le signe de la tendresse de Dieu ? Dans quelle dictature sommes-nous tombés ! Qui nous en sortira ?

4 – Cf. Karol Wojtyla, Amour et responsabilité, chap. II, VIII, Analyse de la sensualité.

5 – Les pharisiens étaient un groupe religieux et politique particulier de Juifs fervents qui apparurent au début de l’époque hasmonéenne, aux environs de 150 av. J.-C. L’époque était favorable et, pour eux, le danger de l’hellénisation du peuple l’était encore plus. Ils insistaient sur l’étude zélée et la pratique de la Loi mosaïque, l’observation attentive des obligations légales dans les domaines concrets de vie tels que la dîme, les lois de pureté (concernant surtout la nourriture, la sexualité et l’attitude vis-à-vis des morts). Non seulement ils tentaient de réintroduire une stricte observance des attitudes légales, mais ils mettaient en place des théories pour les justifier. (Voir, John Paul Meier, Un certain juif, Jésus, t. III, Les données de l’Histoire, pp. 195-250)

6Cf. Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, Ia-IIae, q. 38.

7 – Karol Wojtyla, Amour et Responsabilité, chap.III, V, Le vrai sens de la chasteté.

8Cf. W. H. Master & V. E. Johnson, Les réactions sexuelles, traduction Francine Fréhet et Marc Gilbert, Robert Laffont, 1968, p. 99 ss.

9Benoît XVI, Deus Caritas est, n° 5.

 

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