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Le temps long

Les services de renseignement avaient prévenu le Gouvernement. Après plus de deux mois de confinement, ils s’attendaient à une vague de violence pour la rentrée. Elle déferle plus tôt que prévu. De son côté, le chef de l’État, dans son discours du 14 juin aux Français, annonce une réorientation profonde de sa politique. L’heure n’est plus à la mondialisation heureuse. Priorité est donnée à la relocalisation de nos industries stratégiques et à notre indépendance technologique, numérique, industrielle et agricole.

Certains penseront qu’Emmanuel Macron brûle ce qu’il a adoré et adore désormais ce qu’il avait brûlé. Peu importe. Dans tout cela, presque rien d’imprévu. La crise a mis en pleine lumière les qualités et les défauts de nos sociétés, les dysfonctionnements de l’État et des inégalités évidentes. Nous en sortons relativement épargnés, mais meurtris. Il fallait en tirer les leçons. Affronté aux critiques, le chef de l’État, crédible ou non, l’a fait. Il est dans son rôle. À droite comme à gauche, nous entendons les habituels «Y a qu’à, et si cela ne doit pas, y a qu’à faire faire !». L’opposition aussi est dans son rôle.


Au milieu de la relativité des événements, n’ayons donc pas une espérance trop temporelle.


Mais méfions-nous des raccourcis péremptoires qui nourrissent chez certains le ressentiment et la violence. Ne rêvons pas. La convalescence prendra du temps. Or ce sens du temps long n’est pas la première qualité de notre époque. Le printemps du Moyen Âge, le XIIIe siècle, qui fut en un sens l’apogée – relatif – de la civilisation chrétienne, s’est construit très lentement. Il a demandé plusieurs siècles parcourus d’innombrables drames, et il a connu son lot de conflits.

Nous pensons aujourd’hui que l’histoire s’accélère. C’est vrai que, depuis la dernière guerre mondiale, le monde a plus changé que depuis des millénaires. Nous sommes en face de problèmes qu’aucun de nos ancêtres ne pouvait imaginer. Une civilisation s’efface, un nouveau monde émerge. Mais il ne verra pas son épanouissement dans les mois ni même les années qui viennent. C’est une affaire d’une ou plusieurs générations.

Au milieu de la relativité des événements, n’ayons donc pas une espérance trop temporelle. «Le Rédempteur de l’homme, Jésus Christ, est le centre du cosmos et de l’histoire» proclamait Jean Paul II dans sa première encyclique . Nous ne sommes pas la mesure de toute chose. L’homme ne fait qu’inscrire le plan de Dieu dans la réalité, et c’est Dieu qui construit l’avenir dans la modestie de chacune de nos vies, pour l’éternité. Que la paix soit donc dans nos cœurs !

Thierry Boutet

 

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