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Bouton de la Rubrique Grand Angle

Vers une fusion des deux formes du rite romain ?

Le 7 mars 2020, le cardinal Luis Ladaria Ferrer, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dans une lettre accompagnée d’un questionnaire adressée à tous les présidents de conférences épiscopales, demandait aux évêques du monde entier, au nom du pape, d’évaluer la situation actuelle de la forme extraordinaire de la messe (voir dans la rubrique Grand Angle du 30 avril 2020) et de lui envoyer leurs réponses avant le 31 juillet : «Treize ans après la publication du motu proprio Summorum Pontificum1 du pape Benoît, Sa Sainteté le pape François souhaite être informé de l’usage actuel du motu proprio susmentionné. Vous trouverez ci-joint un questionnaire qui doit être envoyé à tous les évêques et qui contient neuf questions, dont “Quelle est la situation dans votre diocèse en ce qui concerne la forme extraordinaire du rite romain” et “Quels sont les aspects positifs ou négatifs de l’utilisation de la forme extraordinaire du rite romain selon vous ?”»

Rite extraordinaire romain

La congrégation souhaite également évaluer l’influence de Summorum Pontificum «dans la vie des séminaires» et savoir si des formes antérieures au concile Vatican II sont actuellement utilisées dans des célébrations autres que la messe (enterrements, mariages, etc.).

Cette enquête a été ressentie dans beaucoup de milieux traditionalistes comme une menace pour la forme extraordinaire. A contrario, 130 théologiens ont envoyé une lettre ouverte de protestation, dans laquelle ils affirment qu’il est inutile de continuer à publier des décrets pour «réformer un rite qui a été composé dans le passé et qui est stagnant, cristallisé, sans vie et inefficace».

Pour le cardinal Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens et expert en liturgie, interrogé dans le Tagespost du 27 mai au sujet de ses propos dans le numéro de juin de la revue Herder-Korrespondenz (Correspondance Herder), le but du pape François était simplement d’acquérir une connaissance plus approfondie de la situation, afin de voir le chemin à suivre. Il précise : «Une réconciliation des deux formes serait souhaitable afin qu’à un moment donné dans l’avenir, nous n’ayons qu’une seule forme comme synthèse. Le moment où cela réussira dépend en fin de compte des résultats de l’enquête que le pape François a lancée».

Mgr Koch souligne d’autre part que Benoît XVI savait très bien que l’on ne peut pas prescrire un nouveau mouvement liturgique, mais que cela nécessite un processus de croissance, comme il l’avait déjà formulé en l’an 2000. C’est en effet ce qu’il avait dit au journaliste Peter Seewald dans le livre d’entretiens Dieu et le monde : «Si de là se développe une sorte de mouvement de l’intérieur et que celui-ci n’est pas simplement mis en avant, alors il viendra2».

Comme le terme «réforme de la réforme» utilisé par le pape Benoît à l’époque n’a pas été compris par beaucoup, «mais mal compris dans le sens où maintenant, en quelque sorte, une nouvelle forme de rite devait être développée, j’ai délibérément évité ce terme», explique encore Mgr Koch. Il voit tout comme Benoît XVI «une synthèse possible non pas dans le sens d’une nouvelle réforme liturgique, mais sur la base d’une croissance intérieure du fidèle. C’est pourquoi j’ai consciemment parlé de « grandir ensemble ». Mais dans la situation polémique actuelle, ce n’est guère possible »», a-t-il déclaré.

Le prélat a admis qu’une fusion des deux rites prendrait probablement beaucoup de temps et exigerait beaucoup de patience.

Rédaction SRP

Photo : Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Sources : Die Tagespost, The Tablet


1 – 1. En 2007, par le «motu proprio» Summorum Pontificum, le pape Benoît XVI autorisait canoniquement la tenue de la forme extraordinaire du rite romain, autrement dit la messe en latin selon le missel de 1962.

2 – 2. Peter Seewald, Gott und die Welt (Dieu et le monde), publié en français sous le titre Voici quel est notre Dieu. Croire et vivre aujourd’hui. Conversations avec Peter Seewald, en 2001 (Plon/Mame, traduction de Joseph Burckel), p. 358.

 

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