Cours à l'institut Karol Wojtyla
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Si vous consultez le dictionnaire Larousse en ligne, vous trouverez cette définition de l’anthropologie : «Étude de l’homme et des groupes humains. Théorie philosophique qui met l’homme au centre de ses préoccupations.» À l’Institut Karol Wojtyla, ce même mot reçoit une définition autrement plus lumineuse, dans la grande tradition de la philosophie réaliste et dans le sillage de Karol Wojtyla. Aline Lizotte, fondatrice de l’IKW, vous invite à cette découverte.

L’Association pour la formation chrétienne de la personne (AFCP) est née en 1992. Mais ce n’est qu’en 2011 que nous avons demandé à l’évêque du Mans, Mgr Yves Le Saux, un titre canonique. Il a, bien entendu, posé quelques conditions, entre autres celle d’une convention avec une université catholique. Mais à quel titre fallait-il demander cette convention ? Cette recherche a trouvé une réponse : il fallait fonder un institut, qui s’appellerait «Institut Karol Wojtyla», et qui donnerait une anthropologie adéquate à l’accompagnement de la personne.

Grâce à l’appui de dominicains amis, nous nous sommes tournés vers l’Université catholique de Toulouse, avec laquelle nous avons passé une convention. Du fait que l’Institut était un organisme de formation, sous les conseils d’un canoniste dont l’autorité n’était plus à faire, nous avons demandé à notre évêque le titre canonique d’Association publique de fidèles. C’est beaucoup plus exigeant, mais cela ordonne notre apostolat dans l’Église et en fixe les finalités. Nous travaillons pour l’Église, en elle et par elle.

Cela dit, qu’avons-nous fait à l’Institut Karol Wojtyla ? Nous en sommes maintenant à notre huitième année et, peu à peu, l’enseignement s’est structuré. Possédant un doctorat canonique de l’Université Laval de Québec (Canada), où j’ai pu recevoir l’enseignement d’éminents maîtres (Mgr Maurice Dionne, Charles De Konink, Jacques de Monléon et d’autres), une passion m’a toujours habitée : être au service de la vérité, enseigner la vérité et la transmettre. Cependant, certains diront : y-a-t-il une vérité ?


Karol Wojtyla récuse totalement le cogito cartésien pour retrouver, d’une façon réaliste, le sens de l’être et, au-delà, le sens du bien et du mal.


Poser cette question à quelqu’un qui a reçu une formation très exigeante dans la philosophie aristotélicienne et thomiste, semble loufoque ! C’est ici qu’une troisième influence entre en jeu, celle de Karol Wojtyla, devenu Jean Paul II. On en fait souvent un phénoménologue égaré dans la philosophie thomiste, parce qu’il met l’accent sur la conscience. Mais ce qu’il appelle ainsi n’est pas le cogito Husserlien, qui donne un sens personnaliste aux phénomènes de la perception. En effet, Karol Wojtyla récuse totalement le cogito cartésien et toutes les formes de subjectivisme philosophique qui en découlent, pour retrouver, d’une façon réaliste, le sens de l’être et, au-delà, le sens du bien et du mal1.

Autrement dit, il faut revenir à une philosophie de l’«être». Et, s’il y a une philosophie de l’être, il y a une vérité que l’intelligence peut recevoir en elle. Car le vrai n’est rien d’autre que l’adéquation de l’intelligence à l’être.

L’adéquation n’est pas l’intuition

Cependant, l’adéquation n’est pas l’intuition. Nous ne trouvons pas cette adéquation de notre intelligence à la réalité extérieure en saisissant comment nous pensons le réel. Certes, l’intelligence a des premiers principes qu’elle formule «spontanément» : «Une chose ne peut pas être et ne pas être, en même temps et au même point de vue» (Socrate ne peut pas être assis et ne pas être assis, en même temps et au même point de vue).

Mais ce principe, le principe de contradiction – le premier dans l’acquisition du savoir –, vient de l’expérience très commune et s’appuie sur la perception sensible. Encore faut-il récuser le point de départ cartésien que «nos sens nous trompent», alors qu’en fait, nous les utilisons tous les jours pour vivre, nous déplacer et poser tous les actes vitaux élémentaires. Venant de l’expérience, ce principe et tous les autres – les premiers principes – ne sont pas intuitifs, ils appartiennent à la connaissance commune que tout homme exerce pendant toute sa vie.

La vérité s’acquiert et se développe dans l’intelligence

Apprendre, c’est acquérir la vérité. Dès que l’enfant commence à «lire», il faut que les mots que ses yeux voient et que sa bouche prononce correspondent – soient adéquats – aux signes imprimés. Mais, pour qu’ils aient pour lui un «sens», il faut que le son de voix corresponde à quelque chose qu’il a dans son intelligence et qu’il a déjà reçu par son expérience et, plus encore, par une connaissance universelle qui abstrait du perceptif l’essentiel de ce qui est individuellement et sensiblement perçu.

Le mot écrit lui rappellera non pas uniquement une sensation, comme le nom du chien lui fait exécuter des gestes liés aux sensations auditives, mais une conception qui est présente et qui, unie à d’autres conceptions, lui apprendra à mieux connaître ce qu’est un chien. De la petite lecture de son enfance, il passera graduellement à une meilleure connaissance du chien tel que la biologie des animaux ou l’éthologie la lui apprendront. Tout le champ du savoir humain lui est ouvert, mais il ne pourra pas acquérir tout le champ possible du savoir humain !

La philosophie n’est pas une science spéciale, mais une science universelle

Aujourd’hui, quand on parle de philosophie, on parle souvent de l’histoire de la pensée, pour autant que cela soit intéressant ! On parle plus individuellement du choix personnel de l’expression de son «cogito» ; on expose avec force mots ésotériques le «je pense» qui est mon moi détaché de toute soumission au réel. Mais, pour ne pas verser dans l’incongruité du métaphorique, il faut bien se «prouver à soi-même» et aux «autres» que ce «cogito» a un sens que le réel peut «supporter», c’est-à-dire en être le suppôt.


Aujourd’hui, quand on parle de philosophie, on parle souvent de l’histoire de la pensée, pour autant que cela soit intéressant !


Ainsi, on peut avoir une vision marxiste du réel, une vision freudienne, une vision kantienne, une vision hégélienne. Le principal est de montrer qu’elle est rationnellement cohérente, c’est-à-dire que l’enchaînement des concepts découle logiquement des principes de base arbitrairement choisis. Chaque philosophe moderne ou contemporain peut avoir une vision différente du réel. Ces visions se complètent ou elles se nient l’une et l’autre. Mais aucune ne peut être dite «vraie», parce qu’aucune ne cherche à être «adéquate» au réel. Elle n’a de justification que dans la mesure où elle est cohérente aux principes qui commandent le «système», lesquels sont arbitrairement choisis !

C’est pourquoi, il n’y a pas de vérité, il n’y a que des visions personnelles des plus grandes notions qui marquent la vie humaine : qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce que la liberté ? Et surtout, y a-t-il un bien ou un mal ? Quand, comme on l’a vu dans les luttes sanglantes du XXe siècle, il a été possible au nom du «système» d’éliminer des strates entière de personnes humaines, la question du bien et du mal se pose de façon angoissante. S’il n’y a pas de vérité, il n’y a pas de bien et de mal objectifs. Et si le bien et le mal n’existent pas, toute tyrannie, tout despotisme est possible, pourvu qu’il ait la force de se maintenir. À quel prix ?

Si elle s’appuie sur le réel, la philosophie ne peut pas devenir un système laissé au libre choix des «ego». Car le réel, lui, est immuable ! On ne change pas la nocivité d’une pandémie. On s’en protège. Et il vaut mieux être adéquat à ce réel-là !

La philosophie n’est pas une discipline unifiée et systématique

La philosophie qui nous vient d’Aristote n’est pas un système de pensée déductif, comme la déduction mathématique de Descartes, le rationalisme de Kant, la dialectique de Hegel et celle de Marx. La philosophie qui nous vient d’Aristote ne s’appelle pas «la Philosophie». Elle se nomme soit «Logique» ou Science des «intentions secondes», c’est-à-dire connaissance des «instruments naturels à la raison» pour parvenir à la connaissance du vrai. Elle se nomme aussi «Science de la nature», qui part des notions communes du mouvement pour s’étendre jusqu’au vivant qu’est l’homme. Elle a aussi le nom de «Métaphysique», pour parvenir à la connaissance ardue des principes de l’être. Elle est aussi «Science pratique», avec l’étude des principaux fondamentaux de l’agir humain en vue d’aider l’homme à bien agir conformément à sa nature et à son mode d’exister – il est une personne –, librement et selon la vertu. C’est l’Éthique. Mais c’est aussi la «Politique», la connaissance des régimes politiques et de leur ordonnancement au Bien commun, une notion qui est presque disparue dans sa vérité et son efficacité de toute pensée politique de notre époque.

Polyvalente dans ses approches, la philosophie aristotélicienne, que saint Thomas d’Aquin a longuement et largement commentée, l’est en raison de la diversité du réel. L’Aquinate ne l’a pas uniquement utilisée pour bâtir ses arguments théologiques ; il l’a connue pour elle-même et s’en est réjoui. Pour sa propre joie, et pour notre bien à tous !

L’Institut Karol Wojtyla n’est pas une faculté de philosophie

L’institut que nous avons fondé ne prétend pas être une faculté de philosophie. Il est avant tout un institut qui dispense une anthropologie, c’est-à-dire une connaissance de l’homme en tant qu’il est une personne libre et responsable, ordonnée à une finalité transcendante, issu d’un vouloir du Créateur et trouvant son bonheur complet en Lui.


L’institut Karol Wojtyla dispense une anthropologie, c’est-à-dire une connaissance de l’homme en tant qu’il est une personne libre et responsable.


Mais l’homme, si belle que soit cette création, vit dans un univers conditionné. Il a un corps qui a besoin d’un environnement naturel pour vivre bien, même s’il est citadin. Il est, par ce corps, soumis à tous les conditionnements de ses perceptions et de ses émotions, à des façons de sentir, de choisir, d’aimer, d’avoir peur, de haïr, de travailler, bref de vivre, qui peuvent faire douter qu’il a bien une vérité de l’homme et une justesse des principes de son agir qui touchent au bien et au mal. Si l’on passe sur ce qui est universel pour l’homme, on tombe dans l’absolu des conditionnements souvent contradictoires qui se heurtent, créent des conflits et entraînent des événements souvent graves, des luttes meurtrières, qui peuvent même mener à des génocides.

Il faut donc connaître l’homme non seulement dans une vision philosophique universelle, non seulement au travers des différents penseurs qui jalonnent les doctrines éthiques et politiques, mais aussi en recevant des sciences humaines expérimentales des observations intéressantes qui, dans la certitude des données philosophiques, permettent une connaissance plus adéquate – plus vraie ou vraisemblable – des contextes humains.
C’est ce que cherche à donner, en tâchant de s’améliorer d’année en année, l’Institut Karol Wojtyla.

Si vous cherchez la vérité sur l’homme, si vous acceptez de gravir la colline du savoir malgré l’effort, le travail, la souffrance qu’entraîne inévitablement la recherche d’une vérité contemplée, si vous êtes soutenu par l’admiration qui permet d’être sûr que cette vérité existe réellement, qu’elle se laisse approcher pourvu qu’elle soit aimée, venez nous rejoindre. Nous n’avons pas la vérité. Nous l’aimons et nous tentons de diffuser notre amour.

Aline Lizotte

Vous trouverez en cliquant sur ce lien un petit diaporama de 12 diapositives vous expliquant en détail le cursus de l’IKW.
Vous ne connaissiez pas l’Institut Karol Wojtyla ? Regardez notre vidéo Qu’est-ce que l’IKW ?

 


1Cf. Jean Paul II, Mémoire et identité, ch. 2, pp.16-29.

 

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