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La liberté d’aller et de venir ne perfectionne pas la personne humaine !

Ce 2 juin souffle sur la France un vent de liberté. On peut enfin aller et venir sur tout le territoire, rendre visite à ses proches, partager un café, prendre le temps d’une promenade de plus d’une heure sans avoir à justifier le motif de son déplacement. Gilles Bouleau, présentateur du Journal de 20 heures de TF1, nous fait entrer dans cette dynamique à travers un voyage sur les plages, les terrasses de café, de restaurants, ou encore dans l’intimité d’une famille heureuse de retrouver enfin les grands-parents. La mamie, impatiente, émue aux larmes, serre tendrement dans ses bras ses petits-enfants. Et adieu les règles de distanciation physique, car la joie des retrouvailles est immense ! Tout au long de cette partie du journal, des citoyens sont interrogés, et on les entend dire : – C’est Noël, sauf que nous n’avons pas les cadeaux, mais le café – Cela fait huit jours que je programmais mon café – C’est un pur bonheur, on l’attendait ! – C’était la journée de la délivrance – On respire – Je vis – C’est la vie qui reprend ! – On est libérés, demain, on part !

Cet enthousiasme, cette joie de la liberté de mouvement retrouvée que nous partageons tous, est légitime, et belle aussi : l’être humain a non seulement besoin d’espace, mais de chaleur, de contact, d’une vie sociale. Pour autant, faut-il s’arrêter à ce qui est perçu par certains comme l’expression de la liberté humaine ? La liberté de mouvement est-telle l’essence de la liberté de l’homme ? Cette liberté, me semble-t-il, nous la partageons avec toutes les espèces animales sur terre. Enfermez votre chien dans votre appartement, un lion en cage ou une mouche dans une boîte, tous exprimeront le désagrément d’une privation et s’échapperont dès que l’occasion leur sera offerte ! Cette liberté-là ressemble davantage à un cadre posé qu’à une opération intérieure donnant leur vraie valeur à nos actes et perfectionnant notre être. Saint Thomas d’Aquin la définit comme la liberté de choisir un bien plutôt qu’un autre.


Puisse le Vent de Pentecôte nous entraîner vers cette liberté intérieure, qui nous rend capable de choisir le bien


La personne humaine, en effet, est mue par le bien extérieur à elle-même, car ce n’est pas elle qui détermine le bien. Par l’exercice de son jugement, elle s’oriente vers tel ou tel bien qui lui est donné, bien métaphysique et bien moral, par l’amour du bien. Cette liberté, qui place le mouvement et le faire plutôt dans l’ordre des moyens pour agir, lui permet d’aimer en toute circonstance et de rendre à toute l’humanité sa beauté et son vrai sens et, ce faisant, lui assure une vraie joie !

Nous ne saurons oublier que le 25 mai dernier, les évêques de France ont publié un texte pointant, en marge de la crise sanitaire, la crise écologique et sociale caractérisée par l’égoïsme, l’individualisme, la recherche du profit, le consumérisme à outrance, qui mettent à mal la solidarité en France et créent une réelle fracture sociale et un mal-être général, sans oublier toutes les questions bioéthiques qui blessent profondément notre humanité. L’écoute et l’adhésion s’imposent à tous quand l’engagement à transformer nos manières de vivre sonne comme une urgence mondiale.

Non, la seule liberté d’aller et de venir, de faire, ne rend pas le monde meilleur ! Il nous vient à l’esprit quelques grandes figures : Joséphine Bakhita, qui de sa condition d’esclave devint sainte, car elle sut choisir la liberté d’aimer l’autre en tournant le dos à l’esclavage d’un amour possessif et à la richesse matérielle d’un maître «possessif-amoureux» ; Maximilien Kolbe qui, dans sa condition de prisonnier voué à la mort, offrit sa vie pour sauver celle d’un père de famille ; Nelson Mandela, qui passa 21 ans en prison pour devenir la figure de lutte contre la haine raciale en Afrique du Sud.

Pendant ce temps de confinement, le Service national de la catéchèse et du catéchuménat (SNCC) et plusieurs diocèses ont fait un excellent travail pour permettre aux familles de célébrer la liturgie de la Parole et de méditer les Évangiles en famille ou seul. La semaine dernière, il a publié sur son site des outils de relecture pour poser un pas de plus dans sa vie et oser une orientation plus joyeuse par nos engagements respectifs et nos actes au quotidien. Nous saluons ici Pauline Dawance et toute son équipe pour ce travail d’accompagnement dans la durée.

Puisse le Vent de Pentecôte que nous venons de célébrer, véritable Vent de liberté, nous entraîner vers cette liberté intérieure, qui nous rend capable de choisir le bien, parfois en consentant à une certaine souffrance, pour tendre vers des biens supérieurs disant magnifiquement qui est l’homme et rendant témoignage au Créateur amoureux de sa créature !

Suzanne Lamartinière

 

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